Protection sociale du dirigeant TNS : retraite, prévoyance, santé
La protection sociale du dirigeant indépendant est plus faible que celle d'un salarié : retraite, indemnités journalières, invalidité, décès. Comment combler chaque trou par un PER, une prévoyance et une mutuelle, dans quel ordre, et dans quelles limites déduire (CGI art. 154 bis).
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Gestion de patrimoine du dirigeant | Holding & transmissionNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Le dirigeant indépendant (TNS) a une protection sociale plus faible que le salarié : retraite souvent moindre à revenu égal, indemnités journalières plafonnées avec délai de carence, invalidité et décès peu couverts. On comble ces trous dans l'ordre du risque : d'abord la prévoyance (incapacité, invalidité, décès), qui protège immédiatement, puis la retraite via un PER, enfin la complémentaire santé. Les cotisations PER et prévoyance sont déductibles dans certaines limites (CGI art. 154 bis).
Quand on quitte le salariat pour entreprendre, on perd souvent de vue un point décisif : le régime obligatoire du travailleur non salarié protège moins bien. Retraite, arrêt de travail, invalidité, décès, les écarts sont réels et coûteux s'ils ne sont pas anticipés. La bonne nouvelle, c'est qu'ils se comblent par trois dispositifs simples, à condition de les hiérarchiser correctement plutôt que de tout reporter. Cet article déroule chaque risque, l'ordre de priorité que nous recommandons, et les limites de déduction à connaître.
Le degré de protection dépend d'abord du statut social : un président de SASU ou de SAS est assimilé salarié et relève du régime général, tandis qu'un gérant majoritaire de SARL, un entrepreneur individuel ou un gérant d'EURL relèvent du régime des indépendants. Ce choix de structure se décide en amont, en lien avec l'arbitrage entre entreprise individuelle et société et, plus largement, avec la façon dont vous vous rémunérez.
TNS ou assimilé salarié : deux niveaux de couverture#
La première chose à comprendre, c'est que tous les dirigeants ne sont pas logés à la même enseigne.
Le travailleur non salarié (gérant majoritaire de SARL, EURL, entreprise individuelle, profession libérale) cotise moins, mais acquiert des droits moindres : retraite de base et complémentaire généralement plus faibles à revenu équivalent, indemnités journalières maladie plafonnées et soumises à un délai de carence, couverture invalidité et décès limitée. L'assimilé salarié (président de SASU ou de SAS, gérant minoritaire ou égalitaire de SARL) relève du régime général : sa retraite et sa prévoyance de base sont proches de celles d'un salarié, mais ses cotisations sont nettement plus élevées et il ne cotise pas à l'assurance chômage.
Le tableau ci-dessous résume les écarts les plus structurants entre les deux statuts. Il ne s'agit pas de désigner un gagnant, mais de repérer où chacun reste exposé.
| Critère | Travailleur non salarié (TNS) | Assimilé salarié |
|---|---|---|
| Régime social | Sécurité sociale des indépendants | Régime général |
| Coût des cotisations | Plus faible | Nettement plus élevé |
| Retraite de base et complémentaire | Souvent moindre à revenu égal | Proche de celle d'un salarié |
| Indemnités journalières maladie | Plafonnées, délai de carence | Proches du salarié, mais plafonnées |
| Invalidité et décès | Couverture limitée | Meilleure en base, mais lacunaire sur l'invalidité lourde |
| Assurance chômage | Non | Non |
Aucun des deux statuts ne couvre tout. Même l'assimilé salarié, mieux protégé en base, reste exposé sur l'invalidité lourde et le décès s'il n'ajoute pas de couverture complémentaire. L'enjeu n'est donc pas de choisir le « bon » statut pour être tranquille, mais d'identifier les trous propres à votre situation et de les boucher. C'est un sujet voisin de l'arbitrage entre dividende et salaire : la part de revenu déclarée en rémunération conditionne directement les droits acquis, notamment pour la retraite.
Les trois trous à combler, dans l'ordre#
Le réflexe le plus fréquent est de commencer par la retraite, parce que c'est l'avantage fiscal le plus visible. Nous recommandons l'ordre inverse, fondé sur la probabilité et la gravité du risque à court terme.
1. La prévoyance, en premier. Un arrêt de travail, un accident, une invalidité peuvent survenir dès demain. Le contrat de prévoyance couvre l'incapacité temporaire (un revenu de remplacement quand vous ne pouvez plus travailler), l'invalidité (rente ou capital) et le décès (capital versé aux proches). Pour un dirigeant dont le revenu dépend entièrement de sa capacité à travailler, c'est la protection la plus urgente, et elle coûte généralement bien moins cher qu'un PER bien doté.
2. La retraite, ensuite, via un PER. La retraite obligatoire du TNS étant souvent plus faible, le plan d'épargne retraite (PER) est l'outil de référence pour la compléter. Vous y versez, vous capitalisez jusqu'à la retraite, puis vous récupérez un capital ou une rente. L'atout fiscal est double : les versements réduisent votre revenu imposable dans certaines limites pendant la vie active, et l'effet de capitalisation joue d'autant mieux que vous commencez tôt.
3. La complémentaire santé, en parallèle. La mutuelle complète le remboursement des frais médicaux au-delà de la base de la Sécurité sociale. Elle est moins « stratégique » que les deux premières, mais indispensable au quotidien, et son coût se lisse facilement.
Tableau : risque, couverture obligatoire, dispositif et déduction#
Voici la cartographie à garder sous les yeux. Le dispositif complémentaire répond à un trou précis, et sa déductibilité dépend du cadre fiscal.
| Risque | Couverture obligatoire TNS | Dispositif complémentaire | Déductible du revenu pro ? |
|---|---|---|---|
| Arrêt de travail | Indemnités journalières plafonnées, délai de carence | Contrat de prévoyance (incapacité) | Oui, dans la limite 154 bis |
| Invalidité | Limitée | Contrat de prévoyance (invalidité) | Oui, dans la limite 154 bis |
| Décès | Capital faible | Contrat de prévoyance (décès) | Oui, dans la limite 154 bis |
| Retraite | Souvent faible à revenu égal | Plan d'épargne retraite (PER) | Oui, dans la limite 154 bis / 163 quatervicies |
| Frais de santé | Base Sécurité sociale | Complémentaire santé (mutuelle) | Oui, dans la limite 154 bis |
Combien peut-on déduire : les plafonds 2026#
La déductibilité est l'argument fiscal central, mais elle est plafonnée. Mieux vaut connaître l'ordre de grandeur avant de signer.
Pour les versements sur un PER, le plafond général de déduction est de 10 % des revenus professionnels de l'année, retenus dans la limite de 8 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS). Le PASS 2026 est fixé à 48 060 €. Le calcul réel est cependant plus subtil qu'une règle de trois : l'enveloppe combine cette fraction de 10 %, un complément assis sur la part de revenu comprise entre 1 et 8 PASS, et un plancher exprimé en pourcentage du PASS, et elle s'apprécie souvent par référence au PASS de l'année précédente. Le plafond exact, qui figure sur votre avis d'imposition, dépend donc de votre revenu et de votre situation : c'est lui qu'il faut viser, et non un montant maximal théorique. Le TNS bénéficie en outre d'un volet de déduction propre, calculé à partir de son bénéfice et du PASS, prévu par l'article 154 bis du Code général des impôts.
Pour les cotisations de prévoyance et de santé souscrites dans le cadre de l'article 154 bis (ex-Madelin), la déduction est encadrée par un plafond calculé en pourcentage du bénéfice imposable et du PASS, distinct du plafond PER. L'enveloppe exacte dépend de votre niveau de revenu : c'est précisément le calcul que nous chiffrons au cas par cas, car un versement au-delà du plafond perd son avantage fiscal sans rien apporter de plus. Ne raisonnez donc jamais en « je verse le maximum » sans avoir posé le plafond réel de votre situation.
Notre lecture : protéger d'abord, défiscaliser ensuite#
Dans les dossiers de création, la protection sociale est l'angle mort numéro un. Les créateurs, absorbés par le développement, repoussent ces sujets « pour quand ça ira mieux ». C'est précisément l'inverse de ce qu'il faut faire.
Notre approche tient en une phrase : la prévoyance protège, le PER capitalise, la déduction n'est qu'un bonus. Un PER bien doté ne sert à rien si un arrêt de travail de six mois vous met en difficulté avant la retraite.
Beaucoup de dirigeants raisonnent à l'envers, en cherchant d'abord à défiscaliser via un PER, tout en restant sans prévoyance. Nous commençons toujours par sécuriser le revenu de remplacement et le décès, puis nous calibrons le PER en fonction de la capacité d'épargne réelle et du plafond de déduction. L'avantage fiscal rend ces dispositifs plus attractifs, mais il ne doit jamais dicter l'ordre des priorités. C'est l'un des points que nous examinons dans une démarche de gestion du patrimoine du dirigeant, à articuler avec la fiscalité de l'entreprise et celle du foyer.
Cas fréquent : l'arrêt de travail qui révèle le trou#
Un dirigeant, ancien cadre salarié passé en entreprise individuelle, avec un revenu professionnel d'environ 60 000 € par an, avait lancé son activité sans prévoyance, en se disant qu'il s'en occuperait « plus tard ». Un arrêt de travail prolongé l'a laissé avec des indemnités journalières très inférieures à son revenu habituel, après un délai de carence, et insuffisantes pour couvrir ses charges fixes et celles de son foyer.
L'analyse a montré qu'un contrat de prévoyance souscrit dès le lancement, pour un coût de l'ordre de quelques dizaines à une centaine d'euros par mois selon les garanties retenues, aurait permis de viser un revenu de remplacement bien plus proche de son niveau de vie, et que les cotisations auraient été déductibles dans la limite de l'article 154 bis. Ces montants ne sont qu'un ordre de grandeur indicatif : le tarif réel dépend de l'âge, de l'activité, du niveau de garantie et du délai de carence choisi, et se chiffre devis en main. À son rétablissement, nous avons mis en place dans l'ordre une prévoyance dimensionnée sur ses charges, une complémentaire santé, puis un PER calibré sur sa capacité d'épargne. Coût total annuel maîtrisé, déduction utilisée dans les plafonds, et surtout une exposition supprimée. Le bon réflexe n'aurait rien coûté de plus s'il avait été pris au départ.
En pratique : sécuriser sa protection sociale, étape par étape#
- Identifiez votre statut social (TNS ou assimilé salarié) et le niveau réel de votre couverture de base, retraite et prévoyance comprises.
- Souscrivez en priorité une prévoyance, en dimensionnant la garantie incapacité sur vos charges fixes mensuelles, pas sur un pourcentage abstrait.
- Vérifiez les délais de carence et les exclusions du contrat de prévoyance : ce sont eux qui font la différence le jour de l'arrêt.
- Ajoutez une complémentaire santé adaptée à votre situation familiale.
- Mettez en place un PER une fois la protection assurée, en calibrant les versements sur votre capacité d'épargne et le plafond de déduction.
Une fois ce socle posé, tenez un rythme de révision pour qu'il reste calibré. Notre cadence type : un point chaque année à la clôture, quand le bénéfice et donc le plafond 154 bis sont connus, pour ajuster les versements PER et prévoyance sans dépasser l'enveloppe déductible ; une revue à chaque variation sensible de revenu, à l'arrivée d'un enfant, à la souscription d'un crédit immobilier ou à un changement de statut. C'est ce qui évite de verser au-delà de l'avantage fiscal une année et de sous-cotiser une autre.
Points de vigilance#
- Le délai de carence des indemnités journalières. Le régime obligatoire TNS verse les IJ après un délai de carence et sur une base plafonnée : sans prévoyance, les premiers jours d'arrêt ne sont pas couverts, et le montant reste faible.
- Verser sur un PER sans prévoyance. C'est l'erreur la plus fréquente : on défiscalise pour la retraite tout en restant exposé à court terme. La prévoyance passe avant.
- Dépasser le plafond de déduction. Au-delà du plafond 154 bis, les cotisations supplémentaires ne sont plus déductibles : un versement excessif coûte sans rien faire gagner.
- Les contrats Madelin existants. Les anciens contrats Madelin sont fermés aux nouvelles souscriptions depuis la loi PACTE, remplacés par le PER. Les contrats en cours restent valables et peuvent, sous conditions, être transférés vers un PER : ne les résiliez pas sans avoir comparé.
- Sous-dimensionner la garantie décès si vous avez des proches à charge. Le capital décès du régime obligatoire est faible : un dirigeant avec un crédit immobilier ou des enfants doit calibrer cette garantie en conséquence.
- Confondre PER et trésorerie. Les sommes versées sur un PER sont bloquées jusqu'à la retraite, hors cas de déblocage anticipé prévus par la réglementation (achat de la résidence principale, invalidité, fin de droits au chômage, notamment) : n'y mettez pas une épargne dont vous pourriez avoir besoin pour l'entreprise.
Questions fréquentes
La protection sociale du dirigeant TNS est-elle moins bonne que celle d'un salarié ?+
Généralement oui pour un travailleur non salarié : retraite souvent plus faible à revenu équivalent, indemnités journalières plafonnées avec délai de carence, couverture invalidité et décès limitée. Ces écarts résultent de cotisations moindres, mais se comblent par des dispositifs complémentaires.
Par quoi commencer pour se protéger ?+
Par la prévoyance, pas par la retraite. Un arrêt de travail, une invalidité ou un décès peuvent survenir dès maintenant, alors que la retraite est lointaine. La prévoyance garantit un revenu de remplacement et un capital, pour un coût souvent modeste. Le PER vient ensuite, une fois ce socle posé.
Combien peut-on déduire en versant sur un PER en 2026 ?+
Le plafond général de déduction correspond à 10 % des revenus professionnels, retenus dans la limite de 8 PASS, complété d'une fraction sur la part de revenu comprise entre 1 et 8 PASS et d'un plancher exprimé en pourcentage du PASS. Le PASS 2026 est fixé à 48 060 €. Le plafond exact, qui dépend de votre revenu, figure sur votre avis d'imposition ; le TNS dispose en plus d'un volet propre calculé sur son bénéfice (CGI art. 154 bis).
Les cotisations de prévoyance et de santé sont-elles déductibles ?+
Oui, dans le cadre de l'article 154 bis du Code général des impôts (ex-Madelin), les cotisations de prévoyance et de complémentaire santé du TNS sont déductibles du revenu professionnel, dans une limite calculée en pourcentage du bénéfice et du PASS, distincte du plafond PER. Au-delà, le surplus n'est plus déductible.
Les contrats Madelin existent-ils encore ?+
Les contrats Madelin sont fermés aux nouvelles souscriptions depuis la loi PACTE, remplacés par le plan d'épargne retraite (PER). Les contrats Madelin en cours restent valables et peuvent, sous conditions, être transférés vers un PER. Comparez avant de transférer.
Un président de SASU a-t-il besoin de ces dispositifs ?+
Moins en base que le TNS, car l'assimilé salarié relève du régime général avec une retraite et une prévoyance proches de celles d'un salarié. Mais il reste exposé sur l'invalidité lourde, le décès et le maintien de revenu : une prévoyance complémentaire et un PER gardent tout leur intérêt, à calibrer selon sa situation. Article rédigé par le cabinet Hayot Expertise, inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France. Mis à jour pour 2026. Cet article a une portée informative et ne remplace pas une analyse de votre situation propre, qui suppose l'examen de votre statut, de vos revenus et de vos contrats.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables. Formateur certifié Pennylane.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de référence citées pour cette page.
- Urssaf - La protection sociale des indépendants
- Legifrance - CGI art. 154 bis (déduction cotisations PER et prévoyance du TNS)
- BOFiP - Plafond de déduction de l'épargne retraite (CGI art. 163 quatervicies)
- economie.gouv.fr - Le plan d'épargne retraite (PER)
- Urssaf - Plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS 2026)
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