Intégration fiscale : le seuil de 95 % décodé (cas limites)
Le régime d'intégration fiscale exige 95 % du capital et des droits de vote. Décryptage des cas limites : titres salariés, franchissement en cours d'année, détention indirecte.
Ce sujet relève de notre mission
Fiscalité holding à Paris | IS, mère-fille, apport-cessionNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Pour former un groupe intégré (CGI art. 223 A), la société mère doit détenir au moins 95 % du capital ET 95 % des droits de vote de chaque filiale intégrée, directement ou indirectement, de façon continue sur tout l'exercice. Sous ce seuil, l'intégration est exclue, sauf neutralisation des titres salariés.
L'intégration fiscale séduit beaucoup de groupes parce qu'elle permet de compenser bénéfices et déficits et de réduire le frottement sur les dividendes intragroupe. Mais le régime repose sur un chiffre rigide : 95 %. Dans les dossiers de structuration, c'est rarement le principe qui pose problème, ce sont les cas limites : une participation à 93 %, un seuil atteint en juin, une chaîne de détention indirecte mal calculée, ou des titres distribués aux salariés qui font basculer la mère sous le seuil. Cet article décortique ce seuil et ses pièges concrets.
Si vous découvrez le mécanisme, lisez d'abord notre page sur l'intégration fiscale et le rôle de l'expert-comptable, puis revenez ici pour les cas limites.
Ce que dit le texte : 95 % du capital ET des droits de vote#
Le régime de groupe permet à la société mère de se constituer seule redevable de l'impôt sur les sociétés (IS) sur le résultat d'ensemble du groupe. C'est elle qui déclare et paie l'IS pour le périmètre intégré.
La condition centrale tient en une phrase : la mère doit détenir au moins 95 % du capital et au moins 95 % des droits de vote de chaque filiale intégrée. Les deux conditions sont cumulatives. Détenir 96 % du capital mais seulement 90 % des droits de vote (actions de préférence, droits de vote double attribués à un tiers) suffit à exclure la filiale.
Cette détention doit être continue pendant tout l'exercice. Une participation qui passe sous 95 % ne serait-ce qu'un jour casse la condition pour l'exercice concerné.
| Condition du régime | Exigence (CGI art. 223 A) |
|---|---|
| Capital de la filiale | Au moins 95 % détenu par la mère |
| Droits de vote de la filiale | Au moins 95 % détenus par la mère |
| Caractère de la détention | Direct ou indirect (via filiales ou sociétés intermédiaires) |
| Durée | Continue sur tout l'exercice |
| Société mère | Non détenue elle-même à 95 % ou plus par une autre société soumise à l'IS en France |
La mère intégrante ne doit pas, en principe, être elle-même détenue à 95 % ou plus par une autre personne morale soumise à l'IS en France : c'est ce qui la qualifie comme tête de groupe.
Vérifier l'éligibilité au seuil : la méthode#
Avant d'annoncer à un dirigeant qu'il peut intégrer une filiale, nous déroulons toujours la même séquence de contrôle.
- Recenser la chaîne de détention complète, du sommet jusqu'à la filiale visée, avec les pourcentages exacts de capital.
- Vérifier séparément les droits de vote, qui peuvent diverger du capital en présence d'actions de préférence ou de pactes.
- Calculer la détention indirecte en multipliant les taux le long de la chaîne (voir plus bas).
- Contrôler la continuité sur l'exercice : date d'acquisition, mouvements de titres, augmentations de capital prévues.
- Identifier les titres salariés susceptibles d'être neutralisés au titre de l'actionnariat salarié.
- Caler la date d'effet : entrée au plus tôt à l'ouverture de l'exercice où le seuil est tenu dès le premier jour.
Cas limite n° 1 : les titres des salariés#
C'est l'assouplissement le plus utile en pratique. L'article 223 A du CGI prévoit de neutraliser, dans l'appréciation du seuil de 95 %, jusqu'à 10 % du capital correspondant aux titres attribués aux salariés ou dirigeants dans le cadre d'un dispositif d'actionnariat salarié (options sur titres, attributions gratuites d'actions, augmentation de capital réservée aux adhérents d'un plan d'épargne entreprise). L'article 62 de la loi de finances pour 2024 a aménagé ce mécanisme, notamment en cas de mobilité du salarié au sein du groupe.
Concrètement, une mère qui ne détient que 90 % du capital parce que 10 % ont été distribués aux salariés peut tout de même être réputée franchir le seuil de 95 %, dès lors que la fraction salariée entre dans le périmètre neutralisable.
Le point de vigilance : cette neutralisation cesse de produire effet si le salarié quitte le groupe économique concerné. Le départ d'un salarié actionnaire peut donc, mécaniquement, faire repasser la mère sous le seuil et fragiliser l'intégration. C'est un risque à surveiller dans le temps, pas seulement à la constitution du groupe.
Cas limite n° 2 : le franchissement en cours d'exercice#
Atteindre 95 % au mois de juin ne suffit pas à intégrer la filiale dès l'exercice en cours. Le principe : si le seuil n'est atteint qu'en cours d'année, la filiale ne peut entrer dans le groupe qu'à compter de l'exercice suivant. L'exception : lorsque le seuil est atteint dès le premier jour de l'exercice.
Cas fréquent. Dans un dossier de croissance externe, un groupe avait racheté le solde des titres d'une filiale en juillet, passant de 80 % à 100 %. Le dirigeant escomptait remonter immédiatement le déficit de cette filiale pour effacer le bénéfice de la holding. Il a fallu expliquer que l'intégration ne prendrait effet qu'à l'ouverture de l'exercice suivant : l'économie attendue était reportée d'un an. Anticiper la date d'acquisition par rapport à la date de clôture aurait changé l'arbitrage.
Cas limite n° 3 : la détention indirecte qui casse la chaîne#
La détention peut être indirecte. On multiplie alors les taux de détention le long de la chaîne. Mère détenant 96 % de A, qui détient 97 % de B : la détention indirecte de la mère dans B est de 96 % par 97 %, soit environ 93,12 %. En dessous de 95 %, B n'est pas intégrable par cette voie.
Un maillon inférieur à 95 % peut donc casser l'intégration en aval. La nuance technique : le passage par une société intermédiaire (notion propre au régime, notamment pour les chaînes européennes) peut préserver l'intégration dans certaines configurations. C'est précisément le genre de point à sécuriser avant de figer un organigramme de holding.
| Cas limite | Conséquence sur l'intégration |
|---|---|
| Filiale détenue à 93 % du capital | Exclue, sauf neutralisation titres salariés applicable |
| Seuil atteint en cours d'exercice | Entrée reportée à l'exercice suivant |
| Chaîne indirecte 96 % par 97 % = 93,12 % | Filiale du bas non intégrable par cette chaîne |
| Droits de vote à 90 % malgré capital à 96 % | Exclue (les deux conditions sont cumulatives) |
| Départ d'un salarié actionnaire neutralisé | Risque de repasser sous 95 % |
Intégration fiscale ou régime mère-fille : ne pas confondre#
C'est l'erreur de cadrage la plus répandue. Les deux régimes répondent à des logiques distinctes et ne s'opposent pas vraiment : ils peuvent coexister.
| Critère | Intégration fiscale | Régime mère-fille |
|---|---|---|
| Seuil de détention | Au moins 95 % | Au moins 5 % |
| Effet principal | IS d'ensemble, compensation bénéfices/déficits | Exonération des dividendes (sauf QPFC) |
| Quote-part de frais et charges | 1 % sur dividendes intragroupe | 5 % sur les dividendes |
| Périmètre | Groupe formellement constitué | Relation mère-filiale isolée |
| Engagement | Option, périmètre déclaré | Option par titres |
Notre lecture. Beaucoup de dirigeants demandent l'intégration alors que le régime mère-fille suffit à leur objectif (faire remonter des dividendes sans frottement majeur). L'intégration ne se justifie que s'il y a vraiment des résultats à compenser ou un volume de dividendes intragroupe important. Pour structurer une remontée de cash, voyez notre analyse pour remonter la trésorerie d'une holding sans frottement.
Les effets concrets de l'intégration#
Une fois le seuil de 95 % tenu et le périmètre constitué, les principaux effets sont :
- Compensation des bénéfices et des déficits des sociétés du groupe au sein du résultat d'ensemble.
- Neutralisation partielle de certaines opérations intragroupe.
- Quote-part de frais et charges ramenée à 1 % sur les dividendes intragroupe (art. 216 du CGI, pour une participation détenue depuis plus d'un exercice), contre 5 % dans le régime mère-fille.
Sur l'IS lui-même, le taux de droit commun reste 25 % en 2026, avec un taux réduit de 15 % sur la fraction de bénéfice n'excédant pas 42 500 € pour les PME remplissant les conditions. Ces logiques s'articulent avec la stratégie globale d'une holding et méritent une projection chiffrée avant toute décision.
Cas particuliers#
- Acquisition d'une cible avec actionnariat salarié. Vérifiez si la fraction salariée entre dans le périmètre neutralisable des 10 % avant de conclure que le seuil n'est pas tenu. C'est un point clé dans une reprise d'entreprise par rachat de société.
- Filiale détenue via une société intermédiaire européenne. La chaîne de calcul diffère ; ne pas appliquer mécaniquement la simple multiplication des taux sans valider le statut de société intermédiaire.
- Sortie ou rupture du groupe. La chute sous 95 % ou la cession d'une filiale entraîne sa sortie, avec des réintégrations à prévoir. Les opérations qui visent à organiser artificiellement le franchissement ou le maintien du seuil relèvent de l'analyse de l'acte anormal de gestion.
Ce que l'administration regarde. Le respect continu du seuil sur l'exercice, la réalité des droits de vote (au-delà du capital affiché), la cohérence des dates d'acquisition avec la date d'effet revendiquée, et le traitement des réintégrations en cas de sortie. Un organigramme à jour, daté, avec les pourcentages de capital et de droits de vote, est la première pièce demandée.
Points de vigilance 2026. La neutralisation des titres salariés (art. 223 A, aménagée par l'art. 62 LF 2024) est précieuse mais conditionnée : suivez les départs de salariés actionnaires, qui peuvent rompre le seuil en cours de vie du groupe. Documentez la chaîne de détention à chaque exercice plutôt qu'une fois pour toutes.
À retenir#
- Le seuil est de 95 % du capital ET 95 % des droits de vote, de façon continue sur tout l'exercice (CGI art. 223 A).
- Les titres salariés (actionnariat salarié) peuvent être neutralisés jusqu'à 10 % du capital (art. 223 A, aménagé par l'art. 62 LF 2024), mais la neutralisation cesse au départ du salarié du groupe.
- Un seuil atteint en cours d'exercice reporte en principe l'entrée à l'exercice suivant.
- En détention indirecte, on multiplie les taux : un maillon sous 95 % peut casser l'intégration en aval.
- Ne pas confondre avec le régime mère-fille (5 %, exonération des dividendes, QPFC 5 %) : l'intégration ramène la quote-part à 1 %.
Questions fréquentes
Quel est le seuil de l'intégration fiscale ?+
La société mère doit détenir au moins 95 % du capital et au moins 95 % des droits de vote de chaque filiale intégrée (CGI art. 223 A), directement ou indirectement, de manière continue pendant tout l'exercice. Les deux conditions, capital et droits de vote, sont cumulatives : l'une ne compense pas l'autre.
Les titres des salariés comptent-ils dans les 95 % ?+
L'article 223 A du CGI permet de neutraliser jusqu'à 10 % du capital correspondant aux titres d'actionnariat salarié (options sur titres, actions gratuites, plan d'épargne entreprise) pour apprécier le seuil de 95 %. L'article 62 de la loi de finances pour 2024 a aménagé ce dispositif. La neutralisation cesse de s'appliquer si le salarié quitte le groupe économique concerné.
Que se passe-t-il si on franchit le seuil en cours d'année ?+
Si le seuil de 95 % n'est atteint qu'en cours d'exercice, la filiale ne peut en principe entrer dans le groupe qu'à compter de l'exercice suivant. L'exception vise le cas où le seuil est tenu dès le premier jour de l'exercice. La date d'acquisition par rapport à la clôture est donc décisive.
Intégration fiscale ou régime mère-fille : quelle différence ?+
Ce sont deux régimes distincts. Le régime mère-fille suppose une détention d'au moins 5 % et exonère les dividendes (hors quote-part de 5 %). L'intégration fiscale exige 95 %, crée un IS d'ensemble avec compensation des résultats, et ramène la quote-part de frais et charges sur dividendes intragroupe à 1 %.
La détention indirecte compte-t-elle dans le calcul ?+
Oui. La mère peut détenir une filiale indirectement, via d'autres sociétés du groupe ou des sociétés intermédiaires. On multiplie alors les taux de détention le long de la chaîne. Un maillon inférieur à 95 % peut casser l'intégration en aval, sauf passage par une société intermédiaire dans certaines configurations.
Que se passe-t-il quand une filiale sort du groupe ?+
La chute sous 95 % ou la cession d'une filiale entraîne sa sortie du groupe, avec des réintégrations de certaines opérations neutralisées pendant la période d'intégration. Mieux vaut anticiper ces effets avant de céder, car la sortie peut faire ressortir des bases imposables jusque-là neutralisées.
En synthèse#
Cet article informe sur le régime de groupe ; il ne remplace pas l'examen de votre organigramme, de vos statuts et de vos pactes. Notre cabinet de fiscalité des holdings à Paris sécurise le périmètre d'intégration, avec l'appui de la tenue et révision comptable et de notre expertise en fiscalité d'entreprise. Pour arbitrer en amont la structure elle-même, appuyez-vous sur le rôle de l'expert-comptable dans ces montages.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
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