Déficit foncier et rénovation énergétique : le plafond de 21 400 euros
Pour les travaux qui sortent un logement du statut de passoire thermique, le plafond d'imputation du déficit foncier sur le revenu global passe à 21 400 euros. Conditions, saut de classe DPE, calcul chiffré et points de vigilance.
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Expert-comptable fiscaliste à Paris | IS, TVA, contrôleNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Quand des travaux font passer un logement loué d'une classe E, F ou G à au moins la classe D, le plafond d'imputation du déficit foncier sur le revenu global double, de 10 700 à 21 400 euros par an (CGI art. 156). Ce dispositif a été instauré par la loi de finances rectificative pour 2022 (n° 2022-1499). Les aides perçues, comme MaPrimeRénov, réduisent le coût réellement supporté : seule la dépense effectivement à votre charge entre dans le calcul.
Le doublement du déficit foncier est l'un des rares dispositifs qui récompensent fiscalement la rénovation des passoires thermiques. Bien utilisé, il efface jusqu'à 21 400 euros de revenu imposable par an au lieu de 10 700, là où le calendrier d'interdiction de louer les biens les plus énergivores se resserre. Mais il obéit à des conditions précises de classe énergétique et de calendrier, le traitement des aides est souvent mal compris, et une obligation de conservation du bien encadre l'avantage. Voici le mécanisme complet, avec un comparatif, un calcul chiffré et les pièges que nous voyons revenir dans les dossiers de bailleurs.
Le principe du doublement à 21 400 euros#
Le déficit foncier naît lorsque vos charges déductibles (travaux, intérêts, taxe foncière, assurance, frais de gestion) dépassent vos loyers imposables. Le déficit foncier classique s'impute ensuite sur le revenu global dans la limite de 10 700 euros par an. Le dispositif énergétique double ce plafond.
Pour les logements concernés, le plafond d'imputation du déficit foncier sur le revenu global passe à 21 400 euros par an, à concurrence des dépenses de travaux de rénovation énergétique (CGI art. 156). Au-delà de ce plafond, le surplus n'est pas perdu : il reste reportable sur les revenus fonciers des dix années suivantes, comme pour un déficit ordinaire. La fraction de déficit provenant des intérêts d'emprunt n'entre jamais dans l'imputation sur le revenu global : elle ne s'impute que sur des revenus fonciers, un point que nous détaillons dans notre article sur le mécanisme général du déficit foncier.
Ce doublement vise à accélérer la sortie du parc locatif des passoires thermiques, en offrant une contrepartie fiscale au propriétaire qui rénove. Il s'adresse aux contribuables imposés dans la catégorie des revenus fonciers au régime réel, en détention directe ou via une SCI à l'impôt sur le revenu.
Déficit foncier ordinaire et déficit foncier énergétique : le comparatif#
Les deux régimes coexistent. C'est la nature des travaux et le saut de classe énergétique qui font basculer du plafond simple au plafond doublé. Le tableau suivant met les deux en regard.
| Critère | Déficit foncier ordinaire | Déficit foncier énergétique majoré |
|---|---|---|
| Plafond d'imputation sur le revenu global | 10 700 euros par an | 21 400 euros par an |
| Travaux concernés | Réparation, entretien, amélioration | Rénovation énergétique éligible (isolation, chauffage, ventilation) |
| Condition de performance | Aucune | Passage d'une classe E, F ou G à au moins la classe D |
| Preuve exigée | Factures détaillées | DPE avant travaux + DPE après travaux |
| Calendrier | Permanent | Dispositif temporaire issu de la LFR 2022 (à vérifier selon l'année de paiement) |
| Surplus au-delà du plafond | Reportable 10 ans sur revenus fonciers | Reportable 10 ans sur revenus fonciers |
La logique reste la même de part et d'autre : seule l'imputation sur le revenu global est plafonnée, jamais le report sur les revenus fonciers futurs. Le dispositif énergétique ne crée pas un second compteur ; il relève le curseur de l'imputation annuelle quand le saut de classe est prouvé.
La condition de saut de classe énergétique#
Le doublement n'est acquis que si les travaux font réellement progresser la performance du logement. Ce n'est pas la nature des travaux seule qui compte, mais le résultat mesuré.
Le bien doit passer d'une classe E, F ou G avant travaux à une classe A, B, C ou D après travaux. Ce saut se prouve par un diagnostic de performance énergétique réalisé avant le début des travaux et un second après leur achèvement. Sans cette double preuve, le plafond reste à 10 700 euros et le surcoût de la majoration est perdu. Les travaux doivent par ailleurs correspondre à des dépenses éligibles à la rénovation énergétique, comme l'isolation des murs ou de la toiture, un système de chauffage performant ou une ventilation maîtrisée. L'enjeu est de cadrer le programme de travaux pour viser franchement la classe D, et non de s'arrêter à mi-chemin entre deux étiquettes.
Le calendrier : un dispositif temporaire à cadrer avec précision#
Le dispositif n'est pas permanent : il a été instauré par la loi de finances rectificative pour 2022 (n° 2022-1499 du 1er décembre 2022) pour une fenêtre déterminée. Le texte initial vise les dépenses de travaux payées à compter de 2023, et la justification du niveau de performance énergétique atteint après travaux est attendue au plus tard le 31 décembre 2027.
Les conditions exactes de fenêtre temporelle, et toute éventuelle prorogation par une loi de finances plus récente, doivent être confirmées au regard du texte applicable à votre année de paiement : c'est un point sensible à vérifier au cas par cas avant d'engager la dépense.
Ce qu'il faut retenir, c'est que c'est la date de paiement des travaux qui compte, pas la date de facturation ni la date d'achèvement du chantier. Cette précision a des conséquences concrètes : un solde réglé après la fenêtre du dispositif peut sortir du plafond majoré. Nous invitons donc à planifier le calendrier de règlement des factures, et notamment le solde, à l'intérieur de la période ouverte, et à valider cette chronologie avec votre conseil avant le premier coup de pioche.
Calcul chiffré : aides déduites, coût réel imputé#
Le point le plus mal compris est le traitement des aides à la rénovation. Une dépense de travaux est déductible à hauteur du coût réellement supporté par le propriétaire. Lorsqu'une subvention vient en diminution directe du coût des travaux (MaPrimeRénov, certificats d'économie d'énergie), c'est ce reste à charge qui constitue, en pratique, la base déductible. Le traitement précis dépend de la nature de l'aide et de la façon dont elle est perçue : il mérite d'être validé dossier par dossier.
Prenons un exemple chiffré, à titre d'illustration. Un propriétaire bailleur engage 30 000 euros de travaux énergétiques et perçoit 8 000 euros d'aides venant en diminution du coût. Le coût réellement supporté est de 22 000 euros. Après imputation des autres charges sur les loyers, le déficit imputable sur le revenu global est plafonné à 21 400 euros la même année, le solde de 600 euros restant reportable sur les revenus fonciers. Pour un contribuable dont la tranche marginale d'imposition est de 30 %, l'économie d'impôt sur le revenu se calcule sur le déficit effectivement imputé sur le revenu global, soit 21 400 euros : 21 400 x 30 %, ce qui représente environ 6 400 euros la première année. À cela s'ajoute l'effet des prélèvements sociaux : les revenus fonciers effacés ne supportent plus les 17,2 % de prélèvements sociaux, ce qui renforce le gain net.
| Étape | Montant |
|---|---|
| Travaux de rénovation énergétique | 30 000 euros |
| Aides venant en diminution du coût (MaPrimeRénov, CEE) | 8 000 euros |
| Coût réellement supporté (base déductible) | 22 000 euros |
| Imputation maximale sur le revenu global | 21 400 euros |
| Solde reportable sur revenus fonciers | 600 euros |
| Économie d'impôt sur le revenu (TMI 30 %) | env. 6 400 euros la 1re année |
Notre lecture : trois conditions, et une obligation que beaucoup oublient#
Le doublement du déficit foncier est un dispositif réellement avantageux pour un propriétaire bailleur qui rénove une passoire, à condition de respecter trois points : le saut de classe prouvé par DPE, le paiement à l'intérieur de la fenêtre temporelle du dispositif, et la prise en compte des aides venant en diminution du coût déductible.
Nous insistons sur une quatrième condition, moins visible et pourtant centrale : l'imputation sur le revenu global suppose de maintenir le bien en location jusqu'au 31 décembre de la troisième année suivant celle de l'imputation. Vendre ou cesser de louer trop tôt remet en cause l'avantage, avec rappel d'impôt. Nous voyons régulièrement des bailleurs raisonner sur la seule économie immédiate sans intégrer cette obligation de conservation. Notre recommandation est de cadrer le projet en amont : devis détaillés, calendrier de paiement, DPE avant et après, chiffrage du coût net d'aides, et engagement de location sur la durée requise. Bien piloté, le dispositif combine valorisation du bien, conformité énergétique et économie d'impôt, un alignement rare qu'il serait dommage de manquer faute d'anticipation.
Cas fréquent : un appartement classé F, difficile à louer#
Un bailleur détenait un appartement classé F, difficile à louer et menacé par les restrictions de mise en location des passoires thermiques. Il hésitait à engager des travaux lourds, par crainte d'un effort de trésorerie non rentabilisé.
La simulation a montré qu'une rénovation portant le bien en classe D ouvrait le plafond de 21 400 euros, et que, aides déduites, le coût réellement supporté s'effaçait en grande partie par l'économie d'impôt sur deux ans, en tenant compte du report du surplus sur les revenus fonciers. Le projet a été lancé avec un DPE avant travaux confirmant la classe F, un calendrier de paiement entièrement situé dans la fenêtre du dispositif, un suivi rigoureux des factures nettes d'aides, et un engagement de conservation du bien sur la durée requise. Le bien est sorti du statut de passoire, a retrouvé un loyer de marché, tout en allégeant la fiscalité du propriétaire. Le pilotage de ce type d'opération relève d'une approche patrimoniale d'ensemble, que nous traitons avec l'accompagnement du patrimoine du dirigeant.
En pratique : sécuriser le dossier avant d'engager les travaux#
Un dossier de déficit foncier énergétique se prépare avant le premier coup de pioche, pas au moment de la déclaration. Voici les réflexes opérationnels :
- Faites réaliser un DPE avant travaux et conservez-le : il fige la classe de départ (E, F ou G).
- Demandez des devis qui distinguent clairement les travaux énergétiques éligibles des autres postes.
- Vérifiez la fenêtre temporelle applicable à votre année de paiement et planifiez les règlements, surtout le solde, à l'intérieur de cette période.
- Suivez les aides obtenues (MaPrimeRénov, CEE) et calculez le coût net réellement supporté, base de la déduction.
- Faites établir un DPE après travaux prouvant l'atteinte d'au moins la classe D.
- Vérifiez votre capacité à maintenir le bien en location jusqu'à la troisième année suivant l'imputation, pour ne pas perdre l'avantage.
Points de vigilance#
Quelques erreurs reviennent dans les dossiers, surtout lorsque le projet est engagé sans cadrage fiscal préalable.
- Imputer le coût brut des travaux sans tenir compte des subventions reçues en diminution : c'est une source de redressement fréquente, à fiabiliser dossier par dossier.
- Oublier que c'est la date de paiement qui ouvre le droit, pas la date des travaux : un solde réglé hors fenêtre peut sortir du plafond majoré.
- Négliger l'obligation de conserver le bien en location jusqu'à la troisième année suivant l'imputation, sous peine de remise en cause.
- Confondre la majoration énergétique avec un plafond supplémentaire : il n'y a qu'un seul compteur d'imputation, relevé à 21 400 euros.
- Croire que les intérêts d'emprunt entrent dans le déficit imputable sur le revenu global : ils ne s'imputent que sur les revenus fonciers.
- Engager des travaux qui n'atteignent pas la classe D : sans saut de classe prouvé par DPE, le plafond reste à 10 700 euros.
Pour fiabiliser le montage et l'articuler avec votre situation d'ensemble, mieux vaut faire valider le chiffrage et la chronologie avec un accompagnement en fiscalité avant d'engager la dépense, en cohérence avec vos obligations de gestion locative.
Questions fréquentes
Quel est le plafond du déficit foncier pour la rénovation énergétique ?+
Le plafond d'imputation sur le revenu global passe de 10 700 à 21 400 euros par an lorsque les travaux font passer le logement d'une classe E, F ou G à au moins la classe D (CGI art. 156). Le surplus reste reportable sur les revenus fonciers pendant dix ans.
Jusqu'à quand le dispositif s'applique-t-il ?+
Il s'agit d'un dispositif temporaire instauré par la loi de finances rectificative pour 2022. La fenêtre de paiement ouvrant droit au plafond majoré, et toute prorogation par une loi de finances plus récente, doivent être vérifiées au regard du texte applicable à votre année de paiement. C'est la date de paiement des travaux qui détermine l'éligibilité, pas la date de facturation ni d'achèvement du chantier.
Comment sont traitées les aides comme MaPrimeRénov ?+
Une dépense de travaux est déductible à hauteur du coût réellement supporté. Lorsqu'une aide (MaPrimeRénov, CEE) vient en diminution directe du coût des travaux, c'est le reste à charge qui constitue, en pratique, la base déductible. Le traitement exact dépend de la nature de l'aide et mérite d'être validé dossier par dossier.
Faut-il un DPE pour bénéficier du doublement ?+
Oui. Un diagnostic de performance énergétique avant travaux, montrant une classe E, F ou G, et un second après travaux, montrant au moins une classe D, sont nécessaires pour prouver le saut de classe et sécuriser le plafond de 21 400 euros.
Faut-il conserver le logement en location après les travaux ?+
Oui. L'imputation sur le revenu global suppose de maintenir le bien en location jusqu'au 31 décembre de la troisième année suivant celle de l'imputation. Vendre ou cesser de louer trop tôt entraîne une remise en cause de l'avantage, avec rappel d'impôt.
Le dispositif concerne-t-il aussi les biens en SCI ?+
Il s'applique aux revenus fonciers, donc à une SCI à l'impôt sur le revenu dont les associés sont imposés dans cette catégorie. Une SCI à l'impôt sur les sociétés suit en revanche les règles de l'IS, avec amortissement du bien, et non le mécanisme du déficit foncier : l'arbitrage entre les deux régimes mérite d'être posé avant l'acquisition.
Les intérêts d'emprunt entrent-ils dans le déficit imputable sur le revenu global ?+
Non. Au titre de l'article 156 du CGI, la fraction du déficit foncier provenant des intérêts d'emprunt ne s'impute jamais sur le revenu global : elle ne s'impute que sur les revenus fonciers des dix années suivantes. Seule la part du déficit provenant des autres charges, dont les travaux de rénovation énergétique, ouvre droit à l'imputation sur le revenu global dans la limite de 21 400 euros. Pour un bien financé à crédit, cette distinction change le rendement réel de l'opération et doit être chiffrée avant d'engager les travaux.
À retenir#
- Le plafond d'imputation du déficit foncier sur le revenu global passe à 21 400 euros pour les travaux de rénovation énergétique (CGI art. 156).
- Le logement doit passer d'une classe E, F ou G à au moins la classe D, prouvé par un DPE avant et après travaux.
- Le dispositif est temporaire (LFR 2022) : la fenêtre de paiement applicable est à vérifier selon votre année de règlement.
- Les aides perçues, MaPrimeRénov et CEE, réduisent le coût réellement supporté : c'est ce reste à charge qui sert de base déductible.
- Le bien doit rester loué jusqu'à la troisième année suivant l'imputation, sous peine de remise en cause.
- Le surplus au-delà de 21 400 euros reste reportable sur les revenus fonciers pendant dix ans.
- Le dispositif vise les revenus fonciers, donc la détention en direct ou en SCI à l'IR, pas la SCI à l'IS.
Article rédigé par le cabinet Hayot Expertise, inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France. Mis à jour pour 2026. Cet article a une portée informative et ne remplace pas une analyse de votre situation propre, qui suppose l'examen de vos travaux, de vos diagnostics et de votre fiscalité personnelle, ainsi que la vérification du texte applicable à votre année de paiement.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables. Formateur certifié Pennylane.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de référence citées pour cette page.
- Legifrance - CGI art. 156 (imputation du déficit foncier et majoration pour travaux énergétiques)
- BOFiP - Modalités d'imputation des déficits fonciers (BOI-RFPI-BASE-30-20)
- BOFiP - Déficit foncier majoré pour travaux de rénovation énergétique (ACTU-2024-00211)
- Legifrance - Loi de finances rectificative pour 2022 (n° 2022-1499 du 1er décembre 2022)
- economie.gouv.fr - Tout savoir sur le déficit foncier
- service-public.fr - Revenus fonciers et déficit foncier
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