BSA AIR ou obligations convertibles : choisir en amorçage
En amorçage, le BSA AIR et l'obligation convertible diffèrent tous deux la valorisation. L'un n'est pas une dette, l'autre si. Comparatif des critères, fiscalité et dilution pour choisir l'instrument adapté à votre premier tour.
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Réponse rapide. Le BSA AIR (bon de souscription d'actions, accord d'investissement rapide) et l'obligation convertible permettent tous deux d'investir en amorçage sans figer la valorisation : l'investisseur entre au capital lors d'un futur tour, avec une décote et souvent un plafond. La différence décisive : le BSA AIR n'est pas une dette, l'obligation convertible en est une, avec intérêts et remboursement si la conversion n'a pas lieu.
Lever des fonds en amorçage bute presque toujours sur la valorisation : la société est trop jeune pour la fixer sans arbitraire, mais l'investisseur veut entrer maintenant. Plutôt que de négocier une valeur que ni l'un ni l'autre ne sait défendre, deux instruments diffèrent la question au tour suivant : le BSA AIR et l'obligation convertible. Tous deux reposent sur des valeurs mobilières donnant accès au capital, encadrées par le Code de commerce (notamment l'article L228-91). Mais leur nature juridique, leur traitement au bilan et leurs conséquences pour les fondateurs diffèrent profondément. Voici comment trancher.
Le point commun : différer la valorisation, pas la supprimer#
Les deux instruments partagent une même logique : investir aujourd'hui, valoriser plus tard. En amorçage, fixer un prix de l'action est difficile et risqué pour les deux parties. Le BSA AIR comme l'obligation convertible laissent l'investisseur apporter ses fonds immédiatement, puis convertir son apport en actions lors d'un futur tour, à des conditions préférentielles.
Ces conditions reposent sur deux leviers que l'on retrouve dans presque tous les contrats. La décote réduit le prix d'entrée par rapport au tour suivant, pour récompenser la prise de risque précoce : un investisseur entré avec une décote de 20 % paie ses actions 80 % du prix du tour de série A. Le plafond de valorisation (valuation cap) fixe une valeur maximale retenue pour sa conversion, ce qui le protège si la société prend beaucoup de valeur entre les deux tours. Ces mécanismes structurent un premier tour bien avant qu'une valorisation ferme ne soit possible, comme nous le détaillons pour la levée de fonds du pre-seed à la série A et pour la façon de structurer un premier tour en love money et business angels.
Il faut le dire nettement : différer n'est pas supprimer. La valorisation reviendra, et la décote comme le plafond se traduiront en dilution réelle pour les fondateurs au moment de la conversion. C'est l'erreur la plus fréquente : signer un instrument simple en pensant ne pas se diluer, et découvrir l'ampleur de la dilution au tour suivant.
La différence : dette ou pas dette#
La distinction fondamentale tient à la nature juridique de l'instrument, et elle commande tout le reste.
Le BSA AIR n'est pas une dette. L'investisseur verse des fonds et reçoit des bons de souscription, sans créance de remboursement ni intérêts. Si le tour suivant a lieu, les bons donnent droit aux actions ; son risque est celui d'un actionnaire. S'il n'a pas lieu, il n'a aucun droit au remboursement : il subit le sort de la société. L'obligation convertible, elle, est une dette. Elle porte intérêt et doit être remboursée si la conversion n'intervient pas. L'investisseur reste créancier tant qu'il n'a pas converti, ce qui le protège davantage, mais cette dette figure au passif et pèse sur l'analyse financière de la société.
| Critère | BSA AIR | Obligation convertible |
|---|---|---|
| Nature juridique | Bons de souscription, pas une dette | Titre de créance convertible en actions |
| Intérêts | Non | Oui, capitalisés ou versés |
| Remboursement si pas de conversion | Non | Oui, exigible à l'échéance |
| Protection de l'investisseur | Plus faible (risque actionnarial) | Plus forte (statut de créancier) |
| Impact au bilan de la société | Capitaux propres / hors dette | Dette au passif |
| Effet sur le ratio d'endettement | Neutre | Alourdit l'endettement affiché |
| Rapidité et coût de mise en place | Élevés, contrat court | Plus encadrés, échéance à gérer |
| Échéance / date butoir | Souvent souple | Date d'échéance ferme |
Deux conséquences pratiques découlent de ce tableau. D'abord, l'obligation convertible donne une date butoir : à l'échéance, soit elle se convertit, soit elle se rembourse. Cette échéance est une protection pour l'investisseur, mais une contrainte de trésorerie pour la société si le tour tarde. Ensuite, l'obligation convertible alourdit le passif, ce qui peut gêner une future demande de financement bancaire ou compliquer la lecture du bilan par un investisseur de série A.
Choisir selon le contexte#
Le choix dépend du rapport de force, de la maturité du projet et de l'effet recherché sur le bilan. Plutôt qu'un instrument supérieur dans l'absolu, il faut raisonner par situation.
| Situation | Instrument souvent adapté | Pourquoi |
|---|---|---|
| Tour très précoce, fondateurs et business angels de confiance | BSA AIR | Simple, rapide, sans dette au passif |
| Investisseur prudent voulant un filet de sécurité | Obligation convertible | Statut de créancier, remboursement possible |
| Tour suivant incertain ou lointain | Obligation convertible | L'échéance force une issue (conversion ou remboursement) |
| Société qui prépare un emprunt bancaire | BSA AIR | N'alourdit pas le ratio d'endettement |
| Investisseur exigeant sur la rémunération du risque | Obligation convertible | Intérêts en plus de la décote |
| Besoin d'encaisser vite, frais juridiques limités | BSA AIR | Contractualisation plus légère |
Plus le projet est mûr et l'investisseur exigeant, plus l'obligation convertible s'impose. Plus le tour est précoce et la relation de confiance forte, plus le BSA AIR convient. Dans la pratique, les deux instruments coexistent souvent sur un même tour, chaque investisseur entrant avec celui qui correspond à son profil de risque. Ce choix s'articule enfin avec la fiscalité de la souscription, que nous abordons plus bas et que nous détaillons dans notre article sur la réduction IR-PME et les dispositifs JEI.
La fiscalité de la souscription : un paramètre à ne pas oublier#
Le choix de l'instrument a aussi un versant fiscal, côté investisseur comme côté société. La souscription au capital d'une PME peut ouvrir droit à la réduction d'impôt IR-PME (article 199 terdecies-0 A du Code général des impôts), au taux de droit commun de 18 %, porté à 25 % pour les souscriptions aux entreprises solidaires d'utilité sociale agréées (ESUS) et à certaines foncières solidaires. Les versements sont retenus dans la limite de 50 000 € pour une personne seule et 100 000 € pour un couple soumis à imposition commune, avec une obligation de conservation des titres de cinq ans.
Il faut être précis : cet avantage suppose une véritable souscription au capital. Le BSA AIR, qui se traduit par l'émission d'actions au tour suivant, et l'obligation convertible, qui n'ouvre droit à des actions qu'à la conversion, ne sont pas traités de la même manière dans le temps. C'est l'opération qui aboutit effectivement à l'entrée au capital qui doit être examinée au regard des conditions de l'IR-PME, et non l'intention initiale. Côté plus-value, la cession ultérieure des titres relève en principe du prélèvement forfaitaire unique, dont le taux global atteint 31,4 % en 2026 pour les plus-values mobilières, après la hausse des prélèvements sociaux. Ce point ne décide pas du choix de l'instrument, mais il doit être intégré dans la simulation de l'investisseur. Pour les montages avec société interposée, il s'articule avec la fiscalité de la holding.
Notre lecture : l'instrument se choisit, le contrat se calibre#
Ni le BSA AIR ni l'obligation convertible ne sont meilleurs dans l'absolu : ils répondent à des besoins différents. Le BSA AIR privilégie la simplicité et l'absence de dette, l'obligation convertible la protection de l'investisseur et une date butoir. Notre conviction, formée dossier après dossier, est que le débat se trompe souvent de sujet : ce n'est pas le nom de l'instrument qui crée ou détruit de la valeur pour les fondateurs, c'est le calibrage de la décote, du plafond et de l'échéance.
Un plafond de valorisation trop bas peut diluer fortement les fondateurs si la société progresse vite, parfois bien plus qu'une augmentation de capital classique. À l'inverse, un plafond négocié avec soin et une décote raisonnable préservent l'équilibre de la table de capitalisation. Notre rôle est de simuler la conversion dans plusieurs scénarios de valorisation au tour suivant, avant la signature, pour que les fondateurs voient précisément ce qu'ils cèdent. Un instrument mal calibré ne se rattrape pas : la conversion s'impose mécaniquement le jour venu.
Le risque sous-estimé : empiler les plafonds sur plusieurs investisseurs#
Le piège que nous voyons le plus souvent n'est pas le choix entre BSA AIR et obligation convertible, mais l'accumulation d'instruments à plafonds différents émis au fil des mois. Chaque business angel négocie son propre plafond et sa propre décote, et la société se retrouve avec une mosaïque de conditions de conversion. Au tour de série A, toutes ces conversions s'additionnent, et la dilution cumulée des fondateurs dépasse largement ce qu'ils avaient anticipé instrument par instrument. La table de capitalisation doit être tenue à jour et simulée globalement, pas contrat par contrat.
Cas fréquent : deux investisseurs, deux instruments sur un même tour#
Des fondateurs en amorçage souhaitaient lever environ 300 000 € auprès de plusieurs business angels, sans figer une valorisation qu'ils jugeaient prématurée. Un premier groupe d'investisseurs, proches du projet et confiants, a souscrit en BSA AIR : encaissement rapide, pas de dette au passif, décote de 20 % et plafond de valorisation négociés pour le futur tour. Un investisseur plus prudent, qui voulait conserver un statut de créancier au cas où la série A tarderait, a préféré une obligation convertible portant intérêt, avec une échéance à dix-huit mois.
En simulant la conversion, l'image s'est précisée. Avec un tour de série A valorisé nettement au-dessus du plafond, les souscripteurs en BSA AIR convertissaient à la valeur plafond, plus favorable pour eux et donc plus dilutive pour les fondateurs que la simple décote. Côté obligation convertible, l'intérêt couru venait s'ajouter au nominal converti, augmentant légèrement le nombre d'actions émises. La dilution cumulée des deux instruments, une fois additionnée, dépassait l'estimation initiale des fondateurs faite contrat par contrat. La lecture consolidée de la table de capitalisation, faite avant la signature, a permis de renégocier un plafond et de répartir l'enveloppe autrement, plutôt que de subir la dilution au moment de la conversion.
En pratique : sécuriser le choix de l'instrument#
- Posez d'abord le besoin de l'investisseur : veut-il un statut de créancier et une échéance ferme (obligation convertible) ou accepte-t-il un risque actionnarial sans dette (BSA AIR) ?
- Simulez la conversion dans au moins trois scénarios de valorisation au tour suivant, pour mesurer l'effet réel de la décote et du plafond sur la dilution des fondateurs.
- Tenez une table de capitalisation consolidée dès le premier euro levé, et mettez-la à jour à chaque nouvel instrument signé.
- Vérifiez l'impact au bilan : une obligation convertible alourdit le passif, à anticiper si un emprunt bancaire est prévu.
- Validez le traitement fiscal de la souscription au regard de l'IR-PME et de ses conditions de conservation avant de promettre quoi que ce soit à l'investisseur.
- Faites relire la clause de plafond et d'échéance : ce sont elles qui décident de la dilution, pas l'intitulé de l'instrument.
Points de vigilance#
- Le BSA AIR n'offre aucun droit au remboursement : si le tour suivant n'a jamais lieu, l'investisseur perd, ce qui peut tendre la relation. À expliquer clairement en amont.
- L'obligation convertible a une échéance ferme : si la série A tarde, la société doit pouvoir rembourser ou renégocier, sous peine de défaut. C'est une contrainte de trésorerie réelle.
- Un plafond de valorisation trop bas est l'erreur la plus coûteuse : il peut diluer les fondateurs au-delà de ce qu'une augmentation de capital classique aurait fait.
- Empiler des instruments à conditions hétérogènes complique la conversion : raisonnez sur la dilution cumulée, pas instrument par instrument.
- L'avantage IR-PME suppose une vraie souscription au capital et le respect de la durée de conservation : ne le présentez pas comme acquis sans vérifier les conditions.
- L'obligation convertible figure en dette au passif : elle peut gêner une demande de financement bancaire ou la lecture du bilan par un futur investisseur.
- La documentation juridique reste indispensable : ces instruments sont simples dans leur principe, mais leurs clauses de conversion engagent durablement la répartition du capital. Une relecture par votre conseil et, le cas échéant, un avocat, s'impose.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un BSA AIR ?+
C'est un bon de souscription d'actions assorti d'un accord d'investissement rapide : l'investisseur verse des fonds immédiatement et reçoit des bons donnant droit à des actions lors d'un futur tour, avec une décote et souvent un plafond de valorisation. Ce n'est pas une dette : il n'y a ni intérêts ni droit au remboursement.
Qu'est-ce qu'une obligation convertible ?+
C'est un titre de créance qui peut être converti en actions lors d'un événement futur, généralement un tour de financement. Elle porte intérêt et doit être remboursée à l'échéance si la conversion n'a pas lieu, ce qui protège l'investisseur en tant que créancier mais l'inscrit en dette au passif de la société.
Quelle est la différence principale entre les deux ?+
Le BSA AIR n'est pas une dette : ni intérêts ni remboursement, le risque est celui d'un actionnaire. L'obligation convertible est une dette : intérêts et remboursement si elle n'est pas convertie, avec une échéance ferme. L'obligation convertible protège davantage l'investisseur, le BSA AIR allège le passif de la société.
Lequel choisir en amorçage ?+
Le BSA AIR convient à un tour précoce, simple et sans dette, entre fondateurs et business angels qui acceptent le risque actionnarial. L'obligation convertible convient quand l'investisseur veut une protection de créancier, ou quand le tour suivant est incertain et qu'une issue ferme à l'échéance est préférable.
Comment la décote et le plafond affectent-ils la dilution ?+
La décote réduit le prix d'entrée de l'investisseur au tour suivant et augmente donc le nombre d'actions qu'il reçoit. Le plafond limite la valeur retenue pour sa conversion : si la société dépasse le plafond, l'investisseur convertit à un prix encore plus avantageux. Plus la décote est forte et le plafond bas, plus les fondateurs se diluent : il faut simuler ces effets avant de signer.
La souscription ouvre-t-elle droit à un avantage fiscal ?+
Une souscription au capital d'une PME éligible peut ouvrir droit à la réduction d'impôt IR-PME, au taux de 18 % de droit commun et 25 % pour les entreprises solidaires agréées (ESUS), dans la limite de 50 000 € pour une personne seule et 100 000 € pour un couple, avec une conservation des titres de cinq ans. L'éligibilité dépend de l'opération qui aboutit effectivement à l'entrée au capital et doit être vérifiée au cas par cas.
À retenir#
- BSA AIR et obligation convertible diffèrent tous deux la valorisation au tour suivant, avec décote et souvent plafond.
- Le BSA AIR n'est pas une dette : ni intérêts ni remboursement, le risque est actionnarial.
- L'obligation convertible est une dette : intérêts, remboursement à l'échéance si pas de conversion, donc plus protectrice.
- Le BSA AIR allège le passif, l'obligation convertible y figure comme dette et alourdit l'endettement affiché.
- Le choix dépend de la maturité du projet, du profil de l'investisseur et de l'effet recherché sur le bilan.
- Décote, plafond et échéance déterminent la dilution future : à simuler globalement dans la table de capitalisation avant de signer.
Sources officielles#
- Bpifrance Création : ouvrir son capital à des investisseurs
- Legifrance : Code de commerce, article L228-91 (valeurs mobilières donnant accès au capital)
- impots.gouv.fr : réduction d'impôt pour souscription au capital de PME (IR-PME, art. 199 terdecies-0 A)
Cet article est publié par Hayot Expertise, cabinet d'expertise comptable inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France. Il a une vocation informative ; une décision propre à votre situation suppose l'examen de votre projet, de votre table de capitalisation, de la documentation juridique et du droit applicable au moment de l'opération.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables. Formateur certifié Pennylane.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de référence citées pour cette page.
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