Risques financiers liés au climat : le cadre TCFD pour les PME
Risques climatiques financiers en PME : distinguer risques physiques et de transition, comprendre le cadre TCFD repris par IFRS S2 et l'ESRS E1.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Les risques climatiques financiers se rangent en deux familles : les risques physiques (inondation, sécheresse, canicule) et les risques de transition (réglementation, technologie, marché, réputation). Le cadre TCFD a structuré leur analyse autour de quatre piliers. Depuis 2023, ces recommandations sont reprises par la norme IFRS S2 et, en Europe, par l'ESRS E1 de la CSRD. Comprendre ces risques aide une PME à anticiper leurs effets sur sa trésorerie et son financement.
Une PME n'est pas une banque cotée, et pourtant le climat s'invite dans ses comptes par plusieurs portes : un assureur qui révise sa prime après une inondation, une banque qui interroge l'exposition au risque physique avant d'accorder un prêt, un grand donneur d'ordre qui demande un plan de transition. Le cadre des risques climatiques financiers, popularisé par la TCFD, donne un langage commun pour traiter ces questions. Cet article explique la distinction entre risques physiques et de transition, l'évolution du cadre TCFD vers les normes actuelles, et où un expert-comptable apporte de la valeur.
Risques physiques et risques de transition#
La distinction structurante oppose deux familles de risques. Les risques physiques découlent directement des phénomènes climatiques. Ils sont aigus lorsqu'ils tiennent à un événement ponctuel (inondation, tempête, incendie), et chroniques lorsqu'ils résultent d'une évolution de long terme (hausse des températures, stress hydrique, montée du niveau de la mer). Pour une PME, cela se traduit par des sites endommagés, des chaînes d'approvisionnement interrompues ou des coûts d'assurance en hausse.
Les risques de transition naissent, eux, du passage vers une économie bas carbone. Ils sont réglementaires (nouvelles normes, taxe carbone), technologiques (obsolescence d'un procédé), de marché (clients qui se détournent d'un produit) ou de réputation. Une entreprise très dépendante d'une énergie fossile ou d'un procédé émissif porte un risque de transition élevé, même si elle n'a jamais subi le moindre événement climatique.
Le cadre TCFD et son évolution#
La Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD) a été créée en 2015 par le Conseil de stabilité financière (FSB), avec des recommandations publiées en 2017. Elle a proposé d'organiser l'information autour de quatre piliers : la gouvernance, la stratégie, la gestion des risques, et les indicateurs et objectifs. Ce découpage est devenu la référence mondiale du reporting climatique.
Point essentiel à connaître en 2026 : la TCFD a achevé ses travaux et a été dissoute en octobre 2023. Le suivi a été confié à la Fondation IFRS et à son conseil ISSB. Les quatre piliers n'ont pas disparu : ils sont intégralement repris dans la norme IFRS S2 sur le climat, qui constitue désormais le socle international. Une entreprise qui applique IFRS S1 et IFRS S2 satisfait, de fait, aux recommandations de la TCFD.
En Europe, la même logique irrigue la directive CSRD et sa norme climat, l'ESRS E1 : risques physiques et de transition, plan de transition, et analyse de double matérialité (effets du climat sur l'entreprise et effets de l'entreprise sur le climat).
Tableau : deux familles de risques#
| Famille | Sous-type | Exemples concrets | Effet financier |
|---|---|---|---|
| Risque physique | Aigu | Inondation, tempête, incendie | Dommages, arrêt d'activité, hausse de prime |
| Risque physique | Chronique | Canicule, stress hydrique, montée des eaux | Baisse de productivité, dévalorisation d'actifs |
| Risque de transition | Réglementaire | Norme, taxe carbone | Surcoût de mise en conformité |
| Risque de transition | Technologique et marché | Procédé obsolète, clients qui se détournent | Perte de chiffre d'affaires, actifs échoués |
Pourquoi une PME non assujettie devrait s'y intéresser#
Même sans obligation de reporting, une PME est exposée à un effet de ruissellement. Les grands groupes assujettis à la CSRD doivent documenter leur chaîne de valeur : ils répercutent leurs questions sur leurs fournisseurs. Les banques intègrent le risque climatique dans leur analyse de crédit. Les assureurs ajustent primes et franchises selon l'exposition physique. Une PME qui sait présenter ses risques climatiques et un début de plan d'adaptation se distingue donc dans un appel d'offres ou une demande de financement.
L'analyse de scénarios, sans usine à gaz#
Le cadre TCFD recommande d'éprouver la résilience d'un modèle d'affaires face à plusieurs scénarios climatiques. Pour un grand groupe, cela mobilise des modèles sophistiqués. Pour une PME, l'exercice peut rester proportionné : identifier les 2 ou 3 risques majeurs, estimer leur effet potentiel sur le chiffre d'affaires et les coûts, et lister des actions d'atténuation. L'objectif n'est pas la précision comptable d'un test de résistance bancaire, mais une cartographie honnête qui éclaire les décisions d'investissement et d'assurance.
Notre lecture#
Dans les dossiers que nous suivons, le climat reste trop souvent traité comme un sujet de communication, alors qu'il s'agit d'un sujet de risque, donc de gestion. La bonne porte d'entrée n'est pas le rapport de durabilité, mais une question simple : qu'est-ce qui, dans le climat, peut faire bouger ma trésorerie dans les 3 à 5 ans. Posée ainsi, l'analyse devient utile au dirigeant, et non un exercice imposé.
Notre conviction est qu'une PME gagne à formaliser, même sommairement, ses risques physiques et de transition avant que la banque ou l'assureur ne le lui demande. Anticiper donne une marge de négociation ; subir la fait perdre.
Le risque sous-estimé#
Le risque le plus négligé n'est pas l'événement climatique spectaculaire, mais la lente érosion de valeur d'un actif. Un local situé en zone inondable, un procédé fortement émetteur, un équipement qui deviendra non conforme : tous peuvent perdre de la valeur ou devenir difficiles à financer, bien avant tout sinistre. C'est ce risque de transition rampant qui pèse sur la valeur d'une entreprise lors d'une cession ou d'une transmission, et qu'il vaut mieux objectiver tôt.
En pratique : où intervient l'expert-comptable#
Un cabinet d'expertise comptable n'est pas un cabinet de climatologie. L'évaluation des aléas physiques fins relève de spécialistes. L'expert-comptable intervient là où le climat rencontre les chiffres :
- La traduction financière des risques : estimer l'effet potentiel d'un risque physique ou de transition sur le résultat et la trésorerie.
- Le lien avec les comptes : dépréciations d'actifs exposés, provisions, durées d'amortissement à réexaminer.
- La préparation du reporting : structurer l'information climatique demandée par les banques, assureurs ou donneurs d'ordre.
- Le plan d'investissement : chiffrer et financer les actions d'adaptation et de réduction.
C'est l'angle de notre accompagnement en RSE et reporting de durabilité CSRD, souvent prolongé par un appui de DAF externalisé. En amont, un premier bilan carbone par scopes fournit la matière chiffrée de l'analyse des risques de transition.
Cas fréquent#
Une PME agroalimentaire sollicite un prêt pour agrandir un site. La banque ajoute au dossier une question sur l'exposition au risque physique et au risque de transition. Faute de réponse structurée, l'instruction traîne 3 mois. En reprenant le dossier, on cartographie deux risques majeurs : le stress hydrique sur l'approvisionnement et la hausse attendue du coût de l'énergie. Chacun est chiffré en effet sur la marge, assorti d'un plan d'atténuation. La banque dispose alors d'un dossier lisible, et la négociation reprend sur des bases saines.
Points de vigilance 2026#
- TCFD intégrée, pas disparue : la TCFD a été dissoute en 2023, mais ses quatre piliers vivent dans IFRS S2 et, en Europe, dans l'ESRS E1.
- Effet de ruissellement : même non assujettie, une PME reçoit les questions climat de ses clients grands comptes, banques et assureurs.
- Double matérialité : le cadre européen demande d'examiner à la fois les effets du climat sur l'entreprise et les effets de l'entreprise sur le climat.
- Proportionnalité : pour une PME, l'analyse de scénarios doit rester simple et utile à la décision, pas calquée sur celle d'un grand groupe.
Questions fréquentes
Quelle différence entre risque physique et risque de transition ?+
Le risque physique découle des phénomènes climatiques : événements aigus (inondation, tempête) ou évolutions chroniques (canicule, montée des eaux). Le risque de transition découle du passage à une économie bas carbone : réglementation, technologie, marché, réputation. Les deux peuvent peser sur la trésorerie et la valeur des actifs.
La TCFD existe-t-elle encore en 2026 ?+
Non. La Task Force on Climate-related Financial Disclosures a achevé ses travaux et a été dissoute en octobre 2023. Ses quatre piliers (gouvernance, stratégie, gestion des risques, indicateurs et objectifs) sont repris dans la norme IFRS S2 et, en Europe, dans l'ESRS E1 de la CSRD.
Une PME non assujettie doit-elle s'en préoccuper ?+
Oui, en pratique. Même sans obligation directe, une PME reçoit des demandes de ses clients grands comptes, de sa banque et de son assureur. Présenter ses risques climatiques et un plan d'adaptation devient un atout dans un appel d'offres ou une demande de financement.
Qu'est-ce que l'analyse de scénarios ?+
C'est l'examen de la résilience du modèle d'affaires face à différents futurs climatiques. Pour une PME, l'exercice reste proportionné : retenir 2 ou 3 risques majeurs, estimer leur effet sur le chiffre d'affaires et les coûts, et lister des actions d'atténuation, sans viser la sophistication d'un test bancaire.
Quel lien avec le bilan carbone ?+
Le bilan carbone mesure les émissions par scopes ; l'analyse des risques climatiques mesure l'exposition financière. Les deux se complètent : un bilan carbone élevé sur un poste fossile signale souvent un risque de transition à intégrer dans l'analyse.
Quel est le rôle de l'expert-comptable ?+
Il traduit les risques climatiques en effets financiers : dépréciations, provisions, durées d'amortissement, plan d'investissement. Il structure aussi l'information attendue par les banques, assureurs et donneurs d'ordre, sans se substituer aux spécialistes de l'évaluation des aléas physiques.
À retenir#
- Les risques climatiques financiers se répartissent en risques physiques (aigus et chroniques) et risques de transition (réglementation, technologie, marché, réputation).
- Le cadre TCFD a structuré l'analyse autour de quatre piliers, dissous en 2023 et repris par IFRS S2 et l'ESRS E1.
- Même non assujettie, une PME reçoit les questions climat de ses clients, banques et assureurs par effet de ruissellement.
- L'analyse de scénarios doit rester proportionnée : 2 ou 3 risques majeurs, leur effet chiffré, des actions d'atténuation.
- Le risque le plus sous-estimé est l'érosion de valeur d'un actif exposé, bien avant tout sinistre.
- L'expert-comptable traduit ces risques en dépréciations, provisions et plan d'investissement, et structure le reporting attendu.
Cabinet Hayot Expertise, inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France. Cet article a une portée informative ; une décision propre à votre situation nécessite l'examen de votre activité, de vos documents et de la réglementation en vigueur.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
Ce sujet relève de notre mission RSE & CSRD | Reporting ESG pour PME et ETI
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