Passer son EI ou son EURL à l'IS : intérêt, irrévocabilité et calcul
Option IS pour une entreprise individuelle ou une EURL : quand elle devient avantageuse, le mécanisme de renonciation sous 5 ans, et un exemple chiffré IR vs IS 2026.
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Création d'entreprise à Paris | Statut, INPI, fiscalitéNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Une entreprise individuelle (via l'assimilation EURL de l'article 1655 sexies du CGI) ou une EURL à associé unique personne physique peut opter pour l'impôt sur les sociétés. L'option vaut engagement, mais reste réversible : vous pouvez y renoncer jusqu'au 5e exercice suivant celui de l'option ; au-delà, elle devient irrévocable. L'IS ouvre un taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis 25 %, et un pilotage entre rémunération et dividendes que l'IR ne permet pas.
L'option IS entreprise individuelle EURL est l'un des arbitrages les plus structurants pour un dirigeant qui voit son résultat progresser. À l'IR, l'intégralité du bénéfice est imposée à votre nom, qu'elle soit retirée ou laissée dans l'entreprise. À l'IS, vous séparez le résultat de la société de votre revenu personnel, et vous décidez de la part que vous vous versez. Ce changement de logique peut alléger la facture globale, mais il engage sur la durée. Avant de basculer, mieux vaut comprendre le mécanisme, son irrévocabilité conditionnelle, et le mesurer sur un cas chiffré.
Contexte 2026 : qui peut opter, et sur quelle base légale ?#
Deux situations ouvrent l'option à l'IS pour un entrepreneur seul.
L'EURL dont l'associé unique est une personne physique relève par défaut de l'impôt sur le revenu (régime des sociétés de personnes). Elle peut opter pour l'IS sur le fondement de l'article 239 du CGI. L'EURL dont l'associé unique est une personne morale est, elle, à l'IS de plein droit.
L'entreprise individuelle, depuis la réforme du statut unique, ne peut plus opter directement pour l'IS : elle doit d'abord demander son assimilation à une EURL au sens de l'article 1655 sexies du CGI. Le texte est explicite : ces options « sont irrévocables et valent option pour l'impôt sur les sociétés ». L'assimilation emporte cessation de l'entreprise individuelle et transfert des actifs à leur valeur réelle, avec des effets comparables à un apport en société. C'est un point que beaucoup de dirigeants ignorent : opter pour l'IS en EI n'est pas une simple case à cocher, c'est une opération qui doit être préparée comptablement.
Ce double régime explique pourquoi le premier réflexe, lorsqu'un client nous interroge, est d'identifier sa structure exacte : choisir entre entreprise individuelle et EURL ne se pose pas dans les mêmes termes selon que l'on raisonne avant ou après création.
L'option à l'IS est-elle vraiment irréversible ?#
C'est l'idée reçue la plus tenace. L'option n'est pas immédiatement définitive. L'article 239 du CGI prévoit une fenêtre de renonciation : en l'absence de renonciation avant la fin du mois précédant la date limite de versement du premier acompte d'impôt sur les sociétés du cinquième exercice suivant celui au titre duquel l'option a été exercée, l'option devient irrévocable.
Concrètement :
- Vous optez pour l'IS au titre d'un exercice N.
- Vous pouvez renoncer et revenir à l'IR pour les exercices N+1 à N+5.
- La renonciation doit être notifiée avant la fin du mois précédant l'échéance du premier acompte d'IS de l'exercice concerné.
- Passé le cinquième exercice suivant l'option, le retour en arrière n'est plus possible : l'IS s'applique définitivement.
- Une renonciation exercée vous prive du droit de réopter ultérieurement pour l'IS.
Cette fenêtre de cinq ans est une sécurité réelle, mais elle ne dispense pas d'anticiper. Renoncer entraîne les conséquences fiscales d'une cessation (article 221 du CGI) et la perte définitive de la faculté d'option. Ce n'est donc pas une marche arrière neutre : c'est un second choix structurant. Pour qui envisage à terme une transformation, passer d'une EURL à une SASU ou comparer SASU et EURL sont des trajectoires distinctes qu'il faut cartographier avant d'opter.
Quels taux d'IS et quelle imposition des dividendes en 2026 ?#
À l'IS, deux niveaux d'imposition se succèdent : la société paie l'IS sur son bénéfice, puis vous, dirigeant, êtes imposé sur ce que vous prélevez (rémunération imposée au barème de l'IR, dividendes imposés au PFU).
Le taux d'IS dépend du bénéfice et de conditions tenant à l'entreprise :
| Tranche de bénéfice (par exercice de 12 mois) | Taux d'IS 2026 | Conditions du taux réduit |
|---|---|---|
| Jusqu'à 42 500 € | 15 % | CA HT < 10 M€ et capital entièrement libéré détenu à 75 % au moins par des personnes physiques |
| Au-delà de 42 500 € | 25 % | Taux normal, sans condition |
Du côté des dividendes, le prélèvement forfaitaire unique (PFU) s'établit en 2026 à 31,4 % : 12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux (dont une CSG portée à 10,6 %, une CRDS de 0,5 % et un prélèvement de solidarité de 7,5 %), applicables aux produits de placement perçus à compter du 1er janvier 2026. L'option pour le barème progressif (avec abattement de 40 % sur le dividende) reste possible et peut être plus favorable aux tranches basses : nous détaillons les arbitrages dans notre analyse du fonctionnement du PFU en 2026 et de l'imposition des dividendes.
Exemple chiffré : IR contre IS sur un bénéfice de 80 000 €#
Prenons une consultante en EURL, célibataire sans enfant, dégageant 80 000 € de résultat avant rémunération et avant impôt. Comparons deux scénarios pour la même année. Les montants sont arrondis et simplifiés à des fins pédagogiques ; ils ne valent pas conseil personnalisé.
Scénario A — EURL à l'IR. Le bénéfice de 80 000 € constitue le revenu professionnel TNS. Il supporte les cotisations sociales du travailleur indépendant (de l'ordre de 35 à 40 % du revenu net selon l'activité ; retenons 30 000 € de cotisations sur l'assiette), puis l'impôt sur le revenu au barème sur le revenu restant. La totalité du résultat est imposée à votre nom, que vous l'ayez prélevée ou non.
Scénario B — EURL à l'IS. Vous vous versez une rémunération de gérant de 40 000 € (déductible du résultat de la société et soumise aux cotisations TNS). Le bénéfice imposable à l'IS tombe alors à 40 000 €. La société paie l'IS, puis vous distribuez le bénéfice net en dividendes, soumis au PFU.
| Poste | Scénario A — IR | Scénario B — IS |
|---|---|---|
| Résultat avant rémunération | 80 000 € | 80 000 € |
| Rémunération du gérant | — (tout est revenu pro) | 40 000 € |
| Cotisations sociales TNS (estimation) | ~30 000 € | ~15 000 € (sur la rémunération) |
| Bénéfice imposable à l'IS | — | 25 000 € (40 000 − 15 000 de charges sociales) |
| IS dû (15 % jusqu'à 42 500 €) | — | ~3 750 € |
| Bénéfice distribuable | — | ~21 250 € |
| Impôt sur le revenu (barème, sur revenu net) | ~7 500 € | ~2 500 € (sur rémunération nette) |
| PFU 31,4 % sur dividendes | — | ~6 673 € |
| Net global en poche (ordre de grandeur) | ~42 500 € | ~43 300 € |
Sur ce profil, l'IS dégage un avantage modeste mais réel, surtout parce qu'il permet de ne pas socialiser ni fiscaliser la totalité du résultat la même année : les sommes laissées dans la société (ici, une partie du résultat conservée en réserve plutôt que distribuée) ne supportent que l'IS, et non les cotisations TNS. C'est l'effet de levier principal de l'IS : la capacité de pilotage. À l'IR, ce levier n'existe pas — vous êtes imposé sur 100 % du résultat.
L'arbitrage s'inverse toutefois quand le bénéfice est intégralement consommé chaque année par le train de vie : la double couche IS + PFU peut alors coûter plus cher que l'IR seul. C'est tout l'enjeu de l'arbitrage rémunération du dirigeant TNS.
Cas particuliers#
Dividendes et cotisations TNS en EURL à l'IS. Attention à un piège : en EURL à l'IS, la part des dividendes qui excède 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes versées en compte courant d'associé est soumise aux cotisations sociales TNS, et non au seul PFU (article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale). Avec un capital de 1 000 €, la quasi-totalité des dividendes y est exposée. Cette règle ne s'applique pas en SASU, où le président est assimilé salarié — un argument souvent décisif dans le choix de structure.
Professions libérales. L'option IS d'une structure d'exercice libéral suit la même logique, mais le passage à l'IS peut affecter l'assiette de cotisation à votre caisse de retraite. Pour les professions libérales, l'analyse doit intégrer les régimes de retraite spécifiques.
Faible bénéfice. En dessous de quelques dizaines de milliers d'euros de résultat et avec une faible tranche marginale d'IR, l'IR reste fréquemment plus simple et moins coûteux. L'IS prend tout son sens quand le résultat dépasse durablement votre besoin de revenu.
Points de vigilance 2026#
- L'option IS d'une EI suppose d'abord l'assimilation EURL (article 1655 sexies) : ce n'est pas une formalité instantanée, elle emporte cessation de l'EI.
- La fenêtre de renonciation court jusqu'au 5e exercice suivant l'option ; au-delà, l'IS est définitif et renoncer interdit toute réoption future.
- Le taux réduit de 15 % suppose un capital libéré détenu à 75 % au moins par des personnes physiques et un CA HT inférieur à 10 M€.
- Le PFU 2026 est à 31,4 % : la couche dividendes n'est pas neutre, surtout si vous distribuez tout chaque année.
- Le seuil des 10 % du capital fait basculer une partie des dividendes en cotisations TNS en EURL à l'IS.
Notre analyse d'expert-comptable#
Récemment, une consultante en EURL à l'IR nous a sollicités : son résultat venait de franchir 90 000 € et sa fiscalité s'était envolée, alors qu'elle n'avait besoin que de 45 000 € pour vivre. Le diagnostic a été net : à l'IR, elle payait cotisations et impôt sur 90 000 € qu'elle ne consommait pas. Nous avons modélisé l'option IS sur trois exercices, en intégrant le seuil des 10 % du capital et le PFU à 31,4 %. L'option a été retenue, avec une augmentation de capital préalable pour élargir l'assiette de dividendes non socialisés. Le gain n'était pas spectaculaire la première année, mais la capacité à laisser du résultat dans la société a changé sa trajectoire patrimoniale.
La leçon que nous en tirons : l'option IS n'est jamais un calcul d'une seule année. C'est une décision de trajectoire, à mesurer sur cinq ans au minimum — précisément la durée de la fenêtre de renonciation. En tant que cabinet inscrit à l'Ordre des experts-comptables, nous refusons les arbitrages « au feeling » : chaque option se valide sur un modèle chiffré intégrant rémunération, dividendes, retraite et capital.
Conseil Hayot Expertise. Ne décidez pas l'option IS sur la seule comparaison de taux. Modélisez votre besoin de revenu réel, la part que vous comptez laisser dans la société, et l'effet du seuil des 10 % du capital sur vos dividendes. Si vous envisagez l'option, profitez de la fenêtre de renonciation comme d'un filet : optez, mesurez sur deux à trois exercices, et conservez la possibilité de revenir à l'IR si le contexte change. Notre accompagnement à la création d'entreprise à Paris et notre stratégie fiscale et holding intègrent systématiquement cette simulation.
Questions fréquentes
L'option à l'IS d'une EI ou d'une EURL est-elle réversible ?+
Oui, mais temporairement. Vous pouvez revenir à l'IR jusqu'au 5e exercice suivant l'option, en notifiant la renonciation avant l'échéance du premier acompte d'IS. Au-delà, l'option devient irrévocable et toute réoption est impossible.
Une entreprise individuelle peut-elle opter directement pour l'IS ?+
Non. Depuis le statut unique, l'entrepreneur individuel doit d'abord demander son assimilation à une EURL au sens de l'article 1655 sexies du CGI. Cette assimilation vaut option pour l'IS. Elle emporte cessation de l'entreprise individuelle et transfert des actifs à leur valeur réelle, ce qui doit être préparé comptablement avant la bascule.
Quel est le taux d'IS applicable en 2026 ?+
Le taux réduit est de 15 % sur la fraction de bénéfice allant jusqu'à 42 500 € par période de douze mois, sous condition d'un chiffre d'affaires inférieur à 10 millions d'euros et d'un capital libéré détenu à 75 % au moins par des personnes physiques. Au-delà de 42 500 €, le taux normal de 25 % s'applique sans condition.
Comment sont taxés les dividendes d'une EURL à l'IS en 2026 ?+
Les dividendes relèvent en principe du prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. En EURL à l'IS, la part des dividendes excédant 10 % du capital social, des primes d'émission et du compte courant d'associé est en outre soumise aux cotisations sociales du travailleur indépendant.
L'IS est-il toujours plus avantageux que l'IR ?+
Non. L'IS avantage les bénéfices non distribués (IS seul, pas de cotisations TNS). Si vous consommez tout le résultat chaque année, la double couche IS puis PFU peut coûter plus cher que l'IR. La décision dépend de votre situation chiffrée.
Quand renoncer à l'option IS pour revenir à l'IR ?+
La renonciation se notifie avant la fin du mois précédant la date limite de versement du premier acompte d'IS de l'exercice visé, et au plus tard au titre du cinquième exercice suivant l'option. Elle entraîne les conséquences fiscales d'une cessation et interdit toute réoption future pour l'IS, ce qui en fait une décision à mesurer avec soin.
À retenir#
- L'EURL à associé unique personne physique opte pour l'IS via l'article 239 du CGI ; l'EI doit d'abord s'assimiler à une EURL via l'article 1655 sexies.
- L'option est réversible jusqu'au 5e exercice suivant, puis irrévocable ; renoncer interdit toute réoption.
- L'IS ouvre un taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %, et la possibilité de piloter rémunération et dividendes.
- Le PFU 2026 sur dividendes est de 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % prélèvements sociaux).
- En EURL à l'IS, les dividendes au-delà de 10 % du capital, primes et compte courant supportent des cotisations TNS.
- L'arbitrage IR/IS est une décision de trajectoire sur cinq ans, à valider sur un modèle chiffré, pas un simple calcul de taux.
Sources officielles#
- Légifrance - Article 1655 sexies du CGI
- Légifrance - Article 239 du CGI (renonciation et irrévocabilité)
- BOFiP - Renonciation à l'option pour l'IS (BOI-IS-CHAMP-20-20-30)
- BOFiP - Taux réduit d'IS des PME (BOI-IS-LIQ-20-20)
- Impots.gouv.fr - Les revenus mobiliers (PFU 2026)
- Légifrance - Article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Légifrance - Article 1655 sexies du CGI (EI assimilée EURL/EARL, option IS)
- Légifrance - Article 239 du CGI (renonciation et irrévocabilité au 5e exercice)
- BOFiP - Renonciation à l'option pour l'assujettissement à l'IS (BOI-IS-CHAMP-20-20-30)
- Impots.gouv.fr - Opter pour l'IS sans changer de régime juridique
- BOFiP - Taux réduit d'IS des PME (BOI-IS-LIQ-20-20)
- Impots.gouv.fr - Les revenus mobiliers (PFU 2026)
- Légifrance - Article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale (dividendes TNS)
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