Officine de pharmacie : marges réglementées, honoraires de dispensation et stock
Marge dégressive lissée, honoraires de dispensation 2026, TVA à 2,1 %, 10 % et 20 %, tiers payant et stock : la mécanique comptable d'une officine expliquée poste par poste.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Le chiffre d'affaires d'une officine combine trois flux : les médicaments remboursables (marge dégressive lissée par tranche de prix fabricant, TVA 2,1 %), les médicaments non remboursables et la parapharmacie (TVA 10 % ou 20 %), et les honoraires de dispensation versés à l'acte (0,61 € par ordonnance, 1,68 € pour les patients de moins de 3 ans ou de plus de 70 ans en 2026). Le tiers payant transforme une grande partie des ventes en créances sur l'assurance maladie et les complémentaires, et le stock — valorisé au coût d'acquisition — doit être inventorié et déprécié pour les périmés.
Contexte 2026#
Une officine de pharmacie repose sur un modèle économique administré, où coexistent une marge commerciale réglementée et une rémunération à l'acte. Depuis 1990, la marge sur les médicaments remboursables est dégressive et lissée ; le barème actuel s'applique depuis le 1er janvier 2020 (arrêté du 12 novembre 2018 modifiant l'arrêté du 4 août 1987). En parallèle, la convention pharmaceutique a instauré, avec une montée en charge depuis 2015, des honoraires de dispensation qui déconnectent une partie de la rémunération du prix des boîtes.
Récemment, un titulaire d'officine nous a sollicités : sa comptabilité agrégeait marge et honoraires dans un même compte de produits, ne ventilait pas les ventes par taux de TVA et ne suivait pas les créances de tiers payant. Impossible, dans ces conditions, d'analyser la rentabilité réelle de l'officine. Nous détaillons ici la mécanique comptable de ces trois flux. Pour les questions de structure juridique, de rémunération du titulaire, de retraite CAVP ou de ROSP, consultez notre guide complet de la pharmacie d'officine, dont cet article est le complément comptable.
Comment se calcule la marge sur les médicaments remboursables ?#
Sur les médicaments remboursables, l'officine n'applique pas un taux de marge librement choisi : la marge dégressive lissée (MDL) est calculée par tranches successives du prix fabricant hors taxe (PFHT), selon un barème national :
| Tranche de PFHT | Taux de marge |
|---|---|
| 0 € à 1,91 € | 10 % |
| 1,92 € à 22,90 € | 7 % |
| 22,91 € à 150,00 € | 5,5 % |
| 150,01 € à 1 930,00 € | 5 % |
| Au-delà de 1 930,00 € | 0 % |
Conséquence économique. La marge en euros est plafonnée sur les médicaments chers : au-delà de 1 930 € de PFHT, chaque euro supplémentaire de prix ne génère plus aucune marge. Quand la part des médicaments onéreux augmente dans l'activité, le chiffre d'affaires gonfle sans marge supplémentaire : le taux de marge global baisse mécaniquement, sans que la rentabilité réelle se dégrade. Piloter une officine sur son seul taux de marge global conduit donc à des conclusions erronées — il faut raisonner en marge en valeur, par flux.
La marge est déterminée ligne à ligne au moment de la facturation, ce qui suppose un logiciel de gestion d'officine (LGO) correctement paramétré et régulièrement mis à jour du barème et des prix administrés.
Remises génériques : un plafond sous surveillance#
Sur les médicaments génériques, les laboratoires peuvent consentir des remises commerciales encadrées par l'article L138-9 du code de la sécurité sociale. Le plafond, longtemps fixé par arrêté à 40 % du PFHT, avait été abaissé à 30 % par un arrêté d'août 2025, suspendu puis contesté ; la LFSS 2026 a finalement inscrit dans la loi un plafond de 40 % pour les génériques (20 % pour les biosimilaires), applicable dès le 1er janvier 2026, la trajectoire au-delà du 1er juillet 2026 restant en discussion. Ces remises ne modifient ni le prix de vente ni la marge réglementaire : elles réduisent le coût d'achat réel et viennent donc majorer la marge effective de l'officine. Vérifiez le plafond en vigueur à la date de vos négociations avec les génériqueurs.
Honoraires de dispensation : la rémunération à l'acte#
Les honoraires de dispensation sont versés lors de la délivrance de médicaments remboursables, en complément de la marge. Montants en vigueur en métropole (l'honoraire lié à l'âge a été revalorisé au 1er janvier 2026) :
| Honoraire | Montant TTC | Déclencheur |
|---|---|---|
| Honoraire lié à l'ordonnance (HDR) | 0,61 € (0,60 € HT) | Chaque ordonnance dispensée |
| Honoraire lié à l'âge (HDA) | 1,68 € (1,65 € HT) | Patient de moins de 3 ans ou de plus de 70 ans |
| Honoraire médicaments spécifiques (HDE) | 3,57 € (3,50 € HT) | Médicaments à dispensation particulière |
| Honoraire ordonnance complexe (HC) | 0,31 € (0,30 € HT) | Ordonnance d'au moins 5 lignes |
| Honoraire au conditionnement | 1,02 € (1,00 € HT) ; 2,76 € (2,70 € HT) en trimestriel | Par boîte délivrée |
La prise en charge par l'assurance maladie obligatoire est de 65 % pour la plupart de ces honoraires (100 % pour l'honoraire d'ordonnance complexe), le solde relevant des complémentaires ou du patient.
Comptabilisation. Trois règles pratiques :
- suivre les honoraires dans une subdivision de produits dédiée, distincte des ventes de marchandises, pour isoler cette rémunération à l'acte dans le compte de résultat ;
- les rattacher à la date de dispensation, pas à la date d'encaissement par les caisses ;
- leur appliquer le régime de TVA des médicaments remboursables : le taux particulier de 2,1 %, comme l'attestent les montants HT/TTC publiés par l'assurance maladie.
Comment ventiler les ventes par taux de TVA ?#
Une officine encaisse, parfois sur un même ticket de caisse, des produits relevant de trois taux de TVA — un cas d'école de différents taux de TVA sur une même facture :
| Taux | Fondement | Produits concernés |
|---|---|---|
| 2,1 % | Article 281 octies du CGI | Médicaments remboursables par la Sécurité sociale, génériques compris — l'essentiel du chiffre d'affaires |
| 10 % | Article 278 quater du CGI | Médicaments à usage humain non remboursables disposant d'une AMM |
| 20 % | Taux normal | Parapharmacie, compléments alimentaires, cosmétiques, matériel non remboursable |
Cette ventilation est obligatoire en comptabilité (subdivisions du compte 707 par taux) et doit être garantie à la source par la caisse ou le LGO, au moyen d'un logiciel certifié ou attesté conforme au dispositif anti-fraude à la TVA (article 286 du CGI). En cas de contrôle, l'administration demande la justification de la répartition du chiffre d'affaires par taux : un paramétrage défaillant du fichier produits expose à des rappels de TVA.
Tiers payant : suivre les créances AMO et AMC#
Avec le tiers payant, l'assurance maladie obligatoire (AMO) et les complémentaires (AMC) règlent directement l'officine à la place du patient — un mécanisme comparable à celui du tiers payant chez l'opticien, mais à une échelle bien supérieure. Points de gestion :
- créances dédiées : suivre les facturations AMO et AMC dans des subdivisions clients distinctes, par organisme, pour connaître à tout moment l'encours attendu ;
- rejets de facturation : une télétransmission rejetée (droits fermés, mutuelle erronée) doit être repérée, corrigée et refacturée rapidement, sous peine de devenir une créance irrécouvrable ;
- rapprochements réguliers : les virements des caisses et des complémentaires doivent être rapprochés des journaux de télétransmission du LGO ; un écart persistant signale une anomalie.
Le décalage d'encaissement — de quelques jours à quelques semaines selon les caisses et les complémentaires — pèse directement sur la trésorerie : plus la part de tiers payant est élevée, plus l'encours de créances est volumineux.
Gestion et valorisation du stock#
Le stock est l'actif circulant stratégique de l'officine. Les règles du plan comptable général s'appliquent :
- Valorisation au coût d'acquisition, selon la méthode du coût unitaire moyen pondéré (CUMP) ou du premier entré, premier sorti (PEPS) — la méthode LIFO est interdite.
- Inventaire physique au moins annuel, pour mesurer la démarque (casse, vol, erreurs de saisie) et fiabiliser la valeur au bilan.
- Dépréciation des périmés et invendables : dotation aux dépréciations (compte 6817) en contrepartie d'un compte de dépréciation de stocks (39), reprise (7817) lors de la destruction ou de la sortie du stock.
- Pilotage de la rotation : l'encours de stock représente souvent de l'ordre d'un à deux mois d'achats ; son poids en euros en fait un levier majeur de trésorerie. Lors d'une cession, la valorisation d'une officine passe d'ailleurs systématiquement par un inventaire contradictoire et une décote des produits à rotation lente.
Cas particuliers#
Officine à forte part de médicaments chers#
Une officine délivrant beaucoup de traitements onéreux (rétrocession de ville, patientèle chronique) verra son taux de marge global s'éroder alors que sa marge en valeur progresse. Le tableau de bord doit présenter la marge par flux (remboursable, non remboursable, parapharmacie, honoraires) plutôt qu'un taux unique.
Nouvelles missions de l'officine#
Vaccination, dépistage, entretiens pharmaceutiques : ces missions génèrent des produits propres, à suivre dans des comptes distincts des ventes de marchandises. Leur régime de TVA dépend de la nature de chaque prestation et de sa prise en charge — un point à valider au cas par cas avec votre conseil plutôt qu'à traiter par analogie. La ROSP (rémunération sur objectifs de santé publique), versée annuellement par l'assurance maladie, constitue elle aussi un produit à part entière, distinct des honoraires de dispensation, à isoler dans un compte dédié — son fonctionnement est détaillé dans le guide complet cité en introduction.
Petites structures et régimes simplifiés#
Le régime micro et la franchise en base de TVA sont en pratique hors de portée d'une officine : les seuils (85 000 € de ventes pour la franchise) sont sans rapport avec le volume d'activité d'une pharmacie, et le suivi du tiers payant impose de toute façon une comptabilité complète — contrairement à une comptabilité d'une micro-entreprise classique.
Points de vigilance 2026#
- Ventilation TVA 2,1 % / 10 % / 20 % : paramétrage du fichier produits et de la caisse à auditer périodiquement ; tout écart expose à un rappel de TVA.
- Honoraires de dispensation : à isoler dans un compte de produits dédié et à rattacher à la date de dispensation ; vérifier les montants en vigueur sur ameli.fr.
- Tiers payant : créances AMO/AMC suivies par organisme, rejets retraités sans délai, rapprochements mensuels entre LGO et comptabilité.
- Stock : inventaire physique annuel, dépréciation des périmés dès identification, suivi de la démarque.
- Remises génériques : plafond de 40 % du PFHT inscrit dans la loi par la LFSS 2026 (article L138-9), trajectoire au-delà du 1er juillet 2026 encore en discussion — à vérifier avant toute négociation annuelle.
- Facturation électronique : toutes les entreprises, officines comprises, doivent pouvoir recevoir des factures électroniques au 1er septembre 2026.
- Recodification TVA : à compter du 1er septembre 2026, les dispositions TVA du CGI sont recodifiées dans le code des impositions sur les biens et services (CIBS) ; les articles cités ici conservent leur portée sous de nouvelles références.
Notre analyse d'expert-comptable#
L'erreur la plus fréquente dans les comptabilités d'officine n'est pas une erreur de saisie : c'est une comptabilité juste mais muette, où marge réglementée, honoraires et parapharmacie se fondent dans un produit unique. Le titulaire pilote alors « au taux de marge », un indicateur que la structure même de la MDL rend trompeur dès que le mix produits évolue.
Récemment, nous avons restructuré le plan de comptes d'une officine parisienne : ventes ventilées par taux de TVA, honoraires isolés, créances de tiers payant suivies par organisme. Le titulaire a découvert que les honoraires de dispensation représentaient 18 % de sa marge globale — une composante stable, indépendante des prix, qu'il n'avait jamais mesurée. Couplée à un suivi de stock rigoureux dans Pennylane, cette lecture par flux a changé ses décisions d'achat et de négociation. C'est précisément le rôle d'un expert-comptable spécialisé en pharmacie : faire parler une comptabilité administrée.
Conseil Hayot Expertise. Exigez de votre comptabilité un compte de résultat mensuel ventilé en quatre flux : ventes à 2,1 % (marge MDL), ventes à 10 %, ventes à 20 % (parapharmacie) et honoraires de dispensation. Suivez vos créances de tiers payant par organisme avec une relance systématique des rejets, et planifiez un inventaire physique annuel avec dépréciation des périmés. Une tenue de comptabilité structurée par flux et un accompagnement en fiscalité transforment une comptabilité réglementaire en outil de pilotage.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la marge dégressive lissée (MDL) en pharmacie ?+
C'est le barème national qui fixe la marge de l'officine sur les médicaments remboursables, par tranches de prix fabricant hors taxe : 10 % jusqu'à 1,91 €, 7 % de 1,92 à 22,90 €, 5,5 % de 22,91 à 150 €, 5 % de 150,01 à 1 930 €, 0 % au-delà. Ce barème s'applique depuis le 1er janvier 2020.
Quels sont les montants des honoraires de dispensation en 2026 ?+
En métropole : 0,61 € TTC par ordonnance, 1,68 € pour les patients de moins de 3 ans ou de plus de 70 ans (montant revalorisé au 1er janvier 2026), 3,57 € pour certains médicaments spécifiques, 0,31 € pour une ordonnance d'au moins 5 lignes et 1,02 € par boîte délivrée, porté à 2,76 € pour un grand conditionnement trimestriel.
Quel taux de TVA s'applique aux médicaments en pharmacie ?+
Trois taux coexistent : 2,1 % pour les médicaments remboursables (article 281 octies du CGI), 10 % pour les médicaments non remboursables disposant d'une AMM (article 278 quater) et 20 % pour la parapharmacie et les autres produits. La ventilation des ventes par taux est obligatoire.
Le tiers payant ralentit-il la trésorerie d'une officine ?+
Oui. La part des ventes réglée par l'assurance maladie et les complémentaires devient une créance, encaissée avec un décalage de quelques jours à quelques semaines. Plus la part de tiers payant est élevée, plus l'encours est volumineux : un suivi par organisme et un retraitement rapide des rejets sont indispensables.
Comment valoriser le stock d'une pharmacie ?+
Au coût d'acquisition, selon la méthode CUMP ou PEPS — le LIFO est interdit. Un inventaire physique annuel mesure la démarque, et les produits périmés ou invendables sont dépréciés par une dotation comptable, reprise lors de leur destruction. La qualité du stock pèse directement dans la valorisation de l'officine.
Quel est le plafond des remises sur les médicaments génériques ?+
Les remises des laboratoires sont plafonnées à 40 % du prix fabricant hors taxe pour les génériques (20 % pour les biosimilaires), un plafond inscrit dans la loi par la LFSS 2026 (article L138-9). La trajectoire au-delà du 1er juillet 2026 reste en discussion : vérifiez avant toute négociation annuelle.
À retenir#
- Marge dégressive lissée : barème national par tranches de PFHT (10 % / 7 % / 5,5 % / 5 % / 0 % au-delà de 1 930 €), appliqué depuis 2020 — piloter en marge en valeur, pas en taux global.
- Honoraires de dispensation 2026 : 0,61 € par ordonnance, 1,68 € lié à l'âge, 3,57 € médicaments spécifiques, 0,31 € ordonnance complexe, 1,02 € par boîte (2,76 € en grand conditionnement trimestriel) — à isoler en comptabilité, TVA 2,1 %.
- Trois taux de TVA : 2,1 % remboursables, 10 % non remboursables avec AMM, 20 % parapharmacie — ventilation obligatoire du compte 707, caisse ou LGO conforme.
- Tiers payant : créances AMO/AMC par organisme, rejets retraités, rapprochements mensuels.
- Stock : CUMP ou PEPS, inventaire annuel, dépréciation des périmés — un à deux mois d'achats immobilisés en trésorerie.
- Remises génériques : plafond de 40 % inscrit dans la loi par la LFSS 2026 (L138-9), à revérifier après le 1er juillet 2026.
Sources officielles#
- Légifrance — Arrêté du 12 novembre 2018 (barème de marge des pharmaciens, annexe applicable depuis 2020)
- ameli.fr — Les honoraires et actes des pharmaciens
- BOFiP — TVA, produits imposables au taux particulier de 2,10 % (BOI-TVA-LIQ-40-10)
- Légifrance — CGI, art. 278 quater (TVA 10 % sur les médicaments non remboursables)
- Légifrance — Code de la sécurité sociale, art. L138-9 (plafond des remises génériques)
- Ordre national des pharmaciens — Rétablissement provisoire du plafond de remise à 40 %

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Légifrance — Arrêté du 12 novembre 2018 (barème de marge des pharmaciens, annexe applicable depuis 2020)
- ameli.fr — Les honoraires et actes des pharmaciens
- BOFiP — TVA, produits imposables au taux particulier de 2,10 % (BOI-TVA-LIQ-40-10)
- Légifrance — CGI, art. 278 quater (TVA 10 % sur les médicaments non remboursables)
- Légifrance — Code de la sécurité sociale, art. L138-9 (plafond des remises génériques)
- Ordre national des pharmaciens — Rétablissement provisoire du plafond de remise à 40 %
Ce sujet relève de notre mission Tenue comptable à Paris | Révision, clôture, liasse
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