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Secteur Santé 37 min de lecture

Comptabilité d'une pharmacie : obligations, plan comptable et bilan d'officine

Expert-comptable certifié Revu par Samuel HAYOT Mis à jour :

Réponse rapide : comment fonctionne la comptabilité d'une pharmacie d'officine ?#

La comptabilité d'une pharmacie d'officine est une comptabilité commerciale relevant des BIC, même si le titulaire est un professionnel de santé. Ses spécificités : une TVA à quatre taux (2,1 %, 5,5 %, 10 %, 20 %), une marge réglementée sur les médicaments remboursables, des remises fournisseurs plafonnées par la loi, des produits conventionnels versés avec décalage (honoraires, ROSP) et un stock qui domine l'actif du bilan.

Vous cherchez plutôt un cabinet pour tenir la comptabilité de votre officine ? La page cabinet comptable spécialisé pharmacie présente la mission et les honoraires.

À jour au 2 septembre 2026.

Introduction : ce que la comptabilité d'une officine a de particulier#

La pharmacie d'officine est une entreprise à part. Elle cumule les contraintes d'une profession de santé réglementée (obligations déontologiques, convention avec l'Assurance Maladie, missions de service public) et celles d'un commerce soumis à la loi du marché, à la pression des marges et à la concurrence croissante des groupements. En 2026, cette dualité s'est encore accentuée : les pharmaciens doivent absorber de nouvelles missions (vaccinations, entretiens pharmaceutiques, téléconsultation, TROD), gérer une TVA à taux multiples d'une complexité redoutable et anticiper les effets d'une réforme structurelle du modèle économique officinal engagée depuis plusieurs années.

Sur le plan comptable, cette dualité se traduit par six particularités que l'on ne retrouve dans aucun autre commerce de détail : elles sont résumées ci-dessous, puis reprises une à une dans la suite du guide.

Ce guide traite la comptabilité de l'officine elle-même : le régime fiscal applicable, les obligations du titulaire, l'organisation du plan de comptes, la TVA médicaments, l'inventaire et la lecture du bilan. Si vous cherchez plutôt qui confier ce travail, à quel prix et selon quelle méthode, notre page dédiée à l'expert-comptable pharmacie présente la mission, les honoraires et le déroulé d'un dossier d'officine.

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Les spécificités comptables d'une pharmacie d'officine#

Avant d'entrer dans le détail, voici les six spécificités comptables qui distinguent une officine d'un commerce ordinaire. Chacune est développée plus loin dans le guide.

SpécificitéCe qu'elle change dans les comptes
Régime BIC, pas BNCComptabilité commerciale d'engagement (stock, créances, dettes, factures), régime BIC ou IS selon la structure, alors que les autres professions de santé déclarent en BNC
TVA à quatre tauxVentilation des ventes à 2,1 %, 5,5 %, 10 % et 20 % dès le LGO ; la CA3 se contrôle par rapprochement entre le chiffre d'affaires par taux du logiciel et la comptabilité
Marge réglementéeSur les médicaments remboursables, la marge dégressive lissée (MDL) est fixée par arrêté : 10 % jusqu'à 1,91 € de prix fabricant HT, 7 % de 1,92 à 22,90 €, 5,5 % de 22,91 à 150 €, 5 % de 150,01 à 1 930 €, 0 % au-delà (arrêté du 12 novembre 2018, en vigueur depuis le 1er janvier 2020)
Remises fournisseurs plafonnéesLes remises sur génériques sont plafonnées à 40 % du prix fabricant HT (20 % pour les biosimilaires) depuis le 1er janvier 2026 (LFSS 2026) ; elles se comptabilisent en réduction du coût d'achat, jamais en produit
Produits conventionnels décalésHonoraires de dispensation et ROSP sont versés par l'Assurance Maladie avec décalage : la ROSP se rattache à l'exercice des objectifs par un produit à recevoir
Stock dominant20 à 40 jours de chiffre d'affaires immobilisés : inventaire physique, valorisation et dépréciation des périmés et de la faible rotation pèsent directement sur le résultat

Ces six points expliquent pourquoi le plan de comptes d'une officine, les contrôles mensuels et la lecture du bilan ne se calquent pas sur ceux d'un autre commerce de détail. Les sections qui suivent les reprennent une à une.

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1. Comprendre le modèle économique de l'officine en 2026#

1.1 Les sources de revenus d'une pharmacie#

Le chiffre d'affaires d'une officine est structuré autour de cinq grandes catégories, chacune avec son propre régime de marge et de TVA :

CatégoriePart CA moyenneTaux TVAType de marge
Médicaments remboursables (TFR)55 à 65 %2,1 %Marge réglementée
Médicaments non remboursables (OTC conseil)10 à 15 %10 %Marge libre
Parapharmacie / cosmétiques8 à 12 %20 %Marge libre
Matériel médical (orthopédie, maintien à domicile)3 à 7 %20 %, ou 5,5 % pour les seuls appareillages listés à l'article 278-0 bis du CGIMarge partiellement réglementée
Honoraires de dispensation5 à 12 %2,1 %Tarif conventionnel

L'honoraire de dispensation, créé par la convention pharmaceutique, représente une part croissante du résultat des officines. Il est versé par l'Assurance Maladie directement à l'officine et rémunère l'acte de dispensation indépendamment du prix du médicament. En 2026, l'honoraire à l'ordonnance (HDR) est de 0,61 € TTC, l'honoraire lié à l'âge (HDA, patients de moins de 3 ans ou de plus de 70 ans) de 1,68 € TTC, l'honoraire HDE de 3,57 € TTC et l'honoraire HC de 0,31 € TTC, tous soumis à la TVA de 2,1 % (ameli.fr, page mise à jour le 17 avril 2026). En comptabilité, ces honoraires se suivent dans un compte de produits distinct des ventes de marchandises, ce qui permet de lire la part de la rémunération conventionnelle dans le chiffre d'affaires.

1.2 La marge brute globale : l'indicateur-clé de l'officine#

La marge brute d'une officine se situe, en ordre de grandeur généralement constaté dans la profession, entre 28 % et 34 % du chiffre d'affaires TTC. Elle varie fortement selon :

  • La politique de substitution générique (taux ROSG)
  • Le mix produits (ratio médicaments remboursables / OTC / parapharmacie)
  • La négociation avec les laboratoires et grossistes (remises de fin d'année, RFA), dans la limite des plafonds légaux sur les génériques
  • La localisation (officine urbaine, rurale, de centre commercial)

Un écart de 2 points de marge brute sur une officine à 2 M€ de CA représente 40 000 € de résultat supplémentaire. C'est l'indicateur à suivre par famille de produits, mois par mois, à partir des états de marge du LGO rapprochés de la comptabilité.

1.3 La structure des charges d'une officine#

Poste de chargePoids moyen (% CA)
Achats de marchandises (nets de remises)68 à 72 %
Charges de personnel (hors titulaire)12 à 16 %
Loyer et charges locatives2 à 4 %
Amortissements (logiciel, aménagements)0,5 à 1,5 %
Charges financières (remboursement emprunt)1 à 3 %
Autres charges externes2 à 4 %

Le résultat courant avant impôt (RCAI) d'une officine se situe, en ordre de grandeur couramment observé, entre 8 % et 14 % du CA TTC. En dessous de 8 %, la structure de marge et de charges mérite un examen poste par poste. Au-delà de 14 %, l'officine se situe dans le haut de la fourchette habituelle.

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2. La TVA médicaments : quatre taux dans une même officine#

2.1 La matrice des taux de TVA applicable en pharmacie#

La gestion de la TVA est sans doute la complexité fiscale la plus spécifique au secteur officinal. Contrairement à la plupart des commerces qui n'appliquent qu'un seul taux, la pharmacie jongle quotidiennement avec quatre taux distincts.

Règle générale (références en vigueur en 2026) :

  • 2,1 % : médicaments remboursables et préparations magistrales remboursables (article 281 octies du CGI), génériques compris lorsqu'ils sont remboursables, ainsi que les honoraires de dispensation
  • 10 % : préparations magistrales, produits officinaux et médicaments à usage humain qui ne relèvent pas de l'article 281 octies, c'est-à-dire non remboursables (article 278 quater du CGI)
  • 5,5 % : périmètre défini par l'article 278-0 bis du CGI, sans rapport avec le rayon. D'une part (A-2°, BOI-TVA-LIQ-30-10-50) : les appareillages pour personnes handicapées inscrits aux chapitres 1er et 3 à 7 du titre II et au titre IV de la liste des produits et prestations (ceux du titre III sur liste fixée par arrêté), les aides techniques conçues pour les personnes handicapées, le matériel d'autocontrôle du diabète (autopiqueurs, lecteurs de glycémie, seringues et stylos à insuline, bandelettes) et les appareillages pour incontinents et stomisés. D'autre part, au comptoir, les produits relevant du 5,5 % de droit commun : denrées alimentaires (A-1°), protections périodiques (A-1° bis) et préservatifs (A-1° ter). Le raccourci « tous les dispositifs médicaux » ou « tout le matériel de maintien à domicile » est faux : le reste du matériel médical est à 20 %, même inscrit à la LPP
  • 20 % : parapharmacie, cosmétiques et tout produit qui ne relève d'aucun taux réduit

Les articles 281 octies et 278 quater sont abrogés au 1er janvier 2027 par l'ordonnance n° 2025-1247 du 17 décembre 2025, qui recodifie la TVA : les références citées ici sont celles de 2026.

2.2 Les cas complexes qui génèrent des erreurs#

Plusieurs catégories de produits génèrent fréquemment des erreurs de taux, source potentielle de redressement fiscal :

  • Les préparations magistrales : le taux dépend du caractère remboursable ou non de la préparation (2,1 % ou 10 %)
  • Les médicaments homéopathiques : sortis du remboursement depuis le 1er janvier 2021, ils relèvent du taux de 10 % (et non plus de 2,1 %)
  • Les dispositifs médicaux, connectés ou non : le taux de 5,5 % ne se déduit ni du rayon ni de la seule inscription à la LPP ; il suppose que le produit entre dans l'une des catégories de l'article 278-0 bis (appareillages pour personnes handicapées des chapitres visés, aides techniques, autocontrôle du diabète, incontinence et stomies) ; à défaut, c'est 20 %
  • Les produits frontières (parapharmacie, compléments, produits de santé sans AMM) : c'est le statut du produit, et non son rayon, qui décide du taux ; en cas de doute, le taux se vérifie au BOFiP avant le paramétrage, pas après un contrôle

Le paramétrage du LGO (logiciel de gestion d'officine : Winpharma, LGPI, Opus, Pluspharmacie) par taux de TVA est le point de départ de toute la chaîne : c'est lui qui alimente la ventilation des ventes, puis la CA3 mensuelle. Une erreur de paramétrage se répète à chaque ticket.

2.3 La déclaration de TVA de la pharmacie : méthodologie#

La pharmacie est généralement assujettie à la TVA réelle normale avec dépôt mensuel de la CA3. Le montant de TVA collectée à chaque taux est déterminé à partir :

  1. Des tickets Z quotidiens du logiciel officinal
  2. Des remontées automatisées via la connexion LGO ↔ logiciel comptable
  3. D'un contrôle de cohérence mensuel (rapprochement CA ventes / CA retours / écarts de caisse)

La TVA déductible sur les achats est intégralement récupérable (la pharmacie n'est pas soumise à prorata de déduction sauf si elle exerce une activité exonérée comme la location d'espaces).

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3. Les structures juridiques de la pharmacie : SEL, SPFPL et montages holding#

3.1 L'exercice en nom propre (BIC)#

Un pharmacien titulaire peut exercer en nom propre. Contrairement aux autres professions de santé, il relève alors des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), et non des BNC : le BOFiP (BOI-BIC-CHAMP-60-30, § 140) range expressément « les bénéfices réalisés par les pharmaciens dans l'exploitation de leur officine » dans les BIC, parce que l'officine est un fonds de commerce. La comptabilité est donc une comptabilité commerciale d'engagement, avec stock, créances et dettes. Ce régime, historiquement le plus répandu, présente des inconvénients :

  • Imposition personnelle à l'IR de l'intégralité du bénéfice, même non prélevé
  • Cotisations sociales TNS (URSSAF, CAVP) calculées sur le bénéfice net BIC
  • Absence de séparation patrimoniale entre l'officine et le patrimoine personnel
  • Pas d'arbitrage possible entre rémunération et dividendes

Cas type (exemple représentatif) : pour un bénéfice BIC de 150 000 € et un titulaire imposé à une tranche marginale de 41 %, l'addition des cotisations CAVP et URSSAF et de l'impôt sur le revenu peut représenter de l'ordre de la moitié du bénéfice, selon la situation familiale et les autres revenus du foyer.

3.2 La SELARL ou SELAS : la structure incontournable#

La Société d'Exercice Libéral (SELARL à responsabilité limitée ou SELAS par actions simplifiée) permet de passer à l'Impôt sur les Sociétés (IS). C'est la structure le plus souvent étudiée à partir de 80 000 à 100 000 € de bénéfice net, ordre de grandeur à confronter à une simulation sur les chiffres de l'officine.

Avantages fiscaux et sociaux :

ParamètreBIC (nom propre)SELARL à l'IS
Base de cotisations socialesBénéfice BIC totalRémunération versée uniquement
Impôt sur bénéfice non distribuéIR (jusqu'à 45 %)IS (15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà)
Charges sociales sur dividendesNon applicable18,6 % de prélèvements sociaux, plus cotisations TNS au-delà de 10 % du capital
Arbitrage rémunération/dividendesSans objetPossible (rémunération de gérance et dividendes)
Séparation patrimoineNonOui

Cas type (exemple représentatif) pour un bénéfice d'officine de 200 000 €, hypothèses simplifiées :

  • En nom propre (BIC) : ~95 000 € de charges sociales + IR = revenus nets ~105 000 €
  • En SELARL IS avec rémunération de 80 000 € : charges sociales ~40 000 €, IS sur 120 000 € de bénéfice résiduel = 15 000 € (taux réduit) + 5 000 € (taux normal), soit revenus nets (rémunération nette + trésorerie conservée) ~140 000 €

Dans cet exemple, l'écart atteint environ 35 000 € par an. Il dépend entièrement des hypothèses retenues (niveau de rémunération, politique de distribution, situation familiale) et ne vaut pas règle générale : la comparaison se refait sur les chiffres réels de l'officine.

3.3 La SPFPL : la holding de pharmacie#

La Société de Participations Financières de Profession Libérale (SPFPL) est la holding spécifique aux pharmaciens. Elle détient les parts de la SEL et permet :

1. Le montage LBO (Leveraged Buy-Out) : La SPFPL emprunte pour acquérir les parts de la SEL. Les dividendes remontés de la SEL vers la SPFPL bénéficient du régime mère-fille (exonération de 95 % des dividendes reçus, seule une quote-part de frais et charges de 5 % est imposable, soit une imposition effective de 1,25 % sur les dividendes). Ces dividendes remboursent l'emprunt d'acquisition sans passer par la case "revenus personnels du pharmacien".

2. La détention de participations dans plusieurs SEL : Le Code de la santé publique encadre le nombre de participations qu'un pharmacien titulaire peut détenir, directement ou par une SPFPL, dans d'autres SEL d'officine, et soumet ces montages à des formalités auprès de l'Ordre. Le plafond exact et ses conditions se vérifient sur le texte en vigueur avant toute prise de participation. La holding facilite ensuite la gestion centralisée des flux financiers entre officines.

3. L'OBO (Owner Buy-Out) : Le pharmacien vend ses parts de SEL à sa propre SPFPL, récupérant ainsi du capital non imposé (ou faiblement imposé sur la plus-value de cession de parts de SEL). Ce mécanisme permet de monétiser une partie du capital de l'officine sans la céder.

4. L'entrée d'un associé junior : La SPFPL permet d'intégrer un pharmacien adjoint souhaitant devenir associé en lui cédant des parts de holding, sans modifier la structure de la SEL opérationnelle.

Point d'attention SPFPL : La SPFPL est soumise à des règles spécifiques de détention (seuls des pharmaciens titulaires peuvent en être associés majoritaires) et à l'agrément de l'Ordre. Ces montages se sécurisent avec un avocat spécialisé en droit des sociétés d'exercice libéral.

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4. La rémunération du pharmacien titulaire : quatre modes et leur traitement#

4.1 Les leviers de rémunération en SELARL#

En SELARL à l'IS, le pharmacien titulaire dispose de quatre modes de rémunération, à arbitrer selon la situation :

1. La rémunération de gérant (ou de président en SELAS) Déductible du résultat imposable de la société (réduit l'IS), soumise aux cotisations sociales TNS (gérant majoritaire SELARL) ou assimilé-salarié (président SELAS).

2. Les dividendes Distribués après paiement de l'IS sur le résultat, imposés ensuite au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % prélèvements sociaux) ou sur option au barème progressif. En SELARL (gérant majoritaire), les dividendes supérieurs à 10 % du capital + compte courant sont soumis aux cotisations sociales TNS en plus des prélèvements sociaux, un piège fréquent.

3. Le compte courant d'associé rémunéré Le pharmacien peut avancer des fonds à sa société (compte courant créditeur) et percevoir des intérêts déductibles pour la société, dans la limite du taux Bofip en vigueur. Mécanisme d'optimisation complémentaire.

4. La location de la clientèle / du fonds Dans certains montages de cession partielle avec un jeune associé, le cédant peut percevoir une redevance de location du fonds de commerce. Régime fiscal spécifique à étudier.

4.2 Cas types (exemples représentatifs) de répartition selon le résultat#

Résultat SELARL avant rémunérationRémunération retenueDividendes retenusPression fiscale/sociale nette
100 000 €60 000 € bruts15 000 € nets~42 %
150 000 €75 000 € bruts25 000 € nets~40 %
200 000 €90 000 € bruts40 000 € nets~38 %
300 000 €100 000 € bruts80 000 € nets~36 %

Ces fourchettes sont indicatives. L'optimisation précise dépend de votre situation familiale (quotient familial), de votre régime matrimonial, de vos revenus fonciers éventuels et de vos objectifs patrimoniaux.

4.3 Le statut TNS vs assimilé-salarié : quel choix pour le pharmacien ?#

CritèreTNS (gérant majoritaire SELARL)Assimilé-salarié (président SELAS)
Cotisations socialesAssiette = rémunération de gérance (et dividendes au-delà de 10 % du capital), taux TNSAssiette = salaire, cotisations salariales et patronales : coût global plus élevé pour un même net
Couverture maladieCPAM (pharmaciens affiliés régime général)Régime général Sécu complète
RetraiteCAVP obligatoireCAVP + régime général (points Sécu)
ChômageNon (pas d'assurance chômage)Possible si contrat de travail distinct
Protection socialeMoins de prévoyance obligatoireProtection complète

En pratique : pour un titulaire en SELARL, le statut TNS ressort le plus souvent moins coûteux en cotisations pour un même net, à condition de compléter la protection sociale par un contrat Madelin (prévoyance + complémentaire retraite) ; la comparaison se fait sur le cas.

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5. La CAVP et la retraite du pharmacien : cotisations 2026 et compléments#

5.1 Fonctionnement de la CAVP#

La Caisse d'Assurance Vieillesse des Pharmaciens (CAVP) est la caisse de retraite obligatoire de tous les pharmaciens inscrits à l'Ordre. Elle gère :

  • Le régime de base : cotisation proportionnelle au revenu professionnel (bénéfice BIC ou rémunération de gérance)
  • Le régime complémentaire : une part en répartition et une part en capitalisation, cette dernière selon une classe d'affectation fixée par le revenu de référence
  • Le régime invalidité-décès : cotisation forfaitaire

Cotisations 2026 (notice officielle CAVP « Les cotisations du pharmacien libéral en 2026 ») :

RégimeCotisation 2026
Base, tranche 18,73 % du revenu de 0 à 1 PASS (48 060 €) pour les cotisations dues à compter de 2025 ; l'appel provisionnel 2026 est encore calculé à 8,23 %
Base, tranche 21,87 % du revenu de 0 à 5 PASS (240 300 €), dès le premier euro et non à partir du PASS
ComplémentairePart en répartition : 7 657 € ; part en capitalisation : de 2 906 € à 17 436 € selon la classe (3 à 13)
Invalidité-décès696 € forfaitaires

Le PASS 2026 est fixé à 48 060 € (arrêté du 22 décembre 2025).

5.2 Optimiser sa retraite CAVP : la stratégie de rachat de points#

Un pharmacien peut racheter des trimestres de retraite CAVP pour :

  • Les années d'études (jusqu'à 12 trimestres)
  • Les années à revenu réduit (début de carrière)
  • Les années exercées à l'étranger

Le coût du rachat dépend de l'âge au moment de la demande et du revenu de référence. Le rendement actuariel du rachat (coût aujourd'hui contre supplément de pension espéré) se calcule avant de décider, car l'opération n'est pas toujours favorable.

5.3 Le plan d'épargne retraite (PER) du pharmacien#

En complément de la CAVP, le PER individuel ou PER entreprise permet de construire une retraite supplémentaire par capitalisation avec une déductibilité fiscale immédiate.

Pour un pharmacien en SELARL à l'IS :

  • Le PER entreprise (PERO) abondé par la société est déductible du résultat imposable (IS)
  • Les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable du pharmacien dans la limite du plafond Madelin ou du disponible épargne retraite

Cas type (exemple représentatif) : Un pharmacien avec un revenu imposable de 90 000 € verse 15 000 € sur son PER, dans la limite de son plafond de déduction. Économie fiscale l'année du versement : 15 000 € × 41 % (TMI) = 6 150 €. L'effort d'épargne net est de 8 850 € pour 15 000 € placés ; la sortie du PER sera imposée, ce qui tempère l'avantage apparent.

5.4 Les contrats Madelin : prévoyance, santé et retraite#

Les contrats loi Madelin permettent aux TNS (dont les pharmaciens en nom propre ou gérants de SELARL) de déduire de leur revenu imposable les cotisations versées pour :

  • La prévoyance (incapacité de travail, invalidité, décès) et la complémentaire santé : plafond de déduction = 7 % du PASS + 3,75 % du bénéfice imposable, dans la limite de 3 % de 8 PASS
  • La retraite supplémentaire : plafond = 10 % du bénéfice imposable retenu dans la limite de 8 PASS, plus 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS, ou 10 % du PASS si ce montant est plus favorable
  • La perte d'emploi : plafond = 1,875 % du bénéfice imposable ou 2,5 % du PASS

Ces plafonds sont ceux de l'article 154 bis du CGI (version en vigueur depuis le 11 mars 2023), avec un PASS 2026 de 48 060 €.

L'enveloppe Madelin se dimensionne chaque année sur le bénéfice réel de l'exercice : un écart de quelques milliers d'euros d'assiette représente plusieurs centaines d'euros d'impôt en plus ou en moins.

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6. La ROSP : rémunération sur objectifs de santé publique#

6.1 Qu'est-ce que la ROSP pharmacien ?#

La Rémunération sur Objectifs de Santé Publique (ROSP) est un versement annuel de l'Assurance Maladie, calculé sur la base d'indicateurs de qualité de dispensation. Elle constitue une source de revenus complémentaires non négligeable pour l'officine.

Les principaux indicateurs de la ROSP pharmacien :

  • Taux de substitution générique (ROSG)
  • Prescription dans le répertoire des génériques
  • Entretiens pharmaceutiques (AVK, asthme, AOD)
  • Accompagnement des sorties d'hospitalisation
  • Bilans de médication partagés

Les seuils et les pondérations de chaque indicateur sont fixés par la convention pharmaceutique et révisés par avenant : ils se lisent sur le tableau de bord Ameli Pro de l'officine. Le montant de la ROSP varie fortement d'une officine à l'autre ; il figure sur le relevé annuel de l'Assurance Maladie et se rapproche du produit à recevoir comptabilisé.

6.2 Comment la ROSP se comptabilise et se suit#

La ROSP est versée avec décalage (N+1, souvent au premier semestre de l'année suivante). Quatre gestes en découlent :

  1. Provisionner la ROSP estimée à la clôture de chaque exercice (comptabilisation en "produits à recevoir")
  2. Analyser le tableau de bord ROSP mensuel disponible sur Ameli Pro pour anticiper les résultats
  3. Paramétrer les alertes dans le LGO pour signaler les ordonnances substituables non substituées
  4. Intégrer la ROSP dans le calcul du résultat fiscal et social de l'exercice
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7. La gestion des stocks de l'officine : un enjeu comptable et financier majeur#

7.1 L'inventaire comptable de la pharmacie#

Le stock de médicaments et de parapharmacie constitue généralement le poste le plus important du bilan de l'officine, représentant entre 20 et 40 jours de chiffre d'affaires selon la politique d'approvisionnement.

Méthodes de valorisation du stock :

  • Méthode PEPS (Premier Entré, Premier Sorti) : valorisation au prix d'achat le plus récent, recommandée pour les médicaments à date de péremption
  • Méthode du coût moyen pondéré (CMP) : adaptée à des stocks moins rotatifs

La procédure d'inventaire annuel (ou trimestriel si nécessaire) suit quatre étapes :

  1. Extraction du stock valorisé depuis le LGO (Winpharma, Lgpi, Opus)
  2. Comptage physique contradictoire avec votre équipe
  3. Traitement des écarts (démarque inconnue, périmés, casse)
  4. Comptabilisation des provisions pour dépréciation (produits périmés ou à faible rotation)

7.2 L'optimisation du BFR (Besoin en Fonds de Roulement)#

Le BFR de la pharmacie est structurellement important : vous payez vos fournisseurs (laboratoires, grossistes-répartiteurs) avant d'être remboursé par l'Assurance Maladie (délai moyen : 15 à 20 jours).

Leviers d'optimisation du BFR :

LevierImpact
Négociation des délais de paiement grossistesRéduction directe du BFR
Accélération du cycle de télétransmission SESAM-VitaleRemboursement AM plus rapide
Réduction du stock dormant (produits > 90 jours sans vente)Libération de trésorerie
Retour des invendus aux grossistesRécupération de cash
Escompte de règlement fournisseurÉconomie sur charges financières

Le tableau de trésorerie prévisionnel se suit mois par mois, en intégrant les pics de dépense (renouvellement de stock avant les fêtes, investissements d'aménagement) et les creux saisonniers.

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Lire le bilan comptable d'une pharmacie d'officine#

Le bilan comptable d'une pharmacie se lit en cinq postes, qui concentrent l'essentiel de l'information utile au titulaire, au banquier et à l'acquéreur.

1. Le stock (actif circulant). Premier poste de l'actif d'exploitation, il représente 20 à 40 jours de chiffre d'affaires. Deux questions à se poser : la valorisation (prix d'achat net de remises, méthode PEPS ou coût moyen pondéré) et la dépréciation (périmés, faible rotation). Un stock qui gonfle d'un exercice à l'autre sans hausse du chiffre d'affaires signale un problème d'approvisionnement ou de démarque, pas une richesse.

2. Le fonds commercial (immobilisations incorporelles). Il n'apparaît qu'en cas d'acquisition, pour le prix payé, et n'est pas réévalué ensuite : la valeur comptable du fonds n'a donc rien à voir avec sa valeur de marché. Une officine créée par son titulaire n'affiche aucun fonds commercial ; une officine acquise il y a longtemps l'affiche à son prix d'origine.

3. L'emprunt d'acquisition (dettes financières). Dette la plus lourde du passif d'une officine reprise, elle se lit avec l'échéancier : capital restant dû, annuité, durée résiduelle. Le rapport entre l'annuité et l'excédent brut d'exploitation mesure la capacité de remboursement.

4. Les capitaux propres. Capital, réserves et résultat de l'exercice, diminués des prélèvements du titulaire en nom propre ou des dividendes en SEL. Des capitaux propres qui s'érodent alors que le résultat est positif traduisent des prélèvements supérieurs au bénéfice.

5. Les créances sur l'Assurance Maladie et les dettes fournisseurs (BFR). Les remboursements à recevoir de l'Assurance Maladie et des complémentaires figurent en créances ; les factures des grossistes et laboratoires en dettes fournisseurs. L'écart entre les deux, ajouté au stock, donne le besoin en fonds de roulement, structurellement élevé en officine.

L'EBE retraité d'une pharmacie : définition et retraitements#

L'excédent brut d'exploitation (EBE) est le résultat de l'officine avant amortissements, charges financières, éléments exceptionnels et impôt. L'EBE retraité (ou EBE normalisé) corrige l'EBE comptable des éléments propres au titulaire ou non récurrents, pour mesurer ce que l'officine dégage réellement. Les retraitements habituels :

  • Rémunération du titulaire : remplacée par une rémunération de marché pour un pharmacien exploitant, qu'elle soit trop élevée (SEL) ou absente (nom propre, où le bénéfice inclut la rémunération)
  • Charges personnelles passées en charges d'exploitation (véhicule, téléphone, repas) : réintégrées
  • Loyer : ramené à un loyer de marché lorsque les murs appartiennent au titulaire ou à sa SCI, qu'il soit sous-évalué ou surévalué
  • Éléments non récurrents : indemnités, litiges, aides exceptionnelles, neutralisés
  • ROSP : rattachée à l'exercice de réalisation des objectifs, pas à celui de l'encaissement

C'est cet EBE retraité qui sert de base aux multiples de valorisation (section 11) et aux calculs de capacité de remboursement des banques.

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8. Les outils digitaux de la comptabilité d'officine#

8.1 La connexion LGO ↔ logiciel comptable#

En 2026, la connexion entre le LGO et le logiciel de comptabilité permet d'automatiser :

  • L'import des ventes quotidiennes ventilées par taux de TVA
  • La réconciliation des remboursements Assurance Maladie (flux SESAM-Vitale)
  • Le suivi en temps réel du stock et des achats fournisseurs
  • Le rapprochement bancaire automatisé (flux grossistes, flux AM)

Les LGO du marché : Winpharma (Pharmagest), LGPI (Alliadis), Opus (Cegedim), Pluspharmacie (PHR), Pharmactiv et quelques autres. Le mode d'échange avec la comptabilité (export périodique de fichiers ou connexion automatisée) dépend de l'éditeur et de la version installée : il se vérifie auprès de lui avant d'organiser la chaîne de saisie, car c'est lui qui décide si la ventilation par taux de TVA est reprise telle quelle ou ressaisie.

8.2 Le tableau de bord mensuel de l'officine#

Un rapport de pilotage mensuel d'officine comprend en général :

Indicateurs financiers :

  • CA TTC et évolution N/N-1
  • Marge brute par famille de produits
  • EBE prévisionnel vs réel
  • Trésorerie nette et prévision à 3 mois
  • BFR et rotation des stocks

Indicateurs qualité et conformité :

  • Taux ROSG (substitution générique) vs objectif ROSP
  • Nombre d'entretiens pharmaceutiques réalisés
  • Démarque inconnue en % du stock
  • Taux de périmés (en valeur)

Indicateurs sociaux :

  • Masse salariale vs budget
  • Heures supplémentaires et majorations (convention collective pharmacie)
  • Absentéisme et coût remplacement

8.3 La facturation électronique et l'e-reporting en pharmacie (2026-2027)#

La réforme de la facturation électronique (article 91 de la loi de finances pour 2024) s'applique à l'officine comme à toute entreprise assujettie à la TVA, en deux volets :

  • Réception des factures électroniques : obligatoire pour toutes les entreprises depuis le 1er septembre 2026, ce qui suppose d'avoir choisi une plateforme agréée (PDP)
  • Émission : depuis le 1er septembre 2026 pour les grandes entreprises et les ETI, à compter du 1er septembre 2027 pour les PME, TPE et micro-entreprises, donc pour la quasi-totalité des officines ; sont concernées les factures entre assujettis (établissements, professionnels de santé, factures inter-officines pour remplacements ou prêts de médicaments)
  • E-reporting : les ventes au comptoir à des particuliers ne donnent pas lieu à facture électronique, mais elles entrent dans l'e-reporting, transmission périodique des données de transactions et de paiement à l'administration, à la fréquence propre au régime de TVA de l'officine (par décade pour un réel normal mensuel) ; la sanction est de 500 € par transmission manquante, plafonnée à 15 000 € par année civile (CGI, article 1788 D)

Le choix de la plateforme agréée se fait en fonction du LGO et du logiciel comptable en place, pour que ce flux ne devienne pas un canal parallèle à rapprocher à la main. La liste officielle des plateformes agréées est tenue par l'administration sur impots.gouv.fr.

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9. La convention collective de la pharmacie d'officine#

9.1 Les spécificités sociales de l'officine#

La pharmacie est régie par la convention collective nationale de la pharmacie d'officine (IDCC 1996). Elle prévoit des règles propres qui structurent les bulletins de salaire :

La grille de classification : les emplois sont classés par coefficients, du préparateur débutant au pharmacien adjoint, chaque coefficient renvoyant à un salaire minimum conventionnel. Les minima en euros sont fixés par l'avenant salaires en vigueur et révisés régulièrement : ils se lisent sur le texte conventionnel à jour (IDCC 1996, brochure 3052), pas dans un guide daté.

Les primes conventionnelles obligatoires :

  • Prime d'ancienneté : selon le barème conventionnel, en fonction de l'ancienneté dans l'officine
  • Prime de diplôme : pour les préparateurs en pharmacie diplômés (BTS)
  • Indemnités de permanence (gardes de nuit, dimanches, jours fériés)

9.2 La gestion de la paie en pharmacie#

La paie d'officine comprend, chaque mois :

  • Calcul des bulletins de paie dans le respect des grilles conventionnelles
  • Gestion des DSN mensuelle (Déclaration Sociale Nominative) avec transmission automatique aux organismes
  • Suivi des arrêts maladie et accidents du travail (subrogation, indemnités journalières)
  • Gestion des congés payés (droit commun + éventuellement dispositions conventionnelles)
  • Calcul des charges patronales et des charges salariales, avec la réduction générale de cotisations sur les bas salaires
  • Gestion de la complémentaire santé obligatoire (mutuelle d'entreprise : contribution patronale minimale 50 %)
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10. Les contrôles fiscaux et risques spécifiques en pharmacie#

10.1 Les risques de redressement#

Les pharmacies font partie des secteurs prioritairement contrôlés par l'administration fiscale du fait de la complexité de leur TVA multi-taux. Les principaux risques :

1. Mauvaise ventilation de la TVA Application du taux 20 % sur des produits qui auraient dû être taxés à 2,1 % ou 5,5 % (ou inversement). L'administration peut exiger le rappel de TVA sur les 3 derniers exercices + pénalités de 40 % (manquement délibéré) si l'erreur est systématique.

2. Requalification des remises fournisseurs Les remises de fin d'année (RFA) des laboratoires doivent être correctement comptabilisées en réduction du coût d'achat. Une mauvaise comptabilisation peut gonfler artificiellement les charges déductibles. Depuis le 1er janvier 2026, la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 plafonne les remises sur les génériques à 40 % du prix fabricant hors taxes (20 % pour les biosimilaires) : le contrat cadre, les avoirs reçus et les comptes de remises doivent rester cohérents avec ces plafonds.

3. Charges mixtes mal ventilées Des charges personnelles du pharmacien (voiture, téléphone, repas) inscrites en charges d'exploitation de la pharmacie peuvent être réintégrées lors d'un contrôle.

4. Sous-déclaration de la ROSP La ROSP versée par l'Assurance Maladie est un produit imposable. Un oubli ou une comptabilisation tardive peut constituer une irrégularité.

5. Contrôle URSSAF des cotisations sociales Vérification de la bonne affiliation des salariés, du calcul des cotisations patronales, de la correcte application de la réduction générale de cotisations (ex-réduction Fillon).

10.2 Le dispositif de sécurisation comptable et fiscale d'une officine#

Un dispositif de sécurisation comptable et fiscale d'officine repose sur cinq contrôles :

  • Révision mensuelle des comptes de TVA collectée et déductible
  • Réconciliation trimestrielle CA logiciel officinal / CA comptabilité / CA déclaré TVA
  • Contrôle de cohérence des remises fournisseurs (comparaison avec les contrats cadres)
  • Revue des charges déductibles en fin d'exercice (identification des charges mixtes)
  • Préparation d'un dossier de révision documenté qui constitue la première ligne de défense en cas de contrôle fiscal
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11. La cession et la transmission de l'officine#

11.1 Les modes de transmission d'une officine#

La transmission d'une officine peut prendre plusieurs formes, chacune avec des implications fiscales radicalement différentes :

1. Cession du fonds de commerce La pharmacie est vendue en tant que fonds de commerce. Le cédant réalise une plus-value soumise aux droits de mutation (acheteur) et à l'imposition sur la plus-value professionnelle (cédant).

2. Cession de parts de SEL Si la pharmacie est exploitée en SELARL, la cession porte sur les parts sociales. Les droits d'enregistrement dus par l'acquéreur suivent le barème des cessions de droits sociaux (article 726 du CGI), distinct de celui des cessions de fonds de commerce (article 719). La plus-value du cédant est imposée au PFU de 31,4 % (12,8 % d'IR et 18,6 % de prélèvements sociaux) ou, sur option, au barème de l'IR.

3. Apport-cession avec remploi Mécanisme de l'article 150-0 B ter du CGI : apport des parts à une holding contrôlée par le cédant, puis cession par la holding. Si celle-ci cède les titres dans les 3 ans suivant l'apport, le report d'imposition n'est maintenu que si elle remploie au moins 70 % du produit de cession (pour les cessions réalisées à compter du 21 février 2026, loi n° 2026-103 du 19 février 2026) dans une activité économique éligible sous 3 ans, les actifs réinvestis étant conservés 5 ans, contre 60 % sous 2 ans auparavant. Permet de réinvestir le capital avant de payer l'impôt sur la plus-value.

4. La donation avant cession (Dutreil pharmacie) Le Pacte Dutreil (article 787 B du CGI) peut s'appliquer aux titres de la SEL qui exploite l'officine. Il permet une exonération de 75 % de la valeur transmise pour le calcul des droits de donation ou de succession, sous conditions : engagement collectif de conservation de 2 ans, puis engagement individuel de 6 ans pour les transmissions intervenues depuis le 21 février 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026, art. 8), et exercice d'une fonction de direction pendant 3 ans après la transmission. Les actifs somptuaires sont exclus de l'exonération.

11.2 La valorisation d'une officine en 2026#

La valeur d'une officine repose sur plusieurs méthodes combinées :

MéthodeOrdre de grandeur couramment cité (sans valeur normative)
Multiple de CA TTC70 à 100 % du CA TTC
Multiple d'EBE5 à 7 fois l'EBE retraité
Actif net corrigéValeur comptable réévaluée
Méthode des comparablesPrix au m², zone géographique

Points de valorisation spécifiques à vérifier :

  • Qualité et stabilité du chiffre d'affaires (évolution sur 3 ans)
  • Dépendance aux prescripteurs locaux (médecins de proximité)
  • Durée restante du bail commercial et conditions de renouvellement
  • Qualité du fonds propre : état des aménagements, LGO, équipements robotiques
  • Taux de substitution générique et niveau de ROSP

Attention : un robot de dispensation ou un automate joue à la hausse sur la valeur, selon son état et son âge ; à l'inverse, un bail précaire ou des prescripteurs vieillissants justifient une décote. Il n'existe pas de barème : ces ajustements se négocient sur pièces.

11.3 Les étapes comptables d'une cession d'officine#

  1. Pré-cession (12 à 24 mois avant) : Retraitement du résultat comptable pour faire apparaître le vrai EBE (réintégration des rémunérations excédentaires, des frais personnels comptabilisés, des charges exceptionnelles)
  2. Due diligence acquéreur : Vérification des états financiers sur 3 ans, contrôle de la ventilation TVA, analyse du stock, vérification des litiges sociaux potentiels
  3. Structuration de la cession : Choix entre cession de fonds ou de parts, optimisation de la plus-value, structuration de la SPFPL acquéreur
  4. Financement bancaire : Montage du business plan sur 7 à 10 ans pour les banques (présentation de l'EBE normalisé, capacité de remboursement, BFR initial)
  5. Post-cession : Accompagnement fiscal du cédant (déclaration de la plus-value, options fiscales disponibles, réinvestissement)
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12. Les questions fréquentes du pharmacien titulaire#

Q : À quel moment dois-je passer en SELARL ? Le passage en SELARL est le plus souvent étudié lorsque le bénéfice BIC de l'officine dépasse 80 000 à 100 000 €. En dessous de ce seuil, les frais de création et de gestion de la société peuvent ne pas justifier le gain fiscal. La décision se prend sur une simulation comparative sur 3 ans, avec les chiffres réels de l'officine.

Q : Puis-je exercer dans plusieurs pharmacies simultanément ? Pas en tant que titulaire : un pharmacien ne peut être propriétaire ou copropriétaire que d'une seule officine. Il peut en revanche détenir des participations, directement ou par une SPFPL, dans des SEL exploitant d'autres officines, dans une limite fixée par le Code de la santé publique et et soumises à des formalités auprès de l'Ordre. Le plafond exact se vérifie sur le texte en vigueur, avec un avocat spécialisé, avant tout montage.

Q : Comment est calculée la valeur de ma pharmacie si je veux la vendre ? La valorisation combine généralement un multiple de l'EBE retraité et un pourcentage du chiffre d'affaires TTC, les multiples couramment cités (5 à 7 fois l'EBE, 70 à 100 % du CA) étant des ordres de grandeur sans valeur normative. Le résultat est d'abord retraité pour isoler l'EBE économique (rémunération du titulaire ramenée au marché, charges personnelles réintégrées, éléments non récurrents neutralisés), puis confronté aux transactions comparables récentes.

Q : Quelle est la fiscalité applicable lors de la cession de mon officine ? Si vous cédez un fonds de commerce : plus-value professionnelle soumise à l'IR (ou exonération sous conditions des articles 151 septies ou 238 quindecies du CGI selon la valeur et la durée d'activité). Si vous cédez des parts de SEL : plus-value mobilière au PFU (31,4 %) ou barème IR avec abattements éventuels.

Q : Comment fonctionne la retraite d'un pharmacien titulaire ? Le pharmacien cotise obligatoirement à la CAVP (Caisse d'Assurance Vieillesse des Pharmaciens) pour sa retraite de base et complémentaire. L'âge légal de départ à la retraite est gelé à 62 ans et 9 mois jusqu'au 1er janvier 2028 (réforme de 2023 suspendue par la LFSS 2026). Le montant de la pension CAVP dépend du nombre de points acquis et de la valeur du point au moment du départ. Il est fortement recommandé de compléter par un PER individuel ou collectif.

Q : Mon pharmacien adjoint veut s'associer, comment procéder ? Plusieurs montages sont possibles : cession directe de parts de SELARL, entrée au capital d'une SPFPL, ou constitution d'une nouvelle SEL en co-titulariat. Chaque solution a des implications fiscales et juridiques différentes. L'expert-comptable coordonne l'opération avec un avocat spécialisé en droit des sociétés libérales.

Q : Dois-je créer une SCI pour le local de ma pharmacie ? Si vous êtes propriétaire du local commercial où vous exploitez votre officine, il est généralement recommandé de séparer la détention immobilière (via une SCI ou en direct) de l'exploitation (SELARL). Cela facilite la transmission, permet de percevoir un loyer déductible pour la pharmacie et protège le patrimoine immobilier en cas de difficultés économiques.

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13. Ce que recouvrent les missions comptables d'une officine#

Pour le lecteur qui cherche à confier ce travail plutôt qu'à le comprendre, voici ce que recouvrent en pratique les missions comptables d'une officine, de la tenue récurrente aux interventions ponctuelles :

  • Tenue comptable : récupération des ventes ventilées par taux de TVA depuis le LGO, rapprochements bancaires (flux grossistes, flux Assurance Maladie), déclarations de TVA mensuelles
  • Clôture : inventaire et dépréciation du stock, produits à recevoir (ROSP), comptes annuels et liasse fiscale, avec un bilan lu poste par poste (section « Lire le bilan »)
  • Structure et rémunération : comparaison nom propre, SELARL et SELAS sur les chiffres réels, arbitrage rémunération de gérance et dividendes, enveloppe Madelin et CAVP
  • Social : bulletins sous la convention collective de l'officine (IDCC 1996), DSN, suivi des absences
  • Transmission : EBE retraité, dossier de cession ou d'acquisition, choix entre cession de fonds et cession de parts

Le périmètre, la méthode de travail et les honoraires d'une mission d'officine sont détaillés sur la page expert-comptable pharmacie.

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Ce qu'il faut retenir de la comptabilité d'une officine#

La comptabilité d'une pharmacie d'officine est une comptabilité commerciale (BIC) appliquée à une profession de santé conventionnée. Ses points de vigilance sont toujours les mêmes : la ventilation de la TVA à quatre taux dès le paramétrage du LGO, la marge réglementée et les remises plafonnées qui décident du coût d'achat réel, la ROSP et les honoraires rattachés au bon exercice, un stock inventorié et déprécié avec rigueur, et un bilan dont cinq postes (stock, fonds commercial, emprunt, capitaux propres, BFR) racontent la santé de l'officine.

La structure juridique, la rémunération du titulaire, la CAVP et la transmission se décident ensuite sur ces chiffres, jamais sur des moyennes de profession : chaque cas type de ce guide se refait avec les données réelles de l'officine.

Questions fréquentes

Quelles sont les spécificités comptables d'une pharmacie d'officine ?

Six points distinguent la comptabilité d'une officine : un régime BIC (et non BNC) qui impose une comptabilité commerciale d'engagement ; une TVA à quatre taux (2,1 %, 5,5 %, 10 %, 20 %) ventilée dès le logiciel de gestion d'officine ; une marge réglementée sur les médicaments remboursables (marge dégressive lissée fixée par arrêté) ; des remises sur génériques plafonnées par la loi à 40 % du prix fabricant HT depuis le 1er janvier 2026 ; des produits conventionnels (honoraires de dispensation, ROSP) versés avec décalage et rattachés au bon exercice ; et un stock de 20 à 40 jours de chiffre d'affaires à inventorier et déprécier.

Comment lire le bilan comptable d'une pharmacie ?

Le bilan d'une officine se lit en cinq postes : le stock (20 à 40 jours de chiffre d'affaires, à valoriser net de remises et à déprécier), le fonds commercial (inscrit seulement en cas d'acquisition, au prix payé, jamais réévalué), l'emprunt d'acquisition (à lire avec son échéancier et à rapprocher de l'excédent brut d'exploitation pour mesurer la capacité de remboursement), les capitaux propres (qui s'érodent quand les prélèvements dépassent le bénéfice) et le besoin en fonds de roulement (créances sur l'Assurance Maladie contre dettes fournisseurs, plus le stock).

Qu'est-ce que l'EBE retraité d'une pharmacie ?

L'EBE retraité (ou normalisé) est l'excédent brut d'exploitation de l'officine corrigé des éléments propres au titulaire ou non récurrents : rémunération du titulaire ramenée à une rémunération de marché, charges personnelles réintégrées, loyer aligné sur le marché lorsque les murs appartiennent au titulaire ou à sa SCI, éléments exceptionnels neutralisés et ROSP rattachée à l'exercice des objectifs. C'est cet EBE retraité, et non le résultat comptable, qui sert de base aux multiples de valorisation et aux calculs de capacité de remboursement des banques.

Un pharmacien titulaire relève-t-il des BIC ou des BNC ?

Des BIC. Contrairement aux autres professions de santé, le BOFiP (BOI-BIC-CHAMP-60-30, § 140) range expressément les bénéfices réalisés par les pharmaciens dans l'exploitation de leur officine dans les bénéfices industriels et commerciaux, parce que l'officine est un fonds de commerce. En nom propre, le titulaire tient donc une comptabilité commerciale d'engagement et déclare en BIC ; en SEL, la société relève de l'impôt sur les sociétés (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà).
Samuel HAYOT, expert-comptable inscrit à l'Ordre (OEC Paris-IDF)

Article rédigé par Samuel HAYOT

Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables. Formateur certifié Pennylane.

Cabinet réglementéMis à jour 02 septembre 20267 sources citées

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