Lever des fonds : préparer sa première levée sans la subir
Préparer une première levée, c'est d'abord du travail financier : chiffrer le besoin par la trésorerie, défendre une valorisation, nettoyer la table de capitalisation et choisir l'instrument (capital, BSA-AIR, obligation convertible) au bon moment.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Une première levée se prépare comme une opération financière, pas comme un pitch. Avant d'aller voir des investisseurs, sécurisez trois choses : un besoin de financement chiffré et daté (le plan de trésorerie sur 18 à 24 mois), une valorisation que vous savez défendre, et une table de capitalisation propre. La dilution acceptée et le choix de l'instrument (augmentation de capital, BSA-AIR, obligation convertible) se décident en fonction de ce cadrage, pas l'inverse.
Dans les dossiers de startups que nous accompagnons, la première levée échoue rarement faute de bon produit. Elle dérape quand le fondateur arrive en rendez-vous sans avoir fait le travail financier en amont : un besoin de cash approximatif, une valorisation sortie d'un comparable trouvé sur internet, une répartition du capital bancale. À l'inverse, une levée bien préparée se négocie plus vite, à de meilleures conditions, et laisse au dirigeant le contrôle de son agenda. Cet article décrit la préparation côté finances, là où un expert-comptable apporte le plus de valeur.
Le bon moment pour lever : un déclencheur, pas une mode#
La première erreur consiste à lever parce que c'est dans l'air du temps. Lever des fonds n'est pas un objectif, c'est un moyen. Vous avez une bonne raison de lever quand vous pouvez répondre précisément à la question : « cet argent finance quoi, sur combien de temps, pour atteindre quel jalon ? »
Concrètement, le bon moment se reconnaît à trois signaux convergents :
- vous avez une traction démontrable (premiers clients, premiers revenus récurrents, ou une preuve d'usage forte) qui rend la valorisation discutable sur des faits ;
- vous identifiez un point d'accélération que le cash débloque (recrutement clé, accélération commerciale, mise à l'échelle d'une infrastructure) ;
- votre plan de trésorerie montre que vous avez encore plusieurs mois de visibilité, car on ne lève jamais bien le couteau sous la gorge.
Ce dernier point est sous-estimé. Lancer une levée quand il reste six semaines de trésorerie revient à négocier en position de faiblesse. Un processus de levée d'amorçage prend en pratique plusieurs mois entre les premiers rendez-vous et l'arrivée des fonds sur le compte. Pour piloter cet horizon, un prévisionnel de trésorerie sur 13 semaines puis sur 18 à 24 mois est l'outil de base.
Chiffrer le besoin : la trésorerie commande tout#
Avant de parler valorisation, il faut répondre à une question simple : combien lever ? Le montant ne se devine pas, il se construit à partir du plan de trésorerie prévisionnel. La logique est la suivante : vous définissez le jalon que la levée doit permettre d'atteindre, vous chiffrez le coût pour y arriver, vous ajoutez un coussin de sécurité, et vous obtenez le besoin de financement.
La notion centrale est celle de runway : le nombre de mois pendant lesquels la société peut fonctionner avec sa trésorerie disponible, compte tenu de son rythme de consommation de cash (le « burn »). Une levée d'amorçage vise généralement à acheter de 18 à 24 mois de runway, de quoi atteindre les indicateurs qui justifieront le tour suivant.
| Élément à chiffrer | Ce que cela couvre | Source dans vos comptes |
|---|---|---|
| Burn mensuel actuel | Salaires, charges, abonnements, loyers | Compte de résultat et plan de trésorerie |
| Coût du plan de recrutement | Embauches prévues sur la période | Budget masse salariale |
| Investissements produit et commercial | Développement, acquisition, marketing | Budget d'exploitation |
| Coussin de sécurité | Aléas, retards de revenus | Hypothèses prudentes |
Lever trop peu vous oblige à relever vite, donc à diluer à nouveau dans de mauvaises conditions. Lever trop, c'est diluer plus que nécessaire dès l'amorçage. Le bon montant est celui qui finance un jalon clair avec une marge raisonnable. Pour structurer ce travail, l'appui d'un DAF externalisé pour startups et PME permet de tenir des hypothèses crédibles face à des investisseurs aguerris.
Valorisation et dilution : deux faces de la même négociation#
La valorisation est le point le plus émotionnel de la négociation. Côté fondateur, elle conditionne la part de capital cédée ; côté investisseur, elle conditionne le rendement attendu. En amorçage, il n'existe pas de vérité comptable : la société a peu d'historique, le calcul classique par les flux futurs (DCF) est fragile, et l'approche par comparables reste indicative.
Notre lecture : à ce stade, la valorisation est moins un calcul qu'un récit chiffré et défendable. Vous devez pouvoir expliquer pourquoi votre société vaut ce montant, sur la base d'éléments tangibles (traction, marché, équipe, avantage), pas d'un multiple appliqué mécaniquement. Pour creuser les méthodes mobilisables et leurs limites, voyez notre guide sur la valorisation d'une startup en 2026.
La dilution est la conséquence directe de la valorisation et du montant levé. Elle se lit toujours en post-money : si vous levez 500 000 euros sur une valorisation post-money de 2,5 millions, l'investisseur détient 20 % du capital. Sur le niveau de dilution à accepter en amorçage, la pratique de marché française se situe le plus souvent autour de 15 % à 25 % du capital. Il s'agit d'un ordre de grandeur observé sur les opérations, pas d'une norme : chaque tour se négocie au cas par cas, en fonction de la valorisation, du montant et du profil des investisseurs.
Le risque sous-estimé n'est pas la dilution du premier tour, c'est la dilution cumulée. Un fondateur qui cède 25 % à l'amorçage, puis encore 20 % en série A, puis 15 % en série B, descend mécaniquement sous le seuil de contrôle. Anticipez la trajectoire complète, pas seulement le tour en cours, et raisonnez sur une table de capitalisation projetée.
Choisir l'instrument : capital, BSA-AIR ou obligation convertible#
La manière dont l'argent entre dans la société compte autant que le montant. Trois grandes voies coexistent, avec des conséquences différentes sur la valorisation, le statut de l'investisseur et le calendrier.
| Critère | Augmentation de capital | BSA-AIR | Obligation convertible |
|---|---|---|---|
| Valorisation à l'entrée | Figée immédiatement | Non figée, fixée à la conversion | Non figée (souvent décotée à la conversion) |
| Versement des fonds | Immédiat | Immédiat | Immédiat |
| Statut avant conversion | Actionnaire dès l'entrée | Titulaire d'un bon | Créancier (obligataire) |
| Intérêts | Sans objet | Pas par nature | Souvent oui (créance) |
| Mise en place | Plus lourde | Rapide | Intermédiaire |
L'augmentation de capital est la voie de référence d'un tour structuré : l'investisseur devient actionnaire, la valorisation est arrêtée le jour de l'opération. C'est clair, mais cela suppose de s'accorder tout de suite sur le prix, ce qui est précisément le point dur en amorçage.
Le BSA-AIR (accord d'investissement rapide) est un montage contractuel privé, sans définition ni barème fixés par un texte officiel. Dans la pratique de marché, il permet à l'investisseur de verser les fonds immédiatement et de convertir en actions lors d'un événement futur, le plus souvent la prochaine levée valorisée. La valorisation n'est donc pas figée à l'entrée : elle se détermine à la conversion, ajustée d'une décote et d'un tunnel (plancher et plafond) négociés. Selon les opérations observées, la décote négociée se situe habituellement autour de 15 % à 25 %, mais il s'agit d'une convention contractuelle au cas par cas, pas d'une norme. Par nature, le BSA-AIR ne porte pas d'intérêts, puisqu'il vise une entrée au capital et non le statut de créancier, à la différence de l'obligation convertible. Pour le détail du mécanisme et des paramètres à négocier, voyez notre analyse dédiée au BSA-AIR en 2026.
L'obligation convertible est un instrument de dette qui se transforme en actions. Elle porte généralement intérêt et comporte un profil de créancier tant qu'elle n'est pas convertie. Elle convient surtout pour un pont entre deux tours avec un profil plutôt patrimonial.
Arbitrage : capital ou instrument convertible ?#
Privilégiez l'augmentation de capital quand vous êtes capables de défendre une valorisation sur des faits et que les parties veulent un cadre clair tout de suite. Privilégiez un instrument convertible (BSA-AIR ou obligation convertible) quand il est trop tôt pour fixer un prix juste, quand vous avez besoin d'aller vite, ou quand vous montez un pont avant un tour plus important. Dans tous les cas, l'instrument se choisit avec un conseil, car ses conséquences fiscales et juridiques engagent durablement la société.
Choisir ses investisseurs : l'argent n'est pas neutre#
Tous les financements ne se valent pas. Un business angel apporte souvent, en plus du chèque, un réseau, une expérience opérationnelle et une capacité à réinvestir. Un fonds d'amorçage apporte de la structure, un process, mais aussi des exigences de reporting et de gouvernance plus fortes. Le bon investisseur est celui dont l'horizon et les attentes correspondent à votre projet.
Points de vigilance dans le choix :
- la cohérence d'horizon : un investisseur qui vise une sortie à trois ans n'est pas aligné avec un projet qui en demande huit ;
- la valeur ajoutée réelle au-delà du capital (mise en relation, recrutement, ouverture de marché) ;
- les clauses du pacte d'actionnaires, qui déterminent qui décide quoi (un sujet à cadrer dès le pacte de cofondateurs, avant même la levée) ;
- la capacité de suivi : un investisseur capable de remettre au pot au tour suivant sécurise votre trajectoire.
L'incitation fiscale joue aussi côté investisseur particulier. Pour une souscription au capital d'une PME éligible, la réduction d'impôt sur le revenu dite IR-PME, prévue à l'article 199 terdecies-0 A du CGI, peut atteindre 18 % du montant investi, dans les conditions et limites fixées par les textes en vigueur au printemps 2026. Pour les souscriptions au capital d'une jeune entreprise innovante (JEI), un taux majoré de 30 % s'applique aux versements réalisés entre le 1er janvier 2024 et le 31 décembre 2028, sur le fondement de l'article 199 terdecies-0 A bis du CGI, avec des plafonds spécifiques (75 000 euros pour une personne seule, 150 000 euros pour un couple soumis à imposition commune). Un taux de 50 % est par ailleurs prévu pour les jeunes entreprises innovantes de rupture (JEIR), sous condition d'un niveau de dépenses de recherche d'au moins 30 %, avec des plafonds propres (50 000 euros et 100 000 euros). Ces dispositifs évoluent : faites confirmer l'éligibilité et le taux applicable au moment de l'opération.
Les documents attendus : la data room fait gagner des semaines#
Un investisseur sérieux conduit une due diligence. Plus vos documents sont prêts et cohérents, plus le processus est rapide et plus votre crédibilité est élevée. À l'inverse, une data room désordonnée envoie un signal négatif sur la rigueur de gestion.
Checklist des pièces financières et juridiques à réunir avant les premiers rendez-vous :
- Plan de trésorerie prévisionnel sur 18 à 24 mois, avec hypothèses explicites
- Business plan et compte de résultat prévisionnel
- Comptes annuels et situations intermédiaires à jour
- Table de capitalisation actuelle et projetée après levée
- Statuts à jour et procès-verbaux des décisions
- Pacte d'actionnaires existant le cas échéant
- Contrats clients et fournisseurs structurants
- État de la propriété intellectuelle (marques, code, brevets)
- Suivi des indicateurs clés (revenus récurrents, acquisition, rétention)
Pour bâtir cette data room méthodiquement, voyez notre checklist data room sur 90 jours. C'est souvent là que se joue la différence entre une levée qui traîne et une levée qui se boucle.
Cas fréquent : la table de capitalisation négligée#
Le point de blocage le plus récurrent dans les dossiers d'amorçage n'est pas la valorisation, c'est la table de capitalisation. Un capital réparti à parts égales entre cofondateurs sans vesting, un ancien associé parti avec ses parts, des promesses verbales de BSPCE non formalisées : autant de signaux qui inquiètent un investisseur et peuvent faire capoter un tour avancé.
Avant de lever, nettoyez votre cap table : formalisez le vesting des fondateurs, régularisez les sorties, documentez les plans d'intéressement, et projetez la dilution post-levée. Une table de capitalisation claire et défendable rassure l'investisseur et accélère la négociation.
Notre analyse : ce qu'il faut surveiller#
La réussite d'une première levée tient à trois disciplines. D'abord, ne jamais lever en urgence : on prépare le tour quand la trésorerie offre encore de la visibilité. Ensuite, chiffrer le besoin par la trésorerie, pas par un montant rond choisi a priori. Enfin, raisonner dilution sur la trajectoire complète, pas seulement sur le tour en cours.
Le piège classique reste de se focaliser sur la valorisation maximale au détriment de la qualité de l'investisseur et de la propreté de la structure. Une valorisation tendue obtenue auprès d'un investisseur mal aligné, sur une cap table fragile, prépare un tour suivant douloureux. Une valorisation raisonnable avec un bon partenaire et une structure saine vaut mieux.
En pratique : votre feuille de route#
- Construisez le plan de trésorerie sur 18 à 24 mois et identifiez le jalon à financer.
- Chiffrez le besoin de financement et fixez le montant à lever.
- Travaillez une valorisation défendable et simulez la dilution post-levée.
- Choisissez l'instrument adapté (capital, BSA-AIR, obligation convertible) avec un conseil.
- Préparez la data room avant les premiers rendez-vous.
- Ciblez des investisseurs alignés sur votre horizon et votre besoin.
- Négociez les conditions financières et le pacte, instrument en main.
Questions fréquentes
Quand faut-il lever des fonds pour sa startup ?+
Quand vous pouvez expliquer ce que le cash finance, sur quelle durée et pour atteindre quel jalon, et qu'il vous reste plusieurs mois de trésorerie. Un processus d'amorçage prend en pratique plusieurs mois : lancez-le avec de la visibilité, jamais le couteau sous la gorge.
Combien lever lors d'une première levée ?+
Le montant se construit à partir du plan de trésorerie : il doit financer un jalon clair sur 18 à 24 mois de runway, avec un coussin de sécurité. Lever trop peu oblige à relever vite et à diluer dans de mauvaises conditions ; lever trop dilue inutilement dès l'amorçage.
Comment valorise-t-on une startup en amorçage ?+
Sans historique solide, la valorisation repose moins sur un calcul que sur un récit chiffré et défendable : traction, marché, équipe et avantage. Les méthodes classiques (flux futurs, comparables) restent indicatives. L'enjeu est de pouvoir justifier le montant face à des investisseurs.
Combien de dilution accepter en amorçage ?+
Selon la pratique de marché française, l'amorçage se situe le plus souvent autour de 15 % à 25 % du capital. C'est un ordre de grandeur, pas une norme. Le vrai sujet est la dilution cumulée sur les tours suivants : raisonnez sur la trajectoire complète, pas sur le seul premier tour.
Faut-il lever en capital ou en BSA-AIR ?+
L'augmentation de capital convient quand la valorisation est défendable sur des faits et que les parties veulent un cadre clair. Le BSA-AIR, montage contractuel privé, permet d'aller vite sans figer la valorisation à l'entrée. Le choix se fait avec un conseil, car les conséquences fiscales et juridiques sont durables.
Quels documents préparer pour les investisseurs ?+
Plan de trésorerie sur 18 à 24 mois, business plan, comptes à jour, table de capitalisation actuelle et projetée, statuts et procès-verbaux, pacte éventuel, contrats structurants et propriété intellectuelle. Une data room ordonnée accélère la due diligence et renforce votre crédibilité.
Quelle réduction d'impôt pour les investisseurs particuliers ?+
La réduction IR-PME de l'article 199 terdecies-0 A du CGI peut atteindre 18 % du montant souscrit, sous conditions. Pour une jeune entreprise innovante, un taux de 30 % s'applique aux versements du 1er janvier 2024 au 31 décembre 2028 (article 199 terdecies-0 A bis), avec des plafonds spécifiques. Faites confirmer l'éligibilité au moment de l'opération.
Préparer votre levée avec le cabinet#
Une première levée se gagne en amont, dans la qualité du cadrage financier et de la structure. Notre cabinet accompagne les fondateurs sur le plan de trésorerie, la valorisation, la table de capitalisation et la data room, en lien avec le conseil juridique pour le pacte et l'instrument. Pour structurer votre opération, échangeons sur votre situation.
À jour au printemps 2026. Cet article informe et ne remplace pas une analyse de votre situation : les conditions, taux et plafonds des dispositifs cités évoluent et doivent être confirmés au moment de l'opération, au regard de vos statuts, de votre table de capitalisation et des textes en vigueur.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Article 199 terdecies-0 A bis du CGI (reduction IR-PME majoree JEI, taux 30 %, versements 2024-2028) - Legifrance
- Article 199 terdecies-0 A du CGI (reduction d'impot souscription au capital de PME, IR-PME) - Legifrance
- Reduction d'impot pour souscription au capital d'une PME (Bpifrance Creation)
- Financer ses fonds propres et lever des fonds (Bpifrance Creation)
- Trouver des aides et des financements (economie.gouv.fr)
- Jeune entreprise innovante (JEI) : avantages fiscaux et sociaux (Bpifrance Creation)
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