GEPP/GPEC en PME : anticiper ses besoins en compétences sans usine à gaz
La GEPP n'est obligatoire qu'à partir de 300 salariés. En PME, une démarche allégée suffit pour cartographier les compétences, anticiper les départs et bâtir un plan de développement.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. La GEPP (gestion des emplois et des parcours professionnels), nouveau nom de la GPEC depuis les ordonnances de 2017, n'est une négociation obligatoire qu'à partir de 300 salariés (article L2242-2 du Code du travail). En dessous, elle est volontaire : une démarche allégée suffit, fondée sur trois gestes simples — cartographier les compétences, repérer les risques de départ, bâtir un plan de développement. Aucune bureaucratie n'est requise pour en tirer la valeur.
La GEPP, de quoi parle-t-on exactement ?#
GEPP signifie « gestion des emplois et des parcours professionnels ». Le terme a remplacé la GPEC (« gestion prévisionnelle des emplois et des compétences ») avec l'ordonnance n° 2017-1386 du 22 septembre 2017. Le principe est inchangé : anticiper les besoins futurs en compétences, faire l'inventaire des talents présents et construire un plan de développement. Pour une PME, cela signifie du pragmatisme, pas de la lourdeur réglementaire.
Obligation ou démarche volontaire#
| Taille de l'entreprise | Statut de la GEPP | Règle clé | Périodicité |
|---|---|---|---|
| 300 salariés et plus (ou groupe de dimension communautaire avec au moins 150 salariés en France) | Obligatoire | Négociation avec les représentants du personnel | 3 ans par défaut, jusqu'à 4 par accord |
| Moins de 300 salariés | Volontaire | Démarche interne allégée, sans formalisme | Au rythme de l'entreprise |
L'obligation de négocier la GEPP engage un accord formel avec les organisations syndicales et de la documentation. Pour une PME en dessous du seuil, la valeur se capte sans cet appareillage : moins de turnover, des successions préparées, de meilleurs recrutements.
Pourquoi la GEPP compte pour une PME, même sans obligation#
Une démarche légère répond à trois risques très concrets.
D'abord, les départs qui prennent de court : une compétence clé s'en va et l'on recrute dans l'urgence, plus cher et moins bien. Une cartographie simple signale les rôles critiques plusieurs mois à l'avance. Ensuite, le turnover qui grignote la marge : chaque départ coûte en recrutement, en intégration et en productivité perdue — un sujet que nous détaillons dans notre article sur le coût d'un recrutement raté. Enfin, les viviers internes ignorés : faute de visibilité, on recrute à l'extérieur ce qu'un salarié déjà présent aurait pu prendre en charge après une formation ciblée.
Cartographier, anticiper et développer : ces trois gestes nourrissent aussi votre politique de rémunération et de fidélisation. Ils s'articulent naturellement avec une grille de rémunération cohérente et avec les leviers de fidélisation contre le turnover.
Construire une GEPP légère en cinq étapes#
- Cartographier les compétences par rôle. Pour chaque poste, listez les compétences clés, les compétences secondaires, le niveau de maîtrise et le risque en cas de départ. Une fiche d'une page par rôle suffit ; un entretien d'une heure avec chaque responsable d'équipe alimente l'exercice.
- Repérer les manques et les risques de succession. Trois questions par rôle : peut-il être pourvu en interne sous douze mois ? Quelles compétences seront nécessaires d'ici dix-huit à vingt-quatre mois ? Qui présente un risque de départ ? Le résultat tient sur une page : un registre des risques.
- Bâtir un plan de développement. Pour chaque rôle exposé et chaque candidat interne à la promotion, écrivez un court plan d'action : montée en compétences, mentorat, formation, échéances. Reliez-le au plan de développement des compétences (l'ancien plan de formation).
- Activer les rendez-vous obligatoires. Même sans GEPP formelle, l'entretien professionnel et son état des lieux nourrissent la démarche (voir l'étape suivante).
- Outiller sans surinvestir. Un tableur partagé suffit pour une PME ; un outil RH dédié devient utile en grandissant, pour relier compétences, entretiens et formation.
Cartographier les compétences : un exemple de grille#
Une grille tient sur une page et se remplit en un entretien par responsable d'équipe. L'objectif n'est pas l'exhaustivité, mais de repérer les rôles critiques et les relèves à préparer. Trois colonnes suffisent à éclairer une décision : le niveau de maîtrise, le risque en cas de départ et l'action prioritaire à engager.
| Rôle | Compétences clés | Maîtrise (1 à 5) | Risque si départ | Action prioritaire |
|---|---|---|---|---|
| Poste cœur de métier | expertise centrale, relation client | 4 | élevé | identifier une relève, organiser le mentorat |
| Poste support | gestion, administration, paie | 3 | moyen | documenter les procédures, former un binôme |
| Poste junior | compétences en cours d'acquisition | 2 | faible | bâtir un parcours d'évolution sur dix-huit mois |
Cette grille devient le socle des entretiens professionnels et de la consultation du CSE : elle relie le quotidien des équipes à la trajectoire de l'entreprise. Mise à jour une fois par an, elle suffit à transformer des intuitions de couloir en décisions de recrutement et de formation argumentées. Un dirigeant qui sait, dès aujourd'hui, quels postes seraient difficiles à remplacer demain a déjà fait l'essentiel du travail : le reste n'est qu'une affaire de régularité.
Les rendez-vous légaux qui nourrissent la GEPP#
Trois temps d'échange, déjà prévus par le droit, alimentent une démarche de compétences sans coût supplémentaire :
- L'entretien professionnel, obligatoire tous les deux ans (article L6315-1), porte sur les perspectives d'évolution et les besoins de formation — à distinguer de l'entretien d'évaluation.
- L'état des lieux récapitulatif, tous les six ans (article L6315-1), fait le bilan du parcours et des formations suivies.
- La consultation du CSE sur les orientations stratégiques (article L2312-24), dans les entreprises d'au moins 50 salariés, intègre les perspectives d'emploi et l'évolution des compétences. Nos repères sur les obligations liées au CSE précisent ce cadre.
Le calendrier d'une démarche GEPP allégée#
Une GEPP de PME tient en quelques semaines de travail réparties sur l'année, avec un livrable simple à chaque étape.
| Étape | Quand | Livrable | Temps indicatif |
|---|---|---|---|
| Cartographier les compétences | Semaines 1-2 | Une fiche d'une page par rôle | 1 h d'entretien par responsable |
| Repérer les risques de succession | Semaine 3 | Un registre des risques (1 page) | Une demi-journée |
| Bâtir le plan de développement | Semaines 4-5 | Un plan d'action par rôle exposé | Une demi-journée |
| Activer les rendez-vous statutaires | En continu | Entretiens professionnels, consultation du CSE | Au fil de l'année |
| Réviser la démarche | Une fois par an | Cartographie mise à jour | Une demi-journée |
Repère. L'obligation de négocier ne s'applique qu'à partir de 300 salariés (article L2242-2). En dessous, cette démarche reste volontaire : son intérêt ne vient pas d'un logiciel, mais de la régularité de l'attention portée aux compétences.
Cas particuliers#
L'entreprise proche du seuil de 300 salariés. Si votre croissance vous rapproche du seuil, préparez le cadre de votre première négociation GEPP en amont, pour éviter de la subir dans l'urgence. Un appui en stratégie de croissance aide à articuler trajectoire d'effectifs et besoins de compétences.
La PME sans fonction RH dédiée. En dessous d'une cinquantaine de salariés, la GEPP est portée par la direction et les managers de terrain. Le pilotage social et la paie, via notre service de pilotage social et paie, fournissent les données d'effectifs et de masse salariale nécessaires.
Le recours à l'alternance. Anticiper les compétences, c'est aussi préparer des recrutements en alternance ; notre comparatif apprentissage ou contrat de professionnalisation éclaire ce choix.
Points de vigilance 2026#
- Ne pas confondre GEPP et consultation du CSE. La consultation stratégique existe dès 50 salariés ; la négociation GEPP n'est obligatoire qu'à 300. La GEPP nourrit la consultation, sans s'y substituer.
- Garder la démarche vivante. Une cartographie figée perd sa valeur : une revue annuelle, calée sur le cycle budgétaire, suffit en PME.
- Impliquer les managers. Le risque de succession se pilote au plus près du terrain : la GEPP est une responsabilité managériale, pas seulement RH.
- Rester simple. Une matrice de compétences à rallonge décourage l'adoption : commencez par cinq à sept compétences clés par rôle, puis enrichissez.
Notre analyse d'expert-comptable#
Récemment, une PME de services d'une quarantaine de salariés nous a sollicités face à un turnover élevé sur ses postes juniors. Nous avons accompagné une cartographie simple des compétences par rôle. L'exercice a révélé que peu de juniors percevaient une perspective d'évolution claire et que l'intégration des nouveaux salariés était inégale. Quelques gestes — clarifier les rôles, mettre en place du mentorat, ouvrir des discussions de parcours — ont suffi à stabiliser les équipes sur l'année qui a suivi, pour un investissement de quelques demi-journées de travail interne.
Le constat est récurrent : en PME, le retour ne vient pas d'un logiciel coûteux, mais de l'attention portée régulièrement aux compétences. Consacrer quelques après-midis par an à ces échanges, nommer les candidats à la succession et financer une ou deux priorités de développement par personne change la trajectoire. En qualité d'expert-comptable inscrit à l'Ordre, nous relions cette démarche aux données sociales de l'entreprise — effectifs, masse salariale, pyramide des âges — pour qu'elle reste ancrée dans le réel.
Conseil Hayot Expertise. Commencez petit : une fiche d'une page par rôle, trois risques de succession identifiés, puis des entretiens professionnels tenus chaque année. C'est gratuit si vous le faites en interne, et cela suffit à dé-risquer vos compétences clés. Réservez les outils et l'accompagnement au moment où la croissance les rend utiles, pas avant. Et reliez toujours la démarche à vos chiffres : la pyramide des âges, le taux de rotation par service et le coût réel d'un poste resté vacant transforment une intention RH en décision de gestion argumentée.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre GEPP et GPEC ?+
GPEC était l'ancien terme ; GEPP est le nom retenu depuis les ordonnances de 2017. Le concept est identique : anticiper les compétences, bâtir un plan de développement et gérer les parcours. Seule la terminologie a changé.
La GEPP est-elle obligatoire dans ma PME ?+
La négociation n'est obligatoire qu'à partir de 300 salariés, ou pour les groupes de dimension communautaire comptant au moins 150 salariés en France. En dessous, la GEPP est volontaire, mais très utile pour anticiper départs et compétences.
Peut-on mener une GEPP sans CSE ?+
Oui. En dessous de 50 salariés, il n'y a pas de CSE et la GEPP reste un outil de management interne. Entre 50 et 300 salariés, le CSE existe mais la GEPP n'est pas obligatoire : tenez-le informé via la consultation sur les orientations stratégiques.
Qui doit piloter la GEPP en PME ?+
La direction et les managers de terrain, avec l'appui d'un responsable RH s'il existe. Ce n'est pas un projet purement RH : les managers connaissent la réalité des métiers, la direction tient le cap stratégique.
À quelle fréquence revoir sa GEPP ?+
Une revue annuelle, alignée sur le cycle budgétaire, suffit dans la plupart des PME. En cas de fort turnover, des points plus fréquents se justifient ; dans un environnement stable, l'annuel suffit.
Comment faire sans budget de formation ?+
Commencez par le mentorat interne et la transmission de savoir entre un senior et un junior. Le coût est nul, l'effet réel ; ajoutez de la formation formelle dès que les moyens le permettent.
À retenir#
- La GEPP n'est une négociation obligatoire qu'à partir de 300 salariés (article L2242-2) ; en dessous, elle est volontaire.
- Une démarche allégée tient en trois gestes : cartographier, anticiper les départs, développer les compétences.
- Trois rendez-vous légaux la nourrissent : entretien professionnel à deux ans, état des lieux à six ans, consultation du CSE.
- Un tableur et une revue annuelle suffisent en PME ; l'outil RH dédié vient avec la croissance.
- Le risque de succession se pilote avec les managers, pas seulement la fonction RH.
- La valeur vient de l'attention régulière portée aux compétences, pas d'un dispositif lourd.
Sources officielles#
- Négociation sur la gestion des emplois et des parcours professionnels — article L2242-2 du Code du travail
- Entretien professionnel et état des lieux à six ans — article L6315-1 du Code du travail
- Consultation du CSE sur les orientations stratégiques — article L2312-24 du Code du travail
- Ordonnance n° 2017-1386 du 22 septembre 2017
- La GPEC, devenue GEPP — Ministère du Travail

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Négociation sur la gestion des emplois et des parcours professionnels — article L2242-2 du Code du travail (Légifrance)
- Entretien professionnel et état des lieux à six ans — article L6315-1 du Code du travail
- Consultation du CSE sur les orientations stratégiques — article L2312-24 du Code du travail
- Ordonnance n° 2017-1386 du 22 septembre 2017 (renforcement de la GPEC, devenue GEPP)
- La gestion prévisionnelle des emplois et des compétences — Ministère du Travail
Ce sujet relève de notre mission Expert-comptable paie à Paris | Paie, DSN, social
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