CIJV : le rôle de l'expert-comptable pour un studio de jeu vidéo
Crédit d'impôt CIJV à 30 %, agrément CNC, FAJV, arbitrage avec le CIR : comment un expert-comptable spécialisé sécurise le financement d'un studio de jeu vidéo.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Un expert-comptable spécialisé jeux vidéo sécurise le crédit d'impôt CIJV (30 % des dépenses éligibles, plafonné à 6 M€ par entreprise et par exercice), prépare l'agrément CNC, documente l'assiette des coûts de développement et arbitre avec le crédit d'impôt recherche. Le dispositif (CGI art. 220 terdecies) s'applique aux dépenses engagées jusqu'au 31 décembre 2031.
Dans un studio de jeu vidéo, la valeur ajoutée d'un expert-comptable ne se trouve pas dans la tenue courante des comptes. Elle se trouve dans le financement qui décide, concrètement, si le titre sort ou non. Entre le crédit d'impôt jeu vidéo, l'agrément du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), le Fonds d'aide au jeu vidéo et le crédit d'impôt recherche, chaque euro éligible mal tracé est une aide perdue, et chaque seuil oublié peut transformer une avance encaissée en dette à rembourser. Voici comment nous structurons ces dossiers.
Que finance vraiment le CIJV en 2026 ?#
Le crédit d'impôt jeu vidéo (CGI art. 220 terdecies) couvre 30 % des dépenses de création et de développement éligibles, dans la limite d'un plafond de 6 millions d'euros par entreprise et par exercice. Deux conditions structurent l'éligibilité : un coût de développement minimal de 100 000 euros et un agrément délivré par le CNC. Le dispositif s'applique aux dépenses engagées jusqu'au 31 décembre 2031.
Un paramètre souvent mal géré par les studios mérite d'être posé dès le budget : la sous-traitance confiée à des entreprises européennes est plafonnée à 2 millions d'euros par exercice dans l'assiette. Quand une part de la production part chez des prestataires (art, audio, portage), ce plafond change le calcul de l'aide réelle. C'est exactement le type de variable qui doit être anticipée au plan de financement, pas découverte au moment de la liasse.
| Paramètre CIJV (au 1/1/2026) | Valeur |
|---|---|
| Taux du crédit d'impôt | 30 % des dépenses éligibles |
| Plafond par entreprise et par exercice | 6 M€ |
| Coût de développement minimal | 100 000 € |
| Sous-traitance UE plafonnée dans l'assiette | 2 M€ par exercice |
| Date limite des dépenses engagées | 31 décembre 2031 |
Ce tableau a l'air simple, et c'est précisément le piège : les chiffres sont connus de tous, mais la difficulté est dans leur application à votre dossier, dépense par dépense, poste par poste. Un studio qui mélange des charges non éligibles dans son assiette ne se voit pas refuser 5 % de son aide, il s'expose à une remise en cause plus large lors d'un contrôle.
Comment se prépare l'agrément CNC ?#
Le bénéfice du CIJV passe par un agrément du CNC, fondé sur un test culturel : qualité, originalité ou caractère innovant du projet, niveau des dépenses artistiques apprécié via un barème, et règles spécifiques pour les jeux à public adulte comportant de la violence. La mécanique se déroule en deux temps :
- Un agrément provisoire, demandé avant l'achèvement du jeu : le bénéfice du crédit d'impôt court dès la demande.
- Un agrément définitif, obtenu après commercialisation du titre.
Le piège opérationnel le plus coûteux tient au calendrier. L'agrément définitif doit être obtenu dans les 36 mois suivant l'agrément provisoire, sous peine de reversement du crédit d'impôt déjà perçu. Autrement dit, un studio qui glisse sur son planning de sortie peut voir une aide encaissée redevenir une dette. Notre rôle consiste ici à tenir le calendrier fiscal en parallèle du calendrier de production, et à alerter dès que les deux commencent à diverger.
Conseil Hayot Expertise. Déposez la demande d'agrément provisoire le plus tôt possible, avant les premières dépenses lourdes. Le bénéfice court dès la demande, donc chaque mois gagné en amont sécurise l'assiette, et chaque mois gagné en aval allège la pression des 36 mois.
FAJV et empilement des aides : où sont les plafonds ?#
Le Fonds d'aide au jeu vidéo (FAJV) du CNC ouvre des subventions sélectives sur trois phases : écriture, préproduction et production. L'aide à la création de propriété intellectuelle est conditionnée à la conservation des droits par le studio, un point sensible dès qu'un éditeur entre au tour de table. Deux plafonds encadrent l'ensemble :
- L'aide FAJV à la production est plafonnée à 50 % des dépenses de production.
- Le total des aides publiques ne peut excéder 50 % du coût définitif de production.
Concrètement, additionner CIJV, FAJV et aides régionales sans modéliser ce plafond global expose à un trop-perçu, donc à un remboursement. Nous reconstituons ce que la profession appelle un plan de financement consolidé, ligne par ligne, pour vérifier que la somme des aides reste dans l'enveloppe autorisée avant tout engagement. Cette modélisation rejoint le travail de pilotage que nous menons pour les jeunes structures tech, décrit sur notre page DAF externalisé pour startup et PME.
CIJV ou CIR : faut-il choisir ?#
Le CIJV ne se cumule pas avec le crédit d'impôt recherche (CIR, art. 244 quater B) sur les mêmes dépenses. Un studio qui développe un moteur propriétaire ou des briques techniques réellement nouvelles peut relever des deux logiques. Il doit alors arbitrer, dépense par dépense, sans jamais compter deux fois la même charge.
Cet arbitrage n'est pas un simple calcul, c'est une décision de structuration. Les deux dispositifs n'ont pas le même périmètre, ni la même temporalité, ni la même charge de justification. Nous le détaillons dans notre article dédié, CIJV ou CIR : quel crédit pour un studio de jeu vidéo, et nous l'instruisons dans le cadre de notre accompagnement au financement de l'innovation (CIR, CII, JEI).
Cas particuliers : les profils qui changent la donne#
Tous les studios ne se présentent pas dans la même configuration. Quelques situations modifient sensiblement la lecture du dossier :
- Studio porté par un éditeur : si l'éditeur exige la cession des droits de propriété intellectuelle, l'accès à l'aide FAJV à la création de PI, conditionnée à la conservation des droits, peut tomber. La rédaction du contrat d'édition devient un sujet fiscal autant que juridique.
- Production largement externalisée : un studio qui sous-traite massivement art et audio à des prestataires européens atteint vite le plafond de 2 M€ de sous-traitance UE dans l'assiette. Au-delà, la dépense reste réelle mais ne génère plus de crédit d'impôt.
- Jeu à public adulte comportant de la violence : des règles spécifiques s'appliquent au test culturel. Le dossier d'agrément doit être préparé en conséquence, sans surprise de dernière minute.
- Premier titre en deçà de 100 000 euros de coût de développement : sous ce seuil, pas de CIJV. La trajectoire budgétaire doit être pensée en conséquence dès la phase de préproduction.
Notre analyse d'expert-comptable#
Dans les dossiers de studios que nous accompagnons, le point de blocage le plus fréquent n'est pas la comptabilité courante : c'est la traçabilité de l'assiette. Qui a travaillé sur quoi, sur quel poste éligible, et avec quels justificatifs ? Sur une mission récente, un studio en développement de son premier titre PC, avec un budget de production de l'ordre de 1,2 million d'euros, avait confié l'audio et une partie de l'art à des prestataires européens. Trois points ont décidé du financement : le franchissement du seuil de 100 000 euros de coût de développement (acquis), la surveillance du plafond de 2 millions d'euros de sous-traitance UE (non atteint, donc assiette pleine) et le calage de la demande d'agrément provisoire avant les premières dépenses lourdes. Le vrai risque dans ce profil n'était pas le taux du crédit, connu d'avance : c'était le glissement de planning susceptible de repousser l'agrément définitif au-delà des 36 mois.
Notre conviction, après plusieurs dossiers de ce type : un suivi analytique par projet mis en place dès le premier euro vaut infiniment mieux qu'une reconstitution douloureuse à la clôture. Les studios qui attendent l'arrêté des comptes pour s'occuper de leur assiette éligible perdent à la fois du temps et, souvent, une partie de l'aide. Le taux et les plafonds sont publics ; la valeur ajoutée se loge dans la rigueur de l'instruction et dans la tenue du double calendrier fiscal et de production.
Points de vigilance#
- Le double comptage CIJV / CIR, qui fragilise tout le dossier en cas de contrôle : une même charge ne peut nourrir qu'un seul dispositif.
- Le plafond global de 50 % d'aides publiques, vite franchi quand on empile CIJV, FAJV et aides régionales sans plan consolidé.
- Le délai de 36 mois pour l'agrément définitif, à traiter comme une contrainte de gestion et non comme une formalité administrative.
- La conservation des droits de PI lorsqu'un éditeur entre au capital ou signe le contrat d'édition.
- Le seuil de 100 000 euros, qui doit être sécurisé dès le budget initial et non espéré en fin d'exercice.
Checklist studio#
- Vérifier le seuil de coût de développement (100 000 euros) dès le budget initial.
- Mettre en place un suivi analytique par projet pour isoler l'assiette éligible.
- Déposer la demande d'agrément provisoire au CNC le plus tôt possible.
- Surveiller le plafond de sous-traitance UE (2 M€) dans l'assiette du CIJV.
- Modéliser le plafond global de 50 % d'aides publiques avant d'empiler CIJV, FAJV et aides régionales.
- Trancher l'arbitrage CIJV / CIR dépense par dépense, sans double comptage.
- Sécuriser le calendrier de l'agrément définitif dans les 36 mois.
Cet article informe sur un cadre en vigueur au 1er janvier 2026 ; une décision propre à votre projet suppose l'examen de votre situation, de vos documents et du droit applicable. Pour aller plus loin, notre page dédiée à l'accompagnement comptable des studios de jeu vidéo détaille notre approche du financement, de l'agrément et du pilotage, et notre cabinet d'expertise comptable à Paris 8 reste à votre disposition pour caler la stratégie de financement la mieux adaptée à votre titre en cours.
Questions fréquentes
Quel est le taux du crédit d'impôt jeu vidéo en 2026 ?+
Le CIJV (CGI art. 220 terdecies) couvre 30 % des dépenses de création et de développement éligibles, dans la limite de 6 millions d'euros par entreprise et par exercice. Le dispositif s'applique aux dépenses engagées jusqu'au 31 décembre 2031.
Peut-on cumuler le CIJV et le crédit d'impôt recherche ?+
Non, le CIJV ne se cumule pas avec le crédit d'impôt recherche (CIR, art. 244 quater B) sur les mêmes dépenses. Un studio doit arbitrer entre les deux dispositifs, dépense par dépense, sans jamais compter deux fois la même charge.
Que se passe-t-il si l'agrément définitif n'est pas obtenu à temps ?+
L'agrément définitif doit être obtenu dans les 36 mois suivant l'agrément provisoire, sous peine de reversement du crédit d'impôt déjà perçu. Un glissement du planning de sortie peut donc transformer une aide encaissée en dette à rembourser.
Quel est le coût minimal pour ouvrir droit au CIJV ?+
Le coût de développement du jeu doit atteindre au moins 100 000 euros. En deçà de ce seuil, le projet n'est pas éligible au crédit d'impôt jeu vidéo, ce qui doit être anticipé dès la construction du budget de production.
Comment le FAJV s'articule-t-il avec le CIJV ?+
Le Fonds d'aide au jeu vidéo du CNC ouvre des subventions sélectives sur l'écriture, la préproduction et la production. Il peut compléter le CIJV, mais le total des aides publiques ne peut excéder 50 % du coût définitif de production, ce qui impose de modéliser l'ensemble avant tout engagement.
Comment le CNC apprécie-t-il l'éligibilité d'un jeu ?+
Le CNC s'appuie sur un test culturel portant sur la qualité, l'originalité ou le caractère innovant du projet et sur le niveau des dépenses artistiques, apprécié via un barème. Des règles spécifiques encadrent les jeux à public adulte comportant de la violence.
À retenir#
- Le CIJV couvre 30 % des dépenses éligibles, plafonné à 6 M€ par entreprise et par exercice, jusqu'au 31 décembre 2031 (CGI art. 220 terdecies).
- L'éligibilité suppose un coût de développement d'au moins 100 000 euros et un agrément du CNC reposant sur un test culturel.
- La sous-traitance UE est plafonnée à 2 M€ par exercice dans l'assiette, et le total des aides publiques ne peut dépasser 50 % du coût définitif de production.
- L'agrément définitif doit être obtenu dans les 36 mois suivant le provisoire, sinon le crédit d'impôt est reversé.
- Le CIJV et le CIR ne se cumulent pas sur les mêmes dépenses : l'arbitrage se fait charge par charge.
- La vraie valeur ajoutée est la traçabilité de l'assiette via un suivi analytique par projet dès le premier euro.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables. Formateur certifié Pennylane.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de référence citées pour cette page.
- CGI art. 220 terdecies (crédit d'impôt jeux vidéo), Légifrance
- CGI art. 244 quater B (crédit d'impôt recherche), Légifrance
- CNC, crédit d'impôt jeu vidéo
- CNC, fonds d'aide au jeu vidéo (FAJV)
- CNC, agrément et test culturel du crédit d'impôt jeu vidéo
- BOFiP, crédit d'impôt en faveur des entreprises de création de jeux vidéo (BOI-IS-RICI-10-50)
Ce sujet relève de notre mission CIR, CII, JEI | Financement innovation sécurisé
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