Mon entreprise perd de l'argent : que faire en priorité ?
Diagnostic des pertes : sécuriser la trésorerie d'abord, analyser les marges et les coûts fixes, puis identifier les leviers d'action. Et savoir quand activer les dispositifs de prévention des difficultés.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Trois actions prioritaires : sécuriser votre trésorerie immédiate (échéances URSSAF, TVA, fournisseurs), diagnostiquer l'origine des pertes (résultat comptable ou problème de trésorerie), puis identifier les leviers réalistes (coûts fixes, prix, mix produit). Repère critique : en cas de cessation des paiements (impossibilité de faire face au passif exigible avec l'actif disponible), vous disposez de 45 jours pour en faire la déclaration au tribunal (art. L631-4 du Code de commerce).
Perte comptable ou crise de trésorerie ?#
Une entreprise qui perd de l'argent n'est pas toujours en crise immédiate. Il existe une différence fondamentale entre un résultat comptable déficitaire et une impossibilité de payer. Chez Hayot Expertise, nous avons accompagné des PME affichant des pertes comptables tout en conservant une trésorerie saine — et, à l'inverse, des entreprises rentables sur le papier mais asphyxiées par un besoin en fonds de roulement qui explose.
Perte comptable = produits réels inférieurs aux charges réelles sur une période. Crise de trésorerie = incapacité à payer fournisseurs, salaires et cotisations à l'échéance, indépendamment du résultat. Cette distinction dicte votre ordre d'action.
Étape 1 : sécuriser la trésorerie immédiate (les 30 premiers jours)#
Avant toute analyse stratégique, assurez-vous que vous pouvez payer demain.
Bâtir un plan de trésorerie court terme (2 à 3 mois)#
Listez vos échéances immédiates par ordre de priorité :
- Salaires et charges sociales — les retards génèrent pénalités et majorations URSSAF.
- TVA et impôts professionnels — les retards déclenchent des poursuites et des majorations.
- Charges fixes vitales (loyer, assurances, services critiques) — certains contrats prévoient une résiliation après impayé.
- Dettes fournisseurs en retard — elles peuvent bloquer vos approvisionnements.
- Échéances bancaires — un défaut prolongé peut entraîner l'exigibilité anticipée du prêt.
Comparez ces flux mensuels réels à votre encaissement moyen des trois derniers mois. Si les encaissements sont inférieurs aux dépenses fixes, vous êtes en besoin de financement court terme. Trois leviers :
- Accélérer les encaissements : escompte pour paiement rapide, relance des impayés clients, facturation plus fréquente.
- Étaler les décaissements : négocier des délais avec les fournisseurs critiques, reporter les investissements non urgents, rééchelonner les loyers si possible.
- Sécuriser les lignes : mettre en place un crédit court terme (découvert autorisé, affacturage) auprès de votre banque, tant que la relation est saine.
Évaluer le besoin en fonds de roulement#
Une cause silencieuse de tension : un besoin en fonds de roulement qui grossit. Si vous vendez plus, ou encaissez plus tard, vous financez la croissance sur votre propre trésorerie.
| Élément | Symptôme | Action |
|---|---|---|
| Clients : délais de paiement qui s'allongent | Factures impayées au-delà de 60 jours | Resserrer les conditions, escompte, affacturage |
| Stock : invendus qui s'accumulent | Rotation qui ralentit | Audit des références à faible rotation, liquidation des fins de série |
| Fournisseurs : délais qui se réduisent | Vous payez vite, ils vous paient tard | Renégocier avec vos fournisseurs majeurs |
Étape 2 : diagnostiquer l'origine des pertes (30 à 60 jours)#
Une fois la trésorerie sécurisée, identifiez pourquoi vous perdez de l'argent. Un diagnostic générique (« il faut réduire les coûts ») ne suffit pas.
Analyser la marge brute par ligne#
Demandez un détail des marges brutes (prix de vente moins coût direct) par famille de produits ou de prestations. Trois cas typiques :
- Une ou deux lignes très rentables, d'autres déficitaires : réorientez l'effort commercial vers les marges élevées, repensez ou abandonnez les lignes faibles.
- Toutes les lignes au-dessus du point mort, mais marge totale insuffisante : augmentez les volumes (croissance du chiffre d'affaires) ou réduisez les coûts variables.
- Marge brute globale négative : révisez vos prix ou sortez du produit.
Calculer votre point mort#
Le seuil de rentabilité (point mort) = charges fixes / taux de marge brute. Exemple : 30 000 € de charges fixes par mois, marge brute moyenne de 40 %, point mort = 75 000 € de CA mensuel. Si votre CA réel est inférieur, vous êtes en perte, quels que soient vos efforts par ailleurs.
Trois leviers : augmenter les prix si le marché le supporte, réduire les coûts variables (matière, sous-traitance, transport), réduire les charges fixes.
Comparer le résultat comptable et la trésorerie réelle#
Vos pertes comptables reflètent-elles votre trésorerie manquante ? Écarts fréquents : une dépréciation ou une provision est une charge comptable sans décaissement ; un amortissement correspond à un décaissement antérieur. Une perte comptable de 20 000 € peut correspondre à une consommation de trésorerie bien moindre. Vérifiez ce point avec votre expert-comptable.
Étape 3 : identifier et tester les leviers (60 à 90 jours)#
Avec un diagnostic clair, testez les leviers un par un, modestement, avant d'amplifier.
Levier 1 : réduire les coûts variables#
Renégociez avec vos deux ou trois plus gros fournisseurs, optimisez la logistique et le transport, comparez plusieurs prestataires de sous-traitance.
Levier 2 : augmenter les prix#
Souvent tabou, parfois nécessaire. Testez une hausse segmentée (plus forte sur les nouveaux clients), justifiez-la par l'inflation des coûts, et surveillez l'attrition clients : si vous perdez trop de volume, ajustez.
Levier 3 : réduire les coûts fixes#
| Poste | Exemple d'économie | Délai |
|---|---|---|
| Immobilier | Renégocier le loyer, sous-louer un espace inutilisé | Quelques mois |
| Énergie | Audit énergétique, changement de fournisseur | Quelques semaines |
| Effectif | Gel des embauches, non-remplacement, redéploiement | Immédiat |
| Abonnements | Auditer les logiciels inutilisés, négocier les tarifs | Quelques semaines |
Au-delà d'une réduction trop forte des coûts fixes, vous risquez de dégrader la qualité et de perdre des compétences clés.
Levier 4 : ajuster le mix produit#
Si le diagnostic révèle un poids trop fort des marges basses, réallouez l'effort commercial vers les produits à forte marge, réduisez la gamme à faible marge, et proposez des offres groupées.
Cas particuliers#
Perte chronique depuis plus de deux ans#
Si la perte est durable, les leviers ci-dessus ne suffisent pas : c'est le modèle d'affaires qu'il faut interroger. Votre cible existe-t-elle vraiment ? Votre produit est-il trop coûteux à produire ? Votre prix est-il en deçà du marché ? Un audit externe ou un conseil en stratégie devient pertinent.
Perte de plus de la moitié du capital social#
Si vos pertes cumulées dépassent la moitié du capital social, vous devez réunir une assemblée pour décider de la poursuite ou non de l'activité (art. L223-42 pour la SARL ; L225-248 pour la SA, applicable à la SAS par renvoi de l'article L227-1). Trois options : reconstituer les capitaux propres, réduire le capital, ou dissoudre. Ne tardez pas : l'absence de convocation engage la responsabilité des dirigeants.
Points de vigilance 2026#
Le signal d'alerte : la cessation des paiements#
La cessation des paiements est l'impossibilité de faire face au passif exigible avec l'actif disponible (art. L631-1 du Code de commerce). À ce stade, vous disposez d'un délai de 45 jours pour en faire la déclaration au tribunal. Passé ce délai sans démarche, vous vous exposez à des sanctions et à l'aggravation des dettes.
Trois signaux concrets : l'impossibilité de payer les salaires du mois, des menaces de saisie après plusieurs mois d'arriérés, le refus de crédit par plusieurs fournisseurs. À ce stade, alertez immédiatement votre expert-comptable.
Quand activer les dispositifs de prévention#
Avant la cessation des paiements, trois dispositifs permettent d'agir, en général dans la confidentialité :
- Mandat ad hoc (art. L611-3 du Code de commerce) : un mandataire vous aide à négocier avec vos créanciers. Confidentiel, souple.
- Conciliation (art. L611-4 et suivants) : un accord avec les principaux créanciers, sous l'égide du tribunal, pour une durée encadrée.
- Procédure de sauvegarde (art. L620-1) : ouverte avant la cessation des paiements, si vous justifiez de difficultés mais d'une capacité de redressement ; elle suspend les poursuites.
Repère clé : si votre banque hésite à refinancer, c'est souvent le moment d'activer un dispositif de prévention.
Les arriérés de cotisations#
L'URSSAF applique des majorations au-delà d'un court délai. Vous pouvez demander un échéancier : il est généralement accordé si vous proposez un plan réaliste. Ne laissez jamais une relance sans réponse.
Notre analyse d'expert-comptable#
Nous accompagnons chaque année des PME en difficulté. Trois constats. D'abord, beaucoup ne demandent de l'aide qu'après six à douze mois de pertes, alors que trois mois auraient suffi pour tester des leviers : attendre érode la trésorerie et dégrade les relations bancaires. Ensuite, beaucoup confondent perte comptable et crise de trésorerie ; or l'ordre d'action diffère totalement selon le cas. Enfin, les dirigeants hésitent à activer tôt les dispositifs de prévention, par crainte d'un signal négatif. C'est souvent une erreur : un mandat ad hoc bien mené stabilise la trésorerie et préserve une entreprise viable, là où l'attentisme conduit au redressement judiciaire dans de moins bonnes conditions.
Conseil Hayot Expertise. Agissez dès le premier signe. Bâtissez un plan d'action en quatre semaines : trésorerie, diagnostic, leviers. Si ce plan ramène à l'équilibre en trois mois, vous êtes sauvé. Sinon, activez un dispositif de prévention avant d'être en cessation des paiements. La différence entre le redressement et la liquidation tient souvent à cette proactivité.
Questions fréquentes
Combien de mois de pertes constituent une vraie crise ?+
Un mois de perte n'est pas significatif. Trois mois consécutifs justifient un diagnostic. Six mois imposent d'activer les leviers. Au-delà, envisagez les dispositifs de prévention.
Faut-il réduire les effectifs immédiatement ?+
Non. Les réductions d'effectif sont coûteuses et tardives. Testez d'abord les leviers moins destructifs : coûts variables, prix, mix produit. Les effectifs en dernier recours, si le plan d'action ne fonctionne pas.
Combien coûte une déclaration de cessation des paiements ?+
La déclaration elle-même ne coûte rien, mais la procédure qui suit engendre des frais. Avant d'en arriver là, un mandat ad hoc est souvent moins coûteux et plus discret.
Peut-on obtenir un crédit bancaire en période de pertes ?+
C'est difficile : la banque demande des garanties et une capacité de remboursement. Dans les premiers mois, une ligne de découvert court terme reste possible si la relation est solide.
Qu'est-ce qu'un mandat ad hoc ?+
Un mandataire désigné par le tribunal vous aide à négocier avec vos créanciers, dans la confidentialité. Vous restez maître de votre entreprise. C'est un moyen de gagner du temps avant une éventuelle procédure.
Dois-je informer les salariés si l'entreprise perd de l'argent ?+
Pas d'obligation générale directe, hormis l'information du comité social et économique dans les entreprises qui en sont dotées. Une transparence mesurée renforce souvent la confiance et fait émerger des idées d'amélioration.
Un expert-comptable peut-il aider à redresser une perte ?+
Oui : diagnostic, aide au plan d'action, reporting mensuel, appui à la négociation avec les créanciers. C'est généralement rentable si cela évite une procédure judiciaire.
À retenir#
- Trois actions d'urgence : sécuriser la trésorerie (30 jours), diagnostiquer l'origine des pertes (60 jours), tester des leviers réalistes (90 jours).
- Distinguez résultat comptable et trésorerie : ils ne coïncident pas toujours.
- Point mort = charges fixes / taux de marge brute ; en dessous, la perte est structurelle.
- Quatre leviers : coûts variables, prix, mix produit, coûts fixes ; commencez par les moins destructifs.
- Délai de 45 jours en cas de cessation des paiements.
- Dispositifs de prévention : mandat ad hoc, conciliation, sauvegarde ; à activer avant la cessation des paiements.
- Agir tôt change tout : les entreprises qui demandent de l'aide rapidement s'en sortent plus souvent.
Sources officielles#

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Service-Public Entreprendre - Entreprise en difficulté : les solutions
- Légifrance - Code de commerce, Livre VI (prévention et procédures collectives)
- Economie.gouv.fr - Entreprises en difficulté : qui contacter
- BPIFrance - Rebondir et traiter ses difficultés
- Service-Public Entreprendre - Mandat ad hoc et conciliation
Ce sujet relève de notre mission Tenue comptable à Paris | Révision, clôture, liasse
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