Un expert-comptable est-il obligatoire ? Ce que dit la loi en 2026
La loi n'impose pas le recours à un expert-comptable. Chacun peut tenir sa comptabilité soi-même. Mais les obligations comptables légales existent, et selon votre forme juridique et régime, certaines situations rendent l'EC quasi indispensable. On démêle le vrai du faux.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. La loi française n'impose pas le recours à un expert-comptable. Tout dirigeant peut tenir sa comptabilité lui-même s'il le souhaite et en maîtrise les règles. Cependant, certaines obligations comptables légales existent (article L123-12 du Code de commerce) — enregistrement chronologique, justificatifs, comptes annuels selon les seuils. Et selon votre structure juridique et vos seuils de chiffre affaires, une nomination obligatoire de commissaire aux comptes (décret n° 2019-514) peut s'imposer, ce qui crée de facto un besoin d'expertise externe. L'EC n'est donc pas légalement obligatoire, mais elle devient quasi indispensable dans de nombreux cas.
Contexte légal 2026 : distinguer obligation comptable et obligation d'avoir un expert-comptable#
La confusion vient d'une source simple : il y a une obligation comptable, mais pas d'obligation légale de recourir à un expert-comptable pour la respecter. C'est deux choses différentes.
L'obligation comptable (Code de commerce, articles L123-12 à L123-28) impose à toute entreprise :
- De tenir des livres comptables (journal, grand livre, inventaire) ;
- D'enregistrer chronologiquement toutes les opérations ;
- De conserver les justificatifs (factures, contrats, reçus) au moins 6 ans ;
- De dresser des comptes annuels (bilan, compte de résultat, annexe) selon ses seuils de taille.
Le recours à un expert-comptable est une prestation optionnelle. Nul texte ne l'oblige. Vous pouvez tout à fait — légalement — tenir votre comptabilité vous-même, à condition de respecter les règles comptables.
Cette distinction est capitale. Elle ouvre deux voies :
- Le DIY comptable (Do It Yourself) : possible, mais demande du temps, une formation minimum, et accepter un risque de redressement fiscal.
- L'accompagnement par un expert-comptable : coûteux, mais sécurise, professionnalise, et permet de bénéficier d'une assurance de responsabilité civile.
Quand la loi impose une obligation comptable « renforcée »#
Bien que nul ne soit légalement obligé d'avoir un expert-comptable, plusieurs seuils légaux entraînent des obligations comptables plus strictes, qui rendent l'EC quasi indispensable.
Selon votre taille : présentation simplifiée ou complète des comptes#
Toute société commerciale doit établir des comptes annuels — bilan, compte de résultat et annexe — en vertu de l'article L123-12 du Code de commerce. La taille de l'entreprise détermine seulement le niveau de détail exigé : les plus petites structures bénéficient d'une présentation simplifiée (articles L123-16 et L123-16-1 ; seuils relevés par le décret du 28 février 2024).
| Catégorie comptable | Total du bilan | CA net HT | Salariés |
|---|---|---|---|
| Micro-entreprise (art. L123-16-1) | ≤ 450 000 € | ≤ 900 000 € | ≤ 10 |
| Petite entreprise (art. L123-16) | ≤ 7 500 000 € | ≤ 15 000 000 € | ≤ 50 |
Une entreprise qui ne dépasse pas 2 des 3 seuils de sa catégorie peut présenter ses comptes de façon simplifiée. Au-delà, la présentation complète s'impose — un travail technique où l'expert-comptable prend tout son sens.
À partir de 2 autres seuils : nomination d'un commissaire aux comptes (CAC) obligatoire#
La deuxième ligne — bien plus exigeante — est la nomination obligatoire d'un commissaire aux comptes (CAC), dont les seuils ont été harmonisés par la loi PACTE (décret n° 2019-514 du 24 mai 2019).
Depuis cette réforme, toutes les formes de sociétés commerciales (SAS, SASU, SARL, SA, SNC…) partagent les mêmes seuils :
| Critère (depuis la loi PACTE) | Seuil |
|---|---|
| Total du bilan | 4 000 000 € |
| Chiffre d'affaires HT | 8 000 000 € |
| Nombre moyen de salariés | 50 |
La nomination d'un CAC devient obligatoire dès qu'une société dépasse 2 de ces 3 seuils à la clôture d'un exercice ; l'obligation prend effet l'exercice suivant. Des règles spécifiques s'appliquent par ailleurs aux sociétés tête de groupe (« petits groupes »).
Ainsi, une SASU réalisant 2,5 M€ de CA avec un petit bilan et moins de 50 salariés n'a pas d'obligation de CAC. En revanche, une société qui franchit 2 des 3 seuils (par exemple 9 M€ de CA et 55 salariés) doit en nommer un.
Une fois le CAC nommé, l'expert-comptable devient de facto indispensable pour préparer les comptes sur lesquels le CAC travaillera.
Régimes spéciaux : micro-entreprise (aucune obligation comptable)#
Les micro-entrepreneurs (anciennement auto-entrepreneurs) bénéficient d'un régime comptable allégé. Ils ne doivent pas tenir de comptabilité au sens complet du terme. Ils doivent seulement :
- Enregistrer les recettes (livre ou registre simplifié, ou logiciel de caisse agréé) ;
- Conserver les justificatifs de dépenses si elles sont déductibles (cas rare en micro) ;
- Respecter les seuils de chiffre d'affaires du régime micro (203 100 € pour la vente de marchandises et l'hébergement, 83 600 € pour les prestations de services et les activités libérales, en 2026).
Conclusion pour la micro : Un expert-comptable n'est ni obligatoire ni souvent utile, sauf si vous envisagez de passer au régime réel (EIRL ou création d'une structure commerciale).
Les risques de ne pas avoir un expert-comptable (quand c'est légalement possible)#
Ce qui peut aller mal si vous tenez seul votre comptabilité#
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Erreurs comptables répétées → Redressement fiscal + intérêt de retard (0,20 %/mois, soit 2,40 %/an ; art. 1727 CGI) + majorations (de 10 % à 80 % selon la gravité).
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Dossier incomplet au moment d'un contrôle fiscal → L'administration peut procéder à une reconstitution de revenus (elle calcule elle-même sans preuve) et vous impose au-dessus de la réalité.
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Mauvaise gestion des éléments déductibles → TVA mal calculée → rappels de TVA + pénalités.
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Dépôt tardif ou absence de dépôt des comptes annuels au greffe → injonction de dépôt sous astreinte ordonnée par le président du tribunal de commerce, assortie d'une amende (contravention de 5e classe : 1 500 €, portée à 3 000 € en cas de récidive).
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Manque d'optimisation fiscale → Vous payez plus d'impôts que nécessaire. Un expert-comptable aurait repéré des économies légales (provisions déductibles, perte de reportage, étalement de revenus, etc.).
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Problèmes de succession ou transmission → L'acheteur verra des comptes non certifiés, potentiellement réputés « fragiles » par le banquier ou l'expert-comptable du repreneur. Cela peut déprécier l'affaire.
Cas où le risque est très faible (DIY possible)#
- Micro-entrepreneur avec peu de dépenses : un simple suivi des recettes et des pièces de justification suffisent.
- Indépendant en profession libérale avec CA stable et structure simple : pas d'employés, peu de stocks, peu d'immobilisations.
- Petite EIRL de services (CA < 200 k€) : tenue comptable basique possible avec un bon logiciel.
Cas où le risque est très élevé (expert-comptable recommandé)#
- SAS/SARL avec salariés : la paie est complexe, les cumuls de charges sociales élevés, les erreurs coûtent cher.
- Structure avec IS (SARL, SAS, SA) : la déclaration 2050 de la liasse fiscale est minutieuse.
- Activité avec TVA intracommunautaire ou droits d'accise : la TVA est un domaine où les erreurs sont fréquentes.
- Secteur réglementé (professions libérales, HCR, santé) : obligations comptables spécifiques, risques pénal si manquements.
Cas particuliers : quand la loi impose autre chose qu'un expert-comptable (mais crée de facto un besoin)#
La nomination obligatoire de commissaire aux comptes#
Dès lors qu'un CAC est obligatoire (dépassement des seuils), vous devez le désigner — en principe par décision de l'assemblée des associés — pour un mandat de six exercices. Le CAC, à titre onéreux, va auditer et certifier les comptes que vous avez établis ou que votre expert-comptable a préparés.
À ce moment, un expert-comptable n'est pas légalement obligatoire, mais il devient de facto indispensable car :
- Le CAC a besoin de comptes correctement préparés à partir d'une comptabilité fiable ;
- Si vous présentez des comptes bricolés, le CAC fera un rapport d'audit « avec réserves » ou « sinistre » qui alerte les créanciers et les banquiers.
La SARL avec un gérant-associé minoritaire#
Un gérant minoritaire cotise au régime des salariés assimilés (régime général). S'il y a d'autres gérants ou associés, des obligations de révision et de présentation des comptes s'ajoutent. Dans ce cas, avoir un expert-comptable évite les conflits et les redressements.
Les normes comptables IFRS pour certains groupes#
Pour les groupes dépassant certains seuils, les comptes consolidés doivent être établis selon les normes IFRS. C'est un travail technique que seul un expert-comptable expérimenté peut gérer.
Nos observations d'expert-comptable#
Récemment, un dirigeant de PME (SARL, 15 salariés, 850 k€ de CA) nous a contactés après un redressement fiscal de 32 000 € suite à un contrôle de l'administration. Pendant 3 ans, il tenait sa comptabilité seul avec un logiciel de base. Les erreurs ?
- Deux charges engagées mais non comptabilisées (oubli pur) ;
- Une provision pour litige jamais inscrite au bilan ;
- Des écritures TVA inversées sur 4 mois (inversion crédit/débit) ;
- Absence de suivi des dépenses de réception (déductibles partiellement, oubliées du dossier de l'administration).
Le coût du redressement aurait largement dépassé les honoraires annuels d'un expert-comptable pendant 5 ans. De plus, le fait que les comptes ne soient pas certifiés a incité l'administration à reconsidérer la majorité des déductions, par pure suspicion.
Notre observation : l'absence d'un expert-comptable n'est jamais une économie — c'est un report de risque. Le jour où le risque se matérialise (contrôle, emprunt auprès d'une banque, transmission, audit interne), le coût explosif dépasse mille fois les économies réalisées.
Conseil Hayot Expertise. La question « Ai-je besoin d'un expert-comptable ? » dépend moins de la loi que de vos risques acceptables. Si vous dirigez seul, sans salariés, avec peu de dépenses et une structure juridique simple (micro ou EIRL), le DIY est légalement viable. Dès que la complexité s'ajoute (salariés, TVA, IS, dépôt légal des comptes), les risques montent exponentiellement. Nous recommandons un premier rendez-vous avec un expert-comptable d'une heure avant de décider : montrez votre comptabilité actuelle, vos attentes, et votre budget. Nous estimerons vraiment le risque au-delà de la théorie. Dans 80 % des cas, l'expert-comptable se paie lui-même en redressements évités et en optimisations détectées. C'est du vrai ROI, pas une charge.
Questions fréquentes
L'expert-comptable est-il vraiment obligatoire ?+
Non. La loi impose une comptabilité correcte, pas un expert-comptable. Vous pouvez tenir votre comptabilité vous-même légalement, à condition de respecter les règles du Code de commerce (enregistrement, justificatifs, comptes annuels). Le risque, c'est de mal faire et de payer les pénalités.
À partir de quel chiffre affaires devient-il indispensable ?+
Il n'y a pas de seuil magique, mais à partir de 500 000–600 000 € de CA avec des salariés, les risques deviennent importants. La vraie ligne de bascule est le seuil de nomination obligatoire d'un commissaire aux comptes (2 des 3 critères : 4 M€ de bilan, 8 M€ de CA, 50 salariés) — là, l'expert-comptable devient quasi indispensable de facto.
Un micro-entrepreneur peut-il vraiment se passer d'un comptable ?+
Oui, sauf s'il a des charges professionnelles importantes (très rare). Le regime micro-simplifié ne demande qu'un suivi des recettes. Pas de bilan, pas de compte de résultat. Un bon logiciel de caisse suffit. Mais si vous envisagez de basculer au réel ou de croître, faites un bilan comptable.
Si je fais une erreur comptable majeure, vais-je en prison ?+
L'absence de comptabilité ou une comptabilité frauduleuse sont des contraventions (pénalités civiles, amendes) et rarement des délits (prison). En revanche, la fraude fiscale volontaire ou l'abus de bien social, oui. Soyez honnête avec l'administration et consultez un expert-comptable en cas de doute.
Un expert-comptable me protège-t-il en cas de contrôle ?+
Partiellement. L'expert-comptable certifie que vos comptes sont réguliers et sincères. Lors d'un contrôle, cela accélère les discussions et réduit les suspicions. Mais il ne vous protège pas si vous avez volontairement dissimulé des revenus — c'est un crime, pas une erreur comptable.
Qu'est-ce qu'un commissaire aux comptes et pourquoi est-ce obligatoire ?+
Un CAC est un auditeur indépendant nommé pour certifier les comptes d'une entreprise. C'est obligatoire si vous franchissez certains seuils (article L823-1). Le CAC ne remplace pas l'expert-comptable — ils travaillent ensemble. L'EC prépare les comptes, le CAC les audite.
À retenir#
- La loi n'impose PAS un expert-comptable, mais elle impose une comptabilité correcte. C'est deux obligations différentes.
- Tenir soi-même sa comptabilité est légalement possible — c'est à condition de respecter les règles du Code de commerce (enregistrement chronologique, justificatifs, comptes annuels selon seuils).
- Les seuils d'obligation de CAC (2 des 3 : bilan 4 M€, CA 8 M€, 50 salariés) rendent l'expert-comptable de facto indispensable.
- Pour la micro-entreprise, aucune comptabilité complète n'est obligatoire — juste un suivi des recettes.
- Le risque de ne pas avoir un EC (redressement, pénalités, perte de crédibilité bancaire) dépasse presque toujours les honoraires d'un cabinet.
- Consultez un expert-comptable avant de décider de faire seul — une rencontre de diagnostic coûte peu et vous éclairera vraiment.
Sources officielles#
- Code de commerce - Article L. 123-12 (Obligations comptables)
- Code de commerce - Articles L. 823-1 à L. 823-10 (Commissaire aux comptes)
- Service-Public.fr - Obligations comptables pour une entreprise
- Entreprendre.Service-Public.fr - Comptabilité et documents comptables
- Décret n° 2019-514 du 24 mai 2019 - Seuils de nomination du commissaire aux comptes

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Code de commerce - Article L. 123-12 Légifrance
- Code de commerce - Articles L. 823-1 à L. 823-10 Légifrance
- Service-Public.fr - Obligations comptables
- Entreprendre.Service-Public.fr - Obligations comptables entreprise
- Légifrance - Décret n° 2019-514 du 24 mai 2019 (seuils de nomination du commissaire aux comptes)
Ce sujet relève de notre mission Commissaire aux comptes à Paris | Audit légal & CAC
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