Entreprise à mission : statut, raison d'être et comité de mission (mode d'emploi 2026)
Cadre juridique de la société à mission, rédaction de la raison d'être, mise en place du comité de mission et vérification par l'OTI : la méthode complète pour bénéficier du statut.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. La loi Pacte du 22 mai 2019 a créé le statut de société à mission, qui permet à une entreprise de se donner une raison d'être ainsi que des objectifs sociaux et environnementaux inscrits dans ses statuts. Pour en bénéficier, une société doit : inscrire sa raison d'être et ses objectifs dans les statuts, mettre en place un comité de mission chargé du suivi, et faire vérifier l'atteinte de ses objectifs par un organisme tiers indépendant (OTI). Le statut n'ouvre aucun avantage fiscal en soi, mais il formalise et crédibilise une démarche de durabilité.
Contexte légal et enjeux 2026#
Le statut de société à mission est issu de la loi n° 2019-486 du 22 mai 2019, dite loi Pacte, et de ses textes d'application. Plusieurs milliers d'entreprises l'ont adopté depuis, surtout des PME en croissance et des structures de l'économie sociale.
En 2026, trois raisons conduisent à (re)considérer ce statut :
- La montée des obligations RSE : le reporting de durabilité (CSRD) monte en charge par vagues chez les grandes entreprises, et sa portée a été ajustée par les discussions européennes récentes. Les PME restent surtout concernées indirectement, via leur chaîne de valeur ; une raison d'être vérifiée renforce alors la crédibilité de leur reporting de durabilité.
- L'attente des talents et des financeurs : candidats et investisseurs examinent l'engagement réel des entreprises. Le statut de mission est un signal tangible et juridiquement encadré.
- La distinction avec l'ESS : une société à mission n'est ni une entreprise de l'économie sociale et solidaire ni une structure agréée ESUS. Elle peut être une SA, une SAS ou une SARL de droit commun, simplement dotée d'une raison d'être encadrée.
Qu'est-ce qu'une société à mission ?#
Définition légale#
Une société à mission est une société commerciale (SA, SAS, SARL, etc.) qui inscrit dans ses statuts :
- Une raison d'être : l'énoncé des finalités, sociales et environnementales, qui dépassent la seule recherche du profit.
- Des objectifs sociaux et environnementaux qu'elle se donne pour mission de poursuivre dans le cadre de son activité.
- Les modalités de suivi de l'exécution de cette mission, dont un comité de mission distinct des organes sociaux.
L'exécution des objectifs est ensuite vérifiée par un organisme tiers indépendant (OTI), selon une périodicité fixée par les textes, et l'avis de l'OTI est rendu public.
Distinction avec d'autres notions#
Il est essentiel de ne pas confondre les dispositifs voisins :
| Statut / notion | Raison d'être | Objet | Vérification | Avantage fiscal |
|---|---|---|---|---|
| Société à mission (art. L.210-10 C. com.) | Obligatoire dans les statuts | Au moins un objectif social ou environnemental | OTI, périodique | Aucun en soi |
| Raison d'être (art. 1835 C. civ.) | Possible pour toute société | Libre | Aucune | Aucun |
| Entreprise de l'ESS (loi 2014) | Non requise | Finalité d'utilité sociale, lucrativité encadrée | Selon agrément | Selon dispositifs |
| Agrément ESUS | Non requis | Utilité sociale à titre principal | Contrôle DREETS | Oui (IR-PME, épargne solidaire) |
Piège fréquent : « comité de mission » et « société à mission » n'ont rien à voir avec un « chef de mission » en cabinet comptable. Le comité de mission est un organe de gouvernance dédié au suivi des objectifs.
Les conditions légales pour devenir société à mission#
Les articles L.210-10 à L.210-12 du Code de commerce posent quatre conditions cumulatives.
1. L'inscription dans les statuts#
La raison d'être et les objectifs doivent figurer dans les statuts. Cela suppose une modification statutaire votée en assemblée, puis déposée au greffe du tribunal de commerce. La rédaction doit être claire et alignée sur l'activité réelle : une raison d'être déconnectée du métier fragilise la démarche dès la première vérification.
2. Des objectifs sociaux et environnementaux#
Au moins un objectif doit être défini, mesurable et assorti d'un plan d'action. Quelques exemples :
- Réduire l'empreinte carbone selon une trajectoire chiffrée — un objectif que prépare bien un premier bilan carbone.
- Atteindre la parité dans les fonctions d'encadrement à une échéance donnée.
- Suivre des indicateurs de performance RSE précis (formation, inclusion, achats responsables).
- Financer des investissements verts, le cas échéant via des subventions à la transition écologique.
3. Le comité de mission#
La société doit se doter d'un comité de mission, distinct des organes sociaux, comprenant au moins un salarié. Il est chargé de suivre l'exécution des objectifs, de préparer un rapport annuel joint au rapport de gestion, et de proposer des mesures correctives. Sa composition est précisée dans les statuts ; l'ajout d'un expert externe renforce la crédibilité de l'évaluation.
4. La vérification par un organisme tiers indépendant (OTI)#
Le décret n° 2020-1 du 2 janvier 2020, complété par un décret et un arrêté du 27 mai 2021, fixe les modalités de la vérification :
- Première vérification : dans les 18 mois suivant la déclaration de la qualité de société à mission pour les sociétés de 50 salariés et plus ; dans les 2 ans pour les sociétés de moins de 50 salariés.
- Vérifications suivantes : au moins tous les 2 ans. Les sociétés de moins de 50 salariés peuvent demander que la prochaine vérification ait lieu au bout de 3 ans.
- Avis de l'OTI : il porte sur le respect des objectifs et est publié sur le site de la société, accessible pendant cinq ans.
Tableau récapitulatif : les piliers de la mission#
| Pilier | Contenu exigé | Référence |
|---|---|---|
| Raison d'être | Énoncé des finalités sociales et environnementales | Art. L.210-10 C. com. |
| Objectifs | Au moins un objectif mesuré, avec plan d'action | Art. L.210-10 C. com. |
| Comité de mission | Organe dédié, au moins un salarié, rapport annuel | Art. L.210-10 C. com. |
| Vérification OTI | Première vérif. à 18 mois / 2 ans, puis tous les 2 ans | Art. L.210-12 + arrêté du 27 mai 2021 |
Méthodologie : devenir société à mission en 5 étapes#
- Formuler la raison d'être avec les dirigeants et des représentants des salariés ; la tester auprès des clients et partenaires.
- Définir au moins un objectif social ou environnemental, mesurable, avec un horizon et un plan d'action.
- Mettre en place le comité de mission : composition, attributions, rythme de réunion, formalisés par une charte.
- Modifier les statuts et procéder à la déclaration au greffe — une étape où l'appui d'un professionnel de la création ou modification de société sécurise la rédaction.
- Organiser la première vérification OTI dans le délai légal, puis publier l'avis.
Cas particuliers en 2026#
Transformation d'une société existante. Une SARL, une SAS ou une SA peut accéder au statut à tout moment par modification statutaire, sans condition d'ancienneté.
Startups et jeunes entreprises innovantes. Une société peut être à la fois société à mission et jeune entreprise innovante (JEI) : les deux régimes sont indépendants et se cumulent.
Très petites structures. Le statut s'applique à l'identique ; la charge du comité de mission peut être allégée (réunions moins fréquentes), mais la vérification OTI reste obligatoire.
Micro-entrepreneurs. Un micro-entrepreneur ne peut pas, en tant que tel, devenir société à mission : il faut au préalable créer une société commerciale (SARL, SAS).
Points de vigilance 2026#
- Ne pas confondre raison d'être et communication : la mission doit être réellement poursuivie, sous peine d'un avis d'OTI défavorable et d'un risque réputationnel.
- Aucun avantage fiscal automatique : l'intérêt est réputationnel et lié à l'attractivité, pas fiscal.
- Des coûts à anticiper : modification statutaire, gouvernance du comité, rapport annuel et vérification OTI.
- La publication de l'avis d'OTI : il est public ; un avis défavorable peut peser auprès des clients et financeurs.
- L'alignement avec la stratégie : prix, chaîne d'approvisionnement et culture interne doivent être cohérents avec la mission affichée.
Notre analyse d'expert-comptable#
Expert-comptable et commissaire aux comptes, nous évaluons régulièrement la cohérence entre les engagements affichés et les données réelles. Nous accompagnons chaque année quelques entreprises dans cette démarche, de la PME de quinze salariés à la structure d'une centaine de personnes. Une agence de conseil d'une quarantaine de salariés s'est ainsi engagée dans le statut avec une raison d'être claire et des indicateurs déjà suivis (empreinte carbone, part du revenu réinvestie, mixité de l'encadrement). Son comité de mission, réunissant la direction et une auditrice externe, s'est réuni plusieurs fois la première année.
La vérification de l'OTI a débouché sur un avis favorable, assorti d'une réserve : l'objectif de réduction carbone n'avançait pas assez vite après une hausse des effectifs. Loin de desservir l'entreprise, cette transparence a légitimé une révision du plan et rassuré deux investisseurs. L'enseignement est clair : le statut fonctionne mieux lorsqu'il formalise une ambition déjà engagée que lorsqu'il prétend la créer de toutes pièces.
Conseil Hayot Expertise. Si votre entreprise porte des convictions sociales ou environnementales authentiques et dispose d'une gouvernance capable de les suivre, le statut de mission est un investissement léger pour un signal fort. Faites valider la rédaction des statuts et vérifiez que le comité de mission peut s'appuyer sur vos données comptables et RH existantes. Nous structurons ensuite vos rapports annuels et préparons les vérifications OTI, dans le cadre d'un accompagnement RSE et CSRD et de notre expertise comptable en RSE.
Questions fréquentes
Quel est le coût pour devenir société à mission ?+
Comptez la modification de statuts au greffe, le temps interne de préparation et la vérification OTI, dont le tarif varie selon la taille et le secteur. C'est un investissement modéré, à rapporter au bénéfice réputationnel et d'attractivité.
Puis-je modifier ma raison d'être après l'avoir publiée ?+
Oui, mais cela suppose une nouvelle modification de statuts et une vérification ultérieure de l'OTI. Une révision tous les trois à cinq ans est cohérente ; la changer trop souvent affaiblit la crédibilité de la démarche.
L'OTI peut-il rendre un avis défavorable ?+
Oui. Si l'organisme constate que la mission n'est pas réellement poursuivie ou que le comité de mission n'existe que sur le papier, l'avis peut être défavorable. Le statut n'est pas retiré pour autant, mais la crédibilité externe en pâtit.
Une SARL avec un gérant unique peut-elle être société à mission ?+
Oui. Aucune taille minimale n'est exigée. Le comité de mission doit toutefois rester crédible : le gérant a souvent intérêt à s'adjoindre un regard externe pour éviter l'auto-évaluation.
Le statut de mission impacte-t-il ma capacité d'emprunt ?+
Pas directement. Certains financeurs sensibles à l'impact le valorisent ; d'autres n'en tiennent pas compte. Il peut constituer un atout pour des contrats clients attentifs à la durabilité.
Quel délai pour le premier avis d'OTI ?+
La première vérification intervient dans les 18 mois (sociétés de 50 salariés et plus) ou 2 ans (moins de 50 salariés) suivant la déclaration. Anticipez la sélection de l'OTI et la collecte des données.
À retenir#
- La loi Pacte (2019) permet à toute société commerciale d'adopter le statut de société à mission en inscrivant une raison d'être et des objectifs dans ses statuts.
- Quatre conditions : raison d'être, objectifs mesurés, comité de mission, vérification par un OTI.
- Première vérification OTI à 18 mois (≥ 50 salariés) ou 2 ans (< 50 salariés), puis au moins tous les 2 ans.
- Aucun avantage fiscal en soi : l'intérêt est réputationnel et lié à l'attractivité.
- Une société à mission n'est ni une entreprise de l'ESS ni une structure agréée ESUS.
- Le comité de mission doit comprendre au moins un salarié ; un expert externe renforce sa crédibilité.
Sources officielles#
- Légifrance — Loi n° 2019-486 du 22 mai 2019 (loi PACTE)
- Légifrance — Code de commerce, articles L.210-10 à L.210-12
- Légifrance — Arrêté du 27 mai 2021 (mission de l'OTI, sociétés à mission)
- Bpifrance Création — Société à mission : contrôle de l'OTI
- Communauté des Entreprises à Mission — ressources
À jour au 5 juin 2026. Les modalités légales du statut de société à mission peuvent évoluer ; appuyez-vous sur les sources officielles ou sur un professionnel avant d'engager une modification statutaire.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Légifrance — Loi n° 2019-486 du 22 mai 2019 (loi PACTE)
- Légifrance — Code de commerce, articles L.210-10 à L.210-12
- Légifrance — Arrêté du 27 mai 2021 relatif à la mission de l'organisme tiers indépendant (sociétés à mission)
- Bpifrance Création — Société à mission : précisions sur le contrôle de l'OTI
- Communauté des Entreprises à Mission — ressources et référentiel
- economie.gouv.fr — Responsabilité sociétale des entreprises (RSE)
Ce sujet relève de notre mission RSE & CSRD | Reporting ESG pour PME et ETI
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