Clause bénéficiaire démembrée d'assurance-vie : optimiser la transmission
Clause bénéficiaire démembrée d'assurance-vie : usufruit au conjoint, nue-propriété aux enfants. Quasi-usufruit, créance de restitution et fiscalité 990 I expliqués.
Ce sujet relève de notre mission
Gestion de patrimoine du dirigeant | Holding & transmissionNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Démembrer la clause bénéficiaire d'une assurance-vie consiste à désigner un usufruitier (souvent le conjoint) et des nus-propriétaires (souvent les enfants). Au décès, le conjoint reçoit les capitaux en quasi-usufruit : il peut les utiliser, tandis que les enfants disposent d'une créance de restitution, déductible de la succession au second décès. Fiscalement, l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire (article 990 I du CGI, pour les primes versées avant 70 ans) est réparti entre usufruitier et nu-propriétaire selon le barème de l'article 669 ; le conjoint usufruitier étant exonéré, seule la part des enfants supporte l'imposition. Résultat : le conjoint est protégé et les capitaux sont transmis aux enfants en évitant une double taxation.
Contexte 2026 : l'assurance-vie, outil de transmission#
L'assurance-vie est un instrument de transmission privilégié : les capitaux versés au décès reviennent aux bénéficiaires désignés, en principe hors succession, avec une fiscalité propre. Encore faut-il rédiger la clause bénéficiaire avec soin : c'est elle qui détermine qui reçoit quoi, et à quel coût fiscal. Nous rappelons les fondamentaux de la clause bénéficiaire d'assurance-vie dans un article dédié. Pour un dirigeant, ce contrat complète souvent les autres outils de transmission du patrimoine professionnel et privé, comme nous l'expliquons à propos de l'intérêt de l'assurance-vie pour un dirigeant.
Le démembrement de la clause est une technique avancée qui concilie deux objectifs souvent en tension : protéger le conjoint survivant en lui laissant l'usage des capitaux, et transmettre aux enfants sans alourdir inutilement la fiscalité. C'est un sujet de gestion de patrimoine du dirigeant, à manier avec rigueur.
Le mécanisme : usufruit au conjoint, nue-propriété aux enfants#
Démembrer la clause, c'est répartir les droits entre un usufruitier et des nus-propriétaires, sur le modèle du démembrement de propriété.
- L'usufruitier (le conjoint, le plus souvent) reçoit la jouissance des capitaux.
- Les nus-propriétaires (les enfants, le plus souvent) recueillent la propriété, sans la jouissance immédiate.
- Le quasi-usufruit. Comme les capitaux d'assurance-vie sont une somme d'argent, c'est-à-dire un bien consomptible, l'usufruit prend la forme d'un quasi-usufruit (article 587 du Code civil) : l'usufruitier peut utiliser et dépenser les fonds.
- La créance de restitution. En contrepartie, naît au profit des nus-propriétaires une créance de restitution, égale à la valeur des capitaux reçus par l'usufruitier. Au décès de ce dernier, cette créance s'impute sur sa succession : les enfants la déduisent de l'actif taxable, ce qui évite que les mêmes capitaux soient taxés deux fois.
La fiscalité (article 990 I du CGI)#
Pour les primes versées avant les 70 ans de l'assuré, les capitaux relèvent de l'article 990 I du CGI : un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, puis un prélèvement de 20 % jusqu'à 700 000 € et de 31,25 % au-delà.
En cas de clause démembrée :
- L'abattement de 152 500 € est réparti entre l'usufruitier et le nu-propriétaire, au prorata de la valeur de leurs droits respectifs, déterminée par le barème de l'article 669 du CGI (en fonction de l'âge de l'usufruitier).
- Lorsque l'usufruitier est le conjoint ou le partenaire de PACS, il est exonéré : le prélèvement de l'article 990 I n'est dû que sur la valeur fiscale de la nue-propriété, c'est-à-dire la part des enfants.
Concrètement, plus l'usufruitier (le conjoint) est âgé, plus la valeur de la nue-propriété est élevée selon le barème, et plus la part taxable des enfants augmente. La rédaction doit en tenir compte. Pour les primes versées après 70 ans, un régime différent s'applique (article 757 B du CGI, avec un abattement global de 30 500 €).
Tableau comparatif : clause simple ou démembrée#
| Critère | Clause classique (conjoint seul) | Clause démembrée (usufruit/nue-propriété) |
|---|---|---|
| Qui reçoit les capitaux | Le conjoint, en pleine propriété | Le conjoint en quasi-usufruit, enfants nus-propriétaires |
| Protection du conjoint | Forte (libre disposition) | Forte (usage des capitaux) |
| Transmission aux enfants | Au second décès, sur ce qu'il reste | Créance de restitution déductible |
| Fiscalité au 1er décès | Conjoint exonéré | Taxe sur la seule nue-propriété (enfants) |
| Risque de double taxation | Possible | Évité par la créance de restitution |
| Complexité | Faible | Élevée (rédaction, formalisation) |
Tableau de décision#
| Votre objectif | La clause démembrée est-elle adaptée ? | Pourquoi |
|---|---|---|
| Protéger le conjoint ET transmettre aux enfants | Oui | Concilie les deux objectifs |
| Transmettre uniquement aux enfants | Non | Une clause directe suffit |
| Conjoint devant disposer librement des fonds | Oui (quasi-usufruit) | Le conjoint peut utiliser les capitaux |
| Recherche de simplicité | Plutôt une clause classique | Le démembrement exige de la rigueur |
Cas particuliers#
Le conjoint âgé. Plus l'usufruitier est âgé, plus la nue-propriété (part des enfants) est valorisée par le barème de l'article 669 : l'intérêt fiscal du démembrement varie selon l'âge.
La famille recomposée. La clause démembrée permet d'organiser finement la transmission entre conjoint et enfants de différents lits, en lien avec les autres outils comme la protection du conjoint. La rédaction sur-mesure est ici essentielle.
Les primes versées après 70 ans. Elles relèvent de l'article 757 B du CGI, avec un abattement global de 30 500 € : le raisonnement fiscal diffère, et le démembrement doit être réexaminé.
Points de vigilance 2026#
- Formalisez le quasi-usufruit. Une convention de quasi-usufruit, idéalement notariée et dotée d'une date certaine, sécurise la créance de restitution et son opposabilité à l'administration.
- Anticipez la créance de restitution. Sa déductibilité au second décès suppose qu'elle soit établie et justifiée ; une créance mal formalisée peut être remise en cause.
- Mesurez le risque de dilapidation. Le quasi-usufruitier peut dépenser les capitaux : la créance des enfants peut s'avérer théorique si la succession du conjoint est insuffisante.
- Soignez la rédaction de la clause. Une clause démembrée standard est rarement adaptée : elle doit être rédigée sur mesure, avec un conseil.
- Distinguez avant et après 70 ans. Les régimes des articles 990 I et 757 B diffèrent ; la stratégie n'est pas la même.
Notre analyse d'expert-comptable#
Récemment, un dirigeant souhaitait à la fois protéger son épouse et transmettre à ses deux enfants les capitaux d'un contrat d'assurance-vie conséquent. Une clause classique au profit du seul conjoint protégeait l'épouse, mais reportait toute la transmission (et son coût) au second décès. Nous avons étudié, avec son notaire, une clause démembrée : usufruit à l'épouse, nue-propriété aux enfants. L'épouse conservait l'usage des capitaux en quasi-usufruit, et les enfants bénéficiaient d'une créance de restitution déductible de la succession future, optimisant la transmission tout en respectant l'abattement de l'article 990 I.
Notre conviction, en tant qu'experts-comptables inscrits à l'Ordre, est que la clause bénéficiaire démembrée est un outil puissant, mais exigeant. Elle ne se résume pas à cocher une option : elle suppose une rédaction sur mesure, la formalisation du quasi-usufruit et une vision d'ensemble de la transmission, en lien avec le notaire et le conseil juridique. Mal maîtrisée, elle peut créer plus de difficultés qu'elle n'en résout.
Conseil Hayot Expertise. Avant de démembrer votre clause, clarifiez votre objectif : protéger le conjoint tout en transmettant aux enfants est le cas type. Faites rédiger une clause sur mesure, jamais un modèle standard, et formalisez le quasi-usufruit par une convention à date certaine pour sécuriser la créance de restitution. Vérifiez la répartition de l'abattement selon l'âge du conjoint et distinguez les primes versées avant et après 70 ans. Et raisonnez transmission globale, avec votre notaire et votre conseil patrimonial : l'assurance-vie n'est qu'une brique de l'édifice.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une clause bénéficiaire démembrée d'assurance-vie ?+
C'est une clause qui désigne un usufruitier (souvent le conjoint) et des nus-propriétaires (souvent les enfants). Au décès, le conjoint reçoit les capitaux en quasi-usufruit et peut les utiliser, tandis que les enfants disposent d'une créance de restitution sur sa succession. Elle concilie la protection du conjoint et la transmission aux enfants.
Qu'est-ce que le quasi-usufruit en assurance-vie ?+
Comme les capitaux d'assurance-vie sont une somme d'argent, un bien consomptible, l'usufruit prend la forme d'un quasi-usufruit (article 587 du Code civil) : l'usufruitier peut utiliser et dépenser les fonds. En contrepartie naît une créance de restitution au profit des nus-propriétaires, égale à la valeur des capitaux reçus, exigible au décès de l'usufruitier.
Comment fonctionne l'abattement de 152 500 € avec une clause démembrée ?+
Pour les primes versées avant 70 ans, l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire (article 990 I du CGI) est réparti entre l'usufruitier et le nu-propriétaire selon la valeur de leurs droits, déterminée par le barème de l'article 669. Lorsque l'usufruitier est le conjoint, il est exonéré : seule la part en nue-propriété des enfants supporte l'éventuelle imposition.
La créance de restitution est-elle déductible ?+
Oui, en principe : au décès du quasi-usufruitier, la créance de restitution des nus-propriétaires s'impute sur l'actif de sa succession, ce qui évite une double taxation des mêmes capitaux. Cette déductibilité suppose toutefois que la créance ait été correctement établie et justifiée, d'où l'intérêt d'une convention de quasi-usufruit à date certaine.
Quel est le principal risque de la clause démembrée ?+
Le risque de dilapidation : le quasi-usufruitier peut dépenser les capitaux, si bien que la créance de restitution des enfants peut devenir théorique si la succession du conjoint est insuffisante. S'y ajoute le risque d'une rédaction inadaptée : une clause standard convient rarement. La formalisation et une rédaction sur mesure sont indispensables.
Faut-il un notaire pour une clause bénéficiaire démembrée ?+
C'est vivement recommandé. La rédaction sur mesure de la clause et la formalisation du quasi-usufruit par une convention à date certaine relèvent de l'expertise du notaire, en lien avec votre conseil patrimonial. Une clause démembrée mal rédigée peut créer des difficultés au moment du dénouement, voire être remise en cause par l'administration.
Comment l'abattement de 152 500 € est-il réparti entre le conjoint et les enfants ?+
Il est réparti selon le barème de l'article 669 du CGI, d'après l'âge du conjoint usufruitier. Par exemple, si le conjoint a entre 61 et 70 ans, l'usufruit est évalué à 40 % et la nue-propriété à 60 % : la fraction d'abattement attachée à la part de chaque enfant nu-propriétaire ressort à 60 % de 152 500 €, soit 91 500 €. Le conjoint usufruitier étant exonéré, c'est surtout cette fraction qui compte.
À retenir#
- La clause démembrée désigne un usufruitier (conjoint) et des nus-propriétaires (enfants).
- Le conjoint reçoit les capitaux en quasi-usufruit (article 587 du Code civil) et peut les utiliser.
- Les enfants disposent d'une créance de restitution, déductible de la succession au second décès.
- L'abattement de 152 500 € (article 990 I, primes avant 70 ans) est réparti selon le barème de l'article 669 ; le conjoint usufruitier est exonéré.
- Le mécanisme protège le conjoint et transmet aux enfants en évitant la double taxation.
- Il exige une rédaction sur mesure et la formalisation du quasi-usufruit : faites-vous accompagner.
Sources officielles#

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Legifrance - Article 990 I du CGI (prelevement sur capitaux deces, primes avant 70 ans)
- Legifrance - Article 757 B du CGI (primes versees apres 70 ans)
- Legifrance - Article 587 du Code civil (quasi-usufruit)
- Legifrance - Article 669 du CGI (bareme usufruit / nue-propriete)
- service-public.fr - Assurance-vie et succession
Ce sujet relève de notre mission Gestion de patrimoine du dirigeant | Holding & transmission
Besoin d'un devis ou d'un conseil personnalisé ?
Notre cabinet d'expertise comptable vous accompagne dans toutes vos démarches. Obtenez un devis gratuit pour analyser votre situation et vous proposer une offre tarifaire sur-mesure ou contactez-nous directement.