Reporter un déficit à l’IS : report en avant et carry-back en 2026
Les deux mécanismes de report des déficits à l’IS : report en avant illimité mais plafonné (1 000 000 € + 50 %) et carry-back sur l’exercice antérieur. Modalités, délais et pièges 2026.
Ce sujet relève de notre mission
Expert-comptable fiscaliste à Paris | IS, TVA, contrôleNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Une société déficitaire peut reporter son déficit en avant, sans limite de durée, mais l’imputation annuelle est plafonnée à 1 000 000 € majorés de 50 % de la fraction du bénéfice excédant ce seuil. Elle peut aussi opter pour le report en arrière (carry-back) sur le seul exercice précédent, dans la limite de 1 000 000 € et du bénéfice de cet exercice, ce qui fait naître une créance d’impôt imputable ou remboursable.
Contexte 2026 : un enjeu de trésorerie#
Les règles de report des déficits sont stables en 2026, mais souvent mal exploitées. Une société qui enchaîne deux exercices déficitaires peut perdre une partie de son droit au report si elle ne pilote pas ses déclarations. L’enjeu est direct : un déficit bien utilisé réduit l’IS, et une option de carry-back non exercée à temps est définitivement perdue.
Le report en avant : illimité dans le temps, plafonné par exercice#
Le report en avant (article 209-I du CGI) est le mécanisme par défaut : un déficit constaté au cours d’un exercice est imputable sur les bénéfices des exercices suivants, sans limite de durée. L’imputation annuelle est toutefois plafonnée à 1 000 000 € majorés de 50 % de la fraction du bénéfice qui excède 1 000 000 €.
| Bénéfice de l’exercice | Déficit imputable au maximum |
|---|---|
| 800 000 € | 800 000 € (limité au bénéfice) |
| 1 000 000 € | 1 000 000 € |
| 1 500 000 € | 1 000 000 € + 50 % × 500 000 € = 1 250 000 € |
| 3 000 000 € | 1 000 000 € + 50 % × 2 000 000 € = 2 000 000 € |
Exemple : une PME dispose d’un déficit reportable de 2 000 000 € à l’ouverture de l’exercice 2025, au cours duquel elle réalise un bénéfice de 1 500 000 €. Le plafond d’imputation est de 1 000 000 € + (50 % × 500 000 €) = 1 250 000 €. Elle impute donc 1 250 000 € ; son bénéfice imposable ressort à 250 000 €, et le solde de déficit (750 000 €) reste reportable, sans limite de durée, sur les exercices suivants.
Attention : le déficit reportable est perdu en cas de cessation d’activité ou de changement profond d’activité, et un changement de contrôle peut en limiter l’usage (articles 209-I et 209-II du CGI).
Le carry-back : une créance d’impôt#
Le report en arrière, ou carry-back (article 220 quinquies du CGI), est une option qui permet d’imputer le déficit d’un exercice sur le bénéfice du seul exercice précédent, dans une double limite :
- le déficit reporté en arrière ne peut excéder 1 000 000 € ;
- il ne peut excéder le bénéfice de l’exercice précédent.
Cette imputation fait naître une créance sur le Trésor, égale à l’excédent d’IS antérieurement acquitté. La fraction de déficit non reportée en arrière reste reportable en avant.
Exemple : une PME clôt l’exercice 2025 avec un déficit de 1 500 000 € et avait dégagé en 2024 un bénéfice de 1 200 000 € soumis à l’IS. Elle opte pour le report en arrière : le déficit reporté est plafonné à 1 000 000 € (inférieur au bénéfice 2024). La créance s’élève à 1 000 000 € × 25 % = 250 000 €, dans la limite de l’impôt effectivement acquitté sur 2024. Le solde de déficit (500 000 €) est reporté en avant.
Le délai d’option#
L’option de carry-back doit être exercée dans le délai de dépôt de la déclaration de résultats de l’exercice déficitaire, au moyen de la déclaration dédiée (formulaire 2039-SD). Passé ce délai, l’option est perdue et le déficit ne relève plus que du report en avant : l’administration n’admet pas de régularisation tardive.
La créance de carry-back : nature et utilisation#
La créance n’est pas un produit imposable. Elle peut être :
- imputée sur l’IS dû au titre des cinq exercices suivants ;
- remboursée à l’issue de ce délai de cinq ans si elle n’a pas été imputée ;
- mobilisée auprès d’un établissement de crédit (cession de créance).
En pratique, lorsque l’entreprise redevient bénéficiaire, l’imputation est souvent plus rapide que d’attendre le remboursement.
Quand privilégier le carry-back plutôt que le report en avant ?#
Le choix entre les deux mécanismes est d’abord une décision de trésorerie. Le carry-back est pertinent lorsque l’exercice précédent a généré un impôt significatif : la créance se constitue immédiatement et peut être mobilisée pour financer le bas de cycle. À l’inverse, lorsque l’entreprise anticipe un retour rapide aux bénéfices, le report en avant suffit souvent, sans formalité.
Trois critères guident l’arbitrage :
- L’IS acquitté l’an passé : sans impôt antérieur, pas de créance, donc aucun intérêt à opter.
- La visibilité sur les exercices à venir : un retour au bénéfice rapide favorise le report en avant ; une incertitude durable plaide pour sécuriser une créance.
- Le besoin de trésorerie : la créance, mobilisable auprès d’une banque, apporte des liquidités là où le report en avant ne joue que sur l’impôt futur.
Sur le plan comptable, la créance de carry-back est inscrite à l’actif et n’affecte pas le résultat imposable ; son imputation s’opère ensuite au fil des acomptes et du solde d’IS des exercices suivants.
Report en avant ou carry-back : comparaison#
| Critère | Report en avant | Carry-back |
|---|---|---|
| Champ temporel | Exercices suivants (illimité) | Seul exercice antérieur |
| Plafond | 1 000 000 € + 50 % au-delà | 1 000 000 € |
| Option | Automatique | Optionnel (à exercer) |
| Délai | Sans formalité | Avant le dépôt de la déclaration |
| Créance générée | Non | Oui |
| Risque de perte | Cessation, changement de contrôle | Oubli du délai d’option |
Étapes pour exercer une option de carry-back#
- Clôturer l’exercice déficitaire et établir le résultat fiscal.
- Calculer le déficit reportable (au plus 1 000 000 €, dans la limite du bénéfice antérieur).
- Vérifier l’impôt acquitté sur l’exercice précédent.
- Renseigner la déclaration 2039-SD dans le délai de dépôt de la déclaration de résultats.
- Conserver le justificatif de l’option dans le dossier fiscal.
Cas particuliers et pièges#
- Déficit commercial ou d’exploitation. Les deux relèvent des mêmes mécanismes de report ; aucune distinction n’est faite.
- Fusion ou absorption. La société absorbée peut transférer ses déficits à l’absorbante, sous conditions de continuité et après agrément ou conditions légales ; l’accompagnement d’un conseil est recommandé.
- Sociétés intégrées. Une filiale d’un groupe fiscalement intégré ne peut pas exercer seule l’option de carry-back ; le report en arrière s’apprécie au niveau du groupe.
- Taux réduit d’IS. Une PME imposée au taux réduit de 15 % sur la fraction de bénéfice éligible impute ses déficits contre ce taux : l’économie d’impôt est moindre, mais le mécanisme reste identique.
Points de vigilance 2026#
- Oublier l’option de carry-back. Une déclaration déposée sans cocher l’option fait perdre le droit, sans régularisation possible.
- Mal qualifier le déficit. Une perte qui ne relève pas du régime de report ne génère ni report ni créance.
- Mal apprécier le plafond. Une entreprise cumulant 2 500 000 € de déficits reportables et 800 000 € de bénéfice n’impute que 800 000 € (le bénéfice est inférieur au plafond), ramène son résultat imposable à zéro, et conserve 1 700 000 € de déficit reportable. L’erreur fréquente est de croire le déficit « perdu » s’il n’est pas entièrement utilisé : il reste reportable sans limite de durée.
- Ignorer le changement de contrôle. Un rachat non déclaré peut entraîner la remise en cause des déficits reportés.
Notre analyse d’expert-comptable#
Chez Hayot Expertise, nous accompagnons régulièrement des PME et des startups à travers des cycles de rentabilité alternante : un exercice déficitaire, puis un retour au bénéfice. Le premier réflexe d’un dirigeant face à un déficit est de le croire perdu — il ne l’est pas. Le second piège est l’oubli du carry-back, alors qu’il aurait pu faire naître une créance remboursable.
Nous recommandons un suivi trimestriel dès qu’un exercice s’oriente vers le déficit : projection du résultat, estimation du déficit, évaluation de l’intérêt du carry-back (en particulier si un exercice antérieur a généré un IS important), et décision avant la clôture.
Conseil Hayot Expertise. Si votre exercice penche vers le déficit, organisez avant la clôture une réunion d’arbitrage entre report en avant et carry-back. Le report en arrière est irrévocable une fois déclaré, et son omission est définitive. Une société bénéficiaire les années précédentes peut convertir une partie de son déficit en créance d’IS, à condition d’exercer l’option à temps.
Questions fréquentes
Puis-je demander un carry-back rétroactivement, après avoir déposé ma déclaration ?+
Non. L’option doit être exercée dans le délai de dépôt de la déclaration de l’exercice déficitaire. Une fois la déclaration déposée sans l’option, le droit est perdu et le délai est strict.
Le carry-back donne-t-il lieu à un remboursement immédiat ?+
Pas immédiatement. La créance s’impute sur l’IS des cinq exercices suivants, puis le solde non imputé est remboursable au terme de ce délai. Une mobilisation auprès d’une banque peut accélérer l’obtention de trésorerie.
Puis-je combiner un report en avant et une option de carry-back ?+
Oui. Un déficit ancien reporté en avant peut être imputé sur un exercice bénéficiaire pendant qu’un déficit récent fait l’objet d’un report en arrière. Les deux mécanismes coexistent.
Que deviennent mes déficits reportables en cas de cession de l’entreprise ?+
Un changement de contrôle ou de l’activité peut entraîner la perte des déficits reportables, sauf continuité reconnue. C’est un point de valorisation à anticiper avant toute cession.
La créance de carry-back est-elle plafonnée par l’impôt payé l’année antérieure ?+
Oui. Si l’exercice antérieur a généré un IS limité, la créance ne peut excéder cet impôt effectivement acquitté ; le solde de déficit est alors reporté en avant.
Le report en avant a-t-il une durée maximale ?+
Non. Le report en avant est illimité dans le temps ; seule l’imputation annuelle est plafonnée. Le solde non imputé reste disponible pour les exercices futurs.
À retenir#
- Le report en avant est illimité dans le temps, mais plafonné à 1 000 000 € majorés de 50 % du bénéfice excédant ce seuil.
- Le carry-back porte sur le seul exercice antérieur, dans la limite de 1 000 000 € et du bénéfice de cet exercice ; l’option est à exercer dans le délai de déclaration.
- La créance de carry-back est imputable sur cinq exercices, remboursable au terme, et mobilisable auprès d’une banque.
- Une cessation ou un changement de contrôle peuvent faire perdre les déficits reportables.
- Pilotage avant clôture : la décision de carry-back doit être prise à temps.
Cet article est à jour au 5 juin 2026 et fourni à titre informatif. Toute option de carry-back doit être arbitrée avec votre expert-comptable avant la clôture.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- BOFiP — Report en avant des déficits à l’IS (BOI-IS-DEF-10)
- BOFiP — Report en arrière des déficits, modalités (BOI-IS-DEF-20-10)
- BOFiP — Créance née du report en arrière (BOI-IS-DEF-20-20)
- impots.gouv.fr — Paiement du crédit d’IS issu du report en arrière de déficit
- Légifrance — Code général des impôts, article 220 quinquies (report en arrière)
Ce sujet relève de notre mission Expert-comptable fiscaliste à Paris | IS, TVA, contrôle
Besoin d'un devis ou d'un conseil personnalisé ?
Notre cabinet d'expertise comptable vous accompagne dans toutes vos démarches. Obtenez un devis gratuit pour analyser votre situation et vous proposer une offre tarifaire sur-mesure ou contactez-nous directement.