Micro-entreprise : faire sa compta seul ou prendre un comptable
Tenir sa compta de micro-entreprise seul ou déléguer ? Obligations réelles, outillage, et les signaux qui doivent vous faire appeler un expert-comptable.
Ce sujet relève de notre mission
Création d'entreprise à Paris | Statut, INPI, fiscalitéNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. En micro-entreprise, la comptabilité est allégée : un livre des recettes suffit souvent, sans bilan. La plupart des débuts se gèrent seul, avec un outil de facturation. L'expert-comptable devient utile dès que la TVA, les seuils ou un projet de société entrent en jeu.
Vous lancez une activité en micro-entreprise et la question revient vite : faut-il tout gérer soi-même ou confier sa comptabilité à un professionnel ? La réponse n'est pas binaire. Le régime micro a été conçu pour être tenu seul au démarrage, mais certains signaux changent radicalement l'équation. Ce guide distingue ce que vous pouvez réellement faire vous-même de ce qui justifie un accompagnement, et liste les déclencheurs à surveiller.
Nous écrivons en tant que cabinet d'expertise comptable inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France. Notre objectif ici n'est pas de vous vendre une mission, mais de vous aider à arbitrer en connaissance de cause. Si vous n'avez pas encore immatriculé, notre guide complet de création de la micro-entreprise couvre les fondamentaux du démarrage et du choix de régime.
Ce que la loi vous oblige réellement à tenir#
La micro-entreprise bénéficie d'obligations comptables allégées. C'est précisément ce qui rend l'autonomie possible au départ. Concrètement, trois obligations structurent votre tenue.
Le livre des recettes doit être tenu de façon chronologique, dès le premier euro encaissé, et il concerne tous les micro-entrepreneurs sans exception. Il recense chaque recette avec sa date, son montant, son mode de règlement et l'identité du client.
Le registre des achats n'est obligatoire que pour certaines activités : la vente de marchandises, de fournitures et de denrées à consommer sur place ou à emporter, ainsi que les prestations d'hébergement. Une prestation de services pure (conseil, rédaction, développement) n'a donc pas à tenir ce registre.
Vous devez par ailleurs conserver vos factures pendant 10 ans. En micro-entreprise, il n'y a ni bilan, ni compte de résultat à produire. C'est la différence majeure avec une société à l'impôt sur les sociétés, où la production des comptes annuels mobilise des compétences techniques.
| Obligation | Qui est concerné | Difficulté pour faire soi-même |
|---|---|---|
| Livre des recettes | Tous les micro-entrepreneurs | Faible |
| Registre des achats | Vente de marchandises, denrées, hébergement | Faible |
| Conservation des factures (10 ans) | Tous | Faible (organisation) |
| Déclaration de CA à l'URSSAF | Tous (mensuelle ou trimestrielle) | Faible à moyenne |
| Bilan / compte de résultat | Personne en micro | Sans objet |
La déclaration de chiffre d'affaires et le compte bancaire#
La déclaration du chiffre d'affaires à l'URSSAF s'effectue selon une périodicité mensuelle ou trimestrielle, choisie à la création. Point souvent oublié : cette déclaration est obligatoire même en l'absence de recettes. Un mois sans chiffre d'affaires se déclare à zéro, sous peine de pénalité.
Le compte bancaire dédié est un autre sujet de confusion. Il n'est obligatoire que si votre chiffre d'affaires annuel dépasse 10 000 € pendant deux années civiles consécutives, en application de la loi PACTE de 2019. Vous disposez alors d'un délai de 12 mois pour vous mettre en conformité. Bonne nouvelle : un simple compte courant personnel dédié à l'activité suffit, vous n'avez pas l'obligation d'ouvrir un compte dit professionnel, souvent plus coûteux.
Le risque sous-estimé. Le mélange des flux personnels et professionnels sur un même compte est l'erreur la plus fréquente que nous observons. Même en dessous du seuil de 10 000 €, séparer les flux dès le départ vous évite des heures de tri en cas de contrôle et fiabilise votre livre des recettes. Un compte dédié n'est pas qu'une obligation : c'est un outil de pilotage qui vous donne en un coup d'œil le cumul réel encaissé sur l'année.
Comment fonctionne le calcul de l'impôt et des charges#
Le régime micro repose sur un abattement forfaitaire représentatif de vos charges. Cet abattement remplace la déduction des frais réels : vous ne pouvez pas déduire vos dépenses une à une. C'est un point décisif dans l'arbitrage qui suit.
| Activité | Abattement forfaitaire | Plafond de CA 2026 |
|---|---|---|
| Vente de marchandises | 71 % | 203 100 € |
| Prestations de services BIC | 50 % | 83 600 € |
| Activités BNC | 34 % | 83 600 € |
Ces plafonds micro 2026 sont valables jusqu'en 2028. Côté impôt, vous avez deux voies. Soit l'imposition au barème de l'impôt sur le revenu, appliquée après abattement. Soit le versement libératoire de l'impôt sur le revenu, qui prélève l'impôt en même temps que les cotisations sociales, sous condition d'un revenu fiscal de référence N-2 inférieur à un plafond par part du foyer (plafond à vérifier chaque année).
Arbitrage. L'abattement est une fiction fiscale : il vous est accordé que vos charges réelles soient faibles ou élevées. Tant que vos dépenses réelles restent nettement inférieures à l'abattement, la micro est avantageuse et tenable seule. Dès que vos charges réelles dépassent durablement le pourcentage d'abattement, vous payez de l'impôt et des cotisations sur un bénéfice théorique supérieur à votre bénéfice réel : c'est le moment d'étudier un régime réel ou une société.
Faire seul : quel outillage, quelles limites#
Au démarrage, la tenue est largement à votre portée avec un outil de facturation et de suivi des recettes. Beaucoup de micro-entrepreneurs s'équipent de solutions comme Tiime ou Pennylane pour émettre des factures conformes, suivre les encaissements et tenir le livre des recettes automatiquement. Ces outils ne remplacent pas une analyse, mais ils sécurisent la partie répétitive et préparent l'arrivée de la facturation électronique.
Faire seul a du sens lorsque votre activité est simple, sans TVA facturée, sans charges réelles significatives et loin des plafonds. À l'inverse, certaines situations dépassent vite ce que l'on tient sereinement à la maison. Pour le détail des coûts d'une délégation, voyez aussi notre analyse de ce que coûte un expert-comptable en micro-entreprise.
Un point juridique utile : seul un expert-comptable inscrit à l'Ordre peut tenir, centraliser, arrêter ou réviser la comptabilité d'autrui à titre habituel et contre rémunération, en application de l'article 2 de l'ordonnance n° 45-2138 du 19 septembre 1945. L'exercice illégal de la profession est sanctionné par l'article 433-17 du code pénal. Méfiez-vous donc des offres de tenue à bas prix qui ne sont portées par aucun professionnel inscrit. Sachez aussi que les honoraires d'expert-comptable sont libres : aucun tarif n'est réglementé, et toute mission doit être chiffrée par un devis puis encadrée par une lettre de mission.
Les signaux qui justifient un expert-comptable#
C'est ici que se joue l'arbitrage réel. Plusieurs signaux doivent déclencher au minimum un point avec un professionnel, idéalement avant que la situation ne se tende.
- Vous approchez des plafonds micro (203 100 € en vente, 83 600 € en services et BNC). Le dépassement fait sortir du régime et change tout : il faut anticiper, pas subir.
- Vous sortez de la franchise en base de TVA. Les seuils sont distincts des plafonds micro : 37 500 € pour les services, 85 000 € pour le commerce, avec des seuils majorés de 41 250 € et 93 500 €. La loi n° 2025-1044 du 3 novembre 2025 a maintenu ces seuils et abandonné le projet de seuil unique de 25 000 €. Gérer la TVA (facturation, déclarations, droit à déduction) est un métier en soi.
- Vos charges réelles dépassent l'abattement. Vous payez alors plus que nécessaire : un régime réel ou une société peut redevenir pertinent.
- Vous envisagez de passer en société (EURL, SASU). L'arbitrage rémunération, le choix du statut et la mécanique fiscale méritent un accompagnement.
- La complexité augmente : premier salarié, activité à l'étranger, contrôle URSSAF ou fiscal, mélange d'activités.
Ce que l'administration regarde. Lors d'un contrôle, la cohérence entre vos déclarations de CA à l'URSSAF, votre livre des recettes et vos encaissements bancaires est examinée en priorité. Un livre des recettes tenu au fil de l'eau, des factures numérotées sans rupture et un compte dédié constituent votre meilleure défense, bien plus qu'un rattrapage de dernière minute.
Décision rapide : votre situation, notre recommandation#
| Votre situation | Faire seul | Appeler un professionnel |
|---|---|---|
| Début d'activité, CA modeste, sans TVA | Oui, avec un outil | Point ponctuel si doute |
| Charges réelles faibles, loin des seuils | Oui | Non nécessaire |
| Approche d'un plafond micro | Risqué | Oui, pour anticiper |
| Sortie de franchise de TVA | Déconseillé | Oui |
| Charges réelles élevées | Déconseillé | Oui, étudier le réel/société |
| Projet EURL ou SASU | Non | Oui |
Notre lecture. Dans les dossiers de micro-entrepreneurs que nous accompagnons, le déclencheur le plus mal anticipé n'est presque jamais le plafond micro : c'est la TVA. Un client que nous accompagnons avait franchi le seuil de franchise sans s'en rendre compte, continuant à facturer hors taxes pendant plusieurs mois. La régularisation a été gérable, mais elle aurait été évitée par un simple suivi mensuel du cumul de CA. Notre recommandation : faites seul tant que c'est simple, mais faites-vous accompagner ponctuellement dès qu'un seuil approche.
En pratique : votre routine mensuelle#
En pratique. Une tenue saine de micro-entreprise tient en une routine légère mais régulière.
- Enregistrez chaque recette dans le livre dès l'encaissement, sans attendre.
- Émettez des factures numérotées en continu, avec les mentions obligatoires.
- Suivez votre cumul de CA glissant pour anticiper les seuils de TVA et le plafond micro.
- Déclarez votre CA à l'URSSAF à l'échéance, même à zéro.
- Classez vos factures dans un dossier dédié, conservé 10 ans.
- Faites un point annuel avec un professionnel pour vérifier que le régime reste le bon.
Pour aller plus loin selon votre profil, vous pouvez consulter notre fiche sur ouvrir une micro-entreprise mineur ou, en cas de bascule, notre offre de passage en société et création. La gestion de la TVA et de l'impôt relève de notre accompagnement fiscal et TVA.
Points de vigilance 2026#
Points de vigilance 2026. Trois éléments méritent une attention particulière cette année. D'abord, les seuils de franchise de TVA confirmés par la loi du 3 novembre 2025 : surveillez le cumul, car le franchissement vous rend redevable et impose de refacturer la TVA au taux normal de 20 %. Ensuite, la déclaration à zéro reste due en l'absence de recettes, une cause fréquente de pénalité. Enfin, le seuil de compte bancaire dédié (10 000 € sur deux ans) se déclenche silencieusement : vérifiez votre situation chaque début d'année.
Notre mission d'expertise comptable couvre aussi bien le point ponctuel que la tenue complète, selon le niveau de délégation que vous souhaitez. La relation est encadrée par une lettre de mission, document obligatoire qui formalise précisément le périmètre, après un devis qui chiffre la mission en amont.
Questions fréquentes
Suis-je obligé de prendre un expert-comptable en micro-entreprise ?+
Non. Aucune obligation légale n'impose de recourir à un expert-comptable, quelle que soit la structure. En micro-entreprise, les obligations comptables sont allégées et la plupart des débuts se gèrent seul. Le recours à un professionnel reste un choix de gestion, utile lorsque la complexité augmente.
Quelle comptabilité dois-je tenir en micro-entreprise ?+
Vous devez tenir un livre des recettes chronologique dès le premier euro. Un registre des achats s'ajoute pour la vente de marchandises, de denrées ou l'hébergement. Vous conservez vos factures dix ans. Il n'y a ni bilan ni compte de résultat à produire dans ce régime.
Quand un compte bancaire dédié devient-il obligatoire ?+
Le compte dédié devient obligatoire si votre chiffre d'affaires annuel dépasse 10 000 € pendant deux années civiles consécutives, selon la loi PACTE de 2019. Vous avez alors douze mois pour vous mettre en conformité. Un compte courant personnel dédié suffit, sans obligation d'ouvrir un compte professionnel coûteux.
Puis-je déduire mes charges réelles en micro-entreprise ?+
Non. Le régime micro applique un abattement forfaitaire représentatif de vos charges (71 %, 50 % ou 34 % selon l'activité). Vous ne déduisez pas vos dépenses réelles. Si vos charges dépassent durablement l'abattement, un régime réel ou une société peut devenir plus avantageux à étudier.
À quel moment dois-je passer en société ?+
Les signaux sont l'approche des plafonds micro, la sortie de la franchise de TVA, des charges réelles élevées ou un besoin d'arbitrer la rémunération. Le passage en EURL ou SASU change la mécanique fiscale et sociale : un point avec un professionnel sécurise le choix du statut et le calendrier.
La TVA s'applique-t-elle automatiquement en micro-entreprise ?+
Non, tant que vous restez sous la franchise en base de TVA : 37 500 € pour les services, 85 000 € pour le commerce, avec des seuils majorés. Au-delà, vous devenez redevable et devez facturer la TVA au taux normal de 20 %. La loi du 3 novembre 2025 a maintenu ces seuils.
Un logiciel suffit-il pour tenir ma micro-entreprise seul ?+
Un outil de facturation et de suivi des recettes suffit souvent au démarrage, pour des activités simples sans TVA. Il sécurise la partie répétitive mais ne remplace pas une analyse. Dès qu'un seuil approche ou qu'un arbitrage se présente, un point avec un professionnel reste recommandé.
À retenir#
- En micro-entreprise, la comptabilité est allégée : livre des recettes pour tous, registre des achats pour la vente et l'hébergement, factures conservées dix ans, sans bilan.
- Aucune obligation légale d'expert-comptable : c'est un choix de gestion, pertinent quand la complexité augmente.
- Le compte bancaire dédié n'est obligatoire qu'au-delà de 10 000 € de CA sur deux années consécutives ; un compte personnel dédié suffit.
- Les déclencheurs clés sont la TVA (seuils 37 500 € / 85 000 €), l'approche des plafonds micro et le passage en société.
- L'abattement forfaitaire remplace la déduction des frais réels : au-delà, étudier un régime réel ou une société.
- Cet article informe sur des règles générales ; une décision adaptée suppose l'examen de vos chiffres et de la législation en vigueur.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Ordonnance n° 45-2138 du 19 septembre 1945 (profession d'expert-comptable), art. 2
- Code pénal, art. 433-17 (usurpation de titre)
- Service-public.fr : obligations comptables du micro-entrepreneur
- URSSAF : déclaration et paiement des cotisations du micro-entrepreneur
- Impots.gouv.fr : régime micro-entreprise et versement libératoire
- Loi n° 2025-1044 du 3 novembre 2025 (franchise en base de TVA)
- Ordre des experts-comptables : la lettre de mission et l'attestation de présentation
Ce sujet relève de notre mission Création d'entreprise à Paris | Statut, INPI, fiscalité
Besoin d'un devis ou d'un conseil personnalisé ?
Notre cabinet d'expertise comptable vous accompagne dans toutes vos démarches. Obtenez un devis gratuit pour analyser votre situation et vous proposer une offre tarifaire sur-mesure ou contactez-nous directement.