Domicilier le siège chez soi : ce que disent le bail et la copropriété
Domicilier votre entreprise chez vous : conditions du bail, copropriété, durée de 5 ans et notification. Tout ce qu'il faut savoir pour décider en 2026.
Ce sujet relève de notre mission
Création d'entreprise à Paris | Statut, INPI, fiscalitéNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. L'article L123-11-1 du Code de commerce autorise toute société à installer son siège au domicile de son représentant légal, sans limite de durée. Si une clause du bail, le règlement de copropriété ou une disposition légale s'y oppose, la domiciliation reste possible mais pour 5 ans maximum à compter de la création, à condition d'en notifier le bailleur ou le syndicat de copropriété par écrit, par lettre recommandée avec accusé de réception, avant l'immatriculation. Aucun accord préalable n'est requis : il s'agit d'une information, pas d'une autorisation.
Beaucoup de dirigeants que nous accompagnons à la création veulent installer le siège social de leur société à leur domicile, pour démarrer sans frais de local. C'est légal et fréquent, mais la liberté n'est pas totale : votre bail d'habitation, le règlement de copropriété et, dans certaines communes, les règles sur l'usage des locaux d'habitation peuvent restreindre cette domiciliation. La règle à retenir tient en une nuance : domicilier (fixer l'adresse administrative du siège) n'est pas la même chose qu'exercer réellement une activité chez soi.
Contexte 2026 : un droit encadré, pas une autorisation à demander#
Domicilier le siège chez soi répond à une logique économique simple au lancement : pas de loyer commercial, pas de contrat de domiciliation, une adresse immédiatement disponible. C'est l'une des cinq grandes options possibles pour fixer le siège ; nous en dressons le panorama complet dans notre article sur le panorama des cinq options de domiciliation. Le présent guide se concentre sur un cas précis et ses contraintes juridiques : installer le siège à votre domicile, et ce que cela implique au regard de votre bail et de votre copropriété.
Le cadre n'a pas changé sur le fond en 2026 : l'article L123-11-1 du Code de commerce pose un principe de liberté assorti d'exceptions. Le point souvent mal compris, c'est que vous n'avez pas à demander l'autorisation du bailleur ou du syndic pour la simple domiciliation administrative. Vous devez, dans certains cas, l'informer par écrit. La confusion entre ces deux logiques est à l'origine de la plupart des erreurs que nous corrigeons.
Que dit l'article L123-11-1 du Code de commerce ?#
L'article L123-11-1 du Code de commerce dispose que toute personne morale est autorisée à installer son siège au domicile de son représentant légal et y exercer une activité, sauf dispositions législatives ou stipulations contractuelles contraires.
Trois enseignements en découlent directement.
- Le principe est la liberté. Une société (SARL, EURL, SAS, SASU, SA…) peut fixer son siège au domicile de son représentant légal — gérant, président, directeur général. Sans clause contraire, cette domiciliation est valable sans limite de durée.
- Les exceptions tiennent à trois sources. Une disposition législative, une stipulation du bail d'habitation ou une clause du règlement de copropriété peuvent s'opposer à la domiciliation. Dans ce cas, le droit subsiste mais devient temporaire.
- La domiciliation temporaire est plafonnée à 5 ans. Lorsqu'une clause s'oppose, le représentant légal peut tout de même installer le siège à son domicile pour une durée ne pouvant ni excéder cinq ans à compter de la création de celle-ci, ni dépasser le terme légal, contractuel ou judiciaire de l'occupation des locaux. Avant l'expiration de cette période, la société doit, sous peine de radiation d'office, communiquer au greffe les éléments justifiant son changement de situation.
Le même article précise deux garde-fous protecteurs : la domiciliation au domicile ne peut entraîner ni le changement de destination de l'immeuble, ni l'application du statut des baux commerciaux. Autrement dit, héberger une adresse de siège ne transforme pas votre logement en local commercial.
Domicilier ou exercer une activité : la distinction décisive#
C'est la clé de tout le sujet. Le droit français distingue deux situations que beaucoup confondent.
- La domiciliation : votre logement sert d'adresse administrative du siège (courrier, immatriculation, mentions légales). Aucune activité matérielle n'y est exercée. C'est le cas le plus souple, encadré par l'article L123-11-1.
- L'exercice effectif d'une activité : vous travaillez réellement depuis le logement (et, plus encore, vous y recevez de la clientèle, des marchandises ou des salariés). Là, un second corps de règles s'ajoute : l'article L631-7-3 du Code de la construction et de l'habitation.
L'article L631-7-3 autorise l'exercice d'une activité professionnelle, y compris commerciale, dans une partie d'un local d'habitation, à condition qu'aucune stipulation du bail ni du règlement de copropriété ne s'y oppose, que l'activité soit exercée uniquement par les occupants ayant leur résidence principale dans le logement, et qu'elle n'entraîne ni réception de clientèle ni réception de marchandises.
Cette règle ne vise pas tout le territoire : elle s'applique aux communes de plus de 200 000 habitants et aux départements des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne — la petite couronne parisienne. Paris est donc en plein dans le champ. Concrètement, recevoir des clients à votre domicile dans ces zones suppose, le plus souvent, une autorisation de changement d'usage, qui sort largement du cadre de la simple domiciliation.
Pour celles et ceux qui veulent simplement travailler depuis chez soi sans recevoir de public, la domiciliation administrative suffit dans l'immense majorité des cas.
Comment domicilier le siège à votre domicile : la procédure#
Voici les étapes que nous suivons avec nos clients lors d'un accompagnement à la création d'entreprise.
- Vérifier votre bail d'habitation. Relisez les clauses relatives à l'usage des lieux. Une clause d'« habitation bourgeoise exclusive » ou une interdiction expresse de domiciliation déclenche le régime temporaire des 5 ans.
- Vérifier le règlement de copropriété. Recherchez toute clause limitant l'usage des lots à l'habitation ou interdisant toute activité professionnelle. Le syndic peut vous en délivrer une copie.
- Vérifier les règles d'urbanisme locales. Dans les grandes villes et la petite couronne, l'article L631-7-3 du CCH conditionne l'exercice réel d'une activité dans un logement.
- Notifier par écrit si une clause s'oppose. Préalablement à l'immatriculation (ou à la modification d'immatriculation), notifiez votre intention au bailleur, au syndicat de copropriété ou au représentant de l'ensemble immobilier, par lettre recommandée avec accusé de réception. C'est une information, pas une demande d'accord.
- Renseigner l'adresse dans le dossier d'immatriculation. L'adresse du siège figure dans les statuts et la demande déposée auprès du guichet unique de l'INPI.
- Vérifier votre assurance habitation. Signalez l'usage à votre assureur ; une extension « activité professionnelle » est souvent recommandée. Nous traitons l'ensemble du parcours dans notre guide pour créer et domicilier votre entreprise en ligne.
Puis-je domicilier chez moi ? Le tableau décisionnel#
Le tableau ci-dessous résume votre situation selon le bail et la copropriété. Il suppose une simple domiciliation administrative, sans réception de clientèle ni de marchandises.
| Votre situation | Domiciliation possible ? | Durée | Formalité |
|---|---|---|---|
| Propriétaire, aucune clause d'interdiction (copropriété ou non) | Oui | Illimitée | Aucune notification imposée |
| Propriétaire, règlement de copropriété interdisant l'activité | Oui | 5 ans maximum | Notifier le syndicat par LRAR avant immatriculation |
| Locataire, bail muet ou silencieux sur la domiciliation | Oui | Illimitée | Aucune notification imposée (information conseillée) |
| Locataire, clause du bail interdisant la domiciliation | Oui | 5 ans maximum | Notifier le bailleur par LRAR avant immatriculation |
| Locataire, copropriété interdisant l'activité | Oui | 5 ans maximum | Notifier le syndicat par LRAR avant immatriculation |
| Logement social (HLM) | À vérifier au cas par cas | Selon clause / 5 ans | Vérifier le bail HLM et informer le bailleur |
Point essentiel : même lorsqu'une clause s'oppose, le bailleur ou le syndic ne peut pas vous interdire la domiciliation temporaire. La loi vous l'accorde ; eux sont simplement informés.
Récapitulatif : durée et notification selon le cas#
| Cas | Base légale | Durée | Notification écrite |
|---|---|---|---|
| Aucune clause contraire | L123-11-1 al. 1 C. com. | Sans limite | Non requise |
| Clause de bail ou de copropriété contraire | L123-11-1 al. 2 et 3 C. com. | 5 ans max à compter de la création | LRAR avant immatriculation, sous peine de radiation à terme |
| Exercice réel avec réception de clientèle/marchandises (grandes villes, petite couronne) | L631-7-3 et L631-7 CCH | Régime du changement d'usage | Autorisation spécifique souvent nécessaire |
Cas particuliers#
Vous êtes locataire. Vous restez locataire à usage d'habitation. La domiciliation n'ouvre pas le droit au statut des baux commerciaux et ne change pas la destination du logement. Si le bail interdit la domiciliation, le régime des 5 ans s'applique, avec notification au bailleur.
Vous êtes propriétaire en copropriété. Vérifiez le règlement. Une clause d'habitation exclusive limite la domiciliation au régime temporaire et impose la notification au syndicat. La copropriété ne peut pas s'opposer à cette domiciliation temporaire de plein droit.
Vous habitez un logement social (HLM). Les baux HLM comportent fréquemment des clauses spécifiques sur l'usage des lieux. La prudence impose de relire le contrat et d'informer le bailleur social. La simple domiciliation administrative est généralement tolérée, mais l'exercice d'une activité l'est rarement sans accord.
Vous êtes entrepreneur individuel ou micro-entrepreneur. Vous n'êtes pas une « personne morale » : l'article L123-11-1 vise les sociétés. Pour l'entreprise individuelle, le domicile peut servir d'adresse de l'entreprise par défaut. Bonne nouvelle complémentaire : depuis la réforme du statut, la résidence principale de l'entrepreneur individuel est insaisissable de plein droit par les créanciers professionnels, sans formalité. Avant de vous lancer, mesurez les implications du statut d'auto-entrepreneur.
Vous hésitez encore sur la forme juridique. Le choix entre SARL et SAS détermine qui est le « représentant légal » dont le domicile peut accueillir le siège. Nous l'intégrons systématiquement à la réflexion globale de création et structuration de votre entreprise.
Points de vigilance 2026#
- Confondre information et autorisation. Vous n'avez pas à obtenir l'accord du bailleur ou du syndic pour domicilier ; vous devez les informer si une clause s'oppose. Demander une autorisation expose à un refus qui n'a pourtant aucune base légale.
- Oublier la notification préalable. La notification par LRAR doit intervenir avant le dépôt de la demande d'immatriculation. Une notification tardive fragilise le dossier.
- Laisser expirer les 5 ans sans agir. À l'approche du terme, il faut justifier au greffe d'un changement de situation (nouveau siège, fin de la clause contraire), sous peine de radiation d'office.
- Recevoir de la clientèle ou des marchandises sans autorisation. Dans les grandes villes et la petite couronne, cela relève de l'article L631-7-3 du CCH et, le plus souvent, d'un changement d'usage. La domiciliation seule ne couvre pas cette situation.
- Négliger l'assurance. Une activité professionnelle non déclarée à l'assureur habitation peut compromettre une indemnisation.
- Ignorer la fiscalité locale. La présence d'un siège peut avoir des effets en matière de cotisation foncière des entreprises ; ce point mérite une vérification dédiée selon votre commune.
Notre analyse d'expert-comptable#
Récemment, un consultant indépendant nous a sollicités pour créer sa SASU en domiciliant le siège dans son appartement parisien loué. Son réflexe : « je dois demander l'accord de mon propriétaire ». En réalité, son bail comportait une clause d'habitation bourgeoise. Plutôt que de solliciter un accord — qui aurait pu être refusé sans fondement —, nous avons activé le régime de l'article L123-11-1 : domiciliation temporaire pour 5 ans, notification au bailleur par LRAR avant l'immatriculation. Le dossier est passé sans difficulté, et nous avons calé un point d'étape à 4 ans pour anticiper le transfert de siège.
Notre conviction, forgée sur de nombreux dossiers de création : domicilier le siège chez soi est une excellente solution de démarrage, à condition de la traiter comme un dispositif juridiquement balisé et non comme une simple case à cocher. Le piège n'est presque jamais la domiciliation elle-même ; c'est la confusion avec l'exercice effectif d'une activité recevant du public, qui appelle des règles bien plus strictes. Anticiper le terme des 5 ans, sécuriser la notification, vérifier l'assurance : ce sont ces détails qui distinguent un dossier propre d'un dossier exposé. En tant qu'expert-comptable inscrit à l'Ordre et commissaire aux comptes, nous traitons cette étape comme une brique structurante du lancement, pas comme une formalité accessoire.
Conseil Hayot Expertise. Avant de fixer le siège chez vous, relisez votre bail et votre règlement de copropriété, puis tranchez : simple adresse administrative, ou exercice réel d'une activité ? Si une clause s'oppose, ne demandez pas d'autorisation — notifiez par LRAR et activez le régime des 5 ans. Et planifiez dès le départ la sortie de ce régime. Chez Hayot Expertise, nous intégrons ce choix à la stratégie globale de création pour éviter les angles morts juridiques et fiscaux.
Questions fréquentes
Puis-je domicilier mon entreprise chez moi si je suis locataire ?+
Oui. Si le bail ne l'interdit pas, la domiciliation est valable sans limite de durée. S'il l'interdit, vous pouvez tout de même domicilier le siège pour 5 ans maximum, en notifiant votre bailleur par lettre recommandée avec accusé de réception avant l'immatriculation. La domiciliation ne transforme pas votre bail d'habitation en bail commercial.
Dois-je obtenir l'accord de mon propriétaire ou du syndic ?+
Non. Aucun accord préalable n'est exigé pour la domiciliation administrative. Lorsqu'une clause du bail ou du règlement de copropriété s'y oppose, la loi vous accorde tout de même ce droit pour 5 ans : vous devez simplement informer le bailleur ou le syndicat par écrit, et non solliciter une autorisation.
Combien de temps puis-je garder le siège à mon domicile ?+
Sans clause contraire, sans limite de durée. Si une clause de bail, le règlement de copropriété ou une disposition légale s'y oppose, la durée est plafonnée à 5 ans à compter de la création de la société. Avant le terme, il faut justifier au greffe d'un changement de situation, sous peine de radiation d'office.
La copropriété peut-elle m'interdire de domicilier mon entreprise ?+
La copropriété ne peut pas vous priver du droit de domiciliation temporaire reconnu par l'article L123-11-1 du Code de commerce. Si le règlement interdit l'activité, vous restez fondé à domicilier le siège pour 5 ans, en notifiant le syndicat. En revanche, l'exercice effectif d'une activité recevant du public peut, lui, être limité.
Puis-je recevoir des clients à mon domicile ?+
C'est une question distincte de la domiciliation. Recevoir de la clientèle ou des marchandises relève de l'article L631-7-3 du Code de la construction et de l'habitation. Dans les communes de plus de 200 000 habitants et la petite couronne parisienne, cela suppose le plus souvent une autorisation de changement d'usage, qui dépasse le cadre de la simple domiciliation.
Un micro-entrepreneur peut-il domicilier son activité chez lui ?+
Oui, le domicile peut servir d'adresse de l'entreprise individuelle. L'article L123-11-1 vise les sociétés, mais l'entrepreneur individuel peut indiquer son domicile comme adresse. Sa résidence principale est par ailleurs insaisissable de plein droit par les créanciers professionnels, sans formalité.
La domiciliation chez moi a-t-elle un impact fiscal ?+
La présence d'un siège peut avoir des conséquences, notamment en matière de cotisation foncière des entreprises selon votre commune. La domiciliation n'entraîne en revanche ni changement de destination de l'immeuble ni application du statut des baux commerciaux. Une vérification au cas par cas est recommandée.
À retenir#
- L'article L123-11-1 du Code de commerce autorise toute société à fixer son siège au domicile de son représentant légal, sans limite de durée par principe.
- Si une clause du bail, le règlement de copropriété ou une disposition légale s'y oppose, la domiciliation reste possible pour 5 ans maximum à compter de la création.
- Dans ce cas, il faut notifier par écrit (LRAR) le bailleur ou le syndicat avant l'immatriculation : c'est une information, pas une demande d'autorisation.
- Domicilier n'est pas exercer : recevoir clientèle ou marchandises relève de l'article L631-7-3 du CCH, plus strict dans les grandes villes et la petite couronne.
- Pensez à l'assurance, au terme des 5 ans (radiation d'office sinon) et aux effets fiscaux locaux.
Sources officielles#
- Légifrance - Article L123-11-1 du Code de commerce
- Légifrance - Article L631-7-3 du Code de la construction et de l'habitation
- Légifrance - Article L631-7 du Code de la construction et de l'habitation
- Service-Public Entreprendre - Domicilier une société et son activité (F37412)
- Service-Public Entreprendre - Insaisissabilité de la résidence principale (F31204)
- Bpifrance Création - Protection de l'habitation principale de l'entrepreneur

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Légifrance - Article L123-11-1 du Code de commerce (domiciliation au domicile du représentant légal)
- Légifrance - Article L631-7-3 du Code de la construction et de l'habitation (exercice d'une activité dans un local d'habitation)
- Légifrance - Article L631-7 du Code de la construction et de l'habitation (changement d'usage, communes concernées)
- Service-Public Entreprendre - Domicilier une société et son activité (fiche F37412)
- Service-Public Entreprendre - Insaisissabilité de la résidence principale de l'entrepreneur individuel (fiche F31204)
- Bpifrance Création - Protection de l'habitation principale de l'entrepreneur
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