Comptabiliser Uber Eats, Deliveroo & Just Eat : commissions, TVA, réconciliation
CA brut vs net, commission, TVA autoliquidée, remboursements et rapprochement bancaire : la méthode pour comptabiliser et piloter les ventes de plateformes de livraison.
Ce sujet relève de notre mission
Expert-comptable fiscaliste à Paris | IS, TVA, contrôleNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Les plateformes de livraison ont changé l'économie de la restauration — et compliqué sa comptabilité. Entre le chiffre d'affaires brut, les commissions de 25 à 35 %, la TVA autoliquidée, les remboursements clients et les délais de versement, un restaurant peut facilement déclarer un CA faux et perdre la trace de sa marge réelle. Voici la méthode pour comptabiliser et rapprocher Uber Eats, Deliveroo et Just Eat en 2026.
La règle d'or : comptabiliser le CA brut, pas le versement net#
L'erreur la plus répandue, et la plus coûteuse, est de comptabiliser en chiffre d'affaires le virement net reçu de la plateforme. C'est faux.
Le restaurant vend au client final (schéma du mandat de facturation, retenu par Uber Eats, Deliveroo et la plupart des plateformes) : il doit donc enregistrer l'intégralité du prix payé par le client en chiffre d'affaires, au taux de TVA applicable. La commission de la plateforme est, séparément, une charge.
Comptabiliser le net revient à :
- minorer le chiffre d'affaires (et donc fausser tous les ratios : food cost, marge, prime cost) ;
- minorer la TVA collectée (risque de redressement) ;
- perdre la commission comme charge déductible et la TVA déductible associée.
La règle est donc : CA brut au crédit, commission en charge au débit, versement net rapproché en banque.
Le schéma comptable type#
Pour une commande livrée de 30 € TTC (plats à 10 %, sans alcool), commission plateforme 30 % soit 9 € HT + TVA :
| Opération | Compte | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| Vente au client (CA brut) | 707 / 4457 TVA | 27,27 € HT + 2,73 € TVA | |
| Commission plateforme | 622 / 44566 TVA | 9,00 € HT + TVA | |
| Encaissement net | 512 Banque | net reçu | |
| Solde via compte plateforme | 467 | équilibrage |
Le compte de tiers « plateforme » (467) permet de suivre, entre la commande et le versement, ce que la plateforme doit au restaurant, déduction faite des commissions et remboursements.
La TVA : taux des plats et autoliquidation de la commission#
Côté ventes, la livraison de plats préparés est assimilée à de la vente à consommation immédiate : 10 % sur la nourriture, 20 % sur les boissons alcoolisées commandées en même temps. (Pour le détail des taux, voir notre article TVA en restauration.)
Côté commission, c'est une prestation de services à 20 %. Point technique majeur : lorsque la plateforme facture depuis un autre État membre de l'UE, la TVA est autoliquidée par le restaurant — il collecte et déduit simultanément la TVA sur la commission. Le schéma exact dépend des conditions générales et de l'entité facturant ; il faut donc lire les factures de commission, pas seulement les relevés de versement.
Remboursements, annulations et frais annexes#
Les relevés de plateforme contiennent bien plus que des ventes : remboursements clients (commande annulée, article manquant, litige), ajustements, frais de service, promotions cofinancées. Chacun a un traitement :
- les remboursements clients viennent en diminution du CA et de la TVA collectée ;
- les promotions cofinancées (réduction prise en charge en partie par la plateforme) doivent être ventilées correctement ;
- les frais annexes (publicité sur l'app, frais de matériel) sont des charges distinctes de la commission.
Sans rapprochement, ces éléments créent des écarts entre le CA théorique et les versements bancaires — écarts qui, en restauration livrée, atteignent couramment 3 à 5 % du CA livraison.
Le rapprochement hebdomadaire : la discipline qui sécurise#
La bonne pratique est un rapprochement hebdomadaire : pour chaque plateforme, on vérifie que CA brut − commissions − remboursements = versement net reçu en banque. Tout écart est investigué immédiatement, pendant que les données sont disponibles.
Ce rapprochement n'est pas qu'un contrôle : c'est ce qui permet de déclarer la bonne TVA et de mesurer la vraie marge du canal livraison. Nous l'intégrons systématiquement au suivi des dossiers restauration livrée.
La vraie question : la livraison est-elle rentable ?#
Au-delà de la comptabilité, la livraison pose une question de gestion. Avec 25 à 35 % de commission, un plat dont le food cost est de 30 % laisse, après commission et emballage, une marge bien plus faible qu'en salle. La livraison n'est intéressante que si :
- elle absorbe des coûts fixes déjà engagés (loyer, personnel présent) plutôt que de générer des coûts variables supplémentaires ;
- elle apporte un volume incrémental et ne cannibalise pas des ventes en salle plus margées ;
- la carte livraison est pensée pour la marge (plats à bon ratio, emballage maîtrisé).
C'est exactement ce que révèle une marge par canal (salle / emporté / livraison), que nous construisons à partir des données plateformes — voir notre article sur la rentabilité d'un restaurant.
Cas terrain : un CA minoré de 28 %#
Un restaurant livré comptabilisait en CA les seuls virements nets des plateformes. Résultat : un chiffre d'affaires minoré d'environ 28 % (le montant des commissions), une TVA collectée sous-déclarée et une marge illisible. La reprise sur 12 mois a rétabli le CA brut, comptabilisé les commissions en charge avec TVA, et révélé que le canal livraison était en réalité à peine rentable. La carte livraison a été revue et certains plats à faible marge retirés. La conformité TVA a été rétablie par régularisation, et le pilotage de la marge enfin possible.
Mandat de facturation ou achat-revente : deux schémas, deux comptabilisations#
Toutes les plateformes ne contractent pas de la même façon, et le schéma juridique change la comptabilisation. Deux modèles coexistent.
Dans le mandat de facturation (le plus courant — Uber Eats, Deliveroo), le restaurant vend au client final ; la plateforme n'est qu'un intermédiaire qui facture pour le compte du restaurant et prélève une commission. Le restaurant comptabilise le CA brut client et la commission en charge, comme décrit plus haut.
Dans le schéma achat-revente, la plateforme achète les plats au restaurant et les revend en son nom au client. Le restaurant ne facture alors que la plateforme, en HT, et ne voit pas le prix client final. La commission n'apparaît pas comme une charge distincte : elle est intégrée dans l'écart entre le prix de vente à la plateforme et le prix client.
Le schéma applicable se lit dans les CGV signées, pas dans l'habitude. Se tromper de schéma, c'est se tromper de CA, de base de TVA et de marge. Nous vérifions systématiquement les conditions contractuelles de chaque plateforme utilisée avant de figer le paramétrage comptable.
Click and collect en propre : le canal qui échappe à la commission#
Face à des commissions de 25 à 35 %, beaucoup de restaurateurs développent un canal de commande en direct — click and collect ou livraison propre via leur propre site ou application. L'intérêt est double : le restaurant capte la totalité du prix client, sans commission de plateforme, et récupère surtout la donnée client (impossible à obtenir via les plateformes).
Comptablement, ce canal se traite comme une vente directe : CA encaissé via le prestataire de paiement (Stripe, PayPal…) dont les frais (de l'ordre de 1 à 2 %) sont une charge bien inférieure à une commission de plateforme. La TVA suit les règles de la vente à emporter (10 % plats, 20 % alcool).
Le vrai sujet n'est pas comptable mais stratégique : un canal direct ne se décrète pas, il se construit (visibilité, fidélisation, qualité de l'app). Mais dès qu'il monte en volume, il améliore mécaniquement la marge par rapport aux plateformes. Suivre la marge par canal (voir notre article sur la rentabilité) permet de mesurer ce gain et d'arbitrer l'effort commercial.
Ce qu'il faut retenir#
Trois principes : comptabiliser le CA brut (jamais le net), traiter la commission en charge avec la bonne TVA (souvent autoliquidée), et rapprocher chaque semaine versements et relevés. C'est la condition d'une TVA juste et d'une marge livraison lisible.
Pour l'ensemble du dispositif, voir notre accompagnement expert-comptable restauration et le guide complet de la comptabilité d'un restaurant 2026.
À jour au 3 juin 2026. Cet article présente les schémas généraux de comptabilisation des plateformes de livraison ; le traitement TVA exact dépend des conditions générales et de l'entité facturant. Sources : BOFiP, CGI.
Questions fréquentes
Le chiffre d'affaires livraison se comptabilise-t-il brut ou net de commission ?
Brut. Le restaurant doit enregistrer la totalité du prix payé par le client (CA brut) au taux de TVA applicable, puis comptabiliser séparément la commission de la plateforme en charge déductible. Net-ter la commission directement du CA est une erreur fréquente qui fausse le chiffre d'affaires, la marge et l'assiette de TVA.
Quelle TVA sur la commission Uber Eats ou Deliveroo ?
La commission est une prestation de services soumise à 20 %. Lorsque la plateforme facture depuis un autre État membre de l'UE, la TVA est autoliquidée par le restaurant (TVA collectée et déductible simultanément). Le schéma exact dépend des conditions générales et de l'établissement facturant ; il faut vérifier les factures de commission.
Comment gérer les remboursements et annulations clients ?
Les remboursements clients (commande annulée, litige) viennent en diminution du CA et de la TVA collectée correspondante. Ils figurent sur les relevés de la plateforme et doivent être rapprochés : sans suivi, ils créent des écarts entre le CA déclaré et les versements bancaires.
La livraison est-elle rentable pour un restaurant ?
Pas mécaniquement. Avec 25 à 35 % de commission, un plat à food cost 30 % peut devenir non rentable une fois la commission et l'emballage déduits. Il faut calculer une marge par canal : la livraison n'est intéressante que si elle absorbe des coûts fixes existants ou génère un volume incrémental, pas si elle se substitue à des ventes en salle plus margées.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
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