Réponse rapide. Une association doit nommer un commissaire aux comptes dans plusieurs situations, indépendantes les unes des autres : lorsqu'elle reçoit plus de 153 000 € de subventions publiques ou de dons ouvrant droit à réduction d'impôt dans l'année (articles L.612-4 et D.612-5 du Code de commerce), lorsqu'elle exerce une activité économique dépassant deux des trois seuils (50 salariés, 3 100 000 € de ressources, 1 550 000 € de total de bilan, article L.612-1), ou dans des cas particuliers (émission d'obligations, fondation, fonds de dotation). Le mandat dure six exercices.
Association et commissaire aux comptes : deux obligations distinctes#
Beaucoup de dirigeants associatifs confondent deux obligations qui n'ont ni le même déclencheur ni la même portée.
La première est comptable : tenir une comptabilité et, au-delà de certains seuils ou par exigence d'un financeur, établir des comptes annuels (bilan, compte de résultat, annexe) selon le règlement comptable des associations (ANC 2018-06). La majorité des petites associations n'ont qu'une comptabilité de trésorerie simple.
La seconde est l'obligation de désigner un commissaire aux comptes (CAC), un professionnel indépendant qui audite les comptes et en certifie la régularité et la sincérité. Cette obligation ne se déclenche que dans des situations précises, que ce guide détaille.
Le champ couvre les associations loi 1901, mais aussi les fondations et les fonds de dotation, avec pour ces derniers des règles plus strictes. Pour le cadre comptable et fiscal complet d'une structure de l'économie sociale, voyez notre secteur associations et fondations.
Quand une association doit-elle nommer un commissaire aux comptes ?#
Le point essentiel à retenir : ces situations sont indépendantes. Il suffit d'en remplir une seule pour que la nomination devienne obligatoire. Inutile d'attendre d'en cumuler plusieurs.
| Situation | Seuil ou condition | Base légale |
|---|---|---|
| Subventions publiques | plus de 153 000 € par an (hors subventions de l'Union européenne) | L.612-4 et D.612-5 C. com. |
| Dons ouvrant droit à réduction d'impôt | plus de 153 000 € par an | L.612-4 C. com. |
| Appel public à la générosité | dons collectés supérieurs à 153 000 € par an | C. com. et loi du 7 août 1991 |
| Activité économique | 2 des 3 seuils : 50 salariés, 3 100 000 € de ressources, 1 550 000 € de bilan | L.612-1 et R.612-1 C. com. |
| Rémunération de dirigeants | ressources propres supérieures à 200 000 € (moyenne sur 3 ans) | CGI art. 261, 7-1° d |
| Émission d'obligations | dès l'émission | L.213-15 Code monétaire et financier |
| Fonds de dotation | ressources supérieures à 10 000 € en fin d'exercice | art. 140 loi 2008-776 |
| Fondations (FRUP, fondation d'entreprise) | dans tous les cas | loi 87-571 |
| Secteurs réglementés | seuils propres (organismes de formation, CSE, médico-social, sport) | textes sectoriels |
Les associations qui ne relèvent d'aucune de ces situations ne sont pas tenues d'avoir un commissaire aux comptes, mais elles peuvent en désigner un volontairement.
Le seuil de 153 000 € en pratique#
C'est le déclencheur le plus courant, et le plus mal compris.
Une association qui reçoit, sur un exercice, plus de 153 000 € de subventions publiques (de l'État, des collectivités, de leurs établissements publics) doit établir des comptes annuels et nommer un commissaire aux comptes (articles L.612-4 et D.612-5 du Code de commerce, décret du 30 avril 2007). Le seuil s'apprécie en cumul : on additionne toutes les subventions de tous les financeurs publics sur l'année. Les subventions de l'Union européenne ne sont pas prises en compte dans ce calcul.
La même obligation s'applique lorsqu'une association reçoit plus de 153 000 € de dons ouvrant droit à réduction d'impôt pour le donateur, ou lorsqu'un organisme faisant appel public à la générosité collecte plus de 153 000 € de dons dans l'année. Dans ce dernier cas s'ajoute l'obligation d'établir un compte d'emploi annuel des ressources collectées (CER).
La conséquence est triple : établir des comptes annuels complets, faire certifier ces comptes par le commissaire aux comptes, et publier les comptes et le rapport du CAC au Journal officiel des associations et fondations d'entreprise (JOAFE), dans les trois mois suivant leur approbation.
L'activité économique : les seuils 50 / 3,1 M€ / 1,55 M€#
Une association qui exerce une activité économique entre dans le champ des personnes morales de droit privé non commerçantes ayant une activité économique. Elle doit établir des comptes annuels et nommer un commissaire aux comptes dès qu'elle dépasse deux des trois seuils suivants (articles L.612-1 et R.612-1 du Code de commerce) :
- 50 salariés ;
- 3 100 000 € de montant hors taxes du chiffre d'affaires ou des ressources ;
- 1 550 000 € de total de bilan.
Attention à une confusion fréquente : ces seuils ne sont pas ceux des sociétés commerciales. Une SAS ou une SARL ne désigne un commissaire aux comptes qu'au-delà de 10 000 000 € de chiffre d'affaires, 5 000 000 € de bilan et 50 salariés (seuils relevés au 1er janvier 2024 par le décret n° 2024-152). Le régime associatif se déclenche donc beaucoup plus tôt.
Les associations qui rémunèrent leurs dirigeants#
Une association peut rémunérer ses dirigeants tout en restant non lucrative, à condition de respecter l'article 261, 7-1° d du Code général des impôts. Cette tolérance suppose notamment que ses ressources propres, hors financements publics et appréciées en moyenne sur les trois derniers exercices clos, dépassent 200 000 € pour rémunérer un dirigeant (500 000 € pour deux, 1 000 000 € pour trois), la rémunération étant plafonnée à trois fois le plafond de la Sécurité sociale par dirigeant. Surtout, cette transparence financière doit être attestée par un commissaire aux comptes : rémunérer des dirigeants dans ce cadre suppose donc d'en désigner un.
Fondations et fonds de dotation : des règles plus strictes#
Les structures voisines des associations obéissent à des règles spécifiques, souvent plus exigeantes.
Les fondations reconnues d'utilité publique (FRUP) et les fondations d'entreprise désignent un commissaire aux comptes (et un suppléant) dans tous les cas, dès leur constitution, en application de la loi du 23 juillet 1987. Elles sont également soumises à la procédure d'alerte et au contrôle des conventions réglementées.
Les fonds de dotation nomment au moins un commissaire aux comptes dès que le montant de leurs ressources dépasse 10 000 € en fin d'exercice (article 140 de la loi du 4 août 2008). Le seuil, très bas, rend l'obligation quasi systématique dès que le fonds a une activité réelle. Le commissaire aux comptes est désigné par le conseil d'administration.
Les associations reconnues d'utilité publique (ARUP) suivent les règles de droit commun (153 000 € de subventions ou de dons), assorties d'obligations de transparence renforcées vis-à-vis de l'administration.
Comment se déroule la mission du commissaire aux comptes dans une association#
La mission suit la démarche d'audit des normes d'exercice professionnel (NEP) : prise de connaissance de l'entité, évaluation des risques, contrôles adaptés, puis formulation d'une opinion. Le secteur associatif présente toutefois des zones de contrôle qui lui sont propres.
Les fonds dédiés et les subventions#
Le règlement ANC 2018-06 impose un traitement spécifique des financements affectés non encore utilisés : ce sont les fonds dédiés (et les fonds reportés pour les financements de projets pluriannuels). Le commissaire aux comptes vérifie que les subventions sont rattachées au bon exercice, que les conditions d'octroi sont respectées, et que le risque de reversement d'une subvention non employée ou non éligible est correctement appréhendé.
Les contributions volontaires en nature#
Le bénévolat, les mises à disposition gratuites et les dons en nature constituent les contributions volontaires en nature. Lorsqu'elles sont significatives et mesurables, elles figurent au pied du compte de résultat. L'auditeur en apprécie la méthode de valorisation et la cohérence.
La sectorisation et la lucrativité#
Beaucoup d'associations exercent une part d'activité lucrative. Le commissaire aux comptes examine la sectorisation des activités et l'analyse de lucrativité (règle des 4P : produit, public, prix, publicité), qui déterminent l'assujettissement aux impôts commerciaux (IS, TVA, CET).
La continuité d'exploitation#
Une association très dépendante de subventions reconductibles d'année en année présente un risque sur sa continuité d'exploitation. L'auditeur apprécie la solidité des conventions de financement, en particulier pluriannuelles, et la trésorerie disponible.
Le rapport et les vérifications spécifiques#
Le commissaire aux comptes émet un rapport sur les comptes annuels (certification sans réserve, avec réserve, ou refus de certifier), un rapport spécial sur les conventions réglementées (article L.612-5 du Code de commerce), et déclenche le cas échéant la procédure d'alerte s'il relève des faits de nature à compromettre la continuité de l'activité.
Nomination, durée, suppléant, honoraires et sanctions#
La nomination#
Le commissaire aux comptes est désigné par l'organe compétent prévu par les statuts, le plus souvent l'assemblée générale. Depuis la loi Sapin 2 du 9 décembre 2016, la désignation d'un suppléant n'est obligatoire que lorsque le titulaire est une personne physique ou une société unipersonnelle.
La durée du mandat#
Le mandat dure six exercices lorsque la désignation est obligatoire (article L.823-3 du Code de commerce). En cas de désignation volontaire, l'association peut opter pour une mission de trois exercices (article L.823-3-2).
Les honoraires#
Les honoraires dépendent du temps de travail estimé selon les normes professionnelles, de la taille de l'association et de la complexité de ses financements. Ils sont établis sur devis, sans barème réglementaire unique. Le guide combien coûte un expert-comptable replace ces honoraires dans le budget global d'accompagnement, et notre page commissaire aux comptes détaille notre méthode.
Les sanctions#
Le défaut de désignation d'un commissaire aux comptes alors qu'il est obligatoire expose les dirigeants aux sanctions de l'article L.820-4 du Code de commerce : jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende. Certaines décisions prises sans commissaire aux comptes peuvent en outre être frappées de nullité (article L.820-3-1). Pour une association financée par des fonds publics, l'absence de CAC peut aussi fragiliser l'accès aux subventions et la confiance des financeurs.
La désignation volontaire#
Même sous les seuils, une association peut désigner volontairement un commissaire aux comptes pour une mission de trois ans. C'est un signal de transparence apprécié des financeurs, des banques et des grands donateurs, qui sécurise la fiabilité des comptes.
Erreurs fréquentes et bonnes pratiques#
- Attendre de cumuler plusieurs conditions. Un seul déclencheur suffit : 153 000 € de subventions, ou 153 000 € de dons, ou l'activité économique, ou un fonds de dotation actif.
- Oublier le cumul des subventions. Le seuil de 153 000 € s'apprécie en additionnant tous les financeurs publics sur l'année, pas financeur par financeur.
- Confondre le régime associatif et celui des sociétés. Les seuils 10 M€ / 5 M€ / 50 sont ceux des sociétés, pas des associations (50 / 3,1 M€ / 1,55 M€).
- Mal suivre les fonds dédiés. Une subvention affectée non utilisée doit être isolée en fonds dédiés, sous peine de fausser le résultat.
- Anticiper la nomination. Mieux vaut intégrer le coût et la procédure du CAC dès que la trajectoire de financement approche du seuil.
Pour une vision d'ensemble des obligations comptables, voyez notre guide obligations comptables, et pour les organismes de formation constitués en association, notre guide dédié au commissaire aux comptes des organismes de formation. Les comités sociaux et économiques relèvent quant à eux d'un régime propre.
Questions frequentes
Toute association doit-elle avoir un commissaire aux comptes ?+
Non. Seules les associations qui se trouvent dans l'une des situations prévues par la loi (subventions ou dons supérieurs à 153 000 €, activité économique au-delà de 2 des 3 seuils, émission d'obligations, etc.) y sont tenues. La majorité des petites associations n'ont pas de commissaire aux comptes.
À partir de quel montant de subventions un commissaire aux comptes est-il obligatoire ?+
Dès que le total des subventions publiques reçues dans l'année dépasse 153 000 € (articles L.612-4 et D.612-5 du Code de commerce). Le seuil s'apprécie en cumulant tous les financeurs publics. Les subventions de l'Union européenne ne sont pas comptées.
Les dons des particuliers déclenchent-ils l'obligation ?+
Oui, lorsque l'association reçoit plus de 153 000 € de dons ouvrant droit à réduction d'impôt dans l'année, ou collecte plus de 153 000 € de dons par appel public à la générosité. Elle doit alors établir et faire certifier ses comptes annuels.
Quels sont les seuils pour une association ayant une activité économique ?+
50 salariés, 3 100 000 € de chiffre d'affaires ou de ressources, et 1 550 000 € de total de bilan (articles L.612-1 et R.612-1). L'obligation se déclenche dès que deux de ces trois seuils sont dépassés. Ce ne sont pas les seuils des sociétés (10 M€ / 5 M€ / 50).
Un fonds de dotation doit-il nommer un commissaire aux comptes ?+
Oui, dès que ses ressources dépassent 10 000 € en fin d'exercice (article 140 de la loi du 4 août 2008). Le seuil est très bas, ce qui rend l'obligation quasi systématique. Le commissaire aux comptes est désigné par le conseil d'administration.
Une fondation est-elle toujours soumise à un commissaire aux comptes ?+
Oui. Les fondations reconnues d'utilité publique et les fondations d'entreprise désignent un commissaire aux comptes (et un suppléant) dès leur création, en application de la loi du 23 juillet 1987.
Quelle sanction si l'association ne nomme pas de commissaire aux comptes ?+
Les dirigeants encourent jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende (article L.820-4 du Code de commerce), et certaines décisions peuvent être annulées. L'absence de CAC peut également compromettre l'accès aux subventions.
Combien coûte un commissaire aux comptes pour une association ?+
Il n'existe pas de barème unique. Les honoraires sont établis sur devis, selon le temps de travail estimé par les normes professionnelles, la taille de l'association et la complexité de ses financements.
Peut-on nommer un commissaire aux comptes volontairement ?+
Oui. Une association sous les seuils peut désigner volontairement un commissaire aux comptes pour une mission de trois exercices, par exemple pour rassurer des financeurs publics, une banque ou de grands donateurs.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Légifrance, Code de commerce, art. L612-4 (CAC des associations subventionnées)
- Légifrance, Code de commerce, art. L612-1 à L612-5 (personnes morales de droit privé à activité économique)
- Légifrance, Code de commerce, art. L820-4 (sanctions du défaut de désignation du CAC)
- associations.gouv.fr, Quand faut-il nommer un commissaire aux comptes ?
- associations.gouv.fr, Obligations comptables et publicité des comptes
- economie.gouv.fr, Guide des fonds de dotation (CAC dès 10 000 € de ressources)
- Légifrance, Loi n° 87-571 du 23 juillet 1987 sur le développement du mécénat
- CNCC, Tableau des principaux cas de nomination obligatoire d'un CAC (sept. 2025)
Un guide publié par un cabinet français réglementé
Le contenu éducatif sert à qualifier le besoin, répondre à la première besoin concret puis orienter vers la bonne mission comptable, fiscale ou de structuration.
Cabinet réglementé
Samuel Hayot est expert-comptable et commissaire aux comptes, inscrit à l'Ordre de Paris Île-de-France et à la CRCC de Paris.
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