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Fiscalité08 avril 2026

Actions Gratuites (AGA) 2026 : Fiscalité, Conditions et Stratégies pour Dirigeants et Salariés

Tout savoir sur les actions gratuites (AGA) en 2026 : conditions d'attribution, période de vesting, fiscalité du gain d'acquisition et de cession, contributions sociales patronale et salariale, comparaison avec les BSPCE, et bonnes pratiques pour structurer votre plan.

Samuel HAYOT
22 min de lecture

Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.

Actions Gratuites (AGA) 2026 : Fiscalité, Conditions et Stratégies pour Dirigeants et Salariés

L'attribution d'actions gratuites (AGA) s'est imposée comme l'un des outils les plus puissants pour associer salariés et dirigeants à la création de valeur d'une entreprise. Utilisées massivement dans les startups, les scale-ups technologiques et de nombreuses PME, les AGA permettent aux bénéficiaires de recevoir des actions de la société sans débourser le moindre euro, après l'écoulement d'une période d'acquisition dite de « vesting ». Le traitement fiscal et social, bien qu'encadré, reste significativement avantageux par rapport à une augmentation de salaire classique, à condition de bien maîtriser les règles du jeu.

Contrairement aux BSPCE (bons de souscription de parts de créateur d'entreprise), réservés aux jeunes sociétés non cotées répondant à des critères stricts d'âge et de capital, les AGA s'adressent à toute SA ou SAS, sans plafond de taille ni d'ancienneté. Elles se distinguent également des stock-options, qui donnent une simple option d'achat à prix fixe et dont la fiscalité suit des règles différentes.

Dans ce guide complet mis à jour pour 2026, nous détaillons : qui peut mettre en place un plan d'AGA, les conditions légales à respecter, la fiscalité applicable au bénéficiaire (gain d'acquisition et plus-value de cession), le régime des contributions sociales — patronale et salariale —, les erreurs à éviter, et les situations où l'accompagnement d'un expert-comptable ou d'un avocat s'avère indispensable.

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Qu'est-ce qu'une attribution d'actions gratuites (AGA) ?

Définition et fonctionnement

Les attributions d'actions gratuites sont régies par les articles L. 225-197-1 et suivants du Code de commerce. Le principe est simple : la société décide d'attribuer à certains bénéficiaires — salariés, dirigeants assimilés-salariés — des actions de son capital à titre gratuit, sans contrepartie financière exigée du bénéficiaire.

Le mécanisme repose sur deux périodes successives :

  1. La période d'acquisition (vesting) : le bénéficiaire n'est pas encore propriétaire des actions. Il dispose d'un droit conditionnel qui s'acquiert progressivement. La durée minimale est fixée à 1 an depuis la loi Macron de 2015 (auparavant 2 ans). En pratique, les plans prévoient 2 à 4 ans, parfois avec un vesting progressif (ex. : 25 % des actions acquises par an sur 4 ans).

  2. La période de conservation : depuis la réforme opérée par la loi PACTE de 2018, la période de conservation obligatoire a été supprimée. Le bénéficiaire peut donc vendre ses actions dès la fin du vesting. En revanche, une conservation d'au moins 2 ans après l'attribution définitive ouvre droit à des avantages fiscaux et sociaux notables (cf. infra).

À l'issue de la période d'acquisition, le bénéficiaire devient plein propriétaire des actions et peut décider librement de les conserver ou de les céder, sous réserve des éventuelles clauses de lock-up stipulées dans le règlement du plan.

Exemple chiffré : Une SAS valorisée 5 M€ attribue à son directeur commercial un plan de 10 000 actions (valeur unitaire estimée à 5 €, soit 50 000 € de gain potentiel) avec un vesting sur 3 ans. Si la valeur de l'action atteint 8 € au terme des 3 ans, le gain d'acquisition sera de 8 € × 10 000 = 80 000 €, taxé selon le régime décrit ci-dessous.

Qui peut en bénéficier ?

Les bénéficiaires éligibles aux AGA sont :

  • Les salariés de la société attributrice ou d'une filiale (lien de subordination requis) ;
  • Les dirigeants assimilés-salariés : PDG, directeur général, membres du directoire d'une SA, président de SAS, gérant minoritaire ou égalitaire de SARL (sous réserve d'être rattaché au régime général de la Sécurité sociale).

Sont en revanche exclus :

  • Les travailleurs non-salariés (TNS) : gérants majoritaires de SARL, entrepreneurs individuels ;
  • Les associés sans mandat social ni contrat de travail.

Sur le plan des plafonds légaux : le nombre total d'actions attribuées gratuitement ne peut dépasser 10 % du capital social de la société à la date d'attribution (15 % pour les sociétés de moins de 50 salariés ou pour les seuls membres du conseil d'administration et de surveillance ou du directoire). Pour les sociétés cotées, certains régimes spéciaux s'appliquent.

Différence entre AGA, BSPCE et stock-options

CritèreAGABSPCEStock-options
Sociétés éligiblesToute SA/SASSociétés non cotées < 15 ans, < 150 M€ capital, 25 % non-institutionnelSA/SAS cotées ou non
MécanismeAttribution directe d'actionsBon pour souscrire des actions à prix fixeOption d'achat à prix fixe
Coût pour le bénéficiaireZéroPrix d'exercice (souvent symbolique)Prix d'exercice (potentiellement élevé)
Régime fiscal gainRevenu (abattement possible) + PFU cessionPlus-value (PFU ou barème)Revenu + plus-value
Contribution patronale20 % (10 % PME)0 %Variable
Période de conservationNon obligatoire (avantages si > 2 ans)Non obligatoireNon obligatoire

Les BSPCE s'adressent aux sociétés non cotées de moins de 15 ans dont le capital est détenu à au moins 25 % par des personnes physiques ou des fonds non-institutionnels, avec un capital propre inférieur à 150 M€. Leur fiscalité — taxée comme une plus-value (PFU à 30 % ou barème progressif) — les rend attractifs pour les salariés proches des tranches marginales élevées, mais leur éligibilité est nettement plus restrictive que les AGA.

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Les conditions d'attribution des AGA

Conditions relatives à la société

Pour mettre en place un plan d'AGA, la société doit obligatoirement être constituée sous forme de SA (société anonyme) ou SAS (société par actions simplifiée). Les SARL, par nature composées de parts sociales et non d'actions, ne peuvent pas directement attribuer des AGA. Une transformation préalable en SAS est nécessaire si la direction d'une SARL souhaite recourir à ce mécanisme.

Les actions attribuées peuvent être :

  • Des actions existantes préalablement rachetées par la société (dans le cadre d'un programme de rachat d'actions propres) ;
  • Des actions nouvelles émises dans le cadre d'une augmentation de capital réservée.

La société supporte plusieurs coûts :

  • La contribution patronale (cf. infra) ;
  • La charge comptable IFRS 2 : la juste valeur des actions à la date d'attribution est étalée en charges sur la durée du vesting ;
  • Les coûts de rachat d'actions propres le cas échéant.

Plafonds légaux

La loi fixe un plafond global : le nombre d'actions pouvant être attribuées gratuitement ne peut excéder 10 % du capital de la société au moment de l'attribution. Ce plafond est porté à 15 % dans deux situations spécifiques :

  • La société emploie moins de 50 salariés et n'est pas cotée ;
  • L'attribution est réservée aux seuls membres du conseil d'administration, de surveillance ou du directoire.

Bon à savoir : il n'existe pas de plafond individuel légal fixé par la loi pour chaque bénéficiaire, mais les règles de bonne gouvernance et les recommandations des investisseurs (notamment l'AFEP-MEDEF pour les sociétés cotées) recommandent une distribution équitable et justifiée.

Période d'acquisition minimale

Depuis la loi Macron (2015), la période d'acquisition minimale est fixée à 1 an. Avant cette réforme, elle était de 2 ans. Dans les faits, la grande majorité des plans prévoient une durée de 2 à 4 ans, avec un vesting progressif (« cliff » après 1 an, puis vesting mensuel ou annuel).

Depuis la loi PACTE (2018), la période de conservation n'est plus obligatoire. Avant cette réforme, les bénéficiaires devaient conserver leurs actions au moins 2 ans après l'attribution définitive pour bénéficier du régime fiscal favorable. Aujourd'hui, ils peuvent céder dès le lendemain du vesting — mais perdent certains avantages fiscaux et sociaux décrits ci-après.

Exemple de vesting progressif : Un plan sur 4 ans avec un « cliff » d'un an prévoit que :

  • 0 action acquise avant 12 mois (perte totale en cas de départ avant 1 an) ;
  • 25 % des actions acquises à l'issue de la 1ère année ;
  • puis 1/36e par mois pendant les 3 années suivantes.

Ce type de clause est très courant dans les startups et incite les bénéficiaires à rester dans la durée.

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La fiscalité des actions gratuites pour le bénéficiaire

La plus-value d'acquisition (gain d'acquisition)

Le gain d'acquisition est défini comme la valeur vénale des actions au jour de l'attribution définitive (fin de la période de vesting). C'est la richesse que le bénéficiaire reçoit « gratuitement » à ce moment-là.

Régime fiscal applicable en 2026 :

Pour les actions attribuées depuis le 1er janvier 2018 (réforme loi PACTE) :

  • La fraction du gain d'acquisition inférieure ou égale à 300 000 € par an est imposée dans la catégorie des traitements et salaires selon le barème progressif de l'IR, après application d'un abattement de 50 % si le bénéficiaire a conservé les actions pendant au moins 2 ans à compter de leur attribution définitive.

  • La fraction supérieure à 300 000 € est imposée au taux marginal normal de l'IR (sans abattement), ainsi qu'aux cotisations sociales au taux plein (comme un salaire ordinaire).

CSG/CRDS : le gain d'acquisition est soumis aux prélèvements sociaux au taux de 9,7 % (dont 6,8 % de CSG déductible du revenu imposable de l'année de paiement).

Contribution salariale spécifique (article L. 137-14 du CSS) :

  • Taux de 10 % sur le gain d'acquisition (fraction ≤ 300 000 €) ;
  • Réduite à 7,5 % si la durée de conservation des actions est supérieure ou égale à 2 ans après l'attribution définitive.

Exemple : Un salarié reçoit à l'issue de son vesting des actions d'une valeur de 120 000 €. Il les conserve 2 ans et 3 mois avant de les vendre.

  • Gain d'acquisition : 120 000 €
  • Abattement 50 % (conservation > 2 ans) : − 60 000 €
  • Base imposable à l'IR : 60 000 € (intégrés dans les revenus imposables, catégorie TS)
  • CSG/CRDS : 9,7 % × 120 000 € = 11 640 € (dont 8 160 € déductibles)
  • Contribution salariale spécifique : 7,5 % × 120 000 € = 9 000 €

La plus-value de cession (gain au moment de la vente)

Lorsque le bénéficiaire décide de vendre ses actions après l'attribution définitive, une plus-value de cession peut se dégager entre :

  • Prix de vente des actions ;
  • Prix de revient fiscal = valeur vénale des actions à la date du vesting (qui constitue le prix d'acquisition retenu pour le calcul de la plus-value de cession).

Cette plus-value de cession est soumise au régime des plus-values mobilières :

  • Prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % (12,8 % IR + 17,2 % prélèvements sociaux), sauf option globale pour le barème progressif de l'IR ;
  • En cas d'option pour le barème, certains abattements pour durée de détention peuvent s'appliquer (régimes antérieurs) mais sont désormais très limités pour les titres acquis après 2018.

Exemple (suite) : Si le salarié vend ses actions à 150 000 € alors que la valeur au vesting était de 120 000 €, la plus-value de cession est de 30 000 €, taxée à 30 % = 9 000 €.

Tableau récapitulatif fiscal 2026

Nature du gainBase de calculImposition
Gain d'acquisition ≤ 300 000 € (conservation ≥ 2 ans)Valeur actions au vestingAbattement 50 % → barème IR + CSG 9,7 % + contribution 7,5 %
Gain d'acquisition ≤ 300 000 € (conservation < 2 ans)Valeur actions au vestingBarème IR sans abattement + CSG 9,7 % + contribution 10 %
Gain d'acquisition > 300 000 €Fraction > 300 k€Barème IR (taux plein) + cotisations sociales salariales (comme salaire)
Plus-value de cessionPrix cession − valeur au vestingPFU 30 % ou option barème progressif
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Le régime social et la contribution patronale

Contribution patronale sur les AGA

La société attributrice est redevable d'une contribution patronale spécifique (article L. 137-13 du Code de la Sécurité sociale) au moment où les actions sont définitivement attribuées aux bénéficiaires (fin du vesting).

Taux en vigueur en 2026 :

  • 20 % de la valeur des actions à la date d'attribution définitive, pour le cas général ;
  • 10 % pour les PME et ETI répondant aux critères suivants : moins de 250 salariés ET chiffre d'affaires annuel inférieur à 50 M€ ou total de bilan inférieur à 43 M€, à condition que la durée de la période d'acquisition soit d'au moins 3 ans.

Cette contribution patronale est déductible du résultat imposable de la société, ce qui atténue son coût effectif. Pour une PME imposée à 25 % d'IS, une contribution de 10 % représente un coût net d'environ 7,5 % du gain d'acquisition.

Timing de paiement : la contribution patronale est exigible au moment de l'attribution définitive des actions, indépendamment du moment où le bénéficiaire décide de vendre.

Exemple : Une PME de 80 salariés (CA = 12 M€) attribue définitivement des actions à ses collaborateurs pour une valeur totale de 500 000 €, au terme d'une période d'acquisition de 3 ans.

  • Taux applicable : 10 % (PME + durée ≥ 3 ans)
  • Contribution patronale due : 50 000 €
  • Déductible de l'IS → économie fiscale : 50 000 × 25 % = 12 500 €
  • Coût net pour la PME : 37 500 €

Contributions salariales pour le bénéficiaire

Le bénéficiaire est soumis à une contribution sociale spécifique (article L. 137-14 du CSS) distincte de la CSG/CRDS :

  • 10 % sur le gain d'acquisition (fraction ≤ 300 000 €) si la durée de conservation après attribution est inférieure à 2 ans ;
  • 7,5 % si la durée de conservation est supérieure ou égale à 2 ans.

S'y ajoutent les prélèvements sociaux de droit commun (CSG/CRDS) : 9,7 % sur la totalité du gain d'acquisition (dont 6,8 % de CSG déductible du revenu imposable l'année suivante).

Exonérations spécifiques pour les PME (dispositif Loi Pacte)

La loi PACTE a introduit un régime allégé pour inciter les PME à utiliser les AGA comme outil de fidélisation :

CritèreTaux contribution patronale
Régime général20 %
PME < 250 salariés, CA < 50 M€ ou bilan < 43 M€, acquisition ≥ 3 ans10 %

Ce régime rend les AGA significativement plus attractives pour les PME qui souhaitent attirer et retenir des talents sans nécessairement augmenter la masse salariale à court terme.

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Comment mettre en place un plan d'actions gratuites ?

Les étapes clés

La mise en place d'un plan d'AGA suit un processus en plusieurs étapes, qui fait intervenir les organes sociaux de la société et requiert le concours de professionnels (avocat, expert-comptable, commissaire aux comptes le cas échéant) :

1. Autorisation par l'Assemblée Générale Extraordinaire (AGE) L'AGE doit autoriser le conseil d'administration (ou le directoire) à procéder à des attributions d'actions gratuites. Cette autorisation fixe le nombre maximum d'actions pouvant être attribuées et la durée de validité du plan (maximum 38 mois).

2. Décision du conseil d'administration ou du directoire Les organes de direction décident de l'identité des bénéficiaires, du nombre d'actions attribuées à chacun, et des conditions de vesting (durée, critères de performance éventuels).

3. Rédaction du règlement du plan Ce document juridique détaille : les conditions d'acquisition, les cas de départ (bonne et mauvaise sortie), les clauses d'accélération (change of control), les restrictions à la cession, et les obligations déclaratives des bénéficiaires.

4. Acquisition des actions à attribuer La société doit disposer des actions à attribuer, soit par :

  • Rachat d'actions propres (programme préalablement autorisé par l'AGE) ;
  • Augmentation de capital réservée (émission d'actions nouvelles).

5. Notification individuelle aux bénéficiaires Chaque bénéficiaire reçoit une lettre d'attribution précisant le nombre d'actions, le calendrier de vesting, et un exemplaire du règlement du plan.

6. Comptabilisation (charge IFRS 2) La norme IFRS 2 (et son équivalent français CRC 2008-15) impose de comptabiliser la juste valeur des actions à la date d'attribution en charges, étalée sur la durée du vesting. Cette charge n'engendre pas de décaissement immédiat mais réduit le résultat comptable et, pour les sociétés relevant des normes françaises, peut impacter le résultat fiscal.

7. Attribution définitive et obligations déclaratives À l'issue de la période de vesting, la société doit :

  • Procéder à l'inscription des actions au nom du bénéficiaire ;
  • Déclarer et verser la contribution patronale à l'URSSAF ;
  • Informer le bénéficiaire de ses obligations déclaratives (déclaration 2042 C, formulaire 2074 pour les plus-values).

Points d'attention juridiques

Clauses good leaver / bad leaver Le règlement du plan doit distinguer les cas de départ :

  • Good leaver : départ à la retraite, invalidité, décès, licenciement économique. En général, les actions acquises sont conservées et un prorata des actions en cours de vesting peut être maintenu.
  • Bad leaver : démission, faute grave ou lourde. Les actions non encore acquises sont perdues. Parfois, les actions déjà acquises sont soumises à une option de rachat forcée par la société à valeur nominale.

Clause d'accélération (Change of Control) En cas de cession de la société, il est usuel de prévoir une accélération totale ou partielle du vesting (« single trigger » ou « double trigger »). Cette clause est particulièrement attendue par les bénéficiaires dans les sociétés en phase de croissance où une acquisition est envisageable.

Rôle du commissaire aux comptes Dans les sociétés dotées d'un commissaire aux comptes (CAC), celui-ci doit établir un rapport sur l'attribution des actions gratuites, vérifiant notamment le respect des plafonds légaux et la régularité de la procédure.

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AGA et stratégie d'entreprise : quels cas d'usage ?

Fidélisation des talents clés en startup et scale-up

Dans un contexte de guerre des talents, notamment dans les secteurs technologiques, les AGA constituent un outil d'attraction et de rétention majeur. Elles permettent d'offrir une rémunération différée significative sans impacter immédiatement la trésorerie, et d'aligner les intérêts des collaborateurs avec ceux des actionnaires.

Intéressement au capital dans les PME en transmission (MBO)

Lors d'un management buyout (rachat de l'entreprise par ses dirigeants), un plan d'AGA peut accompagner le processus en permettant aux managers de monter progressivement au capital, en complément des instruments financiers classiques. Cela sécurise également le vendeur en maintenant les clés du management dans la durée.

Compléter la rémunération sans alourdir la masse salariale

Pour une société en croissance dont la trésorerie est contrainte, les AGA permettent de récompenser les performances sans décaissement immédiat. La charge comptable (IFRS 2) est bien réelle, mais le flux de trésorerie n'intervient qu'à l'attribution définitive (contribution patronale) et non pendant la période de vesting.

Alignement des intérêts direction-actionnaires

En associant directement les dirigeants et managers clés à la valorisation de la société, les AGA réduisent les conflits d'agence classiques entre actionnaires et dirigeants. Plus la valeur de l'entreprise augmente, plus le gain potentiel des bénéficiaires est important — créant un puissant mécanisme d'incitation à la performance collective.

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Erreurs fréquentes à éviter

1. Oublier la contribution patronale dans le business plan La contribution patronale (20 % ou 10 % selon le cas) peut représenter un coût significatif pour la société, surtout si le plan est large et que la valorisation a fortement progressé. Ne pas l'anticiper dans les prévisions financières est une erreur classique.

2. Ne pas prévoir les clauses good/bad leaver Un plan sans clause de good/bad leaver expose la société à des litiges coûteux lors des départs — et peut créer des iniquités entre bénéficiaires.

3. Confondre AGA et BSPCE Ces deux instruments ont des conditions d'éligibilité, des régimes fiscaux et sociaux très différents. Attribuer des BSPCE à une société qui n'y est pas éligible (plus de 15 ans, capital détenu majoritairement par des institutionnels, etc.) rend l'opération nulle, avec un risque de requalification fiscale pour les bénéficiaires.

4. Omettre les déclarations sociales à l'attribution L'URSSAF surveille de près les attributions d'actions gratuites. Le défaut de déclaration et de paiement de la contribution patronale expose la société à des redressements, majorations et pénalités.

5. Ne pas informer les bénéficiaires de leurs obligations déclaratives Chaque bénéficiaire doit déclarer le gain d'acquisition sur sa déclaration de revenus (formulaire 2042 C) et, le cas échéant, la plus-value de cession (formulaire 2074). L'absence d'information de la part de la société peut engager sa responsabilité morale, voire juridique.

6. Négliger l'impact de la dilution sur les actionnaires existants Toute augmentation de capital réservée pour les AGA dilue les actionnaires existants. Il est indispensable de modéliser cet impact et de le communiquer clairement à tous les associés avant la mise en place du plan.

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Quand faire appel à un expert-comptable ou un avocat ?

Les AGA sont des instruments juridiquement et fiscalement complexes, dont la mise en place justifie le recours à plusieurs professionnels :

L'avocat spécialisé en droit des sociétés intervient pour :

  • Rédiger le règlement du plan, les clauses good/bad leaver et les clauses d'accélération ;
  • S'assurer de la conformité de la procédure d'autorisation par l'AGE ;
  • Traiter les cas d'actionnariat complexes (holdings, fonds de capital-investissement).

L'expert-comptable apporte sa valeur sur :

  • La modélisation financière de l'impact du plan (contribution patronale, charge IFRS 2, dilution) ;
  • La simulation des différents scénarios fiscaux pour les bénéficiaires (impact de la conservation sur la fiscalité, comparaison PFU vs barème) ;
  • La comptabilisation conforme à la norme IFRS 2 ou CRC 2008-15 ;
  • L'accompagnement des bénéficiaires dans leurs obligations déclaratives annuelles.

Le commissaire aux comptes est impliqué dans les sociétés soumises à son contrôle pour établir le rapport légal sur l'attribution et valider la régularité du processus.

Quand consulter en priorité ?

  • Dès la conception du plan, pour arbitrer entre AGA, BSPCE et stock-options selon la situation de la société ;
  • Avant l'AGE d'autorisation, pour sécuriser la procédure ;
  • À l'approche de la fin du vesting, pour optimiser la date d'attribution au regard du bénéfice global du bénéficiaire (calendrier fiscal, report d'imposition éventuel) ;
  • En cas d'opération de cession ou d'introduction en bourse affectant le plan existant.
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Questions fréquentes

Quelle est la différence entre AGA et BSPCE ?+

Les AGAs peuvent être attribuées dans toute SA ou SAS sans condition d'âge ou de taille. Les BSPCE sont réservés aux sociétés non cotées de moins de 15 ans, avec des critères stricts d'actionnariat (25 % minimum détenus par des personnes physiques ou des fonds non-institutionnels) et une limite de capital propre à 150 M€. Fiscalement, les BSPCE sont taxés intégralement comme une plus-value (PFU à 30 % ou barème), tandis que les AGA génèrent un « gain d'acquisition » taxé comme du revenu (avec abattement possible de 50 % sous conditions) et une contribution salariale spécifique. Le régime social est également différent : pas de contribution patronale pour les BSPCE, 20 % (ou 10 % pour les PME) pour les AGA.

Combien de temps doit-on détenir ses actions gratuites avant de les vendre ?+

Depuis la loi PACTE 2018, il n'y a plus de période de conservation obligatoire. En pratique, conserver les actions au moins 2 ans après l'attribution définitive présente deux avantages : (1) la contribution salariale spécifique est réduite de 10 % à 7,5 % et (2) l'abattement de 50 % sur le gain d'acquisition est applicable, réduisant significativement la base d'imposition à l'IR. La décision de vente doit donc tenir compte de la fiscalité globale sur le gain d'acquisition, pas seulement de la plus-value de cession.

La société supporte-t-elle un coût pour les AGA ?+

Oui, plusieurs coûts incombent à la société : (1) une contribution patronale de 20 % (ou 10 % pour les PME éligibles avec acquisition ≥ 3 ans) sur la valeur du gain d'acquisition, due au moment de l'attribution définitive ; (2) les coûts de rachat d'actions propres ou d'augmentation de capital ; (3) une charge comptable IFRS 2 étalée sur la période de vesting, représentant la juste valeur des actions à la date d'attribution. La contribution patronale est déductible du résultat imposable de la société, ce qui en atténue le coût effectif.

Les AGA sont-elles accessibles aux gérants de SARL ?+

Non directement. Les SARL sont composées de parts sociales et non d'actions, et ne peuvent donc pas mettre en place un plan d'AGA au sens du Code de commerce. Pour bénéficier des AGA, il est nécessaire de se constituer en SA ou SAS, ou de transformer la SARL en SAS. Par ailleurs, les gérants majoritaires de SARL sont exclus du bénéfice des AGA même dans une SAS (statut TNS incompatible avec le régime des assimilés-salariés).

Comment est imposé le gain d'acquisition si je revends mes actions immédiatement après le vesting ?+

Si vous vendez immédiatement après la fin du vesting (sans conservation), le gain d'acquisition est taxé au barème progressif de l'IR sans abattement (conservation < 2 ans). La contribution salariale spécifique est de 10 % (taux plein). La plus-value de cession est nulle ou très faible (prix de vente ≈ valeur au vesting). Vous devrez également acquitter la CSG/CRDS à 9,7 %. Il est généralement plus avantageux d'attendre au minimum 2 ans pour bénéficier de l'abattement de 50 % et du taux réduit de contribution salariale.

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Article rédigé par Samuel HAYOT

Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.

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