CSRD 2026 : le playbook dirigeant pour s'y préparer sans usine à gaz
La CSRD ne se prépare pas avec un audit ESG en 600 lignes. Voici la feuille de route 90 jours, les arbitrages dirigeant et les pièges à éviter pour structurer une démarche efficace en 2026.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) est entrée dans une phase délicate. D'un côté, les ESRS produites par l'EFRAG et l'ordonnance française du 6 décembre 2023 fixent un cadre dense, technique, pensé d'abord pour les grandes entreprises cotées. De l'autre, la proposition Omnibus de simplification de la Commission européenne (2026) rouvre certains seuils, repousse plusieurs échéances et invite explicitement à alléger le reporting des entités intermédiaires. Dans cet entre-deux, beaucoup de dirigeants font le mauvais choix : soit attendre, soit lancer un projet pléthorique de 12 mois et 200 indicateurs.
Ce guide propose une troisième voie : une feuille de route en 90 jours pour structurer la préparation CSRD à l'échelle d'une PME ou d'une ETI, focalisée sur les arbitrages que seul le dirigeant peut trancher. Il complète nos articles existants sur le scope de la CSRD, sur le reporting ESG et sur l'analyse de double matérialité, en se concentrant sur le pilotage exécutif.
Réponse courte (TL;DR) : la préparation CSRD se joue sur 8 décisions dirigeant prises en 90 jours — scope, équipe interne, double matérialité, périmètre groupe, choix de l'OTI, périmètre ESRS, calendrier d'arrêté, budget. Tout le reste est de l'exécution. Sans ces 8 décisions tranchées en amont, le projet dérive en consultation permanente et explose son budget.
1. CSRD en 2026 : où en est-on vraiment ? {#etat-2026}#
Trois éléments cadrent la situation au printemps 2026.
Le cadre juridique français est posé. L'ordonnance n° 2023-1142 du 6 décembre 2023, ses décrets d'application, et les articles L. 233-28-4 et suivants du Code de commerce, transposent la directive (UE) 2022/2464 (CSRD) en droit français. Les premiers exercices clos ouvrent la phase opérationnelle. Notre dossier CSRD : qui est concerné en 2026 détaille les seuils par catégorie d'entreprise.
La proposition Omnibus rebat partiellement les cartes. En 2026, la Commission européenne a présenté une initiative de simplification visant à réduire la charge de reporting, repousser certaines échéances et concentrer l'obligation sur les entités les plus structurantes. Conséquence dirigeant : il devient dangereux de lancer un projet CSRD lourd avant d'avoir validé les arbitrages politiques finaux. Mais il est tout aussi dangereux d'attendre, car la donnée ESG est déjà demandée par les banques (voir notre dossier sur les exigences bancaires ESG) et par les donneurs d'ordre.
La certification par un OTI devient un sujet structurant. Le commissaire aux comptes ou un autre organisme tiers indépendant doit délivrer une assurance limitée puis, à terme, raisonnable sur les informations de durabilité. Les calendriers et l'organisation de cette mission dialoguent étroitement avec l'audit comptable légal. Voir nos pages audit légal et commissariat aux comptes.
2. Les 8 décisions que seul le dirigeant peut prendre {#decisions}#
L'erreur la plus fréquente que nous observons : déléguer la totalité du projet CSRD à un référent RSE ou au directeur financier. Or 8 décisions ne peuvent pas être déléguées — elles engagent l'entreprise sur plusieurs exercices et conditionnent le coût total du dispositif.
| # | Décision | Pourquoi seul le dirigeant peut trancher | Délai utile |
|---|---|---|---|
| 1 | Scope d'application : entrer ou non dans le périmètre CSRD obligatoire (filiale exemptée, groupe consolidé, etc.) | Touche à la structure juridique et à la communication financière | Jour 0 |
| 2 | Équipe interne : référent durabilité, comité projet, sponsor exécutif | Allocation budgétaire et arbitrage temps interne | Jour 0–7 |
| 3 | Double matérialité : ambition (matérialité d'impact + financière), méthode (atelier court vs étude longue) | Détermine la profondeur et le coût | Jour 7–30 |
| 4 | Périmètre de consolidation : reporting groupe consolidé ou filiales individuelles | Impacte la structure du rapport et l'OTI | Jour 7–30 |
| 5 | Choix de l'OTI : commissaire aux comptes ou autre OTI accrédité | Engagement pluriannuel, coordination avec l'audit financier | Jour 30 |
| 6 | Périmètre ESRS retenu : politique publique sur les ESRS jugés non matériels | Justifie les exclusions, sécurise vis-à-vis de l'OTI | Jour 30–60 |
| 7 | Calendrier d'arrêté : aligner clôture financière et clôture durabilité | Évite les goulots d'étranglement | Jour 30–60 |
| 8 | Budget pluriannuel : interne + externe, sur 3 exercices | Le coût total dépasse souvent l'estimation initiale | Jour 60 |
Pour structurer ces décisions, beaucoup de dirigeants s'appuient sur leur expert-comptable en mission de reporting CSRD — non pas pour exécuter le projet, mais pour cadrer les choix.
3. Feuille de route 90 jours {#feuille-de-route}#
La feuille de route ci-dessous est un modèle. Elle doit être adaptée à la maturité ESG de l'entreprise, à son secteur et à sa structure capitalistique.
Jours 1 à 15 — Cadrage#
- Diagnostic juridique du scope (CSRD obligatoire, volontaire, exclu)
- Cartographie des données ESG déjà disponibles (RH, énergie, achats, qualité)
- Identification des parties prenantes internes clés
- Désignation du référent durabilité et constitution du comité projet
- Première estimation budgétaire grossière (interne + externe)
Jours 15 à 45 — Double matérialité et périmètre#
- Atelier de double matérialité avec parties prenantes internes
- Identification des enjeux ESG matériels (impact + financier)
- Choix des ESRS thématiques retenus comme matériels et justification documentée des exclusions
- Décision sur le périmètre de consolidation
- Choix de l'OTI et lettre de mission préliminaire
Notre article sur l'analyse de double matérialité propose une méthode applicable en 4 à 6 semaines.
Jours 45 à 75 — Construction du dispositif#
- Déclinaison des indicateurs ESRS retenus en plan de collecte
- Désignation des contributeurs métier (responsables RH, achats, énergie, qualité, juridique)
- Formalisation des procédures internes (qui collecte, à quelle fréquence, avec quelle source primaire)
- Construction d'un dossier de pistes d'audit anticipant les exigences de l'OTI
- Premier exercice à blanc sur 1 ou 2 indicateurs critiques
Notre dossier Audit RSE : comment se préparer en 2026 détaille le niveau de preuve attendu.
Jours 75 à 90 — Gouvernance et calendrier#
- Validation par le conseil d'administration ou les associés
- Planification du calendrier d'arrêté du rapport durabilité (aligné sur la clôture comptable)
- Contractualisation OTI
- Plan de communication interne et externe
- Plan de formation du dirigeant et du conseil
À l'issue de ces 90 jours, l'entreprise dispose d'un dispositif opérationnel mais minimaliste — précisément l'objectif. Les itérations suivantes s'effectuent exercice après exercice, sans projet « big bang ».
4. Notre analyse d'expert-comptable {#analyse}#
Trois enseignements tirés de l'accompagnement d'ETI et de filiales françaises de groupes étrangers depuis 18 mois.
Ne pas confondre CSRD et démarche RSE globale. La CSRD est un exercice de reporting. Elle ne remplace pas la stratégie RSE, ne la précède pas non plus. Beaucoup de dirigeants tombent dans le piège du « projet RSE total » à l'occasion de la CSRD, ce qui multiplie les coûts sans servir la conformité.
Le coût récurrent dépasse souvent le coût initial. Le coût d'entrée (1ʳᵉ année) est souvent compris entre 80 000 € et 250 000 € pour une ETI selon la complexité, mais les coûts annuels récurrents (collecte, audit, mise à jour) sont structurellement sous-estimés. Anticiper un budget de fonctionnement annuel de 30 à 80 % du coût d'entrée est une hypothèse de travail prudente — à adapter à chaque cas.
La coordination avec l'audit financier est sous-estimée. L'OTI demande des données auditables : pistes d'audit, traçabilité, contrôles internes. Les processus existants côté finance (ex. inventaire, paie) servent de modèle ; mais les données ESG (énergie, déchets, fournisseurs) reposent souvent sur des systèmes peu maîtrisés. Voir nos indicateurs RSE recommandés.
5. Le risque sous-estimé {#risque}#
Le risque le moins bien identifié n'est ni la complexité technique ni le coût : c'est la rigidification opérationnelle. Une entreprise qui publie en année 1 un rapport durabilité avec un certain périmètre, certaines méthodes, certains indicateurs, va devoir maintenir la comparabilité sur les exercices suivants.
Conséquences pratiques :
- Tout changement d'indicateur doit être justifié et expliqué (avec retraitement des données passées).
- Les engagements pris dans le rapport (objectifs CO₂, taux d'énergie renouvelable, etc.) deviennent opposables par les parties prenantes (clients, banques, ONG, salariés).
- Une cession de filiale peut perturber la trajectoire publiée et nécessiter un retraitement.
- Les OTI demandent une cohérence entre le rapport durabilité et les autres communications de l'entreprise (site internet, plaquette commerciale, levée de fonds).
Cette rigidification n'est pas un défaut du système : c'est précisément l'objectif de la CSRD. Mais elle plaide pour commencer modeste et n'engager que ce qui peut être tenu sur 5 ans.
6. Ce que le dirigeant doit décider — checklist {#decision-checklist}#
À 90 jours du lancement, le dirigeant doit avoir tranché :
- Scope CSRD validé par un avis juridique (obligatoire, volontaire, exempté)
- Référent durabilité identifié, fiche de poste actualisée
- Comité projet constitué avec sponsor exécutif
- Méthode et niveau d'ambition de la double matérialité validés
- Périmètre de consolidation arrêté
- OTI choisi, lettre de mission signée
- Liste des ESRS matériels formalisée et justifiée
- Budget pluriannuel approuvé par le conseil
- Calendrier d'arrêté aligné sur la clôture comptable
- Plan de formation dirigeant + conseil
Sans ces 10 cases cochées, le projet CSRD reste exposé à des dérives de coût et de calendrier.
7. Points de vigilance 2026 {#vigilance}#
- Omnibus en cours : surveiller les versions finales des textes européens et de leur transposition. Calibrer le projet pour rester réversible si le seuil ETI évolue.
- Standards VSME : le standard volontaire pour les PME (ESRS VSME) pourrait devenir une référence pour les fournisseurs des grands groupes — à intégrer en arbitrage si l'entreprise est exposée aux questionnaires donneurs d'ordre.
- Articulation avec le DPEF : pour les exercices encore couverts par la déclaration de performance extra-financière, la transition doit être préparée pour éviter les doublons.
- Données fournisseurs : la chaîne de valeur (scope 3, devoir de vigilance, achats responsables) reste le point dur. Voir notre article sur les achats responsables et clauses fournisseurs.
- Cohérence avec la communication financière : les engagements pris dans le rapport durabilité doivent être cohérents avec ceux des plaquettes investisseurs, des term sheets et des contrats bancaires.
Pour structurer la collecte de données ESG, certains de nos clients utilisent une plateforme de gestion comptable comme Pennylane couplée à un outil de reporting durabilité dédié.
Conseil Hayot Expertise — Avant tout projet CSRD, prenez 7 jours pour stabiliser les 8 décisions dirigeant. C'est l'investissement le plus rentable du dispositif. Notre pôle reporting CSRD accompagne ce cadrage en lien avec votre commissaire aux comptes.
Questions fréquentes
Une PME peut-elle se mettre volontairement à la CSRD pour anticiper ?+
Oui, et c'est même une option pertinente pour les PME exposées à la chaîne de valeur de groupes CSRD ou cherchant à se financer sur le marché bancaire ESG. Le standard VSME (volontaire) sera vraisemblablement plus adapté qu'un alignement complet ESRS. Avant tout volontariat, il faut budgéter le coût récurrent et l'engagement pluriannuel — l'effet de cliquet est fort.
Le commissaire aux comptes peut-il faire l'OTI ?+
Oui. Le commissaire aux comptes peut être désigné comme OTI à condition de respecter les règles d'indépendance et le cadre déontologique. La coordination entre la mission de certification des comptes et la mission de certification de l'information de durabilité simplifie l'organisation pour l'entreprise et améliore la cohérence des contrôles. Pour les ETI, c'est l'option la plus fréquente.
Quelle différence entre matérialité d'impact et matérialité financière ?+
La matérialité d'impact analyse les effets de l'entreprise sur la société et l'environnement (pollution, conditions de travail, biodiversité, etc.). La matérialité financière analyse les effets des sujets ESG sur la performance financière de l'entreprise (risques climatiques, transition, opportunités). La double matérialité combine les deux : un sujet est matériel s'il est significatif sous au moins l'un des deux angles. La méthode est détaillée dans notre dossier dédié.
Faut-il publier les indicateurs ESG dès la première année ?+
Pour les entités obligées, oui — sur le périmètre des ESRS jugés matériels. Pour les autres, le bon réflexe est de publier d'abord les indicateurs sur lesquels la donnée est fiable et comparable. Mieux vaut moins d'indicateurs, mais audités et tenus dans la durée, qu'un volume important non maîtrisé. Les retraitements ultérieurs sont coûteux et exposent à des questions de l'OTI.
Combien coûte réellement la CSRD pour une ETI ?+
Le coût d'entrée d'une ETI couvre généralement : conseil méthodologique, double matérialité, plan de collecte, mission OTI, mise en place outils. Les fourchettes observées sont larges (de 80 000 € à plus de 250 000 € la première année selon la taille, le secteur, la qualité des données existantes). Le coût récurrent annuel est plus stable mais s'ancre durablement dans le compte de résultat. Anticiper l'amortissement et la fiscalité de ces investissements (immobilisations incorporelles, charges courantes) est un sujet à part entière.
Guide pilier associe#
Pour structurer ce sujet dans une trajectoire 2026 plus large, consultez notre guide pilier CSRD/VSME 2026 : reporting durabilite PME et ETI. Il relie seuils CSRD, VSME, donnees ESG, BEGES, double materialite et pilotage financier.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- EFRAG — European Sustainability Reporting Standards (ESRS)
- Légifrance — Ordonnance n° 2023-1142 du 6 décembre 2023 transposant la CSRD
- Code de commerce — Art. L233-28-4 et suivants
- CNCC — Vade-mecum certification information durabilité
- Commission européenne — Proposition Omnibus simplification CSRD (2026)
Ce sujet relève de notre mission RSE & CSRD | Reporting ESG pour PME et ETI
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