Exit tax 2026 : guide dirigeant pour sécuriser le départ de France (article 167 bis CGI)
Dirigeant, fondateur de startup ou détenteur de plus de 800 000 € de titres : guide complet 2026 de l'exit tax (article 167 bis CGI), du sursis de paiement et des pièges à éviter avant un départ à l'étranger.
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Patrimoine du dirigeant | Rémunération, holding, transmissionNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
À jour au 13 mai 2026.
Quitter la France n'est plus un projet rare. Entre fondateurs de startups qui rejoignent Londres ou New York au moment d'une levée Series A, dirigeants familiaux qui anticipent une cession, ou cadres dirigeants qui rejoignent un groupe étranger, le départ de France déclenche un impôt souvent ignoré : l'exit tax.
Codifié à l'article 167 bis du Code général des impôts, ce dispositif soumet à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux les plus-values latentes sur les titres détenus au jour du transfert du domicile fiscal hors de France — comme si le contribuable les avait cédées la veille du départ.
Mal préparé, un départ peut générer une note fiscale immédiate de plusieurs centaines de milliers d'euros, déclenchée sans même qu'une opération de cession ait été réalisée. Bien préparé, le même départ peut bénéficier d'un sursis de paiement automatique et d'un dégrèvement définitif après 2 ou 5 ans. Tout se joue dans l'anticipation.
Résumé exécutif#
- Qui est concerné : résidents fiscaux français 6 ans sur 10, détenant ≥ 50 % d'une société OU un portefeuille > 800 000 € au jour du départ.
- Assiette : plus-values latentes sur titres et droits sociaux, plus-values en report et créances trouvant leur origine dans une clause de complément de prix.
- Sursis de paiement : automatique vers UE/EEE, sur option avec garanties (12,8 % de la plus-value brute) vers États tiers conventionnés.
- Dégrèvement définitif : 2 ans (titres ≤ 2,57 M€) ou 5 ans (au-delà), si pas de cession dans l'intervalle.
- Déclaration : formulaires 2074-ETD au départ, 2074-ETSL annuellement, 2074-ETSO en cas d'événement.
1. Qui est concerné par l'exit tax en 2026 ?#
Le double seuil cumulatif#
Vous êtes redevable de l'exit tax si vous remplissez simultanément ces deux conditions au jour du transfert de domicile fiscal hors de France :
- Condition de résidence : vous avez été résident fiscal français pendant au moins 6 années au cours des 10 années précédant le transfert. Cette résidence s'apprécie au sens de l'article 4 B du CGI (foyer, séjour principal, activité professionnelle ou centre des intérêts économiques en France).
- Condition patrimoniale : vous détenez (i) directement ou indirectement, seul ou avec votre foyer fiscal, au moins 50 % des droits dans les bénéfices d'une société (participation substantielle), OU (ii) un portefeuille global de droits sociaux, titres, parts et valeurs mobilières dont la valeur excède 800 000 € au jour du départ.
Le seuil de 800 000 € est apprécié pour l'ensemble du foyer fiscal, inclut les titres détenus en pleine propriété, nue-propriété, usufruit, ainsi que les parts d'OPCVM, les actions gratuites définitivement acquises, et les BSPCE exercés.
Ce qui entre dans l'assiette#
| Élément | Inclus dans l'assiette ? | Précisions |
|---|---|---|
| Actions et parts sociales (cotées et non cotées) | ✅ Oui | Plus-value latente = valeur de marché au jour du départ − prix de revient |
| Parts d'OPCVM, SICAV, FCP | ✅ Oui | Valorisation à la dernière VL connue |
| BSPCE exercés | ✅ Oui | Une fois convertis en titres |
| BSPCE non exercés | ❌ Non | Imposition différée à l'exercice puis à la cession |
| AGA définitivement acquises | ✅ Oui | Périmètre de la plus-value de cession |
| AGA en période d'acquisition | ❌ Non | Pas encore propriétaire |
| Plus-values en report d'imposition (art. 150-0 B ter) | ✅ Oui | Le départ peut remettre en cause le sursis ; voir notre guide apport-cession |
| Créances issues d'un complément de prix (clause d'earn-out) | ✅ Oui | Valorisation à la juste valeur |
| Comptes courants d'associés | ❌ Non | Ce sont des créances, non des titres |
| Immobilier (direct ou via SCI à l'IR) | ❌ Non | Pas dans l'exit tax — relève de l'IFI et des plus-values immobilières |
Notre analyse d'expert-comptable#
Le seuil de 800 000 € est trompeur. Beaucoup de fondateurs croient être en dessous parce qu'ils raisonnent sur leur sortie cash anticipée, alors que la DGFiP raisonne sur la valeur de marché de la société au jour du départ — souvent issue d'une dernière levée de fonds. Un fondateur qui a vu sa startup valorisée 30 M€ lors d'une Series B et qui détient 12 % du capital se retrouve mécaniquement avec 3,6 M€ de plus-values latentes, déclenchant une note théorique de 1,11 M€ au taux PFU + prélèvements sociaux. Le sursis est crucial — mais il se prépare avant l'AG d'approbation de la levée, pas après.
2. Calcul de l'impôt : taux et exemple chiffré#
L'impôt dû correspond à la fiscalité de cession applicable à la date du transfert :
- PFU (prélèvement forfaitaire unique) à 30 % par défaut (12,8 % IR + 17,2 % prélèvements sociaux), ou
- Barème progressif IR + 17,2 % de prélèvements sociaux sur option globale.
Pour les titres acquis avant le 1er janvier 2018, des abattements pour durée de détention peuvent s'appliquer en cas d'option pour le barème (50 % entre 2 et 8 ans, 65 % au-delà, voire 85 % en régime renforcé PME).
Exemple chiffré — Fondateur en départ vers Londres#
Maxime, 38 ans, fondateur d'une SaaS B2B française, transfère son domicile fiscal au Royaume-Uni le 1er septembre 2026.
- Capital détenu : 18 % d'une société valorisée 25 M€ lors de la dernière levée (mars 2026).
- Valeur des titres au départ : 18 % × 25 M€ = 4 500 000 €.
- Prix d'acquisition historique : 50 000 €.
- Plus-value latente : 4 500 000 − 50 000 = 4 450 000 €.
| Calcul | Montant |
|---|---|
| Plus-value latente | 4 450 000 € |
| IR au PFU 12,8 % | 569 600 € |
| Prélèvements sociaux 17,2 % | 765 400 € |
| Contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (3 % > 250 k€ / 4 % > 500 k€, foyer célibataire) | ~166 000 € |
| Total exit tax théorique | ≈ 1 501 000 € |
Le Royaume-Uni étant un État conventionné mais hors UE/EEE, Maxime obtient le sursis sur option en constituant une garantie de 12,8 % × 4 450 000 = 569 600 € auprès du SIPNR avant son départ. La garantie peut prendre la forme d'un nantissement de titres, d'une caution bancaire ou d'une hypothèque.
S'il conserve ses titres 2 ans (sa participation < 2,57 M€ après dilution post-Series C ? — à vérifier), il bénéficie du dégrèvement automatique. Sinon, le délai est porté à 5 ans.
3. Le sursis de paiement : automatique ou sur option#
Sursis automatique (sans garantie)#
Le sursis est accordé automatiquement et sans constitution de garantie pour un transfert de domicile vers :
- un État membre de l'Union européenne, ou
- un État partie à l'accord sur l'Espace économique européen ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative (Norvège, Islande, Liechtenstein).
Sursis sur option (avec garanties)#
Pour les autres destinations conventionnées (Royaume-Uni, États-Unis, Suisse, EAU, Singapour, etc.), le sursis est accordé sur option formulée avant le départ dans la déclaration 2074-ETD, sous réserve de la constitution de garanties auprès du comptable des impôts spécialisé.
Le montant des garanties = 12,8 % de la plus-value brute (sans application d'aucun abattement).
Pas de sursis : départ vers un ETNC#
Si vous partez vers un État ou territoire non coopératif (ETNC, liste annexée à l'article 238-0 A CGI), aucun sursis n'est possible : l'impôt est exigible immédiatement au jour du départ. La liste 2026 inclut notamment certaines juridictions des Caraïbes et du Pacifique.
4. Le risque sous-estimé : la déchéance du sursis#
L'erreur la plus coûteuse n'est pas le calcul initial, c'est le suivi annuel après le départ. Trois pièges récurrents :
- Oubli de la déclaration annuelle 2074-ETSL : sanction = déchéance du sursis et exigibilité immédiate, majorée des intérêts de retard (0,20 %/mois) et de la pénalité de 10 %.
- Apport ou échange de titres assimilé à une cession : déclenche l'imposition. Le réinvestissement dans une nouvelle holding suite à une fusion-acquisition est particulièrement risqué.
- Donation ou succession : la donation peut emporter le dégrèvement, mais sous conditions strictes — preuve que la donation n'a pas pour but principal d'éluder l'impôt (clause anti-abus).
5. Ce que le dirigeant doit décider avant le départ#
Checklist actionnable à mener au moins 12 mois avant le transfert envisagé :
- Audit patrimonial complet : évaluation des titres, BSPCE, AGA, plus-values en report.
- Choix de l'État d'arrivée : UE/EEE (sursis automatique) vs hors UE (option + garanties).
- Optimisation pré-départ : exercice des BSPCE arbitrable, donation avec réserve d'usufruit, restructuration de holding.
- Constitution des garanties : nantissement de titres, hypothèque, caution bancaire — coût bancaire à anticiper.
- Choix entre PFU et barème : simulation chiffrée avec abattements pour durée de détention.
- Convention fiscale bilatérale : vérifier les règles d'imposition du pays d'arrivée pour éviter la double imposition résiduelle.
- Dépôt 2074-ETD au plus tard à la date limite de la déclaration de revenus de l'année de départ.
- Mandataire fiscal désigné pour les obligations déclaratives ultérieures, si le contribuable s'installe hors UE.
6. Points de vigilance 2026#
- Loi de finances 2026 : aucun changement structurel sur l'article 167 bis, mais maintien du dispositif en l'état confirmé par la DGFiP.
- Échéances de dégrèvement : les départs intervenus entre 2019 et 2024 arrivent en phase de dégrèvement (2 ou 5 ans) en 2026-2029 — surveiller les obligations finales 2074-ETSO.
- Brexit consolidé : le Royaume-Uni reste un État conventionné mais hors UE → sursis sur option avec garanties. Anticiper la lourdeur opérationnelle (nantissement de titres non cotés).
- Coordination IFI : si le patrimoine immobilier français est important, l'IFI reste dû en qualité de non-résident sur les biens situés en France. Voir notre guide IFI non-résident 2026.
- Contrôle fiscal post-départ : la DGFiP croise les déclarations 2074-ETSL avec les informations DAC 7 et CRS. Les omissions sont rapidement détectées.
Conclusion#
L'exit tax n'est pas une sanction du départ : c'est un mécanisme de neutralité fiscale entre cession sur le territoire et cession après expatriation. Le sursis de paiement, accessible dans 90 % des cas, neutralise totalement la charge de trésorerie si le départ est préparé. Le risque réel n'est pas le taux, mais le défaut d'anticipation et la rupture du suivi annuel.
Notre cabinet accompagne chaque année une vingtaine de dirigeants en départ de France, du diagnostic initial à la déclaration de dégrèvement définitif. Prenez contact avec nos experts au moins 12 mois avant votre projet de départ.
Questions fréquentes
Quels sont les seuils précis qui déclenchent l'exit tax en 2026 ?
Vous êtes redevable de l'exit tax si vous avez été résident fiscal français au moins 6 années au cours des 10 années précédant le transfert de domicile, ET que vous détenez (i) au moins 50 % des droits dans les bénéfices d'une société, OU (ii) un portefeuille de titres et droits sociaux d'une valeur globale supérieure à 800 000 € au jour du départ. Le seuil de 800 000 € s'apprécie pour l'ensemble du foyer fiscal et inclut les BSPCE, AGA acquises, parts d'OPCVM et titres non cotés. Une participation directe ou indirecte est retenue.
Le sursis de paiement est-il automatique pour un départ vers Londres ou Dubaï ?
Non. Le sursis est automatique et sans garantie uniquement pour un départ vers un État de l'Union européenne ou de l'EEE ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative (Norvège, Islande, Liechtenstein). Londres (Royaume-Uni post-Brexit) et Dubaï (Émirats arabes unis) déclenchent un sursis sur option, conditionné à la constitution de garanties représentant 12,8 % du montant brut des plus-values latentes, payables avant le départ — sauf risque avéré d'évasion fiscale, auquel cas la garantie peut être requise même pour un départ UE.
Que se passe-t-il pour mes BSPCE non encore exercés au moment du départ ?
Les BSPCE non exercés ne sont pas inclus dans l'assiette exit tax au jour du transfert : l'imposition reste différée à l'exercice puis à la cession. En revanche, les BSPCE exercés (donc convertis en titres détenus) sont pleinement intégrés à la valorisation des plus-values latentes. La question critique est donc le calendrier d'exercice avant départ. Pour les actions gratuites (AGA), seules les actions définitivement acquises au jour du transfert sont prises en compte ; celles en période d'acquisition (vesting non terminé) ne le sont pas.
Combien de temps faut-il conserver les titres après le départ pour éteindre la dette d'exit tax ?
Pour les départs intervenus depuis le 1er janvier 2019, le dégrèvement est acquis à l'expiration d'un délai de 2 ans (si la valeur des titres est inférieure ou égale à 2,57 M€) ou de 5 ans (au-delà), à condition que vous n'ayez pas cédé, racheté, remboursé ou annulé les titres dans cet intervalle. La donation des titres aussi éteint l'impôt sous conditions. Au-delà du délai, l'impôt mis en sursis est dégrevé d'office par l'administration ; la plus-value reste néanmoins taxable dans votre pays de nouvelle résidence selon ses propres règles.
Quelles sont les obligations déclaratives annuelles après le départ ?
Vous devez chaque année déposer une déclaration 2074-ETSL (suivi des plus-values en sursis) auprès du Service des Impôts des Particuliers Non-Résidents (SIPNR) à Noisy-le-Grand, jointe à votre 2042 française. Tout événement déclenchant l'exigibilité (cession, rachat, donation) doit faire l'objet d'une 2074-ETSO dans les 60 jours. À défaut, l'administration peut prononcer la déchéance du sursis et exiger le paiement immédiat majoré des intérêts de retard à 0,20 % par mois et de la pénalité de 10 %. Un oubli répété peut être qualifié de manquement délibéré (40 %).

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Légifrance — CGI art. 167 bis (exit tax)
- BOFiP — BOI-RPPM-PVBMI-50 (impositions liées au transfert de domicile fiscal hors de France)
- BOFiP — BOI-RPPM-PVBMI-50-10-30 (modalités d'imposition et sursis de paiement)
- impots.gouv.fr — Je quitte la France, suis-je concerné par l'exit tax ?
- impots.gouv.fr — Notice formulaire 2074-ETD (plus-values latentes)
Ce sujet relève de notre mission Patrimoine du dirigeant | Rémunération, holding, transmission
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