Comptes consolidés en IFRS : périmètre, méthodes et calendrier 2026
Règlement 1606/2002, périmètre L233-16, IFRS 10/11, intégration globale, mise en équivalence, goodwill IFRS 3, IFRS 16, IAS 21, présentation IAS 1, articulation CSRD : ce que doit arbitrer un DAF de groupe à Paris en 2026.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
À jour au 12 mai 2026. Le règlement CE n° 1606/2002 impose les normes IFRS pour les comptes consolidés des sociétés cotées sur un marché réglementé de l'Union européenne. Les groupes non cotés disposent d'une option : référentiel français — règlement ANC n° 2020-01 — ou IFRS. Pour un DAF de groupe à Paris, la consolidation ne se résume pas à l'addition des bilans des filiales. Elle articule huit étapes successives — identification du périmètre, homogénéisation, conversion devises IAS 21, élimination intra-groupe, élimination des titres, calcul des intérêts non contrôlants, traitement du goodwill IFRS 3, présentation IAS 1. En 2026, ce processus se complète d'une obligation nouvelle : le rapport de durabilité CSRD publié simultanément aux comptes consolidés pour les grandes entreprises.
Cadre légal 2026 — qui doit publier en IFRS#
Règlement CE 1606/2002 et application aux sociétés cotées UE#
Le règlement CE n° 1606/2002 du 19 juillet 2002 a imposé l'utilisation des normes IFRS, telles qu'adoptées par l'Union européenne après processus d'endorsement piloté par l'EFRAG (European Financial Reporting Advisory Group), à toutes les sociétés cotées sur un marché réglementé d'un État membre. La date d'entrée en vigueur — 1er janvier 2005 — a marqué une rupture pour les groupes français cotés, jusqu'alors aux comptes consolidés sous référentiel français. Le périmètre couvre les comptes consolidés ; les comptes individuels restent gouvernés par le plan comptable général (PCG) et le règlement ANC n° 2014-03. Cette dualité — IFRS pour le groupe, PCG pour la filiale française — impose une réconciliation systématique à chaque clôture, traitée plus loin sous l'étape d'homogénéisation.
Article L233-17 CC — dispenses des petits groupes#
L'article L233-17 du Code de commerce dispense les groupes français de l'obligation d'établir des comptes consolidés lorsque, sur deux exercices successifs, l'ensemble formé par la mère et ses filiales ne dépasse pas deux des trois seuils suivants — à confirmer pour 2026 : 48 millions d'euros de total de bilan, 96 millions d'euros de chiffre d'affaires HT, 250 salariés en moyenne. Ces seuils ont été relevés en 2024 par transposition de la directive comptable européenne 2013/34/UE modifiée. Une holding patrimoniale qui contrôle deux sociétés d'exploitation et reste sous les seuils n'a donc pas d'obligation propre, sauf cotation, statut bancaire ou d'assurance, ou exigence statutaire. La logique de cette dispense rejoint celle des seuils PACTE pour le commissariat aux comptes, avec des barèmes distincts mais une articulation à cartographier.
Option IFRS volontaire pour sociétés non cotées#
Le règlement européen autorise les États membres à étendre l'obligation IFRS aux sociétés non cotées, ce que la France n'a pas fait. Les groupes non cotés français peuvent toutefois opter volontairement pour les IFRS dans leurs comptes consolidés, par décision irrévocable. Cette option est fréquente chez les startups en levée série B+ ciblant une cotation ou une cession internationale, chez les filiales françaises de groupes étrangers IFRS, et chez les ETI bénéficiant d'un pool bancaire international. L'arbitrage repose sur trois critères : la lecture par les investisseurs ou prêteurs internationaux, le coût additionnel (15 à 50 % du budget audit annuel), et l'horizon d'introduction en bourse ou de M&A. Pour un panorama transverse des principes comptables PCG vs IFRS, nous renvoyons à notre analyse dédiée.
Périmètre de consolidation — les 3 niveaux de contrôle#
Contrôle exclusif et intégration globale (IFRS 10)#
L'IFRS 10 — adoptée par l'UE par règlement 1254/2012 — définit le contrôle exclusif autour de trois critères cumulatifs : le pouvoir sur l'entité émettrice, l'exposition aux rendements variables, et la capacité d'utiliser ce pouvoir pour influencer ces rendements. L'article L233-16 du Code de commerce reprend la même logique en droit français. Le seuil indicatif reste la détention de plus de 50 % des droits de vote, mais ce critère n'est pas suffisant : un pacte d'actionnaires conférant un droit de veto à un minoritaire sur les politiques opérationnelles peut écarter le contrôle exclusif malgré une majorité capitalistique. La méthode applicable est l'intégration globale (IG) : reprise à 100 % des actifs, passifs, charges et produits de la filiale, avec identification séparée de la quote-part des minoritaires en intérêts non contrôlants au passif et en résultat des minoritaires au compte de résultat.
Contrôle conjoint et mise en équivalence (IFRS 11)#
L'IFRS 11 — applicable depuis 2014 dans l'UE — a supprimé l'intégration proportionnelle pour les partenariats sous contrôle conjoint. Le contrôle conjoint suppose un partage contractuel du pouvoir entre deux ou plusieurs parties qui doivent agir conjointement sur les politiques opérationnelles et financières. La norme distingue deux structures : la coentreprise (joint venture) et l'opération conjointe (joint operation). La coentreprise est traitée par mise en équivalence ; l'opération conjointe par comptabilisation directe de la quote-part d'actifs, passifs, charges et produits. Pour les coentreprises constituées avant 2014, cette suppression a entraîné un retraitement rétroactif souvent significatif sur le bilan consolidé.
Influence notable et IAS 28#
L'IAS 28 régit les participations dans des entreprises associées sur lesquelles l'investisseur exerce une influence notable. Le seuil de présomption est la détention de 20 % à 50 % des droits de vote, mais l'analyse repose sur des indices qualitatifs : représentation au conseil d'administration, participation aux décisions de politique générale, transactions significatives entre les deux entités, échange de personnel dirigeant. La méthode est la mise en équivalence (MEE) : substitution de la valeur d'origine des titres dans le bilan consolidé par la quote-part de capitaux propres de l'entreprise associée, augmentée chaque année du résultat net de l'année — quote-part également — diminuée des dividendes versés.
Les 8 étapes du processus de consolidation#
Identification du périmètre et homogénéisation#
L'étape 1 consiste à dresser l'organigramme du groupe au pas du contrôle : pour chaque entité, déterminer si elle est sous contrôle exclusif (IG), contrôle conjoint (MEE coentreprise) ou influence notable (MEE associée). L'étape 2 est l'homogénéisation : retraiter chaque jeu de comptes individuels pour les aligner sur le manuel de consolidation du groupe. Une filiale française en PCG appartenant à un groupe IFRS doit être retraitée en IFRS sur les contrats de location (IFRS 16), les avantages au personnel (IAS 19), les instruments financiers (IFRS 9), les impôts différés et le goodwill. Ce travail est conduit par la liasse de consolidation, alimentée par chaque filiale à la même date de clôture.
Conversion devises et élimination intra-groupe#
L'étape 3 — conversion devises IAS 21 — concerne les filiales dont la monnaie fonctionnelle diffère de la monnaie de présentation du groupe. La règle : le bilan est converti au cours de clôture, le compte de résultat au cours moyen de la période, et l'écart de conversion en résulte va dans les autres éléments du résultat global (OCI — Other Comprehensive Income) au sein des capitaux propres. À la cession de la filiale, cet écart de conversion accumulé est recyclé en résultat. L'étape 4 est l'élimination des opérations intra-groupe : ventes internes entre filiales, prêts et créances réciproques, dividendes versés au sein du groupe, plus-values internes sur stocks et immobilisations. L'objectif : présenter le groupe comme une seule entité économique, sans gonflement artificiel du chiffre d'affaires ni des résultats.
Goodwill, intérêts non contrôlants, présentation IAS 1#
Les étapes 5 à 8 finalisent le processus. L'étape 5 — élimination des titres — annule la valeur comptable des titres de participation détenus par la mère dans la filiale, en contrepartie d'une réduction des capitaux propres de la filiale. La différence entre prix d'acquisition et juste valeur des actifs nets identifiables génère un goodwill (étape 7, traitée sous IFRS 3 — voir section dédiée). L'étape 6 — calcul des intérêts non contrôlants — isole la quote-part des actionnaires minoritaires dans les capitaux propres et le résultat des filiales en IG. L'étape 8 — présentation IAS 1 — agence les états consolidés : bilan, compte de résultat, état du résultat global (OCI), tableau de flux de trésorerie, tableau de variation des capitaux propres, et notes annexes. Le travail consolidé s'articule étroitement avec l'exercice comptable et son cycle de clôture au niveau individuel.
Goodwill — IFRS 3 et test de dépréciation IAS 36#
Calcul à l'acquisition et juste valeur des actifs identifiables#
L'IFRS 3 — Regroupements d'entreprises — impose la méthode de l'acquisition : à la date de prise de contrôle, l'acquéreur évalue l'ensemble des actifs identifiables acquis et des passifs assumés à leur juste valeur. Cette juste valeur fait souvent l'objet d'une purchase price allocation (PPA) confiée à un valorisateur indépendant : reconnaissance d'actifs incorporels jusque-là non comptabilisés (marques, brevets, relations clientèle, technologies développées en interne par la cible), réévaluation d'immobilisations corporelles, prise en compte de passifs éventuels valorisés. Le goodwill correspond à la différence positive entre le prix d'acquisition (en juste valeur, dette nette comprise) et la juste valeur des actifs nets identifiables. Un goodwill négatif — badwill — est comptabilisé immédiatement en produit après vérification.
Test annuel de dépréciation et UGT (Unités Génératrices de Trésorerie)#
L'IFRS 3 combinée à l'IAS 36 impose un test annuel de dépréciation du goodwill, ainsi qu'un test ponctuel en cas d'indice de perte de valeur. Le goodwill est rattaché à des Unités Génératrices de Trésorerie (UGT) ou groupes d'UGT, définies au plus bas niveau auquel le goodwill est suivi par le management. La valeur recouvrable de l'UGT — la plus élevée entre juste valeur diminuée des coûts de sortie et valeur d'utilité — est comparée à la valeur comptable de l'UGT (incluant le goodwill). Si la valeur recouvrable est inférieure, une dépréciation est constatée, imputée prioritairement sur le goodwill et non reprise les exercices suivants. La discipline du test repose sur la cohérence des flux de trésorerie projetés avec le budget approuvé, et sur la justification du taux d'actualisation (WACC). Notre analyse approfondie de l'impairment test IAS 36 détaille la mécanique.
Différence avec l'amortissement du règlement ANC 2020-01#
Le règlement ANC n° 2020-01 sur les comptes consolidés en référentiel français impose, à l'inverse de l'IFRS, l'amortissement obligatoire du goodwill sur sa durée d'utilité. Lorsque cette durée ne peut être estimée de manière fiable, la règle générale fixe une durée par défaut de 10 ans. Conséquence pratique : un groupe non coté qui choisit le référentiel français verra son goodwill diminuer linéairement chaque année par dotation aux amortissements en charges, alors qu'un groupe IFRS verra son goodwill maintenu au bilan tant qu'aucune dépréciation n'est constatée. Sur un horizon de cinq à dix ans, la différence sur les capitaux propres consolidés peut atteindre plusieurs dizaines de pourcents pour un groupe ayant croissance externe active.
Les retraitements IFRS vs PCG les plus structurants#
IFRS 16 — droit d'utilisation des contrats de location#
L'IFRS 16 — applicable depuis le 1er janvier 2019 — a aboli la distinction entre location simple et location-financement chez le preneur. Tout contrat de location supérieur à 12 mois — bail commercial, location de véhicules de fonction, contrat informatique long terme — donne lieu à la comptabilisation à l'actif d'un droit d'utilisation (right-of-use asset) et au passif d'une dette de loyer actualisée. La charge de loyer est remplacée par un amortissement du droit d'utilisation et une charge d'intérêts sur la dette. L'effet : gonflement de l'actif et du passif au bilan (plusieurs millions d'euros pour un groupe parisien locataire de plusieurs immeubles tertiaires), réduction du résultat opérationnel courant (EBITDA augmenté, EBIT diminué légèrement), modification du ratio d'endettement net. Le PCG, sans norme équivalente, traite la location simple en charges et le crédit-bail en hors-bilan avec amortissement et intérêts seulement en charges. Cet écart est l'un des plus structurants à expliquer aux banquiers et investisseurs lors d'une bascule IFRS.
IFRS 9 — classification et pertes attendues (ECL)#
L'IFRS 9 — Instruments financiers — a remplacé l'IAS 39 en 2018. Elle classe les actifs financiers en trois catégories selon le modèle économique et les caractéristiques contractuelles : coût amorti, juste valeur par OCI, juste valeur par résultat. La grande innovation pour un groupe industriel est le modèle des pertes de crédit attendues (ECL — Expected Credit Loss) : provisionner les créances clients à hauteur des pertes anticipées sur leur durée de vie, et non plus seulement lorsqu'une perte est avérée. Un DAF doit calibrer une matrice de provisionnement par ancienneté de créance, par segment client et par zone géographique. Concrètement, cela aboutit à une provision plus précoce et souvent plus élevée que sous PCG, avec impact direct sur le résultat consolidé et l'EBITDA.
IAS 19 — provisions retraite calculées actuariellement#
L'IAS 19 impose le calcul actuariel des engagements de retraite et autres avantages à long terme du personnel — indemnités de fin de carrière en France notamment. La méthode des unités de crédit projetées (PUC) projette le salaire de fin de carrière, applique un taux d'actualisation cohérent avec les obligations corporate AA, et tient compte de la mortalité, de la rotation et de la progression salariale. Le passif au bilan reflète l'engagement actualisé net des actifs de couverture éventuels. Les écarts actuariels — révisions d'hypothèses, écarts d'expérience — passent en OCI sans recyclage. Le PCG laisse cet engagement en hors-bilan en option, avec mention en annexe ; pour un groupe industriel français avec ancienneté élevée, le passage en IFRS révèle un engagement souvent de plusieurs millions d'euros que les comptes individuels n'affichaient pas.
Présentation des états consolidés IAS 1#
Bilan, compte de résultat, OCI#
L'IAS 1 — Présentation des états financiers — structure les cinq états consolidés obligatoires. Le bilan classe actifs et passifs en courants/non courants ou par ordre de liquidité ; les intérêts non contrôlants y figurent en capitaux propres distinctement. Le compte de résultat isole le résultat opérationnel courant, le résultat avant impôts et le résultat net, avec ventilation entre part du groupe et part des minoritaires. L'état du résultat global (OCI) ajoute au résultat net les éléments comptabilisés directement en capitaux propres : écarts actuariels IAS 19, écarts de conversion IAS 21, variations de juste valeur sur actifs IFRS 9 classés en juste valeur par OCI, instruments de couverture.
Tableau de flux de trésorerie et variation capitaux propres#
Le tableau de flux de trésorerie consolidé — méthode directe ou indirecte selon IAS 7 — distingue les flux opérationnels, d'investissement et de financement. La méthode indirecte, plus fréquente, part du résultat net, ajoute les charges sans incidence de trésorerie (amortissements, provisions) et retraite la variation du besoin en fonds de roulement. Le tableau de variation des capitaux propres rapproche les capitaux propres d'ouverture des capitaux propres de clôture, isolant : résultat de la période (part du groupe et part des minoritaires), éléments OCI, distributions de dividendes, augmentations de capital, plans de rémunération en actions, variations de périmètre.
Notes annexes — l'essentiel de l'information#
Les notes annexes sont disproportionnellement plus volumineuses en IFRS qu'en PCG. Elles incluent : le périmètre détaillé avec pourcentage de contrôle et d'intérêt par filiale (exigence IFRS 12), les méthodes comptables retenues sur chaque sujet sensible, la décomposition des principaux postes du bilan et du compte de résultat, les hypothèses du test d'impairment du goodwill avec analyse de sensibilité, les engagements hors bilan, les transactions avec parties liées (IAS 24), les événements postérieurs à la clôture. Pour un groupe coté CAC Mid 60, le document de référence consolidé annuel atteint fréquemment 250 à 400 pages.
Calendrier et coûts 2026#
6 mois après clôture pour publication#
L'article L232-1 du Code de commerce impose la publication des comptes consolidés dans les six mois suivant la clôture de l'exercice. Pour une clôture au 31 décembre, l'échéance est donc fixée au 30 juin. Ce délai exige une cascade de production rigoureuse : finalisation des comptes individuels filiale par filiale en J+45, remontée de la liasse de consolidation en J+60, premier jeu consolidé en J+90, revue par le commissaire aux comptes en J+120, arrêté par le conseil en J+150, approbation par l'assemblée générale en J+180. Les groupes cotés publient un communiqué de résultats anticipé en mars, avant le document de référence complet.
Première application IFRS 1 — projet 6-12 mois#
La première adoption des IFRS est régie par l'IFRS 1. Elle suppose la reconstitution d'un bilan d'ouverture IFRS à la date de transition — exercice antérieur à l'exercice de première publication, pour permettre la présentation comparative. Le projet dure 6 à 12 mois sur une ETI : cartographie des divergences, choix d'options de première application (réévaluation d'immobilisations, gel des écarts actuariels antérieurs, etc.), retraitement des comptes par exercice présenté, formation des équipes, paramétrage de l'outil de consolidation (SAP BPC, Oracle HFM, BlackLine, Wdesk, Lucanet). Le budget global se situe entre 100 et 500 K€ selon la complexité, hors maintenance ultérieure.
Maintenance et audit annuels#
La maintenance annuelle d'un dispositif IFRS consolidé représente 30 à 150 K€ pour une ETI, incluant licences outil, mise à jour du manuel de consolidation, formation continue, veille normative. Le coût d'audit IFRS est typiquement de 1,5 à 2 fois supérieur à celui d'un audit en référentiel français seul, en raison des contrôles additionnels sur le goodwill, l'IFRS 16, les ECL et la conversion devises. Pour un groupe consolidé à 50 M€ de CA, comptez 35 000 à 80 000 € HT par exercice. Notre cabinet intervient en DAF externalisé sur le processus de consolidation pour les groupes en croissance qui n'ont pas encore internalisé une équipe consolidation à temps plein.
Articulation IFRS et CSRD — ce qui change en 2026#
Rapport durabilité publié avec comptes consolidés#
La directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive — directive UE 2022/2464) impose, pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2024, la publication d'un rapport de durabilité intégré au rapport de gestion consolidé. Le périmètre concerne progressivement les grandes entreprises (> 250 salariés et > 50 M€ CA ou > 25 M€ bilan — deux critères sur trois), puis les PME cotées à compter de 2026, et enfin les filiales européennes de groupes extra-européens à compter de 2028. Le rapport est publié simultanément aux comptes consolidés, dans un format électronique unique (XHTML balisé en XBRL) au sein du rapport financier annuel.
Standards ESRS et harmonisation IFRS S1/S2#
Les standards ESRS (European Sustainability Reporting Standards) publiés par l'EFRAG en juillet 2023 — ESRS 1 et 2 transversaux, plus 10 standards thématiques sur l'environnement, le social et la gouvernance — encadrent le contenu du rapport. Parallèlement, l'IFRS Foundation a publié les standards IFRS S1 et S2 via son International Sustainability Standards Board (ISSB) en juin 2023. Un travail d'interopérabilité est en cours entre l'EFRAG et l'ISSB pour permettre aux groupes appliquant les deux référentiels de produire un rapport unique, notamment sur l'identification des risques climatiques et la matérialité. Pour les groupes français cotés sur les marchés américains, cette double exigence est structurante. Notre analyse des indicateurs RSE et de la CSRD traite ce volet dans le détail.
Audit limité par CAC ou OTI#
Le rapport CSRD fait l'objet d'une assurance limitée par le commissaire aux comptes ou par un organisme tiers indépendant (OTI) accrédité par le COFRAC. L'évolution vers une assurance raisonnable est prévue à horizon 2028-2030 par la Commission européenne. Cette mission diffère de l'audit financier — elle ne porte pas une opinion sur la fidélité, mais conclut que rien n'a attiré l'attention du professionnel laissant penser que les informations seraient erronées. Le coût additionnel est de 15 à 30 % du budget audit financier.
Notre lecture chez Cabinet Hayot Expertise#
La décision à arbitrer — IFRS volontaire pour non cotée#
Pour les groupes non cotés que nous accompagnons à Paris, l'option IFRS n'est pertinente que dans trois cas concrets : préparation d'une introduction en bourse à horizon 18-36 mois, intégration dans un groupe étranger lui-même en IFRS et exigeant un reporting consolidé homogène, ou levée série B+ avec investisseurs internationaux exigeant des standards comparables au benchmark global. En dehors de ces situations, le surcoût de mise en conformité IFRS (100-500 K€ en première application, 30-150 K€/an en maintenance) n'est pas absorbé par un bénéfice de lecture externe. Le référentiel français — règlement ANC 2020-01 — reste alors le choix rationnel. L'arbitrage doit être documenté par écrit au moment du choix, car l'option IFRS est irrévocable.
Le risque sous-estimé — goodwill non testé et UGT mal calibrées#
Questions fréquentes
Quelles entreprises sont obligées de publier en IFRS en 2026 ?+
Les sociétés cotées sur un marché réglementé d'un État membre de l'Union européenne sont tenues, en vertu du règlement CE n° 1606/2002, d'établir leurs comptes consolidés en IFRS telles qu'adoptées par l'UE après endorsement EFRAG. Les groupes non cotés français peuvent opter volontairement pour les IFRS dans leurs comptes consolidés, par décision irrévocable. Les comptes individuels restent gouvernés par le PCG, quel que soit le référentiel consolidé retenu. Les petits groupes peuvent être dispensés de consolidation par l'article L233-17 du Code de commerce s'ils restent sous les seuils — à confirmer 2026 : 48 M€ de bilan, 96 M€ de CA, 250 salariés (deux sur trois sur deux exercices).
Quelle différence entre intégration globale et mise en équivalence ?+
L'intégration globale (IG) reprend 100 % des actifs, passifs, charges et produits de la filiale dans les comptes consolidés, avec identification séparée des intérêts non contrôlants au passif et au résultat. Elle s'applique aux filiales sous contrôle exclusif au sens d'IFRS 10. La mise en équivalence (MEE) substitue la valeur des titres par la quote-part de capitaux propres de l'entité, augmentée chaque année du résultat. Elle s'applique aux entreprises associées sous influence notable (IAS 28) et aux coentreprises sous contrôle conjoint (IFRS 11). L'intégration proportionnelle a été supprimée par l'IFRS 11 en 2014.
Le goodwill est-il amorti ou testé en IFRS ?+
En IFRS, le goodwill n'est pas amorti : il fait l'objet d'un test annuel de dépréciation au titre de l'IAS 36, ainsi que d'un test ponctuel en cas d'indice de perte de valeur. Le test compare la valeur recouvrable de l'Unité Génératrice de Trésorerie (UGT) qui porte le goodwill avec sa valeur comptable. Toute dépréciation est imputée prioritairement sur le goodwill et n'est jamais reprise en cas d'amélioration ultérieure. Le règlement ANC 2020-01 français applique au contraire un amortissement obligatoire du goodwill sur sa durée d'utilité, avec une durée par défaut de 10 ans lorsque celle-ci n'est pas estimable de manière fiable.
Comment IFRS 16 change-t-il la présentation des contrats de location ?+
L'IFRS 16, applicable depuis le 1er janvier 2019, supprime la distinction entre location simple et location-financement chez le preneur. Tout contrat de location supérieur à 12 mois — bail commercial, contrats de véhicules ou d'informatique de longue durée — donne lieu à la comptabilisation à l'actif d'un droit d'utilisation et au passif d'une dette de loyer actualisée. La charge de loyer est remplacée par un amortissement du droit d'utilisation et une charge d'intérêts sur la dette. L'effet pratique : gonflement de l'actif et du passif au bilan consolidé, EBITDA augmenté, EBIT légèrement diminué, ratio d'endettement net modifié. Le PCG conserve la distinction et laisse le crédit-bail en hors-bilan.
Combien coûte le passage aux IFRS pour une ETI ?+
Le projet de première application IFRS — couvert par l'IFRS 1 — dure typiquement 6 à 12 mois et coûte 100 à 500 K€ pour une ETI, selon la complexité du périmètre, le nombre de filiales étrangères, la qualité du système d'information comptable existant et la disponibilité d'équipes internes. Ce coût se décompose entre cartographie des divergences (15 %), retraitements et reconstitution comparative (40 %), formation et conduite du changement (15 %), paramétrage de l'outil de consolidation (20 %), et accompagnement par un auditeur externe sur les choix de première application (10 %). La maintenance annuelle ultérieure se situe entre 30 et 150 K€, et l'audit IFRS coûte 1,5 à 2 fois plus cher qu'un audit français classique.
Le rapport CSRD est-il intégré aux comptes consolidés IFRS ?+
Le rapport de durabilité CSRD — directive UE 2022/2464 — est publié au sein du rapport de gestion consolidé, lui-même joint aux comptes consolidés dans le rapport financier annuel. Il n'est pas intégré aux états financiers consolidés stricto sensu, mais en constitue un volet distinct. Les standards ESRS publiés par l'EFRAG en 2023 régissent son contenu, avec une articulation en cours avec les standards IFRS S1 et S2 de l'ISSB sur la durabilité. Le rapport fait l'objet d'une assurance limitée par le commissaire aux comptes ou par un organisme tiers indépendant accrédité. Le périmètre couvre les grandes entreprises, puis les PME cotées à compter de 2026, et les filiales européennes de groupes extra-européens à compter de 2028.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Légifrance - Articles L233-16 à L233-28 du Code de commerce (périmètre et méthodes de consolidation)
- EUR-Lex - Règlement CE n° 1606/2002 sur l'application des normes IFRS dans l'UE
- IFRS Foundation - IFRS 10 Consolidated Financial Statements
- IFRS Foundation - IFRS 3 Business Combinations
- IFRS Foundation - IFRS 16 Leases
- IFRS Foundation - IAS 21 The Effects of Changes in Foreign Exchange Rates
- ANC - Règlement ANC n° 2020-01 relatif aux comptes consolidés
- EFRAG - European Financial Reporting Advisory Group (ESRS et IFRS endorsement)
Ce sujet relève de notre mission DAF externalisé à Paris | CFO temps partagé
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