Impairment test IAS 36 en 2026 : méthodologie et bonnes pratiques
IAS 36, UGT, valeur recouvrable, DCF, WACC, goodwill : la méthodologie complète d'un test de dépréciation en 2026 pour DAF, contrôleur de gestion et CAC à Paris.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
À jour au 12 mai 2026. Le test de dépréciation imposé par IAS 36 est l'un des chantiers techniques les plus exposés au regard du commissaire aux comptes : test annuel obligatoire sur le goodwill et les incorporels à durée indéterminée, méthodologie à cinq étapes, valeur recouvrable construite sur un DCF actualisé au WACC, perte de valeur non réversible pour le goodwill. Pour un DAF de groupe, un contrôleur de gestion, un dirigeant d'ETI cotée ou non, ou un fondateur post-acquisition à Paris, l'enjeu 2026 dépasse le simple calcul Excel : il s'agit d'arbitrer la maille d'UGT, de défendre des hypothèses DCF face à des taux d'intérêt qui se sont durablement réinstallés au-dessus de 3 %, et de produire une analyse de sensibilité auditable. Chez Cabinet Hayot Expertise à Paris, nous voyons régulièrement des goodwills d'acquisition cyber ou SaaS basculer en perte de valeur dès la deuxième année post-deal, faute de plan d'affaires révisé.
IAS 36 — la norme qui régit la dépréciation d'actifs#
Périmètre — actifs concernés et exclusions#
IAS 36 Dépréciation d'actifs s'applique à tous les actifs non couverts par une norme spécifique. Sont dans le champ : les immobilisations corporelles d'IAS 16, les immobilisations incorporelles d'IAS 38 (goodwill inclus), les immeubles de placement évalués au coût historique sous IAS 40, les actifs biologiques au coût sous IAS 41, et les quote-parts dans des entités mises en équivalence sous IAS 28. Sont exclus : les stocks (IAS 2 a son propre mécanisme de valeur nette de réalisation), les actifs financiers (IFRS 9 et son modèle de pertes attendues), les actifs d'impôts différés (IAS 12), les instruments de couverture, et les actifs liés aux contrats d'assurance (IFRS 17).
Différence avec le PCG (règlement ANC 2014-03 article 214)#
Le plan comptable général connaît aussi un test de dépréciation, codifié à l'article 214 du règlement ANC n° 2014-03. La logique est proche : si la valeur actuelle d'un actif devient inférieure à sa valeur nette comptable, une dépréciation est constatée. La valeur actuelle PCG est définie comme le maximum entre la valeur vénale et la valeur d'usage, soit l'équivalent conceptuel de la valeur recouvrable IAS 36. Deux divergences structurantes subsistent : sous PCG le goodwill est amorti sur une durée généralement plafonnée à 10 ans (en plus d'un test sur indice), tandis qu'en IFRS le goodwill n'est jamais amorti mais testé annuellement. L'information annexe française reste également plus discrète sur la méthodologie DCF et l'analyse de sensibilité, là où IAS 36 impose un niveau de transparence très détaillé. Pour situer ces traitements dans l'ensemble du référentiel IFRS, vous pouvez relire notre analyse des comptes consolidés en IFRS.
Pourquoi le goodwill IFRS est traité séparément#
Le goodwill résulte d'IFRS 3 Regroupements d'entreprises : il représente l'excédent du prix payé sur la juste valeur des actifs et passifs identifiables acquis. Par construction, il ne génère pas de flux de trésorerie de manière autonome, il est inséparable des UGT auxquelles il est affecté. IAS 36 lui impose pour cette raison un régime spécifique : test annuel à date fixe (peu importe l'existence d'un indice), allocation obligatoire aux UGT ou groupes d'UGT au niveau le plus bas de suivi managérial, et — surtout — interdiction stricte de reprise une fois la dépréciation actée (paragraphe 124 IAS 36).
Quand effectuer le test — annuel ou sur indice#
Test annuel obligatoire — goodwill et incorporels indéterminés#
Les paragraphes 9 et 10 d'IAS 36 distinguent deux régimes. Le test annuel obligatoire, indépendant de tout indice, s'applique au goodwill, aux immobilisations incorporelles à durée d'utilité indéterminée (marques par exemple), et aux incorporels non encore prêts à être utilisés (un développement R&D capitalisé non encore mis en service). Le test annuel peut être effectué à tout moment de l'exercice, dès lors qu'il est réalisé à la même date d'une année sur l'autre. La pratique majoritaire à Paris consiste à le caler sur la clôture comptable, pour synchroniser avec la valorisation des UGT au bilan.
Indices externes — marché, taux, capitalisation boursière#
Pour les autres actifs dans le champ, le test n'est obligatoire que sur indice de dépréciation. Les indices externes listés par IAS 36 incluent : une baisse significative de la valeur de marché de l'actif, des évolutions défavorables de l'environnement technologique ou réglementaire, une hausse des taux d'intérêt qui mécaniquement renchérit le WACC et abaisse la valeur d'utilité, et — pour les sociétés cotées — une capitalisation boursière durablement inférieure à la valeur comptable des capitaux propres. Le contexte 2026 met ce dernier indice particulièrement en tension : plusieurs ETI cotées sur Euronext Growth présentent des décotes structurelles, ce qui contraint à conduire un test sur le périmètre du groupe coté lui-même.
Indices internes — performance, restructuration, obsolescence#
Les indices internes regroupent l'obsolescence ou la dégradation physique d'un actif, l'intention manifeste de cession ou de restructuration affectant l'actif, et — indice le plus fréquent en pratique — une performance économique inférieure aux prévisions du plan d'affaires utilisé l'année précédente. Un écart de plus de 15 % entre EBITDA budgété N-1 et réalisé N constitue un signal d'alerte que l'auditeur identifiera systématiquement, en cohérence avec le pilotage par budget que nous décrivons dans notre article sur la comptabilité, audit et pilotage.
Définir l'unité testée — actif individuel ou UGT#
Critère de flux de trésorerie indépendants#
Le test peut être conduit au niveau de l'actif individuel ou, à défaut, au niveau de l'UGT (Unité Génératrice de Trésorerie, ou Cash Generating Unit). L'UGT est définie au paragraphe 68 d'IAS 36 comme le plus petit groupe d'actifs identifiable qui génère des entrées de trésorerie largement indépendantes des entrées générées par d'autres actifs ou groupes d'actifs. Un site industriel mono-activité constitue une UGT évidente. Une marque distribuée via un réseau partagé avec d'autres marques nécessite un raisonnement plus fin sur l'indépendance des flux.
Allocation du goodwill aux UGT#
Le goodwill ne pouvant être testé seul, il doit être affecté dès la date d'acquisition aux UGT ou groupes d'UGT bénéficiant des synergies attendues du regroupement. Cette allocation est définitive sauf restructuration interne et doit être traçable. Une erreur fréquente consiste à affecter le goodwill à un groupe d'UGT trop large, ce qui dilue le test et masque la dépréciation effective d'une activité. À l'inverse, une UGT trop étroite peut conduire à des pertes de valeur successives qu'une approche par groupe d'UGT aurait absorbées via les synergies.
Niveau le plus bas de suivi managérial#
IAS 36 plafonne le niveau d'allocation : le goodwill doit être affecté au niveau le plus bas auquel il est suivi pour la gestion interne, et ce niveau ne peut être supérieur à un secteur opérationnel au sens d'IFRS 8 avant agrégation. Concrètement, si le reporting management est organisé par ligne d'activité, le goodwill doit être suivi par ligne d'activité. Si l'organigramme management retient une vision géographique (Paris / Europe / international), le goodwill est ventilé en cohérence.
Calculer la valeur recouvrable#
Formule MAX(juste valeur diminuée des coûts ; valeur d'utilité)#
Le paragraphe 18 d'IAS 36 définit la valeur recouvrable comme la plus élevée entre la juste valeur diminuée des coûts de cession et la valeur d'utilité. Si l'une des deux valeurs dépasse la valeur comptable, la procédure de calcul peut s'arrêter immédiatement : il n'y a pas de perte de valeur à constater, et il devient inutile de calculer la seconde valeur. Cette règle économise du temps d'audit sur les actifs manifestement non dépréciés. Dans la pratique 2026, lorsque les multiples de marché sont déprimés, c'est plus souvent la valeur d'utilité qui sauve l'actif que la juste valeur.
Juste valeur selon IFRS 13 — approches marché, coût, revenu#
La juste valeur diminuée des coûts de cession est mesurée selon IFRS 13 Évaluation de la juste valeur. Trois approches sont admises : l'approche par le marché (transactions comparables observées sur des actifs ou entités similaires, multiples sectoriels), l'approche par le coût (valeur de remplacement à neuf diminuée de la dépréciation économique), et l'approche par le revenu (DCF court terme avec hypothèses de marché et non de management). Les coûts de cession à déduire comprennent les commissions d'intermédiaires, les frais juridiques, les droits de mutation, et les coûts de démolition ou de déménagement directement attribuables.
Valeur d'utilité par DCF actualisé#
La valeur d'utilité est la valeur actuelle des flux de trésorerie futurs attendus de l'utilisation continue de l'actif ou de l'UGT, et de sa cession finale. Elle est obtenue par actualisation au taux reflétant la valeur temps de l'argent et les risques spécifiques à l'actif. La méthode dominante en pratique est le Discounted Cash Flow (DCF), décomposé en deux blocs : une période explicite avec projections détaillées, et une valeur terminale. Le détail méthodologique fait l'objet de la section suivante.
Le DCF — projections, valeur terminale, taux#
Période explicite ≤ 5 ans et croissance ≤ moyenne long terme#
Les paragraphes 30 à 57 d'IAS 36 encadrent strictement la construction des flux. La période explicite est plafonnée à 5 ans sauf justification d'une visibilité plus longue (concession, contrat long terme), elle s'appuie sur les budgets et plans d'affaires les plus récents approuvés par le management, et le taux de croissance retenu au-delà de la première année doit être justifié par référence aux taux historiques et sectoriels. La norme proscrit toute extrapolation arbitraire : si le budget management N+1 retient +12 % de croissance, mais que la moyenne sectorielle long terme s'établit à +3 %, le DCF doit utiliser le budget pour N+1 puis converger progressivement vers la moyenne sectorielle.
Valeur terminale et modèle Gordon-Shapiro#
La valeur terminale capture les flux au-delà de la période explicite. La pratique mobilise quasi systématiquement le modèle de Gordon-Shapiro : VT = FCF normatif / (WACC − g), où g est le taux de croissance perpétuel. IAS 36 impose que g ne dépasse pas le taux de croissance moyen à long terme de l'économie ou du secteur, sauf justification rigoureuse. Pour 2026, retenir g > 2 % en zone euro expose à une remarque d'audit immédiate. La valeur terminale représente fréquemment 60 à 80 % de la valeur d'utilité totale, ce qui en fait l'hypothèse la plus sensible du modèle.
WACC et primes de risque spécifiques#
Le taux d'actualisation est défini comme un taux avant impôt reflétant la valeur temps de l'argent et les risques spécifiques à l'actif. En pratique, le point de départ est le coût moyen pondéré du capital (WACC) après impôt de l'entreprise ou du secteur, puis converti en équivalent avant impôt et ajusté des risques propres à l'UGT testée (risque pays, risque taille, prime de risque sectorielle, prime de risque spécifique à l'actif). Avec un taux sans risque OAT 10 ans qui s'est stabilisé autour de 3,2 % début 2026 et une prime de risque marché actions de l'ordre de 7 %, les WACC pratiqués sur ETI parisiennes se situent typiquement entre 9 % et 13 % selon le levier et le secteur. Une variation de 100 points de base sur le WACC peut faire basculer une UGT d'une valeur recouvrable confortable à une perte de valeur significative — d'où l'importance de l'analyse de sensibilité.
Constatation de la perte de valeur et affectation#
Imputation prioritaire au goodwill#
Lorsque la valeur recouvrable d'une UGT comprenant du goodwill est inférieure à sa valeur comptable, la perte de valeur s'impute selon une cascade fixée aux paragraphes 104 et 105 d'IAS 36 : d'abord en totalité sur le goodwill alloué à l'UGT jusqu'à épuisement, puis seulement le reliquat éventuel sur les autres actifs au prorata de leur valeur comptable.
Répartition prorata aux autres actifs de l'UGT#
L'imputation aux autres actifs respecte une limite stricte : aucun actif ne peut être ramené en dessous du plus élevé entre sa juste valeur diminuée des coûts de cession, sa valeur d'utilité propre si elle est déterminable, et zéro. La quote-part de perte non imputable à un actif protégé par ce plancher est réallouée aux autres actifs de l'UGT. Cette mécanique préserve la valeur des actifs facilement valorisables individuellement (immobilier, équipements génériques) au profit d'une concentration de la perte sur les actifs corporatifs ou incorporels moins identifiables.
Comptabilisation au P&L#
La perte de valeur est comptabilisée immédiatement en charge dans le compte de résultat (paragraphe 60), sauf si l'actif concerné est porté en réévaluation IAS 16 avec excédent de réévaluation en OCI : dans ce cas, la perte vient d'abord neutraliser cet excédent OCI avant tout passage en résultat. Au plan fiscal, en France, les dépréciations IFRS sur goodwill ne sont pas déductibles, ce qui crée un impôt différé passif lors de la constatation initiale du goodwill puis un retour mécanique au moment de la dépréciation.
Reprises de dépréciation — règles et exception goodwill#
Reprise possible pour les autres actifs#
Les paragraphes 109 à 116 d'IAS 36 autorisent la reprise d'une perte de valeur antérieurement constatée sur un actif autre que le goodwill, lorsque les indices ayant conduit à la dépréciation disparaissent ou s'inversent. La reprise est appréciée actif par actif et nécessite une nouvelle estimation de la valeur recouvrable.
Limite de la valeur comptable hypothétique#
Le paragraphe 117 plafonne la reprise : la valeur de l'actif après reprise ne peut excéder la valeur comptable qui aurait été déterminée (nette des amortissements normaux) s'il n'y avait jamais eu de perte de valeur dans le passé. Cette règle évite que la reprise transforme une dépréciation antérieure en quasi-réévaluation déguisée.
Interdiction stricte de reprise pour le goodwill#
Le paragraphe 124 d'IAS 36 est sans ambiguïté : une perte de valeur comptabilisée au titre du goodwill ne peut jamais être reprise. La logique tient à la nature du goodwill : toute reprise apparente correspondrait économiquement à un goodwill généré en interne, dont la comptabilisation est interdite par IAS 38. C'est l'une des principales asymétries d'IAS 36 et un sujet récurrent dans les revues de doctrine. L'IASB a publié en novembre 2023 sa décision de ne pas réintroduire d'amortissement systématique du goodwill (projet Goodwill and Impairment), mais le sujet a été rouvert dans l'agenda de travail 2025-2027 : le statut doctrinal exact au 12 mai 2026 doit être vérifié auprès du dernier IASB Update.
Information annexe et audit IAS 36#
Description UGT, hypothèses clés, sensibilité#
Les paragraphes 126 à 137 d'IAS 36 listent l'information à fournir en annexe : montant total des pertes de valeur et des reprises de l'exercice, événements ayant conduit à la constatation, description de chaque UGT contenant du goodwill significatif (activité, allocation, valeur comptable), méthode retenue pour la valeur recouvrable, hypothèses clés sur lesquelles repose le test (taux de croissance projetée, taux d'actualisation, période explicite, valeur terminale), et analyse de sensibilité indiquant l'évolution raisonnablement possible des hypothèses clés et son impact sur la valeur recouvrable.
Rôle du CAC selon NEP 540 et H2A#
Le commissaire aux comptes intervient sur le test de dépréciation au titre de la norme d'exercice professionnel NEP 540 Audit des estimations comptables et des informations les concernant, publiée par la H2A (Haute Autorité de l'Audit, ex-H3C depuis 2024). NEP 540 impose au CAC d'identifier les risques d'anomalies significatives liés à l'estimation, d'évaluer le caractère raisonnable des hypothèses retenues par le management, et de tester la cohérence du processus d'élaboration. En pratique, le CAC mobilise fréquemment un expert indépendant (évaluateur, valuation specialist) pour challenger le WACC et la valeur terminale.
Zone de risque d'audit la plus surveillée#
Le test de dépréciation figure systématiquement dans les Key Audit Matters (KAM) publiés par les CAC des ETI cotées : selon les revues annuelles publiées par la H2A, plus de 70 % des rapports d'audit sur entités cotées comportent un KAM sur la dépréciation du goodwill ou des incorporels. La documentation contemporaine — modèle DCF horodaté, justification du WACC pièce par pièce, validation de la maille UGT par un memo dédié — est devenue un standard de défense incontournable.
Cas chiffré sur un goodwill cyber-sécurité 5 M€#
Identification UGT et collecte données#
Une ETI parisienne acquiert en avril 2024 une société spécialisée en cyber-sécurité pour 8 M€, générant un goodwill de 5 M€ après affectation du prix aux actifs identifiables (technologie 2 M€, relation client 1 M€). L'UGT « activité cyber » est définie : elle regroupe la société acquise et l'équipe commerciale dédiée, suivie en P&L analytique séparé. Valeur comptable de l'UGT au 31 décembre 2025 : 5,5 M€ (5 M€ goodwill + 0,3 M€ technologie résiduelle après amortissement + 0,2 M€ autres actifs nets). Indice de dépréciation identifié : le pipeline commercial 2025 a livré 60 % du budget initial.
Calcul DCF et juste valeur comparables#
Le DCF est reconstruit sur cinq ans à partir d'un plan d'affaires révisé : flux opérationnels nets actualisés à 11 % (WACC ajusté du risque de dégradation commerciale) sur 2026-2030, valeur terminale calculée avec un taux de croissance perpétuelle de 2 %. Résultat : valeur d'utilité 4,2 M€. En parallèle, l'évaluation par multiples sectoriels cyber (EV/sales 2,5x sur un revenu 2025 de 1,5 M€) donne une juste valeur diminuée des coûts de cession de 3,8 M€. Valeur recouvrable = max(4,2 ; 3,8) = 4,2 M€.
Constatation et impact P&L#
Comparaison : valeur comptable UGT 5,5 M€ > valeur recouvrable 4,2 M€ → perte de valeur de 1,3 M€. Cascade d'imputation : 1,3 M€ s'impute en intégralité sur le goodwill (5 M€ → 3,7 M€ après dépréciation), les autres actifs de l'UGT restent à leur valeur comptable. Impact P&L 2025 : charge de 1,3 M€ en « dépréciation d'écart d'acquisition », non déductible fiscalement, et reprise mécanique d'impôt différé passif. En annexe : description UGT, hypothèses clés (WACC 11 %, g 2 %), sensibilité (+100 bp WACC → −0,9 M€ supplémentaire de perte).
Notre lecture chez Cabinet Hayot Expertise#
La décision à arbitrer — qui pilote le test (interne, externe, mixte)#
Dans les dossiers que nous accompagnons à Paris, trois schémas coexistent. Modèle interne intégral : la direction financière construit le DCF, le CAC challenge en aval. Cela fonctionne pour les groupes dotés d'une équipe contrôle de gestion senior et d'un valuation manager dédié. Modèle externe intégral : un évaluateur indépendant produit le test sur cahier des charges. Cette option sécurise mais déresponsabilise parfois le management, qui peut perdre le contrôle des hypothèses. Modèle mixte : la DAF construit le modèle, un évaluateur externe revoit le WACC et la valeur terminale en pré-audit, ce qui réduit le risque de désaccord avec le CAC. Notre accompagnement DAF externalisé intervient le plus souvent en mode mixte pour les ETI de 20 à 100 M€ de CA.
Le risque sous-estimé — UGT trop large masquant la dépréciation réelle#
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un impairment test selon IAS 36 ?+
Un impairment test, ou test de dépréciation, est la procédure imposée par IAS 36 pour vérifier qu'un actif ou une unité génératrice de trésorerie (UGT) n'est pas comptabilisé à une valeur supérieure à sa valeur recouvrable. La valeur recouvrable est définie au paragraphe 18 d'IAS 36 comme le maximum entre la juste valeur diminuée des coûts de cession (IFRS 13) et la valeur d'utilité (DCF actualisé). Si la valeur comptable excède la valeur recouvrable, une perte de valeur est constatée en charge au compte de résultat. Le test est obligatoirement annuel pour le goodwill et les incorporels à durée d'utilité indéterminée, et déclenché sur indice de dépréciation pour les autres actifs dans le champ de la norme.
Le goodwill doit-il être testé chaque année ?+
Oui, sans exception. Le paragraphe 10 d'IAS 36 impose un test annuel du goodwill, indépendant de tout indice de dépréciation. Le test peut être effectué à n'importe quelle date de l'exercice, dès lors que la même date est retenue d'une année sur l'autre. La pratique majoritaire en France consiste à le caler sur la clôture comptable. Le goodwill ne pouvant générer de flux de trésorerie autonome, le test est conduit au niveau de l'UGT ou du groupe d'UGT à laquelle il a été affecté à la date d'acquisition (IFRS 3). Une dépréciation constatée sur le goodwill est définitive : le paragraphe 124 interdit toute reprise ultérieure.
Comment définir une UGT correctement ?+
Une UGT est définie au paragraphe 68 d'IAS 36 comme le plus petit groupe d'actifs identifiable qui génère des entrées de trésorerie largement indépendantes des entrées générées par d'autres actifs. Trois critères pratiques : indépendance des flux de trésorerie générés, autonomie opérationnelle (production, commercialisation), et niveau de suivi par le management interne. Pour le goodwill, IAS 36 ajoute une contrainte : l'UGT ne peut être plus large qu'un secteur opérationnel IFRS 8 avant agrégation. En pratique, une erreur fréquente consiste à retenir une maille trop large pour bénéficier des compensations internes ; le CAC redécoupera en imposant la maille effective de pilotage managérial.
Quelle différence entre valeur d'utilité et juste valeur ?+
La juste valeur diminuée des coûts de cession est une notion de marché : prix qui serait reçu pour vendre l'actif dans une transaction normale entre intervenants de marché, mesuré selon IFRS 13 par approche marché (comparables), coût (remplacement) ou revenu (DCF court terme avec hypothèses de marché). La valeur d'utilité est une notion d'usage interne : valeur actuelle des flux de trésorerie futurs attendus de l'utilisation continue de l'actif par l'entreprise, plus la valeur de cession finale, actualisés à un taux reflétant les risques spécifiques. La valeur recouvrable est le maximum des deux : un actif détenu par une entreprise capable de l'exploiter mieux que le marché conservera une valeur d'utilité supérieure, et inversement.
Une dépréciation de goodwill est-elle réversible ?+
Non. Le paragraphe 124 d'IAS 36 interdit strictement la reprise d'une perte de valeur antérieurement comptabilisée sur le goodwill. La logique est qu'une reprise apparente correspondrait économiquement à la reconnaissance d'un goodwill généré en interne, ce qui est prohibé par IAS 38. Cette règle distingue le goodwill des autres actifs dans le champ d'IAS 36, dont la dépréciation peut être reprise (paragraphes 109 à 116) dans la limite de la valeur comptable qui aurait été obtenue sans dépréciation initiale (paragraphe 117). C'est l'une des principales asymétries de la norme.
Quel taux d'actualisation retenir pour le DCF ?+
Le taux d'actualisation IAS 36 est défini comme un taux avant impôt reflétant la valeur temps de l'argent et les risques spécifiques à l'actif. La pratique consiste à partir du coût moyen pondéré du capital (WACC) après impôt de l'entreprise ou du secteur, à le convertir en équivalent avant impôt, puis à ajouter des primes de risque spécifiques à l'UGT testée (risque pays, prime de taille pour les actifs petits, prime de risque sectorielle). En 2026, avec un OAT 10 ans autour de 3,2 % et une prime de risque marché de l'ordre de 7 %, les WACC pratiqués sur ETI parisiennes se situent typiquement entre 9 % et 13 %. Un WACC inférieur à 8 % sur une UGT non immobilière déclenchera quasi systématiquement une remarque du CAC.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- IFRS Foundation - IAS 36 Impairment of Assets
- IFRS Foundation - IFRS 3 Business Combinations
- IFRS Foundation - IFRS 13 Fair Value Measurement
- IFRS Foundation - Goodwill and Impairment project status
- Légifrance - Règlement ANC n° 2014-03 article 214 (dépréciation des actifs)
- Légifrance - Règlement ANC n° 2020-01 (comptes consolidés)
- ANC - Autorité des Normes Comptables
- H2A - Haute Autorité de l'Audit (NEP 540 estimations comptables)
Ce sujet relève de notre mission DAF externalisé à Paris | CFO temps partagé
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