Intéressement et participation dans une PME en 2026 : guide complet
En 2026, la loi Mattei (29 novembre 2023) étend les obligations de partage de la valeur aux PME de 11 à 49 salariés rentables. Intéressement facultatif, participation obligatoire au-delà de 50 salariés, formule RSP, accords simplifiés, exonérations sociales et fiscales : ce guide fait le point opérationnel pour les dirigeants de PME.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Mis à jour le 25 mai 2026 — Rédigé par Samuel HAYOT, expert-comptable, cabinet Hayot Expertise, Paris.
La loi n° 2023-1107 du 29 novembre 2023 sur le partage de la valeur — dite loi Mattei — a redessiné le paysage pour les PME françaises. L'intéressement reste facultatif, mais une nouvelle obligation expérimentale cible les entreprises de 11 à 49 salariés qui dégagent des bénéfices répétés. La participation, elle, demeure obligatoire à partir de 50 salariés. Ce guide couvre les deux dispositifs, leurs différences, leur mise en place en 2026 et leur articulation avec la prime de partage de la valeur (PPV).
Réponse directe. L'intéressement est un dispositif facultatif, librement paramétré, accessible à toute entreprise quelle que soit sa taille. La participation est obligatoire dès 50 salariés et suit une formule légale précise (RSP). Depuis 2025, les PME de 11 à 49 salariés bénéficiaires pendant trois exercices consécutifs doivent mettre en place au moins un dispositif de partage de la valeur. Dans les deux cas, les primes sont exonérées de cotisations sociales patronales et déductibles du résultat imposable.
Intéressement, participation, PPV : les trois dispositifs côte à côte#
| Critère | Intéressement | Participation | PPV |
|---|---|---|---|
| Caractère | Facultatif (obligatoire loi Mattei pour certaines PME) | Obligatoire ≥ 50 salariés | Facultatif |
| Base de calcul | Liberté totale (résultats, performance, objectifs) | Formule légale RSP ou dérogatoire | Montant fixé librement par l'employeur |
| Plafond par salarié / an | 75 % du PASS (env. 34 776 € en 2026) | 75 % du PASS | 3 000 € (6 000 € avec accord d'intéressement) |
| Exonération IR salarié | Si placé en PEE/PERCO sous 15 jours | Si placé en PEE/PERCO | Oui dans la limite du plafond (régime transitoire 2025-2026) |
| Exonération cotisations sociales | Oui (hors CSG/CRDS) | Oui (hors CSG/CRDS) | Oui (hors CSG/CRDS) |
| Déductible IS/IR employeur | Oui | Oui | Oui |
| Blocage | Immédiat ou 5 ans si PEE | 5 ans (sauf déblocage anticipé) | Immédiat |
| Références légales | Art. L3311-1 Code trav. | Art. L3322-1 Code trav. | Loi 2023-1107 |
La loi Mattei 2023 : ce que doivent faire les PME de 11 à 49 salariés#
L'article 5 de la loi n° 2023-1107 du 29 novembre 2023 introduit une obligation expérimentale jusqu'au 29 novembre 2027. Elle s'applique aux entreprises qui remplissent simultanément ces conditions :
- Effectif habituel entre 11 et 49 salariés ;
- Bénéfice net fiscal positif représentant au moins 1 % du chiffre d'affaires lors de trois exercices consécutifs ;
- Aucun accord d'intéressement, de participation, de PEE, de PERCO ou de PPV déjà en place.
L'obligation porte sur les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025. Concrètement, une PME ayant clôturé ses exercices 2022, 2023 et 2024 avec un bénéfice ≥ 1 % du CA doit déjà avoir agi. Le choix du dispositif est libre : PPV, intéressement ou épargne salariale. Mais une PPV ponctuelle ne se substitue pas à un accord structurel si la situation se répète.
Notre lecture. Dans les dossiers que nous accompagnons, le premier réflexe des dirigeants est d'opter pour la PPV parce qu'elle est la plus simple à mettre en place. C'est un choix défendable pour une première année, mais il ne construit pas de logique d'association des salariés aux résultats. L'intéressement crée un alignement durable qui la PPV ne peut pas reproduire.
Intéressement : comment le mettre en place en 2026#
Les voies de conclusion (art. L3312-5 Code du travail)#
Un accord d'intéressement peut être conclu de quatre façons :
- Accord collectif avec les délégués syndicaux ;
- Accord avec le CSE à la majorité de ses membres ;
- Ratification à la majorité des deux tiers du personnel ;
- Décision unilatérale de l'employeur (DUE) — nouveau depuis la loi Mattei, exclusivement pour les entreprises sans délégué syndical et sans CSE.
La DUE est un changement de fond pour les TPE-PME de moins de 50 salariés : elle supprime l'obligation de négociation et réduit le délai de mise en place à quelques semaines.
Calendrier de mise en place selon la taille#
| Situation | Délai recommandé | Dépôt TéléAccords | Première période couverte |
|---|---|---|---|
| PME < 50 salariés, DUE | 2 à 4 semaines | Avant le 30 juin N | Exercice N |
| PME < 50 salariés, vote 2/3 | 4 à 6 semaines | Avant le 30 juin N | Exercice N |
| PME ≥ 50 salariés, négociation CSE | 6 à 12 semaines | Avant le 30 juin N | Exercice N |
| PME ≥ 50 salariés, syndicats | 2 à 4 mois | Avant le 30 juin N | Exercice N |
Le dépôt doit impérativement intervenir avant la fin du premier semestre de l'exercice concerné. Un dépôt tardif ne supprime pas les exonérations sociales, mais peut conduire la DREETS à rejeter l'accord pour le premier exercice d'application.
Ce que l'administration regarde#
La DREETS contrôle principalement trois points : (1) le caractère aléatoire de la formule — elle ne doit pas être garantie ; (2) l'absence de substitution à un élément de rémunération existant ; (3) le respect des plafonds légaux. Les formules trop mécaniquement indexées sur le salaire de base sont régulièrement requalifiées.
La formule d'intéressement : liberté et contraintes pratiques#
La formule est libre mais doit rester aléatoire et liée aux résultats ou performances de l'entreprise (art. L3311-1 du Code du travail). Elle ne peut pas servir à remplacer un élément de rémunération déjà versé.
Exemples de formules utilisées en PME :
- Formule résultat :
Intéressement = (EBE / CA) × Masse salariale brute × Coefficient - Formule croissance :
Intéressement = (CA N - CA N-1) × Taux × Coefficient de présence - Formule mixte : combinaison d'un indicateur financier et d'un indicateur qualitatif (satisfaction client, taux de qualité)
Le plafond global de l'accord est fixé à 20 % de la masse salariale brute annuelle de l'entreprise.
La formule légale de participation (RSP) : un exemple chiffré#
La participation légale est calculée ainsi (art. L3324-1 Code du travail) :
RSP = ½ × (B − 5 % × C) × (S / VA)
Avec :
- B = bénéfice net fiscal après IS
- C = capitaux propres au bilan d'ouverture
- S = masse salariale brute
- VA = valeur ajoutée (définie à l'art. L3325-1)
Exemple chiffré — PME industrielle, 80 salariés :
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Bénéfice net fiscal (B) | 480 000 € |
| Capitaux propres (C) | 1 200 000 € |
| Masse salariale brute (S) | 2 400 000 € |
| Valeur ajoutée (VA) | 3 600 000 € |
Calcul :
- B − 5 % × C = 480 000 − 60 000 = 420 000 €
- S / VA = 2 400 000 / 3 600 000 = 0,667
- RSP = ½ × 420 000 × 0,667 = 140 000 €
La réserve spéciale de participation à répartir entre les 80 salariés s'élève à 140 000 €, soit en moyenne 1 750 € par salarié avant répartition pondérée. Ce montant est exonéré de cotisations sociales patronales et déductible du résultat imposable.
Le risque sous-estimé. Dans les PME au bilan capitalistique lourd (C élevé), la formule légale produit une réserve de participation quasi nulle malgré un bénéfice solide. Les dirigeants découvrent souvent cet effet au moment de la première obligation. La formule dérogatoire, si elle est au moins aussi favorable, permet de recentrer le calcul sur des indicateurs plus représentatifs de l'activité réelle.
Fiscalité et exonérations : le détail des avantages#
Côté employeur#
- Primes déductibles du résultat imposable (IS ou IR selon la forme sociale).
- Exonération totale des cotisations sociales patronales (hors CSG/CRDS).
- Crédit d'impôt de 30 % sur l'accroissement de l'intéressement versé par rapport à la moyenne des deux exercices précédents (art. 244 quater T CGI) — réservé aux entreprises de moins de 250 salariés. Ce crédit est calculé sur la prime supplémentaire, pas sur la totalité.
Côté salarié#
- Si placée en PEE, PERCO ou PER Collectif dans les 15 jours suivant la mise à disposition : exonération totale d'impôt sur le revenu.
- Si perçue en espèces : exonérée de cotisations salariales, mais soumise à CSG/CRDS (9,7 %) et imposable à l'IR.
- La prime de participation bloquée 5 ans en PEE est, elle aussi, exonérée d'IR à la sortie si le plan respecte les conditions légales.
Articulation avec la PPV : arbitrage pratique#
L'intéressement et la PPV ne jouent pas dans la même catégorie. La PPV est un outil de versement ponctuel, immédiat, sans engagement sur la durée. L'intéressement crée un accord sur au moins un exercice, avec une formule indexée sur la performance.
Arbitrage. Pour une PME qui satisfait pour la première fois à l'obligation loi Mattei, la PPV couvre l'obligation sans créer de précédent structurel. Dès la deuxième ou troisième année bénéficiaire, un accord d'intéressement devient plus pertinent : il est plus lisible pour les salariés, génère le crédit d'impôt de 30 % sur l'accroissement, et offre un plafond par salarié bien supérieur à la PPV. La PPV et l'intéressement sont cumulables mais leurs plafonds d'exonération s'appliquent indépendamment.
Voir aussi : Prime de partage de la valeur 2026 : guide employeur et Est-ce que les primes sont imposables ?
Répartition entre salariés : les critères légaux#
L'accord définit les modalités de répartition. Quatre critères légaux sont autorisés, combinables entre eux :
- Répartition uniforme (même montant pour tous) ;
- Proportionnelle au salaire brut ;
- Proportionnelle à la durée de présence dans l'entreprise ;
- Combinaison des critères précédents.
Le salaire retenu pour la répartition proportionnelle est plafonné à 4 fois le PASS (env. 185 472 € en 2026). Ce plafond évite une concentration excessive des primes sur les hauts salaires.
Cas terrain : PME de conseil, 32 salariés, première mise en place#
Un cabinet de conseil parisien de 32 salariés affiche trois exercices bénéficiaires consécutifs, chacun dépassant 1 % du CA. Aucun accord de partage de valeur n'était en place. La loi Mattei imposait une action avant la clôture 2025.
Le dirigeant souhaitait éviter un engagement pluriannuel. Nous avons mis en place un accord d'intéressement par décision unilatérale de l'employeur, déposé sur TéléAccords en mars 2025, couvrant l'exercice 2025. La formule retenue : 15 % de la progression de l'EBE au-delà d'un seuil de 5 %, répartie proportionnellement au salaire et à la durée de présence.
Résultat à la clôture 2025 : prime moyenne de 2 100 € par salarié, entièrement exonérée de cotisations patronales. Le crédit d'impôt de 30 % sur l'intéressement de première année (aucun historique) a porté sur la totalité de la réserve. L'accord a également servi de levier de recrutement dans un contexte de tension sur les profils qualifiés.
Points de vigilance 2026#
- Seuil 50 salariés et franchissement : si votre effectif dépasse 50 salariés pour la première fois en 2026, la participation devient obligatoire. Vous disposez d'un délai d'un an pour conclure un accord ou appliquer la formule légale.
- Dépôt TéléAccords avant le 30 juin : un accord conclu après le 30 juin de l'exercice n'est pas éligible aux exonérations pour cet exercice. Cette date est ferme.
- Substitution de rémunération : supprimer une prime récurrente pour la remplacer par de l'intéressement est un risque de requalification. La règle de non-substitution est contrôlée lors des audits DREETS.
- Formule dérogatoire participation : si elle est moins favorable que la formule légale, elle est nulle et non avenue. Un calcul de contrôle en parallèle est indispensable.
- Accord d'au moins un an : un accord d'intéressement ne peut pas couvrir moins d'un exercice complet. Les DUE d'une durée inférieure sont rejetées.
Cet article est rédigé à titre informatif et mis à jour au 25 mai 2026. Il ne se substitue pas à une analyse personnalisée de votre situation. Les règles fiscales et sociales évoluent ; consultez un expert-comptable ou un conseil juridique avant toute décision.
Questions fréquentes
Une entreprise de 8 salariés peut-elle mettre en place un accord d'intéressement en 2026 ?
Oui, sans restriction de seuil. L'intéressement est accessible à toute entreprise, quelle que soit sa taille. Pour une entreprise sans délégué syndical ni CSE, la décision unilatérale de l'employeur (DUE), introduite par la loi du 29 novembre 2023, simplifie considérablement la procédure : aucune négociation n'est requise, le dépôt sur TéléAccords suffit.
L'intéressement peut-il remplacer une prime habituelle ou une augmentation de salaire ?
Non. L'accord d'intéressement ne peut pas se substituer à un élément de rémunération existant (art. L3312-4 Code du travail). Si l'employeur supprime une prime récurrente et la remplace par de l'intéressement, la DREETS ou le juge peut requalifier le dispositif en contournement illicite, avec perte des exonérations et rappel de cotisations. La vigilance est particulièrement nécessaire lorsqu'une prime de résultats était déjà versée.
Quelle est la formule légale de la participation et comment est calculée la RSP ?
La réserve spéciale de participation (RSP) est calculée selon la formule légale de l'art. L3324-1 du Code du travail : RSP = ½ × (B − 5 % × C) × (S / VA), où B est le bénéfice net fiscal après IS, C les capitaux propres, S la masse salariale brute et VA la valeur ajoutée. Un accord peut prévoir une formule dérogatoire si elle est au moins aussi favorable que la formule légale.
Quelles entreprises sont concernées par l'obligation de partage de valeur issue de la loi Mattei ?
Les entreprises de 11 à 49 salariés qui réalisent un bénéfice net fiscal représentant au moins 1 % du chiffre d'affaires lors de trois exercices consécutifs sont tenues de proposer au moins un dispositif de partage de la valeur (intéressement, participation, PEE, PERCO ou PPV). Cette obligation expérimentale court jusqu'au 29 novembre 2027 et s'applique aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025 (loi n° 2023-1107 du 29 novembre 2023).
L'intéressement versé en espèces est-il imposable pour le salarié ?
Oui, si la prime d'intéressement est perçue directement en espèces, elle est exonérée de cotisations sociales salariales mais soumise à CSG/CRDS (9,7 %) et imposable à l'impôt sur le revenu. En revanche, si le salarié choisit de la placer dans un PEE ou un PERCO dans les 15 jours suivant sa mise à disposition, elle est totalement exonérée d'impôt sur le revenu. Le choix d'affectation appartient au salarié.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Code du travail — art. L3311-1 à L3315-5 : Intéressement des salariés
- Code du travail — art. L3322-1 : Participation obligatoire aux résultats
- Loi n° 2023-1107 du 29 novembre 2023 portant transposition de l'accord national interprofessionnel relatif au partage de la valeur
- URSSAF — Intéressement : exonérations de cotisations sociales
- Ministère du Travail — Partage de la valeur : obligations et dispositifs (travail-emploi.gouv.fr)
- Entreprendre.service-public.fr — Mettre en place un accord d'intéressement
Ce sujet relève de notre mission Expert-comptable paie à Paris | Paie, DSN, social
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