Partage de la valeur obligatoire : ce que les PME de 11 à 49 salariés doivent mettre en place dès 2025
La loi du 29 novembre 2023 impose aux sociétés de 11 à 49 salariés dont le bénéfice net fiscal atteint 1 % du CA pendant 3 exercices consécutifs de mettre en place un dispositif de partage de la valeur dès 2025. Intéressement, PPV, participation volontaire ou abondement : conditions, exonérations et calendrier.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
La loi n° 2023-1107 du 29 novembre 2023 relative au partage de la valeur a introduit, à titre expérimental pour 5 ans, une obligation nouvelle pour les PME françaises constituées sous forme de société. Depuis le 1er janvier 2025, les entreprises de 11 à 49 salariés dont le bénéfice net fiscal atteint un certain seuil pendant trois exercices consécutifs doivent mettre en place un mécanisme de partage de la valeur avec leurs salariés.
Un an après l'entrée en vigueur, les dossiers de PME que nous accompagnons révèlent un problème récurrent : beaucoup d'employeurs se savent "concernés", mais rares sont ceux qui ont cerné avec précision les conditions de déclenchement, la forme juridique requise, ou la distinction entre les quatre dispositifs éligibles. Ce guide corrige les erreurs les plus fréquentes et détaille ce qui est effectivement exigé.
Réponse directe : qui est concerné et quel est le seuil ?#
L'obligation vise les sociétés (non les entreprises individuelles) employant entre 11 et 49 salariés, dont le bénéfice net fiscal est au moins égal à 1 % du chiffre d'affaires pendant trois exercices consécutifs. Pour la première application en 2025, les exercices de référence sont 2022, 2023 et 2024. Si les trois conditions — forme société, effectif, seuil 1 % — sont réunies, l'entreprise doit avoir mis en place au moins un dispositif de partage de la valeur au titre de l'exercice 2025.
Quelles entreprises sont concernées par le partage de la valeur ?#
Conditions cumulatives#
Pour être soumise à l'obligation expérimentale, une entreprise doit réunir trois conditions simultanément :
- Forme juridique de société : l'obligation s'applique aux entreprises organisées sous forme de société (SAS, SASU, SARL, SA, SNC, etc.). Les entreprises individuelles, y compris les micro-entrepreneurs, sont exclues du champ.
- Effectif compris entre 11 et 49 salariés : apprécié selon les règles de l'article L. 1111-2 du Code du travail. Sont comptés au prorata les salariés à temps partiel et en CDD. Sont exclus les stagiaires, apprentis et mandataires sociaux non salariés.
- Bénéfice net fiscal ≥ 1 % du chiffre d'affaires pendant au moins trois exercices consécutifs précédant l'exercice au titre duquel l'obligation s'applique.
Une condition souvent sous-estimée : le seuil de 1 % du CA#
Contrairement à ce que laissent parfois entendre des résumés incomplets, il ne suffit pas que le bénéfice soit "positif". La loi fixe un seuil relatif : le bénéfice net fiscal doit atteindre ou dépasser 1 % du chiffre d'affaires de l'exercice. Une société réalisant 2 M€ de CA avec 15 000 € de bénéfice net fiscal (soit 0,75 % du CA) ne franchit pas le seuil et n'est pas soumise à l'obligation, même si elle est bénéficiaire.
Le bénéfice net fiscal retenu est celui calculé selon les règles de l'article L. 3324-1 du Code du travail — le même que pour la réserve spéciale de participation — après déduction de l'impôt.
Exercices de référence pour la première application en 2025#
| Exercice | Rôle dans le déclenchement |
|---|---|
| 2022 | 1er exercice de référence |
| 2023 | 2e exercice de référence |
| 2024 | 3e exercice de référence |
| 2025 | Exercice au titre duquel l'obligation s'applique |
Si les exercices 2022, 2023 et 2024 affichent chacun un bénéfice net fiscal ≥ 1 % du CA, la société doit mettre en place un dispositif au titre de 2025. Si l'un des trois exercices est en dessous du seuil, l'obligation est reportée d'un an.
Entreprises déjà couvertes : pas de double contrainte#
Les entreprises qui disposaient déjà, avant 2025, d'un accord de participation, d'un accord d'intéressement, d'un abondement à un plan d'épargne salariale ou qui ont versé une PPV au titre des exercices concernés sont dispensées de cette nouvelle obligation. L'existence du dispositif suffit ; il n'est pas nécessaire qu'il ait généré une prime effective.
Quel est le seuil de bénéfice qui déclenche l'obligation ?#
La question mérite un développement précis car elle est mal comprise.
Le seuil n'est pas un montant absolu mais un ratio : bénéfice net fiscal / chiffre d'affaires ≥ 1 %. Ce ratio doit être atteint trois années de suite. Les deux variables — bénéfice et CA — doivent être calculées sur le même exercice.
Le risque sous-estimé : la variabilité du ratio d'une année sur l'autre#
Dans les dossiers de PME de services que nous suivons, le ratio fluctue significativement selon les décisions de rémunération du dirigeant, les dotations aux amortissements, les provisions et les éventuels reports déficitaires. Une PME dont le bénéfice net fiscal oscille autour de 1 % du CA a tout intérêt à vérifier rétrospectivement ses trois derniers exercices avant de conclure qu'elle est ou n'est pas concernée. L'analyse doit porter sur le résultat fiscal définitif tel qu'il ressort de la liasse fiscale, non sur le résultat comptable.
Notre lecture : nous recommandons à toute société de 11 à 49 salariés de faire vérifier ce ratio par son expert-comptable sur les exercices 2022, 2023 et 2024 avant la clôture 2025. Une erreur d'appréciation dans un sens ou dans l'autre expose soit à un manquement non identifié, soit à des efforts de mise en conformité inutiles.
Quels dispositifs permettent de respecter l'obligation ?#
La loi laisse à l'employeur une liberté de choix entre quatre mécanismes. Un seul suffit.
1. L'intéressement (accord collectif ou décision unilatérale)#
L'intéressement associe les salariés aux résultats ou aux performances de l'entreprise. Depuis la loi du 29 novembre 2023, les sociétés de moins de 50 salariés peuvent le mettre en place par décision unilatérale de l'employeur (DUE), sans nécessiter de négociation collective ni de délégué syndical.
La DUE est déposée sur la plateforme TéléAccords (gérée par la DREETS). La durée minimale est d'un an ; la durée maximale est de trois ans.
Régime social et fiscal :
- Exonération de cotisations patronales et salariales dans la limite de 75 % du PASS, soit 36 045 € par salarié en 2026 (PASS 2026 = 48 060 €) ;
- Déductibilité du résultat imposable pour l'employeur ;
- Exonération d'impôt sur le revenu pour le salarié si les sommes sont versées sur un PEE ou un PER (blocage 5 ans, sauf cas de déblocage anticipé prévus par la loi).
2. La participation volontaire#
La participation légale obligatoire ne s'applique qu'aux entreprises de 50 salariés et plus. Mais depuis la réforme de 2023, les sociétés de moins de 50 salariés peuvent mettre en place une participation volontaire selon un régime dérogatoire (article L. 3323-6 du Code du travail), avec une formule de calcul qui peut être plus favorable aux salariés que la formule légale.
Elle bénéficie du même régime d'exonération que la participation obligatoire et implique un accord collectif ou une DUE.
3. La Prime de Partage de la Valeur (PPV)#
La PPV est le dispositif le plus simple à mettre en oeuvre : aucun accord préalable n'est requis, l'employeur décide seul du montant et des bénéficiaires (avec possibilité de modulation selon le salaire, l'ancienneté, la classification ou la durée du travail). Elle peut être versée en deux fois par année civile.
Plafonds d'exonération (2026) :
| Situation | Plafond annuel par salarié |
|---|---|
| Cas général | 3 000 € |
| Avec accord d'intéressement ou de participation en place | 6 000 € |
Pour les sociétés de moins de 50 salariés, la PPV versée jusqu'au 31 décembre 2026 est exonérée de cotisations sociales et d'impôt sur le revenu pour les salariés dont la rémunération est inférieure à 3 fois le SMIC annuel au cours des 12 mois précédant le versement. Au-delà de ce plafond salarial, la PPV reste exonérée de cotisations mais est soumise à l'IR.
Attention : ce régime d'exonération renforcée est prévu jusqu'au 31 décembre 2026. Les conditions applicables à partir de 2027 n'ont pas encore été définitivement arrêtées à la date de mise à jour de cet article — à surveiller.
4. L'abondement à un plan d'épargne salariale (PEE, PEI, Perco ou Pereco)#
L'employeur peut abonder les versements volontaires des salariés sur un plan d'épargne entreprise ou un plan d'épargne retraite collectif. L'abondement est exonéré de cotisations sociales dans la limite de 300 % des versements du salarié et d'un plafond annuel spécifique à chaque type de plan (à vérifier auprès de votre conseil ou sur urssaf.fr pour les montants 2026 revalorizés).
Tableau comparatif des quatre dispositifs#
| Critère | Intéressement (DUE) | PPV | Participation volontaire | Abondement PEE/PER |
|---|---|---|---|---|
| Accord requis | Non (DUE suffit) | Non | DUE ou accord | Accord PEE/PER requis |
| Lien avec performance | Oui (critères libres) | Non | Formule légale ou dérogatoire | Non |
| Plafond d'exonération SS | 75 % PASS / salarié | 3 000 € ou 6 000 € | Mêmes que légales | 300 % versements salarié |
| IR salarié | Exonéré si PEE/PER | Exonéré si < 3 SMIC (jusqu'à fin 2026) | Exonéré si bloqué | Exonéré |
| Blocage | 5 ans (sauf déblocage) | Aucun | 5 ans | 5 ans |
| Charge administrative | Faible (DUE + TéléAccords) | Très faible | Moyenne | Moyenne à forte |
Quelles sanctions en cas de non-respect de l'obligation ?#
La loi n° 2023-1107 ne prévoit aucune sanction pénale ni amende administrative spécifique pour les entreprises qui ne satisfont pas à cette obligation expérimentale. Cette absence est délibérée dans le cadre de l'expérimentation.
Cependant, plusieurs risques réels demeurent :
- Recours des salariés : le Code du travail permet aux représentants du personnel, ou directement aux salariés dans les entreprises sans IRP, de mettre en demeure l'employeur et de saisir le conseil de prud'hommes ou le tribunal judiciaire.
- Risque réputationnel interne : dans un marché du travail tendu, une PME qui réalise des bénéfices récurrents sans partager la valeur s'expose à des tensions salariales et à des difficultés de fidélisation.
- Exposition accrue en cas de contrôle URSSAF : si une entreprise a versé des primes non déclarées pour contourner l'obligation sans passer par un dispositif officiel, le redressement est possible.
Notre analyse : l'absence de sanction directe n'est pas un blanc-seing. La probabilité d'un contrôle ou d'une action salariée reste faible à court terme, mais l'obligation existe et figure dans le droit positif. Mieux vaut se mettre en conformité — d'autant que l'intéressement par DUE, en particulier, est peu contraignant administrativement.
Étapes de mise en conformité pour une PME de 11 à 49 salariés#
- Vérifier le champ d'application : confirmer que la société emploie entre 11 et 49 salariés et est constituée sous forme de société (pas d'entreprise individuelle).
- Calculer le ratio bénéfice net fiscal / CA pour chacun des trois exercices 2022, 2023, 2024 à partir des liasses fiscales définitives.
- Vérifier l'absence d'un dispositif existant : participation, intéressement, PPV versée, abondement à un plan d'épargne salariale déjà en place dispensent de la nouvelle obligation.
- Choisir le dispositif adapté à la taille, à la structure de rémunération, et aux objectifs de l'entreprise (voir tableau comparatif ci-dessus).
- Rédiger et déposer l'accord, la DUE ou l'acte de versement selon le dispositif retenu.
- Informer les salariés des droits ouverts et des modalités de versement ou de placement.
- Documenter la décision dans le dossier social de l'entreprise, notamment pour justifier la conformité lors d'un éventuel contrôle.
Exemple concret : une société de 25 salariés dans les services#
Prenons une SAS de conseil aux entreprises, 25 salariés en CDI (1 temps partiel compté à 0,5), établie à Paris. Son chiffre d'affaires annuel est de 3 M€. Ses résultats fiscaux sur les trois derniers exercices sont les suivants :
| Exercice | Bénéfice net fiscal | CA | Ratio | Seuil atteint ? |
|---|---|---|---|---|
| 2022 | 45 000 € | 2 700 000 € | 1,67 % | Oui |
| 2023 | 38 000 € | 2 850 000 € | 1,33 % | Oui |
| 2024 | 32 000 € | 3 000 000 € | 1,07 % | Oui |
Les trois exercices dépassent le seuil de 1 %. La société n'a par ailleurs ni accord d'intéressement ni accord de participation. Elle est donc soumise à l'obligation au titre de 2025.
Choix retenu : l'employeur opte pour un accord d'intéressement par DUE, avec une formule liée à la marge opérationnelle. La DUE est rédigée pour une durée de 3 ans, déposée sur TéléAccords en février 2025. L'accord couvre l'exercice 2025 : si les critères sont atteints, une prime sera versée aux 25 salariés avant le 31 mai 2026. L'intéressement versé est exonéré de cotisations sociales dans la limite de 36 045 € par salarié, et d'IR si les salariés placent les sommes sur le PEE ouvert à cette occasion.
Ce qu'illustre ce cas : même un ratio de 1,07 % suffit à déclencher l'obligation. La marge de 32 000 € représente à peine 1 285 € par salarié — un niveau modeste qui rend l'intéressement fondé sur la performance plus cohérent qu'une PPV fixe.
Notre lecture : comment arbitrer entre les dispositifs selon votre situation#
L'intéressement par DUE est le choix le plus cohérent pour une PME dont les résultats fluctuent : le montant de la prime est conditionné à la performance, ce qui évite de s'engager sur un versement fixe en période difficile. La DUE est rapide à rédiger et ne nécessite ni syndicat ni délégué.
La PPV convient mieux aux PME dont les bénéfices sont élevés et prévisibles, qui veulent verser rapidement sans créer de dispositif durable. Elle est aussi utile pour compléter un accord d'intéressement déjà en place (le plafond passe à 6 000 €).
La participation volontaire s'adresse aux entreprises qui souhaitent s'aligner sur le modèle des grandes entreprises et créer une dynamique de long terme, au prix d'une négociation initiale plus longue.
L'abondement est pertinent si l'entreprise dispose déjà d'un PEE ou d'un Pereco et cherche à valoriser l'épargne salariale plutôt qu'à distribuer immédiatement.
Sur nos dossiers de PME de 25 à 45 salariés, l'intéressement par DUE représente la solution retenue dans la grande majorité des cas de première mise en conformité. Son principal avantage : il crée un lien explicite entre la performance et la prime, ce que les salariés perçoivent positivement et ce que l'administration reconnaît pleinement.
À jour au 2026-05-26. Cet article a pour objet d'informer les dirigeants sur le cadre général de l'obligation de partage de la valeur issue de la loi n° 2023-1107. Il ne se substitue pas à un conseil personnalisé tenant compte de votre situation juridique, sociale et fiscale spécifique. Pour une analyse de vos exercices de référence et le choix du dispositif adapté, contactez un expert-comptable inscrit à l'Ordre ou un conseiller juridique.
Questions fréquentes
L'obligation s'applique-t-elle à une société dont le bénéfice net fiscal est positif mais inférieur à 1 % du CA ?
Non. Le seuil légal est un ratio : le bénéfice net fiscal doit être au moins égal à 1 % du chiffre d'affaires pendant trois exercices consécutifs. Un bénéfice positif mais inférieur à ce ratio ne déclenche pas l'obligation. C'est un point que le texte précise explicitement et que nombre de résumés incomplets omettent.
Une entreprise individuelle employant 15 salariés est-elle concernée ?
Non. L'obligation expérimentale s'applique exclusivement aux entreprises constituées sous forme de société (SAS, SARL, SA, SNC, etc.). Les entreprises individuelles, y compris celles soumises à l'IS après option, sont exclues du champ d'application de l'article 5 de la loi du 29 novembre 2023.
Une entreprise qui vient de créer son accord d'intéressement est-elle en règle, même sans versement encore effectué ?
Oui. La mise en place du dispositif, qu'il s'agisse d'un accord collectif ou d'une DUE d'intéressement, suffit à remplir l'obligation, même si aucune prime n'est versée la première année. L'obligation porte sur l'existence du mécanisme, pas sur le versement effectif d'une prime.
Peut-on cumuler la PPV et l'intéressement pour maximiser les exonérations ?
Oui. Les deux dispositifs sont cumulables. La mise en place préalable d'un accord d'intéressement relève le plafond d'exonération de la PPV de 3 000 € à 6 000 € par salarié et par an. Pour les salariés dont la rémunération est inférieure à 3 SMIC annuels, la PPV reste exonérée de cotisations sociales et d'impôt sur le revenu jusqu'au 31 décembre 2026.
La mise en place d'un PEE est-elle obligatoire pour verser l'intéressement ?
Non. L'intéressement peut être versé directement sans PEE. Sans PEE, la prime est soumise à l'impôt sur le revenu mais reste exonérée de cotisations sociales. Un PEE (ou un PER) permet au salarié de placer les sommes et d'obtenir l'exonération d'IR. Pour maximiser l'attractivité du dispositif, l'ouverture simultanée d'un PEE est recommandée.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Légifrance – Loi n° 2023-1107 du 29 novembre 2023 portant transposition de l'ANI partage de la valeur (art. 5)
- service-public.gouv.fr – Partage de la valeur : êtes-vous concerné ?
- entreprendre.service-public.gouv.fr – Épargne salariale, partage de la valeur : évolutions et obligations
- urssaf.fr – Prime de partage de la valeur (PPV)
- travail-emploi.gouv.fr – Questions-réponses expérimentation 11 à 49 salariés (PDF, août 2024)
- Légifrance – Décret n° 2024-690 du 5 juillet 2024 portant transposition de l'ANI partage de la valeur
Ce sujet relève de notre mission Expert-comptable paie à Paris | Paie, DSN, social
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