Régime mere-fille : comment le lire sans erreur ?
Conditions, quote-part de 5 %, exonération a 95 % et pieges a eviter : le guide complet du régime mere-fille en 2026 pour dirigeants et groupes.
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Fiscalité holding à Paris | IS, mère-fille, apport-cessionNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Mise a jour mars 2026 - Le régime mere-fille est l'un des mécanismes fiscaux les plus utilises dans l'architecture des groupes de sociétés en France. Il permet, sous conditions strictes, de neutraliser la double imposition économique des dividendes remontant d'une filiale vers sa société mere. En 2026, avec un taux d'impôt sur les sociétés (IS) stabilise a 25 %, l'enjeu est considerable : chaque euro de dividende taxe en cascade représente une perte seche pour le groupe. Pourtant, ce régime est souvent cite dans les projets de holding sans être reellement compris.
Voir aussi : Intégration fiscale, Leveraged finance et Loi de finance 2026.
Qu'est-ce que le régime mere-fille ?#
Le régime mere-fille trouve son fondement dans les articles 145 et 216 du Code général des impôts (CGI). Son objectif est simple : eviter qu'un même bénéfice soit impose deux fois, d'abord au niveau de la filiale qui le genere, puis au niveau de la société mere qui le recoit sous forme de dividende.
Sans ce régime, un bénéfice de 100 000 euros realise par une filiale serait taxe a l'IS au taux de 25 %, soit 25 000 euros d'impôt. Le dividende net de 75 000 euros remonte ensuite a la société mere, qui devrait a son tour l'intégrer dans son résultat imposable. Le régime mere-fille casse cette cascade fiscale en excluant les dividendes recus du résultat imposable de la mere, moyennant une contrepartie limitee.
Le mécanisme repose sur deux articles complémentaires :
- l'article 145 du CGI definit les conditions d'éligibilité des titres de participation et le seuil de détention requis ;
- l'article 216 du CGI organise le mécanisme d'exonération et fixe la quote-part de frais et charges a réintégrer.
Les conditions d'acces au régime mere-fille en 2026#
Le régime mere-fille n'est pas un droit automatique. Il exige le respect cumulatif de plusieurs conditions, dont la moindre omission peut entrainer un redressement fiscal.
La société mere doit être soumise a l'IS#
Seules les sociétés assujetties a l'impôt sur les sociétés au taux normal peuvent bénéficier du régime mere-fille. Les sociétés soumises a l'impôt sur le revenu (IR) dans le cadre d'une transparence fiscale en sont exclues. Une holding en régime de transparence ne peut donc pas appliquer le régime mere-fille tant qu'elle n'est pas soumise a l'IS.
Le seuil de détention de 5 %#
La société mere doit détenir au moins 5 % du capital de la société distributrice. Ce seuil s'apprecie en pleine propriété, nue-propriété et usufruit confondus. Il ne s'agit pas de 5 % des droits de vote, mais bien de 5 % du capital social. Cette distinction est importante dans les structures ou le capital et les droits de vote sont dissocies.
L'engagement de conservation de deux ans#
Les titres doivent être conserves pendant une durée minimale de deux ans a compter de leur acquisition. Cet engagement de détention est une condition substantielle : si les titres sont cedes avant l'expiration du délai de deux ans, le régime mere-fille est remis en cause et les dividendes perçus deviennent imposables retroactivement.
Des titres éligibles#
Le régime s'applique aux titres de participation au sens comptable du terme, c'est-a-dire les actions ou parts sociales revetant un caractere durable dans la stratégie du groupe. Sont egalement éligibles les titres de sociétés soumises a l'IS ou a un impôt equivalent dans un État membre de l'Union europeenne ou dans un État ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'evasion fiscales.
L'option : une formalite a ne pas negliger#
Le régime mere-fille n'est pas d'application automatique. La société mere doit exercer une option expresse, materialisee par le dépôt d'une déclaration conforme (formulaire n° 2059) jointe a sa liasse fiscale. Cette option est irrevocable pour l'ensemble des titres éligibles detenus par la société.
La quote-part de frais et charges : comment elle fonctionne#
L'exonération accordée par le régime mère-fille n'est pas totale. En contrepartie, la société mere doit réintégrer dans son résultat imposable une quote-part de frais et charges egale a 5 % du montant brut des dividendes percus.
Cette quote-part est une forfaitisation : elle est considérée comme couvrir l'ensemble des frais et charges que la société mère supporte pour gérer sa participation (frais de siège, honoraires, coût de la structure juridique, etc.). Aucune déduction supplémentaire n'est admise au titre de ces frais, même s'ils sont reellement superieurs a 5 %.
Exemple concret de calcul#
Une holding detient 100 % d'une filiale qui distribue 200 000 euros de dividendes en 2026.
- Dividendes percus : 200 000 euros
- Quote-part de frais et charges (5 %) : 10 000 euros
- Montant exonéré : 190 000 euros
- Impôt sur les sociétés sur la quote-part (25 %) : 2 500 euros
L'effectif d'imposition est donc de 1,25 % du dividende brut (5 % x 25 %), ce qui reste très inferieur au taux de droit commun de 25 %.
Régime mere-fille et intégration fiscale : ne pas les confondre#
C'est l'une des erreurs les plus repandues. Le régime mere-fille et l'intégration fiscale sont deux dispositifs distincts, avec des logiques différentes :
- le régime mere-fille (articles 145 et 216 du CGI) traite uniquement la fiscalité des dividendes : il exonéré les dividendes percus par la mere, moyennant une quote-part de 5 % ;
- l'intégration fiscale (articles 223 A et suivants du CGI) permet de consolider les résultats de l'ensemble des sociétés du groupe : les déficits d'une société s'imputent sur les bénéfices d'une autre, et les dividendes intragroupe sont totalement elimines (pas de quote-part).
Les deux régimes peuvent coexister. Dans un groupe intégré fiscalement, les dividendes circulant entre sociétés du groupe sont elimines par le mécanisme de l'intégration fiscale elle-même. Le régime mere-fille conserve toutefois son intérêt pour les dividendes provenant de filiales non incluses dans le perimetre d'intégration, par exemple des filiales etrangeres ou des filiales detenues a moins de 95 %.
Les situations a risque et les pieges a eviter#
Les dividendes de filiales etrangeres#
Le régime mere-fille s'applique aux dividendes provenant de filiales etablies dans un État de l'Union europeenne, sous réservé que la société distributrice soit soumise a un impôt equivalent a l'IS francais et que la convention fiscale entre les deux États prevoie une clause d'assistance administrative. Pour les filiales situees hors UE, l'éligibilité est beaucoup plus restrictive et doit être verifiee au cas par cas.
La clause anti-abus#
L'administration fiscale dispose d'une clause anti-abus lui permettant de refuser le bénéfice du régime mere-fille lorsque le montage a ete mis en place dans un but essentiellement fiscal, sans substance économique réelle. Cette clause, issue de la directive europeenne mere-fille (directive 2011/96/UE), vise notamment les structures de convenance sans activité effective.
Le non-respect de l'engagement de conservation#
Si la société mere cede les titres avant l'expiration du délai de deux ans, le régime mere-fille est remis en cause. Les dividendes perçus pendant la période de détention deviennent imposables, avec les penalites et intérêts de retard afférents. Cette situation survient fréquemment lors de restructurations de groupe mal anticipees.
La qualification comptable des titres#
Les titres doivent être comptabilises en titres de participation dans les comptes de la société mere. Une comptabilisation erronee en titres de placement ou en titres immobilises peut suffire a l'administration pour contester l'application du régime mere-fille lors d'un contrôle fiscal.
Conseil Hayot Expertise : le vrai risque n'est pas seulement de rater le régime mere-fille. C'est de structurer une holding sans avoir verifie que la chaine de remontee de dividendes, la qualification comptable des titres et la documentation fiscale fonctionneront reellement le jour ou le premier dividende sera distribue. Une erreur de structuration découverte tardivement crée une exposition fiscale rétroactive difficile et couteuse a corriger.
Régime mere-fille et jurisprudence recente#
La jurisprudence a précisé plusieurs points importants ces dernieres années. Le Conseil d'État a notamment confirme que la quote-part de frais et charges de 5 % ne pouvait être modulee en fonction des frais réels supportes par la société mere, même lorsque ceux-ci sont manifestement superieurs. Le caractere forfaitaire de la quote-part est definitif.
Par ailleurs, la Cour de justice de l'Union europeenne (CJUE) a rendu plusieurs arrets rappelant que les États membres ne pouvaient pas traiter moins favorablement les dividendes provenant de filiales etrangeres que les dividendes nationaux, sous réservé du respect des conditions de la directive mere-fille.
Questions fréquentes
Quel est le taux d'imposition effectif des dividendes sous le régime mere-fille ?+
Le taux effectif est de 1,25 % du dividende brut. Ce chiffre resulte du calcul suivant : la quote-part de frais et charges de 5 % est soumise a l'IS au taux de 25 %, soit 5 % x 25 % = 1,25 %. A titre de comparaison, sans le régime mere-fille, le dividende serait impose a 25 % dans les mains de la société mere, soit vingt fois plus.
Le régime mere-fille s'applique-t-il aux SARL et aux SAS ?+
Oui. Le régime mere-fille est indépendant de la forme juridique de la société mere. Une SARL, une SAS ou une SA peut en bénéficier, des lors qu'elle est soumise a l'IS au taux normal et qu'elle remplit l'ensemble des conditions prévues aux articles 145 et 216 du CGI.
Peut-on renoncer au régime mere-fille ?+
Non. L'option pour le régime mere-fille est irrevocable. Une fois que la société mere a exerce son option en joignant la déclaration n° 2059 a sa liasse fiscale, elle ne peut plus y renoncer. C'est pourquoi il est essentiel de verifier l'opportunité du régime avant de faire le choix.
Les dividendes provenant d'une filiale en perte peuvent-ils bénéficier du régime ?+
Le régime mere-fille s'applique aux dividendes effectivement distribues, independamment de la situation financiere de la filiale. Si une filiale distribue un dividende preleve sur ses réservés (même en période de perte courante), le régime mere-fille peut s'appliquer, sous réservé du respect des conditions de détention et d'éligibilité des titres.
Quelle est la différence entre le régime mere-fille et la participation exemption ?+
Le régime mere-fille est le dispositif francais. La participation exemption est un régime similaire existant dans d'autres pays, notamment aux Pays-Bas. Les deux visent le même objectif — eviter la double imposition des dividendes — mais les conditions d'application, les taux de quote-part et les perimetres d'éligibilité différent selon les juridictions.
Conclusion#
En 2026, le régime mere-fille reste un pilier de l'ingenierie fiscale des groupes et des holdings en France. Avec un taux effectif d'imposition de seulement 1,25 % sur les dividendes, il offre un avantage fiscal substantiel. Mais cet avantage n'est réel que si les conditions d'éligibilité sont rigoureusement remplies : seuil de 5 % du capital, engagement de conservation de deux ans, qualification comptable correcte des titres, option expresse et documentation irreprochable.
(Sources officielles : articles 145 et 216 du CGI, BOFiP BOI-IS-BASE-10-10-20-20240626, directive 2011/96/UE)

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
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