Déclaration des bénéficiaires effectifs : obligations et sanctions en 2026
Qui déclarer comme bénéficiaire effectif, quand mettre à jour le registre et quelles sanctions risquent les sociétés en 2026 : sanctions pénales et radiation d'office du RCS expliquées.
Ce sujet relève de notre mission
Juridique d'entreprise à Paris | AG, statuts, cessionsNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Depuis l'entrée en vigueur du registre des bénéficiaires effectifs (RBE), chaque société immatriculée en France doit identifier et déclarer les personnes physiques qui la contrôlent réellement. Cette obligation, ancrée dans le dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT), n'est pas une formalité administrative secondaire : elle conditionne la régularité juridique de la société et engage personnellement le dirigeant.
Dans nos dossiers de cession et de restructuration, nous constatons régulièrement que la déclaration initiale a été déposée lors de l'immatriculation, puis jamais mise à jour. Une augmentation de capital, l'entrée d'un investisseur, la constitution d'une holding — chacun de ces événements devrait déclencher une vérification systématique du registre. Ce n'est que rarement le cas, et c'est précisément là que le risque s'accumule.
En bref : toute société doit déclarer, au guichet unique de l'INPI, les personnes physiques détenant plus de 25 % du capital ou des droits de vote, ou exerçant un contrôle par tout autre moyen. La déclaration initiale est faite à l'immatriculation ; toute modification doit être mise à jour dans les 30 jours. Le défaut ou l'inexactitude est un délit pénal passible de 6 mois d'emprisonnement et 7 500 € d'amende pour le dirigeant, et de 37 500 € pour la société.
Qui doit être déclaré comme bénéficiaire effectif d'une société ?#
Le bénéficiaire effectif est défini par le Code monétaire et financier comme toute personne physique qui, directement ou indirectement :
- détient plus de 25 % du capital, ou
- détient plus de 25 % des droits de vote, ou
- exerce un contrôle par tout autre moyen (droit de nommer ou de révoquer la majorité des membres des organes d'administration, de direction ou de surveillance).
Cette définition appelle plusieurs précisions pratiques.
Première règle : seules les personnes physiques comptent. Si une holding détient 60 % d'une société cible, c'est bien la ou les personnes physiques qui contrôlent la holding qu'il faut identifier et déclarer, pas la holding elle-même.
Deuxième règle : le seuil de 25 % s'apprécie en cumulant les participations indirectes. Un associé qui détient 30 % d'une holding, laquelle détient 90 % d'une filiale, contrôle indirectement 27 % de cette filiale (30 % × 90 %). Il passe le seuil et doit figurer dans la déclaration de la filiale.
Troisième règle : le dirigeant comme bénéficiaire effectif par défaut. Si aucune personne physique ne dépasse 25 %, ou si le contrôle effectif ne peut être établi, le ou les représentants légaux (gérant, président de SAS, directeur général) doivent être déclarés en tant que bénéficiaires effectifs de dernier recours.
| Situation | Bénéficiaire effectif à déclarer |
|---|---|
| SASU détenue à 100 % par une personne physique | L'associé unique |
| SAS avec 3 associés à 35 %, 35 %, 30 % | Les 3 associés (tous > 25 %) |
| Société détenue via une holding | Les personnes physiques qui contrôlent la holding |
| SCI à 4 associés à 25 % chacun | Aucun ne dépasse 25 % strictement → vérifier le contrôle par autres moyens, sinon déclarer le ou les gérants |
| Fonds d'investissement actionnaire majoritaire | L'entité réglementée peut bénéficier d'un régime particulier — à vérifier au cas par cas avec un professionnel |
Quelles sanctions en cas de défaut de déclaration des bénéficiaires effectifs ?#
L'article L574-5 du Code monétaire et financier pose un cadre pénal explicite. Le défaut de dépôt, le dépôt tardif, ou le dépôt d'informations inexactes ou incomplètes constitue un délit exposant :
- le dirigeant (personne physique) à 6 mois d'emprisonnement et 7 500 € d'amende ;
- des peines complémentaires : interdiction de gérer, privation partielle des droits civils et civiques ;
- la société (personne morale) à une amende de 37 500 € (quintuple de l'amende personne physique, conformément à l'article 131-38 du Code pénal).
La radiation d'office depuis la loi du 15 juin 2025. Depuis cette loi, le greffier du tribunal de commerce dispose d'un nouvel outil coercitif : il peut prononcer la radiation d'office de la société au Registre du commerce et des sociétés (RCS) si celle-ci ne déclare pas ou ne régularise pas ses bénéficiaires effectifs dans un délai de 3 mois suivant une mise en demeure adressée par lettre recommandée au siège social. Cette radiation prive la société de la personnalité morale et bloque, en pratique, l'accès aux comptes bancaires professionnels.
Un projet d'évolution à surveiller. Un projet de loi de simplification de la vie économique envisage de supprimer la peine d'emprisonnement et de relever l'amende jusqu'à 200 000 €. Ce texte n'est pas encore promulgué à ce jour : il serait imprudent de planifier son comportement sur cette base avant que la loi soit définitivement adoptée et publiée au Journal officiel.
| Manquement | Sanction dirigeant | Sanction société |
|---|---|---|
| Défaut de dépôt initial | 6 mois d'emprisonnement + 7 500 € | 37 500 € |
| Informations inexactes ou incomplètes | 6 mois d'emprisonnement + 7 500 € | 37 500 € |
| Non-régularisation après mise en demeure | Radiation d'office du RCS (depuis loi du 15 juin 2025) | Radiation d'office du RCS |
Quand faut-il déclarer ou mettre à jour le registre ?#
La déclaration obéit à deux temporalités distinctes :
1. La déclaration initiale doit être déposée au moment de la demande d'immatriculation via le guichet unique de l'INPI. Elle fait partie du dossier de création et doit donc être préparée dès que la structure actionnariale est arrêtée. Voir aussi notre article sur les obligations légales à la création d'entreprise.
2. La mise à jour dans les 30 jours doit suivre tout fait ou acte modifiant les informations déclarées. La liste des événements déclencheurs est plus large qu'on ne le croit souvent :
- Cession de parts ou d'actions franchissant le seuil de 25 % à la hausse ou à la baisse
- Augmentation de capital entraînant une dilution faisant passer un associé sous le seuil
- Constitution ou dissolution d'une holding intercalée dans la chaîne de contrôle
- Changement de dirigeant (si le dirigeant était déclaré en tant que bénéficiaire effectif par défaut)
- Modification des droits de vote (actions à droits de vote multiples, pacte d'actionnaires modifié)
- Décès d'un associé bénéficiaire effectif suivi d'une transmission héréditaire
- Donation de parts à un enfant majeur
Dans nos dossiers de cession, le point de blocage le plus fréquent est précisément celui-ci : l'acquéreur réalise, lors des audits d'acquisition (due diligence), que le registre des bénéficiaires effectifs de la cible n'a pas été mis à jour depuis l'immatriculation, alors que la société a subi deux augmentations de capital et un changement de gérant. La régularisation s'impose alors en urgence, ce qui crée une friction inutile et parfois des décalages dans le calendrier de la cession.
Comment identifier concrètement le bénéficiaire effectif (chaîne de contrôle) ?#
L'identification du bénéficiaire effectif n'est pas toujours immédiate. Voici la méthode à appliquer.
Étape 1 — Cartographier la structure de détention
Dressez l'organigramme complet, de la société cible jusqu'aux personnes physiques finales. Chaque niveau de la chaîne doit être documenté : identité de l'entité, pourcentage de détention, nature des droits (capital ou vote).
Étape 2 — Calculer les pourcentages indirects
Multipliez les participations à chaque niveau. Exemple concret : M. A détient 40 % de la Holding B, qui détient 70 % de la Société C. La participation indirecte de M. A dans la Société C est de 40 % × 70 % = 28 %, soit au-dessus du seuil de 25 %. M. A est bénéficiaire effectif de la Société C.
Étape 3 — Vérifier les droits de vote
La détention en capital et la détention en droits de vote peuvent diverger. Les actions de préférence, les actions à droits de vote double (actions détenues depuis plus de deux ans dans une SA), ou les clauses statutaires particulières peuvent faire basculer le contrôle effectif vers un associé minoritaire en capital. Vérifiez les statuts et le pacte d'actionnaires.
Étape 4 — Identifier le contrôle « par tout autre moyen »
Même sans dépasser 25 %, une personne peut exercer un contrôle si elle dispose du droit de nommer ou de révoquer la majorité des membres du conseil d'administration ou de surveillance. Ce critère est plus qualitatif et nécessite une lecture attentive des statuts.
Étape 5 — Documenter et sécuriser
Conservez les pièces justificatives : statuts à jour, registre des mouvements de titres, procès-verbaux d'assemblée, pacte d'actionnaires. Cette documentation est celle que les autorités (administration fiscale, Tracfin, commissaire aux comptes, banque dans le cadre de son obligation LCB-FT) pourront demander. La cohérence entre ces documents et la déclaration au RBE est le premier point que nous vérifions lors d'un audit de régularité.
Le RBE et l'accès du public : ce qui a changé depuis 2022#
La direction prise par la réglementation européenne mérite d'être comprise. Avant l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) du 22 novembre 2022, le registre des bénéficiaires effectifs était accessible à toute personne, sans justification d'intérêt particulier. La CJUE a jugé cette accessibilité disproportionnée au regard des droits fondamentaux à la vie privée et à la protection des données personnelles.
Depuis cet arrêt, l'accès au RBE est restreint : seules peuvent consulter les informations les autorités compétentes (autorités judiciaires, Tracfin, autorités de supervision), les entités assujetties à la LCB-FT (banques, notaires, experts-comptables dans le cadre de leurs obligations de vigilance), et les personnes justifiant d'un intérêt légitime suffisant. Le grand public n'y a plus accès librement.
Cette restriction ne change rien aux obligations de déclaration des sociétés — elle modifie uniquement le régime de consultation du registre.
Cas terrain : la holding familiale intercalée après une cession#
Un dirigeant cède 40 % de sa société à un partenaire via une holding qu'il constitue spécifiquement pour l'opération. Avant la cession, il était déclaré bénéficiaire effectif à titre personnel. Après la cession, c'est la holding qui apparaît comme associée dans les statuts. La déclaration de bénéficiaires effectifs de la société cible doit être mise à jour pour substituer à la personne physique... la même personne physique, mais en sa qualité de contrôlant indirect via la holding.
Dans ce type de dossier, il n'est pas rare que la mise à jour ne soit pas effectuée parce que « finalement, c'est toujours la même personne ». C'est une erreur : ce qui compte, c'est l'exactitude de la chaîne de contrôle telle que déclarée, pas la conclusion finale. Une déclaration techniquement inexacte — même si le bénéficiaire effectif ultime est le même — reste une déclaration incomplète au sens de l'article L574-5.
Pour comprendre les implications fiscales et juridiques de ce type de montage, notre article sur la création d'une holding après rachat (étude de cas) apporte des éléments complémentaires.
La cohérence documentaire : le vrai enjeu de conformité#
Au-delà de la déclaration elle-même, c'est la cohérence entre l'ensemble des documents qui retracent la vie capitalistique de la société qui constitue le vrai critère de conformité. Une banque qui conduit ses diligences LCB-FT, un auditeur, ou un acquéreur en phase de due diligence croisera systématiquement :
- les statuts à jour,
- le registre des mouvements de titres (pour les SAS/SASU) ou le registre des parts sociales (pour les SARL),
- les procès-verbaux d'assemblée actant les décisions modificatives,
- la déclaration au RBE telle qu'elle figure au guichet INPI,
- la réalité du contrôle exercé.
Toute divergence entre ces documents est un signal d'alerte. Nous recommandons de traiter chaque opération sur le capital — augmentation, cession, donation, succession — comme un événement déclenchant automatiquement une vérification de la cohérence documentaire, incluant la mise à jour du RBE.
Pour bien comprendre le contexte réglementaire global de votre structure, vous pouvez aussi consulter notre article sur la fiscalité et les impôts de l'entreprise.
Comment vérifier la situation de votre société ?#
Si vous avez un doute sur la conformité du registre de vos bénéficiaires effectifs, voici les étapes à suivre :
- Connectez-vous au guichet unique de l'INPI (guichet-entreprises.fr) et vérifiez les informations déclarées pour votre société.
- Comparez avec vos statuts actuels et votre registre des mouvements de titres.
- Identifiez les événements survenus depuis la dernière déclaration (cessions, augmentations de capital, changements de dirigeants).
- Si des divergences existent, déposez une mise à jour dans les meilleurs délais — la régularisation spontanée est toujours préférable à une mise en demeure du greffe.
- Documentez la chaîne de contrôle avec les pièces justificatives à jour.
Vous pouvez également vérifier un numéro de SIRET gratuitement pour confirmer l'état d'immatriculation de votre société avant toute démarche.
Notre analyse : ce que surveille vraiment l'administration en 2026#
L'obligation de déclarer les bénéficiaires effectifs n'est plus une formalité comptable parmi d'autres. Elle s'inscrit dans un dispositif de transparence financière auquel les banques, les notaires, les commissaires aux comptes et les experts-comptables sont eux-mêmes assujettis. Lorsqu'un professionnel conduit ses diligences de vigilance LCB-FT, il consultera le RBE et le comparera aux documents dont il dispose. Une divergence l'oblige à signaler — et peut bloquer un crédit, une ouverture de compte, ou une opération en cours.
La vraie question n'est donc pas « suis-je en règle sur le strict plan formel ? » mais « est-ce que la réalité du contrôle de ma société est fidèlement et cohéremment documentée dans tous les registres qui me concernent ? ». C'est cette cohérence globale que nous vérifions lors de nos missions de conseil juridique et d'expertise comptable Paris 8.
À jour au 2026-05-26. Cet article informe et ne remplace pas un conseil personnalisé. Les règles applicables peuvent évoluer, notamment dans le cadre du projet de loi de simplification de la vie économique évoqué ci-dessus, dont la promulgation est attendue. Pour votre situation spécifique, consultez un expert-comptable inscrit à l'Ordre ou un avocat spécialisé.
Questions fréquentes
Qui est considéré comme bénéficiaire effectif si aucun associé ne dépasse 25 % du capital ?
Lorsqu'aucune personne physique ne détient plus de 25 % du capital ou des droits de vote, et qu'aucun contrôle par d'autres moyens ne peut être établi, le Code monétaire et financier impose de déclarer le ou les représentants légaux de la société — gérant, président de SAS, directeur général — en tant que bénéficiaires effectifs de dernier recours. Cette règle s'applique notamment aux SCI à quatre associés égaux à 25 % chacun, où le seuil n'est strictement dépassé par personne.
Quelles sont les sanctions pénales pour un défaut de déclaration des bénéficiaires effectifs ?
L'article L574-5 du Code monétaire et financier prévoit pour le dirigeant une peine de 6 mois d'emprisonnement et 7 500 € d'amende, avec des peines complémentaires possibles (interdiction de gérer, privation de droits civiques). La société elle-même encourt une amende de 37 500 €. Depuis la loi du 15 juin 2025, le greffe peut également prononcer la radiation d'office de la société du RCS en cas de non-régularisation après mise en demeure, à l'expiration d'un délai de trois mois.
Dans quel délai faut-il mettre à jour le registre des bénéficiaires effectifs ?
Toute modification des informations déclarées doit être signalée au guichet unique de l'INPI dans un délai de 30 jours suivant l'événement modificatif : cession de parts, augmentation de capital, changement de dirigeant, constitution ou dissolution d'une holding intercalée, modification des droits de vote ou transmission par succession. Ce délai court à compter de l'acte ou du fait modifiant la situation, et non à compter de l'inscription de cet acte dans un autre registre.
Comment calculer si une personne détient indirectement plus de 25 % via une holding ?
Le calcul se fait en multipliant les pourcentages de détention à chaque niveau de la chaîne. Si M. A détient 40 % d'une holding qui détient elle-même 70 % d'une société, sa participation indirecte dans cette société est de 40 % × 70 % = 28 %, soit au-dessus du seuil de 25 %. M. A doit donc figurer dans la déclaration de bénéficiaires effectifs de la société, en tant que bénéficiaire effectif indirect. La même logique s'applique sur plusieurs niveaux d'imbrication.
Qui peut consulter le registre des bénéficiaires effectifs (RBE) depuis 2022 ?
Depuis l'arrêt de la CJUE du 22 novembre 2022, l'accès public non justifié au RBE a été supprimé. Peuvent consulter le registre : les autorités compétentes (autorités judiciaires, Tracfin, organes de supervision), les entités assujetties à la LCB-FT dans le cadre de leurs obligations de vigilance (banques, notaires, experts-comptables), et les personnes justifiant d'un intérêt légitime suffisant. Cette restriction ne modifie pas les obligations de déclaration des sociétés.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Légifrance — Code monétaire et financier, art. L574-5 (sanctions bénéficiaires effectifs)
- Légifrance — Code monétaire et financier, dispositions pénales LCB-FT (art. L574-1 à L574-7)
- economie.gouv.fr (CEDEF) — Registre des bénéficiaires effectifs
- INPI — Registre national des entreprises (data.inpi.fr)
- INPI — Guichet unique des formalités des entreprises
Ce sujet relève de notre mission Juridique d'entreprise à Paris | AG, statuts, cessions
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