TVA e-commerce UE 2026 : OSS, IOSS et obligations des vendeurs en ligne
Seuil de 10 000 euros (art. 259 D CGI), guichet OSS, IOSS pour les importations sous 150 euros, article 14 bis de la directive 2017/2455 sur les marketplaces : les obligations TVA des e-commerçants B2C vers l'UE ont profondément changé depuis 2021. En 2026, les contrôles se renforcent. Ce guide décrit les règles applicables, les pièges fréquents et la méthode de mise en conformité.
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Facturation électronique 2026 | Audit, PDP & déploiementNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Mise à jour : 25 mai 2026 — Relu par un expert-comptable, cabinet Hayot Expertise (Paris).
Depuis le 1er juillet 2021, les règles de TVA applicables aux ventes en ligne B2C vers l'Union européenne ont été profondément réformées. En 2026, ces règles sont pleinement en vigueur et font l'objet de contrôles renforcés de la part des administrations fiscales. Si vous vendez à des particuliers européens depuis la France — qu'il s'agisse de biens stockés dans l'UE ou de colis expédiés depuis un pays tiers — vous êtes concerné.
Réponse directe : dès que votre chiffre d'affaires de ventes à distance B2C intra-UE dépasse 10 000 euros sur l'année civile (seuil global, article 259 D du CGI), vous devez appliquer la TVA du pays du client. Le guichet OSS vous permet de centraliser vos déclarations en France. Pour les importations de biens d'une valeur inférieure ou égale à 150 euros depuis un pays tiers, l'IOSS est le régime adapté. En dessous du seuil, la TVA française s'applique par défaut.
Quel est le fondement juridique de ces obligations ?#
Le régime des ventes à distance intra-UE repose sur la directive 2017/2455/UE (modifiant la directive TVA 2006/112/CE), transposée en droit français à l'article 259 D du CGI. Cette directive a créé le seuil unique de 10 000 euros, supprimé les seuils pays par pays et généralisé le guichet unique OSS.
L'article 14 bis de la directive 2017/2455 a introduit la notion de marketplace « facilitatrice » : une plateforme qui facilite certaines ventes est réputée avoir acheté et revendu le bien. Elle devient redevable présumée de la TVA à la place du vendeur tiers.
Ces textes ne sont pas des recommandations. Ils fondent des obligations déclaratives, des pénalités et — depuis 2022 — des échanges automatiques d'informations entre administrations fiscales européennes.
OSS, IOSS, régime national : quel régime pour quelle situation ?#
Avant d'entrer dans le détail, voici la carte des régimes applicables selon votre situation opérationnelle.
| Situation | Régime applicable | Déclaration | Périodicité |
|---|---|---|---|
| Ventes B2C intra-UE, CA ≤ 10 000 € | TVA française (CA3) | En France | Mensuelle ou trimestrielle |
| Ventes B2C intra-UE, CA > 10 000 € | OSS Union (guichet unique) | En France via OSS | Trimestrielle |
| Importations depuis hors UE, valeur ≤ 150 € | IOSS | Dans l'État d'identification | Mensuelle |
| Importations depuis hors UE, valeur > 150 € | Régime douanier de droit commun | Pays de destination | Variable |
| Ventes via marketplace facilitatrice (art. 14 bis) | TVA reversée par la plateforme | Plateforme — non vous | Non applicable vendeur |
Un même e-commerçant peut relever simultanément de plusieurs colonnes. Il est courant de gérer en parallèle une CA3 française (pour les ventes domestiques), une déclaration OSS (pour les ventes intra-UE B2C > 10 000 €) et une déclaration IOSS (pour les importations de faible valeur).
Le seuil de 10 000 euros (art. 259 D CGI) : ce que l'on surveille mal#
Le seuil de 10 000 euros est global, cumulé sur l'ensemble des États membres, et se calcule sur l'année civile en cours ainsi que sur l'année précédente. Il inclut les ventes de biens ET les prestations de services numériques B2C.
Ce que l'administration regarde : la DGFiP et ses homologues européens croisent désormais les données de facturation, les déclarations douanières et les relevés de plateformes. Un seuil franchi en novembre sans bascule sur OSS est un risque de régularisation rétroactive avec intérêts.
Points de vigilance :
- Le seuil est franchi dès le premier euro au-dessus de 10 000 €. Vous devez appliquer la TVA du pays du client dès la vente suivante.
- Une vente à un client allemand, une à un client espagnol et dix à des clients polonais : tout se cumule.
- Si vous avez dépassé 10 000 € l'année précédente, vous êtes soumis aux règles OSS dès le 1er janvier de l'année suivante, sans attendre un nouveau dépassement.
Notre lecture : dans les dossiers que nous traitons, la non-surveillance du seuil en cours d'exercice est l'une des causes les plus fréquentes de régularisation tardive. La vérification doit être mensuelle, pas annuelle.
Comment fonctionne l'inscription et la déclaration OSS ?#
Le guichet OSS Union est accessible depuis votre espace professionnel sur impots.gouv.fr. L'inscription est immédiate et prend effet le 1er jour du trimestre suivant la demande (ou le 1er jour du trimestre en cours si la demande est faite avant le 10 du mois de début de trimestre).
Calendrier déclaratif OSS :
| Trimestre | Période | Échéance de dépôt et paiement |
|---|---|---|
| T1 | 1er janvier – 31 mars | 30 avril |
| T2 | 1er avril – 30 juin | 31 juillet |
| T3 | 1er juillet – 30 septembre | 31 octobre |
| T4 | 1er octobre – 31 décembre | 31 janvier de l'année suivante |
La déclaration OSS est déposée en euros. Elle détaille, par État membre de destination, le montant des ventes et la TVA collectée. Elle ne se substitue pas à la CA3 française : les opérations domestiques restent déclarées sur la CA3.
En pratique : la déclaration OSS ne permet pas de récupérer la TVA sur achats dans les pays de destination. Pour cela, il faudrait des enregistrements locaux. C'est précisément l'un des avantages du guichet : éviter les 27 enregistrements pays par pays, au prix d'une perte du droit à déduction sur ces marchés.
L'IOSS : pour les importations de biens sous 150 euros#
L'IOSS (Import One Stop Shop) est le régime applicable lorsque vous expédiez des biens depuis un pays tiers (Chine, États-Unis, Royaume-Uni, etc.) directement à un consommateur établi dans l'UE, pour une valeur intrinsèque de l'envoi inférieure ou égale à 150 euros.
Fonctionnement pas à pas :
- Vous vous inscrivez à l'IOSS auprès de l'administration fiscale d'un État membre de votre choix (en France : DGFiP). Vous obtenez un numéro IOSS à 12 caractères.
- Au moment de la commande, vous collectez la TVA au taux du pays de destination du client (exemple : 20 % pour un client français, 19 % pour un client allemand, 25 % pour un client danois).
- Vous déposez une déclaration mensuelle avant le dernier jour du mois suivant le mois de vente.
- Vous payez la TVA dans l'État membre d'identification.
- Vos colis présentent le numéro IOSS en douane : ils sont dédouanés sans perception de TVA à l'import.
Conseil cabinet : Le numéro IOSS doit figurer sur les documents d'expédition remis au transporteur. S'il est absent ou erroné, la douane perçoit la TVA à l'importation sur le destinataire — en plus de la TVA déjà collectée à la vente. Le client réclame, vous remboursez. C'est un scénario fréquent que l'on voit dans les dossiers dropshipping à fort volume.
Biens exclus de l'IOSS :
- Envois d'une valeur intrinsèque supérieure à 150 euros.
- Biens soumis à accise (alcool, tabac, produits énergétiques).
- Moyens de transport.
Exemple chiffré : e-commerçant français vendant 50 000 euros vers l'UE#
Prenons le cas d'une SASU française vendant des accessoires de mode. En 2026 :
- Chiffre d'affaires total de ventes en ligne : 180 000 €.
- Dont ventes à des clients français : 130 000 €.
- Dont ventes à des clients dans d'autres États membres (B2C) : 50 000 €, répartis sur 12 pays.
- Les biens sont stockés en France et expédiés depuis la France (pas d'importation hors UE).
Obligations qui s'appliquent :
- Le seuil de 10 000 euros est franchi dès le début d'exercice (il avait déjà été dépassé l'année précédente). L'OSS est obligatoire.
- La CA3 française continue de couvrir les 130 000 € de ventes domestiques et les opérations d'achat.
- La déclaration OSS couvre les 50 000 € de ventes intra-UE, ventilés par pays, avec application du taux TVA local à chaque pays.
- TVA collectée via OSS (estimation moyenne à 20 %) : environ 8 333 € reversés trimestriellement.
Ce que ce cas révèle : la TVA collectée via OSS n'est pas récupérable en France. Les achats de fournitures ou de marchandises facturés en France continuent de générer de la TVA déductible sur la CA3. Les flux ne se compensent pas entre CA3 et OSS.
Marketplaces facilitatrices : l'article 14 bis de la directive 2017/2455#
L'article 14 bis de la directive 2017/2455 a introduit une fiction juridique majeure : lorsqu'une marketplace facilite certaines ventes, elle est réputée avoir elle-même acheté le bien au vendeur tiers, puis l'avoir revendu au client final. La TVA est donc due par la plateforme, pas par le vendeur.
Deux situations couvertes :
- Ventes de biens importés de pays tiers, valeur ≤ 150 €, à des clients UE : la marketplace collecte et reverse l'IOSS.
- Ventes intra-UE par un vendeur non établi dans l'UE, quel que soit le montant : la marketplace est redevable présumée.
Ce que cela change pour vous en tant que vendeur :
- Vous n'êtes plus redevable de la TVA sur ces ventes spécifiques.
- Vous devez maintenir une comptabilité de rapprochement : quelles ventes ont été traitées par la plateforme, quelles ventes restent sous votre responsabilité.
- Si vous êtes établi hors UE et vendez via Amazon France à des clients français, Amazon est redevable — mais vous devez documenter ce partage de responsabilité en cas de contrôle.
Le risque sous-estimé : les vendeurs utilisant plusieurs canaux simultanément (marketplace + site propre) confondent parfois les flux. Les ventes sur site propre ne bénéficient pas de la prise en charge par la plateforme. Un contrôle fiscal croise les deux.
Registre détaillé : obligation de conservation 10 ans#
Qu'il s'agisse de l'OSS ou de l'IOSS, vous êtes tenus de conserver un registre détaillé de toutes les opérations couvertes par ces régimes. Ce registre doit être disponible sur demande de l'administration de tout État membre.
Contenu minimum du registre (Règlement d'exécution UE 2021/1080) :
- Date et montant de chaque vente.
- Taux et montant de TVA appliqués, par pays de destination.
- Identité de l'acheteur si disponible.
- Preuves de transport ou d'expédition.
- Numéro de déclaration douanière pour l'IOSS.
- Remboursements et corrections.
Durée de conservation : 10 ans à compter de la fin de l'année civile de la transaction. C'est une obligation légale non négociable, distincte des règles comptables françaises de conservation des pièces.
Ce que l'administration regarde en 2026#
Les échanges automatiques de données entre États membres (directive DAC7, entrée en vigueur pour les données 2023 transmises en 2024) permettent aux administrations fiscales de croiser les revenus déclarés sur les plateformes avec les déclarations OSS/IOSS des vendeurs.
Points d'attention en cas de contrôle :
- Cohérence entre le chiffre d'affaires déclaré sur OSS et les données transmises par Amazon, Etsy, Shopify à la DGFiP.
- Existence et complétude du registre des 10 ans.
- Présence du numéro IOSS sur les documents douaniers.
- Traitement correct des retours et remboursements dans les déclarations.
Arbitrage : OSS ou enregistrement local ?#
Pour un e-commerçant vendant principalement dans 2 ou 3 pays (ex. : France, Allemagne, Belgique), la question se pose parfois : vaut-il mieux s'enregistrer localement dans ces pays pour récupérer la TVA sur les achats locaux, ou rester sur l'OSS pour simplifier ?
| Critère | OSS centralisé | Enregistrements locaux |
|---|---|---|
| Simplicité administrative | Élevée (une seule déclaration) | Faible (autant de déclarations que de pays) |
| Récupération TVA locale | Non | Oui |
| Pertinence | CA B2C < 500 k€, pas de stock local | Stock local, achats locaux importants, CA élevé |
| Coût de gestion | Faible | Élevé (comptable local ou cabinet international) |
Notre analyse : pour la grande majorité des e-commerçants français dont les ventes intra-UE représentent moins de 30 % du CA total, l'OSS est la solution la plus efficiente. L'enregistrement local devient pertinent lorsque vous stockez des biens dans un autre État membre (fulfillment Amazon FBA dans un entrepôt allemand, par exemple) — dans ce cas, l'OSS ne couvre pas les ventes depuis cet entrepôt.
Points de vigilance 2026#
- Taxe de 2 € par article (1er mars 2026) : une taxe distincte de la TVA s'applique aux importations de biens de moins de 150 € depuis des pays tiers. Elle s'ajoute à la TVA IOSS et affecte directement les marges du dropshipping. À vérifier selon les textes en vigueur à la date de publication.
- DAC7 et croisement de données : les plateformes transmettent depuis 2024 les données de revenus à la DGFiP. La cohérence entre ces données et vos déclarations OSS/IOSS est contrôlée.
- Seuil IOSS stable à 150 € : la Commission européenne avait envisagé de supprimer ce seuil. À la date de mise à jour de cet article, le seuil reste à 150 €. Toute évolution législative doit être vérifiée auprès de sources officielles.
Pour compléter votre lecture, consultez notre article sur les différents taux de TVA sur une facture, notre guide sur l'autoliquidation de la TVA et notre tour d'horizon des déclarations fiscales obligatoires en 2026.
Ce qu'il faut vérifier et mettre en place#
- Surveiller mensuellement le cumul de CA B2C intra-UE pour anticiper le franchissement du seuil de 10 000 euros.
- S'inscrire à l'OSS avant le début du trimestre suivant le dépassement.
- Configurer votre système de vente pour appliquer le taux TVA du pays de destination dès le premier euro au-dessus du seuil.
- Obtenir un numéro IOSS si vous importez des biens depuis hors UE pour des envois ≤ 150 €, et le communiquer systématiquement à votre transporteur.
- Mettre en place un registre détaillé dès l'ouverture de l'OSS ou de l'IOSS, et le conserver 10 ans.
- Identifier les ventes traitées par une marketplace facilitatrice et les exclure de vos déclarations OSS/IOSS.
- Vérifier la cohérence entre vos déclarations et les données transmises par les plateformes (DAC7).
Cet article a pour vocation d'informer. Il ne se substitue pas à une analyse personnalisée de votre situation, de vos flux et des textes en vigueur à la date de votre lecture. Les règles de TVA européenne évoluent : tout seuil, taux ou délai mentionné doit être vérifié sur impots.gouv.fr, bofip.impots.gouv.fr ou auprès de votre conseil.
Questions fréquentes
Quand dois-je m'inscrire à l'OSS pour mes ventes intra-UE ?
Vous devez vous inscrire à l'OSS dès que votre chiffre d'affaires de ventes à distance B2C vers d'autres États membres dépasse 10 000 euros sur l'année civile en cours ou l'année précédente (art. 259 D CGI). L'inscription se fait sur impots.gouv.fr et prend effet le 1er jour du trimestre suivant. En deçà du seuil, la TVA française continue de s'appliquer et aucune inscription n'est requise.
Que se passe-t-il si je dépasse le seuil de 10 000 euros en cours d'année ?
Dès le dépassement, vous devez appliquer la TVA du pays de destination du client sur la vente suivante. Vous devez vous inscrire au guichet OSS avant la fin du trimestre en cours pour centraliser vos déclarations en France. Un dépassement non déclaré expose à une régularisation rétroactive avec application des taux locaux et intérêts de retard. (Source : BOFiP, directive 2017/2455)
Peut-on utiliser l'IOSS et l'OSS simultanément ?
Oui. Un même e-commerçant peut être inscrit simultanément à l'IOSS (pour les importations de biens ≤ 150 € depuis hors UE) et à l'OSS (pour les ventes intra-UE B2C dépassant 10 000 €). Chaque régime donne lieu à une déclaration distincte : mensuelle pour l'IOSS, trimestrielle pour l'OSS. La comptabilité de rapprochement doit séparer clairement les flux des deux régimes.
Quelles preuves dois-je conserver et pendant combien de temps ?
Vous devez conserver un registre détaillé de toutes les opérations OSS et IOSS pendant 10 ans à compter de la fin de l'année civile de la transaction (Règlement d'exécution UE 2021/1080). Ce registre doit mentionner : date, montant, taux TVA, pays de destination, preuve d'expédition, et — pour l'IOSS — le numéro de déclaration douanière. Il doit être communiqué sur demande à l'administration de tout État membre.
La marketplace collecte la TVA à ma place : ai-je encore des obligations ?
Oui. Lorsqu'une marketplace est qualifiée de redevable présumée (art. 14 bis directive 2017/2455), elle collecte et reverse la TVA à votre place pour les ventes concernées. Mais vous conservez l'obligation de tenir un registre de rapprochement identifiant clairement ces ventes, de les exclure de vos propres déclarations OSS/IOSS, et de pouvoir justifier la répartition en cas de contrôle. Les ventes sur votre propre site restent entièrement sous votre responsabilité.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Article 259 D du Code général des impôts — seuil des ventes à distance intra-UE
- BOFiP — TVA sur le commerce électronique et guichets OSS/IOSS (TVA - CHAMP - CESS)
- Commission européenne — Import One Stop Shop (IOSS) : guide officiel
- Commission européenne — One Stop Shop (OSS) : présentation et inscription
- Directive 2017/2455/UE du Conseil du 5 décembre 2017 — texte intégral (LexURI/Legifrance)
- impots.gouv.fr — Inscription et déclaration OSS pour les entreprises françaises
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