Capitaux propres inférieurs à la moitié du capital social : procédure, délais et régularisation
Quand les capitaux propres d'une SARL, d'une SAS ou d'une SA passent sous la moitié du capital social, la loi impose une procédure précise : convocation d'une AGE dans les 4 mois suivant l'approbation des comptes, décision sur la dissolution ou la poursuite d'activité, publicité au RCS, puis régularisation avant la clôture du deuxième exercice suivant la constatation des pertes. Voici comment piloter chaque étape sans laisser filer les délais.
Ce sujet relève de notre mission
Juridique d'entreprise à Paris | AG, statuts, cessionsNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Lorsque le bilan annuel fait apparaître des pertes telles que les capitaux propres deviennent inférieurs à la moitié du capital social, la société ne disparaît pas, mais elle entre dans une procédure légale contraignante que beaucoup de dirigeants découvrent trop tard. La question n'est pas seulement comptable : c'est une obligation juridique assortie de délais, de formalités et, en cas d'inaction, de risques personnels pour le dirigeant.
Dans notre pratique, les dossiers les plus délicats ne sont pas ceux où la perte est la plus élevée. Ce sont ceux où la société a laissé passer les délais sans convoquer l'assemblée ni publier la décision. Un an de retard peut transformer une difficulté gérable en irrégularité susceptible d'engager la responsabilité du gérant ou du président.
Réponse directe : dès que les comptes approuvés font apparaître des capitaux propres inférieurs à la moitié du capital social, les associés ou actionnaires doivent être réunis en AGE dans les 4 mois suivant l'approbation des comptes pour voter sur la dissolution ou la continuation. Si la société continue, elle doit régulariser au plus tard à la clôture du deuxième exercice suivant celui au cours duquel la perte a été constatée.
Quelles sociétés sont concernées et quels textes s'appliquent ?#
La procédure vise les sociétés de capitaux. Les textes de référence sont les suivants.
Pour les SARL et EURL, l'article L223-42 du Code de commerce pose l'obligation : si, du fait de pertes constatées dans les documents comptables, les capitaux propres deviennent inférieurs à la moitié du capital social, les associés sont consultés dans les 4 mois suivant l'approbation des comptes qui ont fait apparaître cette perte pour décider s'il y a lieu à dissolution anticipée.
Pour les SA, c'est l'article L225-248 du Code de commerce qui s'applique selon le même mécanisme. Pour les SAS, l'article L227-1 renvoie expressément à l'article L225-248, ce qui signifie que les sociétés par actions simplifiées sont soumises à la même obligation que les SA.
Les SNC, SCS et autres sociétés de personnes ne sont pas visées par ces textes, mais peuvent avoir des clauses statutaires équivalentes.
Un point que l'on rappelle souvent en mission : la suppression du capital minimum légal pour les SARL (1 euro symbolique autorisé) n'a pas supprimé cette règle. Quelle que soit la valeur nominale du capital, le ratio capitaux propres / capital social continue de s'appliquer.
Qu'est-ce que les capitaux propres recouvrent exactement ?#
Les capitaux propres ne se réduisent pas au capital social. Ils agrègent plusieurs postes du bilan :
- le capital social libéré ;
- les primes d'émission, de fusion ou d'apport ;
- les réserves légales, statutaires et facultatives ;
- le report à nouveau (positif ou négatif) ;
- le résultat de l'exercice (bénéfice ou perte) ;
- les provisions réglementées et subventions d'investissement (selon leur traitement comptable).
Une société peut afficher un chiffre d'affaires en croissance et franchir le seuil si ses reports à nouveau négatifs cumulés et sa perte de l'exercice effacent l'essentiel de ses réserves. C'est pourquoi la lecture du bilan seul ne suffit pas : il faut calculer le ratio en tenant compte de tous ces postes.
| Poste | Effet sur les capitaux propres |
|---|---|
| Capital social | Positif (base) |
| Réserves et report à nouveau positif | Positif |
| Primes d'émission | Positif |
| Report à nouveau négatif | Négatif |
| Perte de l'exercice | Négatif |
| Résultat bénéficiaire | Positif |
Quel délai pour réagir ?#
Le délai de 4 mois court à compter de l'approbation des comptes de l'exercice déficitaire, et non à compter de la clôture de cet exercice. Cette distinction est importante : si les comptes sont approuvés tardivement (ce qui arrive fréquemment dans les PME), la fenêtre pour convoquer l'AGE se réduit d'autant.
La procédure se déroule en 5 étapes :
- Constat de la perte : les comptes annuels font apparaître des capitaux propres inférieurs à la moitié du capital social.
- Convocation de l'AGE : le gérant ou le président convoque l'assemblée générale extraordinaire dans les 4 mois suivant l'approbation des comptes.
- Décision des associés : dissolution anticipée ou poursuite de l'activité ; un procès-verbal est rédigé et signé.
- Publicité au RCS : la décision (quelle qu'elle soit) est déposée au greffe du tribunal de commerce pour inscription modificative.
- Régularisation : si la société continue, elle dispose jusqu'à la clôture du deuxième exercice suivant celui au cours duquel la perte a été constatée pour ramener les capitaux propres à un niveau au moins égal à la moitié du capital social.
Si l'AGE n'a pas lieu dans les délais, ou si elle n'a pu délibérer valablement (quorum non atteint, etc.), tout intéressé — créancier, associé, tiers — peut demander la dissolution judiciaire au tribunal. Le tribunal peut accorder à la société un délai pour régulariser, mais ce délai ne devrait pas être considéré comme acquis.
Tableau comparatif SARL / SA / SAS#
| SARL / EURL | SA | SAS | |
|---|---|---|---|
| Texte applicable | Art. L223-42 C. com. | Art. L225-248 C. com. | Art. L225-248 par renvoi de L227-1 |
| Délai de convocation AGE | 4 mois après approbation des comptes | 4 mois après approbation des comptes | 4 mois après approbation des comptes |
| Organe compétent | Assemblée des associés (AGE) | Assemblée générale extraordinaire | AGE selon statuts |
| Délai de régularisation | Clôture du 2e exercice suivant | Clôture du 2e exercice suivant | Clôture du 2e exercice suivant |
| Publicité obligatoire | Oui, au greffe (RCS) | Oui, au greffe (RCS) | Oui, au greffe (RCS) |
| Dissolution judiciaire possible | Oui, par tout intéressé | Oui, par tout intéressé | Oui, par tout intéressé |
Exemple illustratif : SARL au capital de 100 000 euros#
Prenons une SARL constituée avec un capital social de 100 000 euros. À la clôture de l'exercice N, le bilan fait apparaître les capitaux propres suivants :
- Capital social : 100 000 €
- Réserves : 8 000 €
- Report à nouveau négatif : -45 000 €
- Perte de l'exercice N : -28 000 €
Capitaux propres = 100 000 + 8 000 - 45 000 - 28 000 = 35 000 €
Le seuil à ne pas franchir est la moitié du capital social, soit 50 000 €. Avec 35 000 € de capitaux propres, la société est bien en dessous du seuil : la procédure des articles L223-42 ou L225-248 est déclenchée.
Pour régulariser, la société devra ramener ses capitaux propres à au moins 50 000 € avant la clôture du deuxième exercice suivant (soit avant le 31 décembre N+2 si l'exercice est calé sur l'année civile). L'écart à combler est de 15 000 € minimum, mais dans la pratique, viser 55 000 à 60 000 € donne une marge de sécurité utile en cas de résultat légèrement déficitaire en N+1.
Les leviers possibles dans ce cas :
- Un associé réalise un abandon de compte courant de 20 000 € avec clause de retour à meilleure fortune : l'impact est immédiat sur le résultat exceptionnel et donc sur les capitaux propres.
- Si la société dégage un bénéfice de 18 000 € en N+1, elle retrouve 53 000 € de capitaux propres sans opération financière complémentaire.
- En cas de difficulté à dégager de la rentabilité, un coup d'accordéon (réduction du capital à zéro ou à une valeur nominale réduite, puis augmentation immédiate) remet les compteurs à plat mais nécessite l'intervention d'un commissaire aux comptes pour la libération.
Les options de régularisation : analyse et arbitrage#
| Option | Effet sur les capitaux propres | Formalités | Trésorerie requise | Points d'attention |
|---|---|---|---|---|
| Retour à la rentabilité | Indirect, via résultat positif | Aucune spécifique | Non | Dépend du cycle d'exploitation |
| Augmentation de capital en numéraire | Direct, immédiat | Acte de modification, RCS, commissaire aux apports si SAS | Oui (apports nouveaux) | Voir augmentation de capital SAS |
| Abandon de compte courant | Direct si comptabilisé en résultat ou en capital | Acte d'abandon, éventuellement clause de retour à meilleure fortune | Non | Rédiger soigneusement l'acte |
| Incorporation de réserves au capital | Renforce le capital, pas les CP | Acte de modification, RCS | Non | Modifie le ratio, pas le niveau absolu |
| Réduction de capital (coup d'accordéon) | Annule les pertes puis recapitalise | AGE, publicité, formalités lourdes | Oui (pour la phase augmentation) | Commissaire aux comptes souvent requis |
| Fusion ou absorption | Apport d'actifs nets positifs | Procédure longue, commissariat aux apports | Selon opération | Adapté aux groupes, voir fiscalité des holdings |
L'arbitrage n'est pas uniquement financier. Il intègre la fiscalité de l'abandon (imposition du produit exceptionnel chez la société bénéficiaire, sauf régime mère-fille ou intégration fiscale), les effets sociaux, et la lisibilité vis-à-vis des tiers. Sur nos missions de pilotage, nous observons que les sociétés qui combinent deux leviers — par exemple abandon de compte courant partiel et objectif de bénéfice en N+1 — présentent un plan plus crédible aux banques que celles qui misent sur un seul mécanisme.
Que risque le dirigeant en cas d'inaction ?#
L'inaction est la principale source de risques personnels dans ce dossier.
Si l'AGE n'est pas convoquée dans le délai légal, le dirigeant s'expose à :
- une demande de dissolution judiciaire formée par tout intéressé (créancier, associé, concurrent, ministère public) ;
- une mise en cause de sa responsabilité civile pour faute de gestion si l'absence de décision aggrave la situation financière de la société ;
- dans les cas les plus graves, un lien potentiel avec les procédures de faillite personnelle ou d'interdiction de gérer si la dissolution intervient dans le cadre d'une procédure collective.
La publicité au RCS est une protection autant qu'une obligation : elle documente que la société a respecté la procédure et permet aux tiers de connaître la situation. Une société qui a voté la continuation sans publier la décision prend un risque double — vis-à-vis des associés et vis-à-vis des tiers.
Sur nos dossiers de conseil juridique, nous insistons sur ce point : la formalité de publicité n'est pas optionnelle, même quand la décision est de poursuivre l'activité.
Ce que l'administration et les tiers regardent#
Les partenaires financiers, fournisseurs et administrations qui consultent le Kbis ou les comptes déposés au greffe peuvent identifier la situation. Voici ce que chacun examine en priorité.
Les banques vérifient si la décision d'AGE a été prise, si la publicité a été réalisée, et si la société dispose d'un plan de régularisation chiffré sur les deux exercices suivants. Une société qui se présente avec un procès-verbal d'AGE et un plan de retour à l'équilibre obtient plus facilement une réponse qu'une société qui découvre le problème en cours d'instruction de crédit.
L'administration fiscale, dans le cadre d'un contrôle fiscal, peut analyser les abandons de compte courant, les augmentations de capital et les opérations de restructuration sur la période. La chronologie et la documentation des actes sont donc décisives.
Les commissaires aux comptes (pour les sociétés qui en ont un) ont l'obligation de signaler la situation s'ils constatent que la procédure n'a pas été engagée. C'est une alerte supplémentaire qui doit être traitée avant la signature du rapport général.
Sur nos missions de pilotage : ce que nous observons#
Deux situations reviennent régulièrement dans les dossiers que nous accompagnons.
La première est celle de la SAS en phase de croissance rapide : des recrutements massifs, un décalage entre les charges de personnel engagées et les premiers encaissements, et une perte de l'exercice qui fait passer les capitaux propres sous le seuil alors même que le carnet de commandes est solide. Dans ce cas, un abandon de compte courant de l'associé principal ou une augmentation de capital rapide suffit à régulariser, à condition de ne pas laisser filer le délai de 4 mois.
La seconde est celle de la SARL ancienne qui cumule plusieurs exercices légèrement déficitaires, un report à nouveau négatif important, et un dirigeant qui n'avait pas identifié le franchissement du seuil parce que personne n'avait calculé le ratio. Quand nous prenons le dossier en main, la priorité est de dater précisément le premier exercice de franchissement pour savoir si le délai de régularisation est encore ouvert ou déjà expiré.
Comment transformer une SARL ou une SAS fragilisée ?#
Si la régularisation passe par une transformation de la forme sociale, par exemple transformer une SARL en SAS, il faut coordonner la procédure de l'article L223-42 avec les formalités de transformation pour ne pas multiplier les démarches. Une transformation n'efface pas les capitaux propres négatifs : elle doit s'accompagner d'une recapitalisation simultanée ou préalable pour être pleinement efficace.
Points de vigilance 2026#
La loi n'a pas modifié le délai de 4 mois ni le délai de régularisation de deux exercices depuis plusieurs années. En revanche, les pratiques de dépôt au greffe ont évolué avec la dématérialisation : les dépôts d'actes modificatifs se font désormais via le guichet unique de l'INPI (inpi.fr), ce qui change les circuits mais pas les obligations de fond. À vérifier au moment du dépôt : le formulaire M2 (SARL) ou M3 (SA/SAS) doit mentionner la décision d'AGE et la résolution adoptée.
Checklist avant de clôturer le dossier#
- Calculer le ratio capitaux propres / capital social dès la clôture des comptes
- Identifier la date d'approbation des comptes et compter les 4 mois
- Convoquer l'AGE dans le délai, avec ordre du jour explicite
- Rédiger le procès-verbal de décision (dissolution ou continuation)
- Publier la décision au greffe (via guichet unique INPI)
- Formaliser le plan de régularisation avec chiffrage et calendrier
- Vérifier le ratio à la clôture du deuxième exercice suivant la constatation
- Documenter chaque opération de régularisation (acte d'abandon, augmentation de capital, etc.)
Des capitaux propres inférieurs à la moitié du capital social appellent une décision rapide, une formalité documentée et un plan de régularisation réaliste. Le risque n'est pas dans la perte elle-même, mais dans l'absence de procédure.
Avertissement YMYL : cet article présente les règles générales issues du Code de commerce (art. L223-42 et L225-248) telles qu'elles s'appliquaient à la date de mise à jour indiquée. Il ne constitue pas un avis juridique personnalisé. Chaque situation doit être analysée en fonction des statuts, des comptes et du calendrier propres à la société. Consultez votre expert-comptable ou un avocat spécialisé avant toute décision. A jour au 29 mai 2026. Sources : Légifrance - art. L223-42 ; Légifrance - art. L225-248 ; entreprendre.service-public.fr.
Questions fréquentes
Quel est le délai exact pour convoquer l'AGE après la constatation de la perte ?
La convocation de l'assemblée générale extraordinaire doit intervenir dans les 4 mois suivant l'approbation des comptes qui ont fait apparaître la perte, conformément aux articles L223-42 (SARL) et L225-248 (SA/SAS) du Code de commerce. Ce délai court à compter de l'approbation des comptes, et non de la clôture de l'exercice.
La dissolution est-elle automatique si les capitaux propres tombent sous la moitié du capital social ?
Non. Le franchissement du seuil ne provoque pas la dissolution automatique. Il déclenche une obligation de consulter les associés ou actionnaires en AGE pour qu'ils décident entre dissolution anticipée et poursuite de l'activité. La dissolution n'intervient que si les associés la votent, ou si le tribunal la prononce faute de procédure régulière.
Combien de temps la société a-t-elle pour régulariser si elle décide de continuer ?
La société dispose jusqu'à la clôture du deuxième exercice suivant celui au cours duquel la constatation des pertes est intervenue pour ramener ses capitaux propres à un niveau au moins égal à la moitié du capital social. Passé ce délai, si la régularisation n'a pas eu lieu, tout intéressé peut demander la dissolution judiciaire.
Quelles sont les principales options pour régulariser la situation ?
Les principales options sont : le retour à la rentabilité opérationnelle (résultat bénéficiaire), l'augmentation de capital en numéraire, l'abandon de compte courant d'associé (avec ou sans clause de retour à meilleure fortune), la réduction de capital pour absorption des pertes suivie d'une augmentation (coup d'accordéon), et les opérations de fusion ou d'apport. Dans la pratique, une combinaison de deux leviers est souvent plus robuste qu'une solution unique.
Que risque le dirigeant si aucune AGE n'est convoquée dans le délai ?
En l'absence d'AGE dans le délai légal, tout intéressé (associé, créancier, tiers) peut demander au tribunal la dissolution judiciaire de la société. Le dirigeant s'expose également à une mise en cause de sa responsabilité civile pour faute de gestion si l'inaction a aggravé la situation, et potentiellement à des sanctions dans le cadre d'une procédure collective ultérieure.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Légifrance — Code de commerce art. L223-42 (perte de la moitié du capital, SARL)
- Légifrance — Code de commerce art. L225-248 (perte de la moitié du capital, SA)
- Entreprendre.Service-Public — Perte de la moitié des capitaux propres
- Compagnie nationale des commissaires aux comptes (CNCC)
- Ordre des experts-comptables — Transmission et reprise d’entreprise
Ce sujet relève de notre mission Juridique d'entreprise à Paris | AG, statuts, cessions
Besoin d'un devis ou d'un conseil personnalisé ?
Notre cabinet d'expertise comptable vous accompagne dans toutes vos démarches. Obtenez un devis gratuit pour analyser votre situation et vous proposer une offre tarifaire sur-mesure ou contactez-nous directement.